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Interview Princess Erika Interview Princess Erika
22/04/07 - Auteur(s) : Jérémie Kroubo

J’ai récemment eu l’immense privilège d’être reçu chez l’une des pionnières du reggae en France, à savoir Erika Dobong’na plus connue sous le nom de Princess Erika. Lors de notre entretien, Princess Erika a passé en revue sa riche carrière musicale et abordé, sans langue de bois et de manière spontanée, des sujets aussi variés que la scène reggae française, le reggae au féminin ou encore la situation politique jamaïcaine.

Quand et comment as-tu découvert le reggae ?

La première fois, je pense que c’était en 1977. Je devais avoir dans les 12 ans. C’est ma sœur qui est venue avec un disque de Bob Marley à la maison qui s’appelait Rastaman Vibration et on a pris une claque avec ça ! C’était son quatrième album et en fait on écoutait que ça. A cette époque, le disque était sur les platines du soir au matin. Puis, l’année d’après en 1978, je suis allée le voir à la Villette, sous le chapiteau. Je me rappelle il y avait un groupe de percussions en première partie et c’est le concert dont je me souviens très fraîchement encore aujourd’hui comme si c’était hier. J’ai pris une claque qui, jusqu’à aujourd’hui, reste très vivace. J’étais très jeune et je pense qu’on reste très attaché aux musiques de son adolescence. Dans la musique j’ai pris vraiment une grosse claque avec le reggae, la soul avec Stevie, la pop avec des mecs comme Bowie, les Beatles… Ce sont des trucs qui ont échelonné ma vie, mais c’est vrai que le reggae pour moi c’est quelque chose de très spécifique. Il a orienté toute ma vie parce qu’il a été une révélation pas seulement musicale mais aussi de contestation. Prenons le message de Bob par exemple, il s’agit d’une contestation qui était assez sympathique. Ce n’était pas genre « prenez les armes et détruisez tout » mais c’était « regardez du côté de l’Afrique, débarrassez vous du matérialisme etc....». Ça m’a quand même orienté, ça a façonné ma vision des choses et je pense aussi que ça m’a parlé parce que c’était dans mon caractère d’être révolutionnaire. Pour moi, le reggae c’était une musique d’expression et l’expression c’était la révolte. Une révolte musicale comme celle-là, ça me paraissait tout à fait dans mes cordes.

Tu fais partie des premiers artistes français à faire du reggae dans les années 80. Peux-tu me parler brièvement de cette époque et des premiers artistes à avoir fait du reggae en France ?

En France, à l’époque la scène reggae était assez foisonnante. Il y avait des groupes comme Azikmen, I and I, Savane, Watch’Da, enfin il y avait vraiment pas mal de groupes. On avait même un petit QG, Parking 2000, dans le 18ème, où tout le monde répétait, même Alpha Blondy qui arrivait en France à cette époque venait faire son petit marché de musiciens là-bas ! C’est vrai que cette scène a engendré des organisateurs de concerts qui sont les prédécesseurs de Garance et eux, ils nous ont beaucoup fait tourner. A l’époque on était un groupe de filles, on s’appelait les Blackheart Daughters. On était que des femmes, sur scène c’était assez impressionnant, et ils ont cru en nous. Ils nous on fait tourner. Au départ c’était des petites scènes en France et ses environs, mais on allait aussi en Allemagne, en Italie et tout ! On a bien écumé les petits clubs pour se forger. Ensuite, j’ai découvert le dancehall dans sa forme basique, le sound system, et c’est alors que j’ai rencontré Pablo Master, Youthman Unity, High Flight (Tonton David, Daddy Nuttea, Selecter Paulino), tous les gens qui à cette époque prenaient les platines et le micro et nous donnaient l’occasion de s’exprimer. Moi, j’étais une fille de la scène, du live. Le dancehall est une autre forme d’expression du reggae qui m’a beaucoup influencé. C’est juste après cette époque que j’ai fait « Trop de Bla Bla ». Il y a eu la période de composition et ensuite la période « singjay ». J’écoutais tous les raggamen du moment et c’est vrai que pour moi, Pablo Master, Mickey Mossman, General Murphy et Daddy Yod sont les premiers qui ont commencé à chanter du reggae/ ragga en français. Moi, je suis la pionnière en tant que fille et on a sorti French Connection, la première compilation de reggae en France sur laquelle il y avait tous les gens que je viens de citer et j’étais d’ailleurs la seule fille sur ce disque.

Cela ne devait pas être évident d’être la seule fille ?

C’était rough et en même temps ça convenait à mon caractère car moi je suis quelqu’un qui suit aussi assez rough de nature. La musique à cette époque, c’était un monde d’hommes et je dirais qu’aujourd’hui seulement, ça commence peut-être un petit peu à se diversifier parce que les filles commencent à être productrices, auteurs compositeurs etc. Elles ont toutes maintenant affirmé leur position, mais à l’époque c’était difficile d’évoluer dans ce milieu. Il fallait être sous la coupe d’un mec, être protégé par un mec et moi c’était pas du tout ce que j’avais envie d’accepter, et donc je me suis battue contre ça. Et je dirais même que quelque part, ça a forgé mon caractère et ça m’a permis aussi, comme j’étais assez volontaire, de sortir du lot. Quand on est combative, lorsqu’on est dans le combat et qu’on ne laisse pas la bataille de côté, on a forcément plus de résultats ! En fait, ça était plutôt une bonne chose pour moi que ce soit un monde d’hommes.

