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Aux origines du Reggae Aux origines du Reggae
12/11/08 - Auteur(s) : West Indian

Collaborateur régulier de reggae.fr, Jeremy Kroubo vient d'écrire un livre fort intéressant, publié chez l'Harmattan, sur les "origines du reggae : Mento, ska, rocksteady, early reggae". Revenant sur toutes ces musiques, il retrace admirablement les liens entre le contexte socio-politique de l'île et l'évolution musicale des jamaïcains. Très documenté, on revient avec moults exemples sur les standards de cette musique qui nous enchante et nous a poussés à créer Reggae.fr ! Rencontre avec Jeremy Kroubo-Dagnini ! -Comment en es-tu venu à t’intéresser aux origines du reggae ? En fait j’écris une thèse de doctorat sur l’histoire des musiques populaires jamaïcaines au XXe siècle. Les styles de musique que j’étudie vont du mento au dancehall actuel. Ce livre s’inspire donc de la première partie de ma thèse (laquelle en comporte au total quatre) qui traite des styles antérieurs au reggae, à savoir le mento, le ska, le rocksteady et le early reggae. Sinon personnellement, je me suis intéressé aux origines du reggae tout simplement parce que je suis amateur de reggae et que je voulais donc savoir où cette musique puisait ses racines. - Tu fais un parallèle dans ton livre entre le contexte socio-politique de la Jamaïque et l’évolution de la musique jamaïcaine. Dans quelle mesure celui-ci est-il indispensable pour bien comprendre l’évolution de cette musique ? On ne peut pas comprendre l’évolution de la musique jamaïcaine sans de bonnes connaissances socio-historico-culturelles sur l’île. L’histoire de la Jamaïque et l’histoire de la musique jamaïcaine sont intrinsèquement liées. Des paramètres comme l’esclavage, la colonisation, les phénomènes de migrations, l’urbanisation de la société jamaïcaine, l’américanisation de la société jamaïcaine, l’évangélisation de la société jamaïcaine ou la politique postcoloniale ont tous influencé, à leur manière, l’évolution de la musique jamaïcaine. Par exemple, sans ces différents phénomènes de migrations qui ont marqué la Jamaïque, il n’y aurait jamais eu de patois jamaïcain qui est l’une des caractéristiques de musiques comme le mento, le reggae ou le dancehall. De même, sans ces migrations il n’y aurait jamais eu de mento qui est issu d’un mélange de musiques traditionnelles africaines, européennes et caribéennes. Sans l’esclavage, il n’y aurait jamais eu de reggae car l’esclavage et le retour des Noirs en Afrique font partie des thèmes phares du reggae. D’ailleurs sans l’esclavage, il n’y aurait jamais eu d’esclaves africains sur l’île et donc pas de musique jamaïcaine du tout ! Tout ça pour dire que l’histoire de la Jamaïque et l’histoire de la musique jamaïcaine sont véritablement imbriquées. Mais ceci n’est pas lié à la Jamaïque, c’est partout la même chose. En général la musique d’un peuple, voire même sa culture, est représentative de son histoire. - L’influence musicale des USA est essentielle pour comprendre les origines du reggae en Jamaïque dans ton livre. Pourquoi ? Parce que des musiques noires américaines comme le jazz, le rhythm and blues et la soul ont véritablement influencées la musique jamaïcaine. Le jazz et le rhythm and blues ont donné naissance au ska. Quant à la soul afro-américaine elle a donné naissance au rocksteady. - Pour rentrer dans le vif du sujet, et pour synthétiser, comment expliques-tu d’un point de vue musical le passage du mento au ska puis du ska au rocksteady et enfin l’arrivée du early reggae ? En fait comme je l’ai dit, le mento est issu d’un brassage musical engendré par les phénomènes de migrations. On y retrouve des influences africaines, européennes et caribéennes. Le mento est le premier grand style de musique populaire jamaïcaine, en vogue notamment durant la première moitié des années 1950. Il s’agit d’un genre plutôt rustique. Ensuite le ska est arrivé au début des années 1960. L’apparition du ska est notamment due à l’arrivée du rhythm and blues américain sur l’île au milieu des années 1950 et à la naissance de la culture sound system apparue dans les ghettos de Kingston à la fin des années 1940. Pour simplifier, le mélange de mento et de rhythm and blues américain a donné naissance au rhythm and blues jamaïcain également appelé shuffle. Puis, le shuffle s’est transformé en ska. A savoir que ces deux styles musicaux, le