No Logo BZH
09/08/19 au 11/09/19
No Logo Fraisans
09/08/19 au 11/08/19
Reggae Sun Ska #22
02/08/19 au 04/08/19
Bagnols Reggae Festival
25/07/19 au 27/07/19
Sinsémilia en tournée
13/04/19 au 23/11/19
Averne Reggae Festival
03/05/19 - Brassac les Mines
KOFFEE
29/06/19 - PARIS

Reggae Party Abidjan

Averne Reggae Festival

Sinsémilia

No Logo Fraisans

Bagnols Reggae Festival

RSS

No Logo BZH

Interview Ras Abubakar(Zion Gate Hi Fi) Interview Ras Abubakar(Zion Gate Hi Fi)
03/10/05 - Auteur(s) : Jérôme

Ras Abubakar est le fondateur du Zion Gate Hi-Fi, du Oneness Recordshop de Nantes et du label Reggae Zion Gate Music. Rencontre avec l’un des pionniers du sound system inna di roots and culture style en France, militant pour une musique consciente et spirituelle. « Word, Sound and Power !!! »

Comment as-tu découvert le reggae ?

Je crois que le premier disque que j’ai entendu c’était un disque de Bob Marley, que mon père avait acheté, il me semble que c’était le « Natty Dread ». Sur le moment je n’ai pas adhéré tout de suite. Ensuite mon frère a acheté l’album « Kaya »quand il est sorti, et c’est à partir de la que ça a commencé. A l’époque c’était que du vinyle de toute façon, le support CD n’existait pas, et j’ai commencé à acheter tous les albums de Marley qui sortaient au fur et à mesure et j’ai découvert les autres, Burning Spear, Culture, Gladiators, Peter Tosh, Bunny Wailer …tous les artistes de cette génération là. Et j’ai commencé à faire des petites soirées, en temps que DJ, c’était à l’époque du ska « Two tone », le ska d’Angleterre comme par exemple les Specials, Madness…c’était vers 1979, 80, 81, ces années là. Ensuite j’ai bossé comme DJ dans une discothèque, mais la je ne passais pas trop de reggae, c’était l’époque du funk 80. Juste après j’ai travaillé dans des radios associatives, à l’époque on disait les radios libres. Donc j’ai travaillé dans des radios, à Nantes d’ailleurs, dans une radio qui s’appelait Radio 100. Je me rappelle, pour l’anecdote, que l’émetteur était dans la baignoire… (Rires). Ensuite il y avait une radio qui s’appelait Convergence, au 10ème étage de la tour de Bretagne(à Nantes), ou j’ai fait la nuit, de 1h du matin jusqu’à 6 h matin, pendant trois mois de suite. C’était une radio commerciale qui passait déjà de la publicité, et je passais du son grand public, pas seulement reggae.

Comment est venue la décision de créer un sound system ?