Tu as enregistré ton premier album à Londres avec les musiciens d’Aswad ?

Non, ce n’est pas le premier album. Il y a eu deux titres, à l’époque ce qu’on appelait des 45T, dont « Trop de Bla Bla ». Comme l’autre titre était à ma collègue de travail et qu’on a eu une embrouille, on a mis que mon titre sur la face A et le dub sur la face B. C’est là qu’on a rencontré tous les musiciens d’Aswad parce qu’on allait dans tous les concerts de reggae évidemment. On est parti à Londres, on leur avait demandé de venir jouer pour nous, et ils sont venus avec plaisir. A l’époque, c’était une scène vivante et les artistes étaient très accessibles. Il y a plein de gens par exemple qui ont rencontré Peter Tosh qui traînait dans les rues avec son petit sac à dos. Les mecs, ils avaient envie de découvrir qui étaient ces gens qui jouaient la même musique qu’eux. Ça les intéressait.

La scène reggae à Londres à cette époque était-elle différente de celle en France ?

Oui, totalement ! Elle était vachement plus animée et il y avait des labels partout. Il y avait Greensleeves etc. et on pouvait aller dans leurs entrepôts acheter des disques en gros. C’est comme ça d’ailleurs qu’on « trafiquotait » puisque le reggae n’arrivait pas dans les magasins en France. Nous, on faisait nos petits deals. Il y avait un endroit d’ailleurs où j’allais répéter quand j’étais à Londres : il y avait des studios de répétitions, des studios d’enregistrements, des Master Class où des gens venaient enseigner la musique et c’était du reggae, et je trouvais ça incroyable qu’on n’ait pas ça en France. Il n’y avait aucune vision pour développer la musique ici ! A Londres, ce n’était peut-être pas plus facile, mais c’était plus organisé !

Ensuite en 1998, tu es partie en Jamaïque enregistrer l’album « Tant qu’il y aura ». Peux-tu me parler de cette expérience ?

C’était une expérience que j’avais envie de faire pour mon plaisir parce que pour moi, cette île n’était pas du tout une destination pour touristes mais plutôt un lieu de pèlerinage pour rencontrer les gens qui m’avaient toujours inspirée et que j’avais toujours admirés. Je suis arrivée là-bas avec ma guitare, mes chansons et évidemment des idées d’arrangement. Je suis allée voir Sly qui est quelqu’un de très ouvert, de très musical, et il me disait « Ouais, ce qui est bien avec toi c’est que tu es musicienne et que tu joues un reggae qui t’appartient totalement. Nous, on est là au service de ta musique ! » Quand un mec comme ça, qui a accompagné les plus grands musiciens, te parle de cette manière, c’est fabuleux !



As-tu remarqué des similitudes entre la Jamaïque et l’Afrique ?

C’est très vague comme question car les cultures, les influences sont différentes. En Jamaïque, les Etats-Unis sont vraiment tout proches. C’est une culture anglophone, elle a été une colonie anglaise pendant très longtemps. C’est aussi un pays qui a été cassé au moment de l’indépendance. C’est la même chose dans le sens où c’est un pays de Noirs, mais sinon ils ont vraiment une culture qui est très particulière, une culture des Caraïbes qui n’a pas grand-chose à voir avec la culture africaine. Mais on retrouve ce côté hospitalité, convivialité qui caractérise tous les pays où il y a des Noirs. Je tiens aussi à dire que ce n’est pas un pays où il y a de l’or et de l’argent comme au Zaïre ou du pétrole comme au Tchad, mais c’est un pays qui, si on lui laissait la possibilité et le choix, pourrait s’auto-suffire. Mais je trouve qu’il reste trop influencé pas les Etats-Unis et qui aurait dû faire comme Cuba, c’est-à-dire rejeter totalement cette culture. La Jamaïque a quand même été l’un des pays les plus pauvres pendant une vingtaine d’années et ça fait une dizaine d’années qu’elle se relève un petit peu.

D’après toi, pourquoi tant de jeunes Français d’origine africaine, antillaise voire même de plus en plus de Blancs sont attirés par le reggae et la culture rasta ?

Je pense qu’il y a le côté festif du reggae, les spliffs etc…et aussi ça plaît beaucoup aux alter-mondialistes parce qu’il y a un message. Je pense à des gens comme Tiken Jah Fakoly par exemple. La musique à messages plaît à une catégorie de personnes. Au départ, le message c’était « regardez du côté des îles, il y a une musique qui va nous libérer de l’oppresseur », et toutes les Caraïbes se sont senties concernées. Ensuite, tous les Noirs se sont sentis concernés car c’est vrai que les Noirs ont toujours étés les premières victimes de cette oppression. En ce qui concerne les Blancs, il y a sûrement le look, les locks, les joints etc… et puis aussi le côté bonne conscience, parce que cette musique leur permet peut-être de se racheter d’une certaine manière. Enfin, c’est comme ça que je le ressens !