shuffle et le ska, ont été popularisés par les sound systems. Le ska est un style musical urbain contrairement au mento qui est un style issu de la campagne. Ensuite, d’un point de vue musical, c’est l’influence de la soul noire américaine qui a permis la transition du ska vers le rocksteady. Enfin, le rocksteady s’est transformé en early reggae puis en reggae grâce à l’influence musical des rastas. Le mouvement rasta s’est développé de manière phénoménale dans le courant des années 1960. - D’un point de vue politique tu parles de l’influence de l’indépendance jamaïcaine sur l’apparition du ska. Peux-tu nous en dire plus ? En fait je dis que l’indépendance de la Jamaïque en 1962 a engendré la thématique relativement optimiste et euphorique du ska. Dans le ska, les paroles des chansons sont relativement gaies et pleines d’espoir, et ceci est lié à l’indépendance de l’île. En témoignent des chansons comme « Forward March » de Derrick Morgan ou « Jamaica Ska » de Prince Buster. - Pour expliquer le passage du ska au rocksteady tu mets par exemple en avant la place des rudies, peux-tu nous en dire un peu plus sur leur rôle ? Les musiciens qui ont créé et qui jouaient du rocksteady étaient presque tous des rude boys ou rudies, ces jeunes aux allures de gangsters – certains étaient de véritables gangsters –, adeptes du mouvement Black Power et de musique soul. Les rudies étaient désillusionnés par l’indépendance de l’île qui, en fait, n’avait rien changé à leur vie. Ils étaient toujours autant victimes d’injustices raciale et sociale, de la misère et de la pauvreté. Bref, ils avaient déchanté et se désenchantement se ressentait dans leur musique, notamment à travers les paroles des chansons qui devenaient plus rough. Une chanson comme « Shanty Town » de Desmond Dekker qui fait l’apologie des rude boys qui pillent, brûlent et flinguent exemplifie ce désenchantement. Ça contraste avec la joie du ska ! - Peut-on dire que les rudies préfigurent les gangsta lyrics des deejays dancehall actuels ? Oui, on peut dire ça, même si les textes étaient quand même moins violents à l’époque du rocksteady. On pourrait même dire qu’ils préfigurent les paroles du gangsta rap américain. Rappelons d’ailleurs que le style DJ jamaïcain est l’ancêtre du rap américain. - Tu évoques également l’engagement des chansons jamaïquaines. A quand le fais-tu remonter ? et quels sont les premiers titres l’illustrant ? L’engagement sociopolitique a toujours fait partie des musiques jamaïcaines. Même dans le mento il y avait des chansons engagées comme celles de Slim and Sam. « The Labour Strike Blues » (« Le blues des grévistes ») de Slim and Sam est un bon exemple. - Quelle est l’importance selon toi des thèmes développés par Martin Luther King et Malcolm X, et plus généralement des luttes des noirs dans l’évolution de la musique jamaïcaine ? Lorsque le mouvement des droits civiques et le Black Power ont explosé aux USA dans les années 1960, les Jamaïcains comme la plupart des Noirs dans le monde se sont immédiatement sentis concernés et les thématiques développés par Martin Luther King, Malcolm X ou les Black Panthers ont influencé la musique jamaïcaine. Cela se ressent lorsqu’on écoute des chansons comme « Fighting For The Rights » des Techniques, « Equal Rights » des Heptones ou « Young Gifted And Black » de Bob Andy et Marcia Griffiths. - A quand fais-tu remonter l’introduction de thème rasta dans la musique jamaïcaine (notamment repatriation, et lutte contre l’oppresseur occidental en particulier) ? Le thème du retour en Afrique était déjà présent en 1955 dans « Etheopia » de Lord Lebby. Le thème de la lutte contre Babylone est apparue un peu plus tard, à la fin des années 1960/ début des années 1970. « Beat Down Babylon » de Junior Byles en 1971 est l’un des premiers morceaux traitant de la lutte contre Babylone. Mais rappelons qu’en 1968, Bob Marley chantait déjà « Selassie Is The Chapel », en 1966 Peter Tosh chantait « Rasta Shook Them Up », en 1963 Laurel Aitken chantait « Lion of Judah » etc…En fait, les thèmes rasta sont apparus assez tôt, mais ils se sont banalisés dans les années 1970. - Si je t’ai bien lu on peut dire que d’une certaine manière, le mento est le précurseur du slackness ? Oui, le mento, dont la grivoiserie est l’une des caractéristiques, est le précurseur du slackness. Mais il faut souligner qu’à toutes les époques, il y avait des chansons