Ce n’est pas vraiment une décision, au départ j’ai commencé par faire des soirées reggae, puis j’ai bougé sur Paris. J’ai commencé à aller dans les sounds, d’ailleurs le premier sound ou j’ai été ça devait être en 1983, c’était dans une église désaffectée qui se trouve vers Belleville, à Mesnilmontant exactement. A l’époque il y avait déjà des gens qui toastaient en anglais, en créole, en Wolof, mais pas encore en français. C’était l’époque des Yelloman, Ranking Joe…c’était mon premier sound. Apres il y en a eu d’autre vers le quai de la gare par exemple, c’était dans des squats. La même année je suis allé en Martinique, et là j’ai découvert ce qu’on appelait les Rockers, c’était des sounds systems à l’époque du style Rockers, et on appelait ça des Rockers, avec tout l’état d’esprit qui va avec, par exemple on servait l’Ital. C’était des soirées sans alcool, c’était vraiment dans la dimension de Rasta. C’est aussi la où j’en ai appris plus par rapport à Rasta. Je suis resté imprégné de cette culture des Rockers, puisque même après, quand j’ai commencé à faire mes propres sounds, j’ai toujours gardé cet état d’esprit, c'est-à-dire promouvoir le coté Ital, des soirées sans alcool, avec des jus de fruits, des stands. C’est comme ça depuis le début.
Le premier sound dont j’ai fait partie, c’était un sound de région parisienne mais que j’avais rencontré en Martinique, qui s’appelait Inity Gang, avec des frères antillais de la région parisienne avec qui on s’était retrouvé là-bas. Ca c’est le premier sound dont j’ai fait partie.
A la suite de ça, je suis revenu en France, puis je suis parti au Canada, ou j’ai commencé à utiliser un nom, que j’ai réutiliser par la suite, qui est Azania Possee, même si à l’époque j’étais tout seul lorsque j’étais au Canada, enfin avec quelques personnes que j’ai connu là-bas aussi.
Quand je suis rentré du Canada, j’ai commencé avec Mix Up, qui est toujours à Nantes d’ailleurs, Impérial, et un autre frère qui s’appelait Natty, on a fait Azania Possee. Ca c’était l’époque de la péniche Ruby sur Paris, ou il y avait beaucoup de sons qui se passaient…des gens comme Jah Wisdom jouaient la bas régulièrement…la plupart des sons de cette époque là jouaient à la péniche, qui a finie par fermer après un certain temps.
Ensuite nous avons ouvert un squat sur Paris, en face de la gare d’Austerlitz. Le gars qui a ouvert ça, c’était un gars qui était connu dans la jungle, Willy Man, que je connaissais à l’époque. C’était un ancien entrepôt des Messageries Presses Parisiennes, un local immense : 1000m² à l’intérieur même et également un autre espace de la même capacité, juste à coté. Azania Possee a rejoint Willy Man, et un autre sound , proche d’Azania qui s’appellait KGB (Moss, Aswa et Rude Lion). Rude Lion était proche également de High Fight qui à l’époque était le son de Nuttea, Tonton David, TipTop…tout ce crew la. Tous ces sons la étaient résident là-bas. D’ailleurs on habitait sur place quasiment, parce que c’était un endroit assez incroyable. Déjà on avait réussit à remettre l’électricité, il y avait des douches, de l’eau chaude, c’était assez confortable de ce côté la. Et vu que mon frère est charpentier, il avait aménagé des mezzanines…Il y avait aussi des graffeurs qui étaient sur place, les TCK, et aussi MEO un américain assez connu qui était là-bas à cette époque là…Ca a duré quelques mois et ça a fini par fermer aussi.
A la suite de ça j’ai quitter Paris pour revenir a Nantes. On a créé notre nouveau sound, Akabu-lan avec Moossa que l’on appelait Kalyman à l’époque, mais aussi son frère et sa sœur, c’était un sound familial ou il y avait aussi Elimane, qui a joué ensuite avec Irie Ites pendant un moment. Ca c’était autour de 1992-95, on a fait pas de sounds à ce moment là avec Akabu-lan, on a invité pas mal de gens aussi …des soirées à la Trocardière, le café Michelet aussi, qui a duré quand même pendant 2/3 ans, et quelques soirées à La route du rhum.
Akabu-lan s’est terminé, et c’est à ce moment la que j’ai monté le Zion Gate Hi Fi, c'est-à-dire le sound que j’ai à l’heure actuelle. Au départ c’était vraiment un sound à géométrie variable, c'est-à-dire que j’étais le seul vraiment permanent, puis LS a participé à certains sounds, Kalymane, Elimane, ça variait un peu. Puis Miniman m’a rejoint, en tant qu’opérateur dans le son, c'est-à-dire que c’est lui qui envoyait les sirènes, qui se servait du pré-ampli et aussi qui jouait du mélodica dans le son. Ca a duré 2/3 ans comme ça à deux, et Ras Mac Bean est arrivé dans la région, avec qui on a joué également pendant 2/3 ans.
Maintenant la formation actuelle est un peu changée, puisque depuis pas mal de temps on travaillait avec Nassadjah, mais l’élément déclencheur a été la première série de 45 tours que l’on a sortit, qui a été produit avec Nassadjah. C’était un riddim à lui à la base que Miniman a rejoué. Et depuis ce moment là, il a commencé à rejouer plus régulièrement avec nous, au point d’intégrer vraiment le son. Par contre Miniman ne joue plus avec nous depuis 8 mois maintenant, car il s’est axé un peu plus sur ses propres productions et son propre show live. On travaille toujours ensemble au niveau du label Zion Gate Music. Ras Mac Bean lui a déménagé au Mans il y a quelques temps et a commencé à jouer intensivement avec Irie Ites. Au début il jouait un peu avec les deux sounds, mais avec la sortie de son album, qu’il a fallut promotionner, il a du coup plus joué avec Irie Ites et moins avec nous. Du coup, maintenant, le Zion Gate Hi-Fi, c’est clairement Ras Abubakar et Nassadjah en tant que chanteur résident. Occasionellement viennent s’ajouter Mr Samy ou Keefaz (qui ont tous les deux leurs propres formations, mais ils jouent régulièrement avec Zion Gate), ainsi que Murray Man ou Kenny Knots (quand le budget le permet).