Et dans la scène reggae française, de qui te sens-tu la plus proche ?

Il y a des gens avec qui je me sens en connexion, dont j’aime la musique, qui sont toujours là malgré les difficultés. Je pense à des gens comme Yod avec qui j’ai fait un petit titre reggae sur une compile qui s’appelle Black Marianne. J’étais contente de le retrouver. Il y a des gens comme Nuttea qui est très musical. J’ai toujours aimé ce qu’il faisait, j’ai toujours trouvé que c’était quelqu’un de très intéressant autant humainement que musicalement. Je suis proche de ces gens là parce que je les aime. Maintenant, je trouve que la scène reggae elle n’existe pas ! On a récemment fait un festival reggae au féminin au mois de juin, il n’y avait même pas 300 personnes dans la salle, alors qu’il y avait Sister Flya, Mo’Kalamity, Queen Sheeba, moi-même. Je me dis que quand les gens ne se déplacent pas pour voir du reggae au féminin c’est quand même dommage !


C’est peut-être lié au fait que ça reste un milieu macho !

Oui, mais quand même ! J’ai récemment parlé avec le producteur de Soundkail, Thomas, qui me disait que c’est très difficile de faire de la scène reggae en France. Les gens n’y sont pas ou plus préparés. En plus, il y a aussi le message que véhicule maintenant cette musique. Les nouveaux artistes jamaïcains ont parfois des messages un petit peu décalés avec la réalité. Moi j’ai envie d’entendre, pas forcément « aimons nous les uns les autres », mais des messages plus positifs!

Donc tu n’apprécies pas trop la nouvelle génération de chanteurs dancehall ?

Non, pas trop. Si tu veux moi les « Batty Man » et tout ça, ça ne m’intéresse pas. Si, il y a un mec que j’aime bien c’est Junior Lion. Il est avec sa guitare, sa voix…moi je suis plutôt du genre à écouter « Money In My Pocket ». Ça, ça me parle! « Money in my pocket and I just can’t get no love », c’est un message pour moi. Les Freddy McGregor, Gregory Isaac, les messages qu’ils délivraient à l’époque, on est loin de tout ça aujourd’hui. Le monde change !

Et aujourd’hui tu apparais sur la compilation « Il est 5 heures…Kingston s’éveille », peux-tu me parler de cette compilation ?

C’est d’abord une compile que j’apprécie énormément parce que premièrement, Mato a fait un travail sur des compositions existantes. Les adapter en reggae ce n’était pas forcément évident ! Adapter en reggae des chansons comme celles de Charles Aznavour qui sont un peu arythmiques, je trouve qu’il l’a fait super bien ! Il a rangé chaque morceau dans un petit écrin pour chacun, il a eu un bon choix de morceau au départ et j’aimais beaucoup l’idée de reprendre des titres bien français en reggae roots. C’est de là qu’il vient et c’est ce qu’il aime. Mato, c’est un mec qui kiffe le reggae grave! Mais voilà, il kiffait d’autres choses aussi. Moi les gens qui ont une certaine culture musicale ça va toujours me plaire parce qu’on peut discuter. Je te dis ce que j’écoute, tu me dis ce que tu écoutes etc…Même si t’es loin de ce que je fais, si tu as ta culture ça va ! C’est sûr qu’avec Mato, ça c’est super bien passé parce que sur le disque il y a des gens que j’apprécie énormément, des mecs comme Rozoff par exemple. J’adore la version qu’il a fait de « Plaisirs d’amour ». J’adore aussi la version qu’a fait R. Wan de « Je suis malade », c’est d’ailleurs là dessus qu’il m’a vendu le projet. J’aime bien les choses un peu originales comme ça où justement moi aussi je peux tirer mon épingle du jeu. C’est-à-dire être moi, Erika, dans mon élément, aller chanter une chanson que j’aime bien, « La vie en rose », et en même temps l’interpréter dans la musique que j’aime. Ça, c’était super !

Enfin, que t’a apporté le reggae dans ta vie en général ?

Comme je l’ai dit au départ, une orientation de vie. Je crois que si je n’avais pas connu le reggae, comme un message, comme une façon d’être, de penser, de réfléchir, ça aurait été très différent. Mais je pense que ça n’attendait que moi. Je suis tombée dans ce bain et puis je n’en suis jamais sortie. Ça correspondait à mon caractère de fille révoltée. J’ai toujours un peu ce sentiment là de frustration, d’oppression et c’est le reggae qui me permet de sortir de ces chaînes. Le reggae me parle très profondément !

Interview réalisé par Jérémie Kroubo en région parisienne le 19 01 07.
Photographie : Jérémie Kroubo.
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