grivoises. « Fatty Fatty » des Heptones en 1967 est une chanson à caractère sexuel ; « Wet Dream » de Max Romeo en 1968 est aussi une chanson à caractère sexuel. Le slackness fait partie du répertoire jamaïcain depuis très longtemps. La différence avec l’époque actuelle, c’est qu’aujourd’hui, les chanteurs sont beaucoup plus explicites. - Tu parles de l’Alpha Boy school et de son importance en particulier au niveau du ska. Peux-tu nous en dire un peu plus en particulier sur sa pérennité et son actualité ? L’Alpha Boys’ School a formé certains des plus grands musiciens de l’île, dont certains membres des Skatalites, le groupe emblématique de l’époque ska. Don Drummond, Tommy McCook, Lester Sterling ou Johnny « Dizzy » Moore récemment disparu ont effectivement fait leurs armes à Alpha. Ces musiciens ont reçu un enseignement classique, mais étaient tous amateur de jazz et de rhythm and blues. L’Ecole existe toujours et continue de former des jeunes musiciens. Winston « Sparrow » Martin des Jamaica All Stars est l’actuel directeur de la section musique à Alpha. - Parle nous de l’importance des sound-system dans la diffusion de la musique en Jamaïque… Comme je l’ai dit, la culture sound system est apparue dans les ghettos de Kingston à la fin des années 1940. Les sound systems étaient fréquentés par les pauvres car l’entrée dans les clubs et les salles de spectacles leur été refusée. Seuls les riches blancs et métis allaient danser dans les clubs et autres salles de spectacles. Le sound system c’est donc une culture parallèle, underground ! Et il faut savoir que toutes les musiques jamaïcaines, que ce soit le ska, le rocksteady ou le reggae, ont été diffusées et popularisées par les sound systems. Le sound system est un outil de diffusion bien plus efficace que la radio ou la TV. Il est emblématique de la vie nocturne et de la culture jamaïcaine. - On peut lire dans ton bouquin que pendant longtemps Kingston a été divisée entre l’est et l’ouest alors qu’aujourd’hui on a tendance à différencier uptown et down town. Comment expliquer cette évolution ? Ce n’est pas exactement ça que je dis. Uptown et downtown existent depuis longtemps à Kingston, ça ne date pas d’aujourd’hui. Mais à l’époque, dans les années 1950-1960, on faisait aussi une différence entre les ghettos de downtown-est et ceux de downtown-ouest. La culture rasta par exemple s’est développé à l’ouest dans des ghettos comme Back O’ Wall et Trench Town. A l’est, la culture était semble-t-il plus musicale/ instrumentale. Par exemple, l’Alpha Boys’ School dont on a parlé est situé à l’est de la capitale jamaïcaine. - Dernièrement Dizzy Moore nous a quitté, peux-tu nous parler de ta rencontre avec lui et de son importance dans l’histoire de la musique jamaïcaine. Je l’ai rencontré en 2006 lors du Festival des Musiques d’Ici et d’Ailleurs à St. Ménehould. Il jouait alors avec les Jamaica All Stars. C’était un type très gentil et très abordable. Bien qu’épuisé par son concert, il a accepté sans problème de répondre à mes questions après son show. Comme il l’a dit lui-même, ce membre fondateur des skatalites « fait partie des pionniers dans l’histoire du reggae et de la musique jamaïcaine en général ». - Pour finir à quelles difficultés as-tu été confrontée pour écrire ce bouquin ? La rencontre avec des artistes de l’époque a été l’une des principales difficultés. En effet, la plupart des chanteurs de mento, de ska ou de rocksteady sont retombés dans l’anonymat ou décédés donc ça n’a pas été évidemment de rencontrer ces oldies. Par exemple, j’aurais bien voulu rencontrer des types du genre Laurel Aitken ou Joe Higgs qui sont tous deux décédés depuis plusieurs années. Mais je suis content par exemple d’avoir retrouver les Jolly Boys, un groupe de mento qui existait déjà dans les années 1950. Par ailleurs, interviewer l’ancien Premier ministre Edward Seaga n’a pas été une mince affaire, ne serait-ce que pour caler un rendez-vous. C’est quelqu’un de très occupé. L’autre difficulté concerne les informations sur le mento. Il m’a fallu pas mal de temps pour recueillir des informations sur ce style qui est à dire vrai très peu connu. Pour info, Jeremie donnera une conférence à Reims pour présenter son bouquin :

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commentaires
le 25/11/08 par TIWANTER
un plaisir de lire ce livre sur les fondations

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