Peux tu nous parler de l’aspect technique même de ton sound (composition des caissons …) ?

En fait il y a quelques années on a commencé à jouer avec Rod Taylor qui m’a présenté Robert Tribulation, en Angleterre.Il a son sound qui s’appelle Word Sound and Power. Donc j’ai eu l’occasion d’aller quelquefois la bas voir Robert, j’ai vu son sound, le type de matériel qu’il utilisait. Il y avait également un frère plus jeune qui bossait avec lui, Marcus, qui a son sound qui s’appelle Marcus The Conqueror. Marcus, et son père, Austin, construisaient des sonos. C’est comme ça que l’on a construit notre première sono. D’ailleurs les 3 premières bass-bins (caissons de basse), les 2 premiers mediums et les premiers aigus, c’est là-bas que je les ai fait construire. Ce sont eux qui les ont construit pour moi. Apres cela on a fait des plans de ces éléments, que l’on a reconstruits par nous-mêmes. Mais ce sont eux qui nous ont mis le pied à l’étrier. C’est avec eux que l’on a appris le fonctionnement du pré-ampli par exemple (1998-99). Nous avons construit notre sono en 1999.
La construction d’un sound était quelque chose que je voulais faire depuis très longtemps, parce que cela fait plus de 15 ans que je fais du son, et j’ai toujours eu envie d’avoir une sono. Le problème c’est que ça coûte beaucoup d’argent. A ce moment là on jouait régulièrement et on a pu mettre assez d’argent de côté pour donner l’impulsion à ce projet, pour faire en sorte que ça se concrétise.

Peux-tu nous expliquer ta façon particulière de jouer les cuts, qui n’est pas commune à tous les sound systems que l’on peut croiser ?

Déjà, il faut dire qu’en France, le terme Sound System ne correspond pas véritablement à la réalité de ce qu’est un sound system dans les pays comme l’Angleterre, la Jamaique, ou les Etats-Unis. Sound System, littéralement, ça veut dire sono. Donc un sound sans sono, ce n’est pas vraiment un sound. Ici, peut être parce que l’on avait pas d’autre termes plus appropriés, dès qu’il y avait une entité, un crew, une équipe, avec un sélecteur, un opérateur, un Mc, deux platines, une mixette et une petite sono de location, on a appelé ça un sound system. En fait ce n’est pas le terme qui convient vraiment, il faudrait trouver un autre mot…bon, je n’ai pas ça sous la main (Rires). Je pense que j’ai vraiment réalisé, quand j’ai vu jouer Jah Shaka la première fois avec son sound system, à Rennes, aux Transmusicales, ça a été un bon élément déclencheur. J’étais très impressionné par sa prestation. Ensuite j’ai été amené à faire des voyages assez réguliers en Angleterre, à rencontrer des gens là-bas, et puis j’ai vu aussi, dans le contexte, des sounds jouer en Angleterre. J’ai réalisé à ce moment la ce qu’était pleinement un sound system. Ma sensibilité, sûrement du fait de mon appartenance au mouvement Rasta, a toujours été du coté Roots. Le Bashment, le Dancehall …tout cela n’a jamais été vraiment ma sensibilité, ni ce qui m’intéressait vraiment dans le son, donc je me suis tout naturellement tourné vers le son que l’on trouvait en Angleterre, le son Roots. La façon que j’ai de jouer vient de là, tout simplement. Pas uniquement de Jah Shaka, mais également de tous les sounds vétérans comme Channel One, Jah Youth, Jah Tubbys…c’est sur cet exemple là que l’on a construit notre fonctionnement. C’est donc de là que viennent l’usage d’une seule platine, du pré-ampli, d’effets, de sirènes, de choses comme ça…mais ce qu’il faut dire, c’est que en jamaique aussi c’est parti comme cela. Au départ il n’y avait qu’une platine. Le système du pré-ampli, des bass-bins comme on utilise, c’est également ce qu’ils utilisent en Jamaique. Même les gros sound systems Bashment, Dancehall comme Stone Love etc…ils ont leur sono, dans un semi remorque (Rire). La sono de Stone Love, c’est une vraie sono. Donc ce n’est pas quelque chose venant spécialement des sound systems Roots. Sound System, c’est une sono.

Pour finir avec le côté sound system, peux tu mous parler de la soirée que tu organise tous les ans, à la même période ?

Le concept de cette soirée, qui s’appelle Give Jah The Glory, c’est une célébration du couronnement de sa majesté impériale Hailé Selassie I, qui a eu lieu le 2 novembre 1930. Donc, chaque année autour de cette période là, comme c’est une date importante pour Rasta, on organise une sorte de mini-festival entre sounds. Une année on avait fait aussi du live avec les musiciens de Ras Mac Bean, The Choosen Few. La plupart du temps ce sont des sound systems, car c’est ce que l’on a toujours fait et ce que l’on connaît le mieux donc on invite des artistes d’angleterre, ou d’autres sounds systems. Cette année pour la première fois on avait invité un sound system francais, de Montpellier, Reality Sound, qui est dans la même optique que nous. C’est un sound qui a été construit par Boris, un anglais, qui a émigré dans le sud parce qu il y fait meilleur, avec qui on avait déjà organisé des rencontres vers Montpellier, mais aussi à Bagnols Sur Cèze…c’était la première fois que eux venait à leur tour dans la région.

Peux tu nous parler du label Zion Gate Music maintenant ?

Le label est en fait dans la continuité des choses. J’ai commencé à y penser quand Miniman nous a rejoint, vu que c’est un musicien et qu’il avait des compositions. Dans un premier temps j’ai sorti un maxi 45 tours avec 2 mix alternatifs de Miniman, qui a bien marché. Ca c’était en 2001. Ensuite, on travaillait déjà depuis longtemps sur un morceau de Nassadjah, Prions Jah. On avait commencé en 1996-97, et le riddim Prions Jah est sorti en 2002. Nous sommes passés à travers différentes mutations avant d’obtenir le riddim qui est sorti dans les bacs. Mais avant nous, un autre frère, LS, avait déjà fait une version digitale de Prions Jah. A partir de là, on a fait notre première série de 45 tours, sur 2 deux ans à peu près, au fur et à mesure des rencontres on faisait poser des artistes en studio, puis petit à petit on a eu une série complète qui a eu un bon accueil auprès du public. Et du coup on a enchaîné sur une autre série qui est sortie il y a peu de temps : From Afar Riddim….enfin, le morceau de Lorenzo a été enregistré il y a 3 ans environ. C’est aussi la réalité de la production, et la réalité économique à prendre en compte lorsque l’on sort une série.

Pour faire le tour de tes activités au sein du reggae music, peux-tu nous parler du magasin de vinyles ONENESS RECORDS (Nantes) ?

Le magasin a toujours été quelque chose que j’ai eu plus ou moins dans la tête. Ca s’est concrétisé dans les années 1995-96, je faisais des soirées régulièrement à La Route du Rhum (Nantes). Des soirées pas seulement reggae, mais aussi de la musique africaine, du funk, de la soul, du hip-hop…c’est à cette époque là que j’ai rencontré DJ Pharoah, qui d’abord venait aux soirées, puis faisait ses sets, puis on a finit par alterner. C’est avec lui qu’est venue l’idée de faire une boutique, car à l’époque, la seule boutique qui faisait un peu de vinyles sur Nantes, c’était Black&Noir, qui était une boutique généraliste. Mais bon, c’était au compte goutte et on n’arrivait pas à avoir ce que l’on voulait. Donc la seule solution pour nous deux qui étions DJ, c’était d’aller soit à Paris, soit à Londres. A l’époque on ne pouvait pas commander sur Internet comme à l’heure actuelle. Donc on a tenter le coup de monter la boutique, ça nous a pris 3 mois de démarche, vu que c’est pas facile en France de monter un commerce (entretiens etc. afin d’obtenir des aides). ONENESS RECORDS a finalement ouvert ses portes en Mai 1998, composée d’une partie reggae dont je m’occupe et d’une partie soul, funk, hip hop dont Pharoah s’occupe. Les vinyles proviennent majoritairement d’importation des Etats-Unis, d’Angleterre et de Jamaïque.

Qu’est ce que tu penses du reggae qui sort actuellement, des jeunes artistes jamaïcains et de l’attitude qu’ils peuvent avoir certaines fois, ainsi que certains propos ?

Cela dépend en fait puisque aujourd’hui, on peut dire assez clairement qu il y a 2 scènes :
-1 scène Roots, qui paradoxalement ne correspond pas à l’idée du Roots en France. Par exemple Capleton, Anthony B ou Sizzla sont considérés en Jamaïque comme des artistes Roots.
-1 scene Dancehall avec Elephant Man…
Ces deux scènes sont assez distinctes même si des artistes comme Sizzla, Capleton ou Anthony B tu peux les retrouver sur les riddims hardcores du moment. Mais ils ne sont pas considérés de la même manière. Il y a toujours des choses intéressantes qui sortent dans la scène Roots jamaïcaine, ce que l’on qualifie de New-Roots, ce qui pour moi n’a aucun sens parce qu je ne voie pas comment des racines pourraient être nouvelles…enfin pourquoi pas…disons la scène Roots actuelle, serait plus approprié comme terme. Il y a toujours des bonnes choses bien qui sortent, mais il y a quand même beaucoup de riddims classiques réédités. Ce n’est certainement plus aussi créatif que la scène l’a été dans les années 70, début des années 80. A cette époque là, un artiste posait sur un riddim, et des fois il y avait une réponse d’un DJ qui reprenais le même riddim. Maintenant tu as des séries, dans la partie Roots, qui excède rarement 8 artistes. Par contre dans le coté Bashment, ça va jusqu’à 15 ou 20 artistes sur le même riddim, donc au niveau créativité c’est un peu réducteur. Après, dans la scène roots jamaïcaine, il y a parfois un peu de facilité, puisque ce sont les riddims studio one qui sont revisités encore et encore, et il n’y a pas beaucoup de place pour les riddims nouveaux, qui innovent.
Il y a également la scène anglaise, qui est assez différente, qui est toujours restée Roots, même dans la grand creux du début des années 90, ce qui a été, au contraire, le début de la scène que l’on appelle UK Roots ou Stepper en Angleterre avec des artistes tels que les Disciples, Bush Chemists…les premiers Jah Warriors…ils sont trop nombreux pour les citer tous. Vu de France on a l’impression que cette scène est importante, et, même si elle l’est, quand on arrive en Angleterre, on s’aperçoit qu’elle touche un public limité, c'est-à-dire pas beaucoup plus large que la communauté afro antillaise de Londres. Paradoxalement, en France le reggae a un écho plus large parce que ce n’est pas seulement un phénomène communautaire, il touche toutes sortes de gens de différents horizons, pas seulement la communauté afro.
Donc après il y a le reggae en France…
Il y a beaucoup de chemin qui a été parcouru en France, par rapport au début des années 80 ou le reggae était vraiment quelque chose de confidentiel, et vraiment communautaire…communauté antillaise, afro antillaise, et des sénégalais aussi dans les Dancehalls en région parisienne.
Du chemin parcouru notamment en 1985, avec les débuts du digital et des premiers toasts en français, Pablo Master, Sai Sai…toute cette scène la. Mais cela reste assez jeune quand même, malgré si aujourd’hui, des soirées peuvent réunir plus de 2000 personnes dans des Dancehalls de la région parisienne. Le public est plus large, plus important que la communauté afro antillaise
Par contre, en France, le sound system est considéré comme un truc de jeune, et cette dimension là est un peu gênante. Quand tu vas en Angleterre par exemple tu ne ressent pas ca, parce que Jah Shaka, par exemple, est quelqu’un qui approche la 60aine, pareil pour Mikey Dread de Channel One…Du fait que ce soit un phénomène communautaire qui existe depuis le début des années 60 en Angleterre, il y a des aînés, des références, alors qu’en France, il n’y a pas tellement de référence. Les gens les plus âgés sont des gens de ma génération, qui ont la 40aine ou un petit peu plus. On a peut être été les pionniers en France, mais on n’a pas de références francophones. Il y avait quand même des gens dans le reggae music en France avant les gens de ma génération, mais il y a des ambiguïtés puisqu’ ils étaient plus des reggaeman, qui avaient des locks, et de ce fait les gens les ont appelés Rasta, puisque Rasta, pour beaucoup de gens, c’est le fait de porter des locks. Ces frères la n’ont pas forcément cherché à en savoir plus sur Rasta, la personnalité de sa majesté impériale. Donc ça a créé pas mal d’ambiguïtés et d’incompréhensions dans le mouvement en France. Et du coup, je reçoit assez difficilement que ce soit assimilé parfois à une musique de jeune parce que je ne pense pas que ce soit le cas, mais c’est la façon dont c’est perçu en France.


Comment as tu perçu cet élargissement ?

Je dirais que le gros tournant se situe au début des années 90. Avant, le sound system était vraiment lié avec Rasta. La plupart des organisateurs de sounds dans les années 80 étaient des gens liés au mouvement Rasta. Avec l’arrivée de l’attitude plus Dancehall qui s’est produite au début des années 90, beaucoup de gens se sont sentis décomplexés par rapport à l’attitude qu’avait les jamaïcains à l’époque. Ils se sont reconnus, identifiés à l’attitude plus Dancehall. On a commencé à voir les premiers sounds avec de l’alcool, les premiers sounds bashment sur Paris. C’est aussi un peu pour cela que je suis parti de Paris en fait, parce que cela ne me plaisait pas du tout personnellement. Mais ça a aussi peut être remis les choses à leur place, parce qu’il y a des gens qui, auparavant, s’accommodaient de cet état de fait Rasta bien qu’ils ne s’y reconnaissaient pas vraiment. Il y a des masques qui sont tombés à cette époque la car des gens ont changé de comportement lorsqu’ils ont sentis que c’était le moment, que c’était devenu acceptable. Puisque les Jamaïcains le faisaient, pourquoi pas eux ?
En 1991, tout le public des soirées hip-hop de Paris avait mauvaise presse du fait d’histoires de bagarres etc…donc il n’y avait pas de soirées hip-hop, et beaucoup de gens du milieu hip-hop ce sont rabattus sur les sound systems à cette époque la aussi. Ca explique aussi peut être le changement d’attitude. C’est à ce moment là qu’il y a eu un grand tournant, en France en tout cas, dans le milieu des sounds systems. Du coup, le fait de ne pas avoir que des sounds typiquement Rasta a sûrement élargit la scène, cela a touché d’autres publics.

Comment considère tu les gens qui portent des attributs Rasta mais qui ne le véhiculent pas par leur actes et personnalité ?

Tu sais, tous les êtres humains se cherchent, et c’est un long cheminement. Ce n’est pas du jour au lendemain que tu te trouves. Si tu vois quelqu’un qui porte du vert jaune rouge ou qui arrête de se peigner les cheveux, c’est que quelque part il est attiré par Rasta. Mais cela ne veut pas dire qu’il a saisi ce qu’est rasta. C’est une révélation avant tout, on ne devient pas Rasta, on est Rasta de toute éternité. Je ne suis pas là pour dire qui est Rasta ou ne l’est pas, seulement, Rasta c’est un long cheminement, on ne décide pas du jour au lendemain.

Comment c’est passé ta révélation?

Je dirais que ca c’est fait progressivement. Bon, tout d’abord mon père est Martiniquais, mais je n’ai pas eu l’occasion d’aller en Martinique avant que j’aie 18 ans. Avant, je m’intéressais déjà à Rasta, j’avais été voir le concert de Marley à Nantes en 1980, ca m’attirait déjà sur beaucoup d’aspects. Par exemple, je suis végétarien depuis ma petite enfance tout simplement parce que je ne veux pas tuer d’animaux pour me nourrir de leur chair, je trouvais que c’était un acte barbare, et je ne me reconnaissais pas du tout dans ca. J’ai découvert que Rasta rejetait la chair pour les mêmes raisons que moi, ce qui ma rapproché aussi, ca m’a interpellé. Quand je suis allé en Martinique, j’ai eu l’occasion de voir des frères qui vivaient dans les mornes (les hauteurs), en autarcie: ils cultivaient la terre, ils se nourrissaient de ce qu’ils produisaient, ils allaient chercher l’eau à la source. Ca m’a fortement impressionné. Je dirais que le déclic était peut être à ce moment là. J’ai aussi cherché à en savoir plus quant à la personnalité de sa majesté impériale. Je pense que tout cela est une quête assez personnelle. Après, l’aspect un peu plus fashion, c’est un peu des enfantillages, des trucs de jeunesse, d’adolescents. Les adolescents, ou jeunes adultes sont des gens qui se cherchent, donc ca passe à travers quelques errements, des affirmations fortes du moi : l’ego. Mais ca n’est pas tellement important.

Quelle est l’importance du port des locks pour Rasta ?

Je dirais que ce n’est pas vital, ce n’est pas obligatoire d’avoir des locks pour être Rasta. Rasta c’est avant tout quelque chose que tu portes dans ton cœur. Mais ceci dit…le port des locks est quelque chose de naturel en fait. Tu laisses pousser tes cheveux, tu ne les peignes pas, ca fait des locks. Ce n’est pas quelque chose que tu fais physiquement, c’est le temps qui le fait. Le fait de porter des locks tend vers un mode de vie naturel, ca va avec la notion de Ital, cette dimension là. C’est une façon d’être en accord avec les forces qui nous entourent, la Terre …Mais après tu as des gens qui portent des locks qui n’ont pas grand-chose à voir avec Rasta. Et il y a aussi des gens qui portent des locks dans d’autre cultures, comme les Saddhus en Inde, ou d’autres tribus en Afrique, qui ne sont pas directement liés avec Rasta. Après, il y a aussi le phénomène de mode, des jeunes qui portent des locks, parce qu’ils trouvent ça joli. Je respecte le choix de chacun.

Nantes, 2005
Big Up:Ras Abubakar,Hyennal
publicité
commentaires
... aucun commentaire ...

1.9/5 (27 votes)

  • Currently 0.00/5
0.0/5 Evaluation Reggae.fr
Ras Abubakar(Zion Gate Hi Fi)
Zion Gate Hi Fi fondé par Ras Abubakar, est l'un des plus puissants sounds systems Roots ...
03/10/05 - DanceHall
Reggae Radio