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Interview Ken Boothe Interview Ken Boothe
22/06/09 - Auteur(s) : Djul (avec Sacha Grondeau)

Comment avez-vous commencé votre carrière ?

Je suis né à Kingston en Jamaïque le 25 mars 1948. J’ai grandi dans une famille musicale, ma mère chantait du gospel quand elle lavait le linge et ma grande sœur était dans le business de la musique. C’est elle qui m’a appris le business, elle m’a introduit dans ce milieu quand j’avais 15 ans. Mais vous savez, j’ai toujours aimé chanter. Quand j’avais 8 ans, je chantais des chansons américaines, mais je ne connaissais pas les paroles, alors j’inventais mes propres lyrics. Je chantais dans la rue et les gens adoraient ça. Et aussi à l’école à Denham Town, il y avait des concerts pour chaque vacances. Chaque classe avait un chanteur et on organisait des concours. J’étais dans la même école primaire que Delano Stewart, le futur chanteur des Gaylads. On était les deux meilleurs, on gagnait chacun notre tour ; un coup lui, un coup moi. Quand je rentrais de l’école, je passais devant la maison de Stranger Cole et je l’entendais chanter. J’adorais sa voix et je m’arrêtais chaque soir pour l’écouter.

Et vous avez formé un duo avec Stranger Cole. Comment avez-vous commencé à chanter avec lui ?

Et bien, un soir où je m’étais arrêté pour l’écouter, je me suis mis à fredonner les chœurs de sa chanson. Il m’a entendu et il est venu me dire que j’étais un bon chanteur. Je crois que j’avais 16 ans à cette époque, mais Stranger était déjà un professionnel, il chantait déjà pour Duke Reid, sur son label Treasure Isle. Puis je suis devenu ami avec lui et on a écrit des chansons ensemble. On a fait « Uno, Dos » où on comptait jusqu’à 6 en Espagnol et on l’a proposé à Duke Reid. J’ai à peine commencé à chanter et Duke Reid n’a même pas voulu entendre la suite, il m’a emmené en studio tout de suite.

Et comment s’est passé l’enregistrement ? C’était votre premier ?

Oui, c’était la première fois que je mettais les pieds dans un studio. J’ai enregistré avec Tommy McCook et Roland Alphonso des Skatalites. Quand l’enregistrement a commencé, je me souviens que la lumière rouge dans le studio s’est allumée et ça m’a impressionné. C’était stressant car, à l’époque, les musiciens du studio étaient payés en fonction du nombre de riddims qu’ils enregistraient dans la journée ; alors ils voulaient en faire le plus possible, ils ne trainaient pas. Je me disais que je n’avais pas le droit à l’erreur, qu’il ne fallait pas que je recommence plusieurs fois. Alors j’ai prié, la lumière rouge s’est allumée et je l’ai fait en un seul cut. J’ai gagné 10 pounds grâce à cette session et je les ai donnés à ma mère, car j’étais encore sous la responsabilité parentale.

Ensuite vous avez débuté votre carrière solo ?

Oui en quelque sorte, j’ai acquis de l’expérience avec Stranger Cole et Duke Reid, puis j’ai travaillé avec d’autres producteurs comme Sir Mike ou Sir Percy qui étaient des propriétaires de sound-system. J’ai commencé à me professionnaliser.

Ensuite vous êtes arrivé chez Studio One. Comment avez-vous rencontré Coxsone Dodd ?

A l’époque, c’était le boss. Il avait tous les meilleurs artistes. Alors, avec Stranger Cole, on s’est dit qu’il fallait aller le voir. On a passé une audition au studio. C’est grâce à Stranger qu’on a pu passer cette audition, parce qu’il était déjà une star, alors Sir Coxsone était prêt à nous écouter tous les deux. On lui a chanté deux chansons : « World’s fair » et « Artibella », dans la minute qui suivait, on était dans le studio en train d’enregistrer. Quand « World’s fair » est sortie, elle a été directement classée dans les charts. Et je suis tombé amoureux de Studio One. Car il produisait la musique que j’adorais. C’est-à-dire du rythm and blues inspiré par la musique américaine qu’on entendait dans les sound-systems. Alors j’allais à Studio One tous les jours. J’ai rencontré Delroy Wilson, The Wailers, The Gaylads, The Soulettes (le groupe de Rita Marley). J’étais vraiment amoureux de Studio One et de Coxsone.

Et Coxsone vous aimait beaucoup aussi. Il paraît que vous étiez son chanteur préféré…

Oui, il aimait beaucoup ma voix. Un jour il m’a dit que ma voix était tellement belle, que je devais faire une carrière solo. Je ne pourrai jamais oublier ça. C’est un grand homme pour nous tous. Donc il m’a proposé d’enregistrer deux chansons solos pour lui, il voulait que je fasse de la Soul. Mais à cette époque, les gens commençaient à aimer l’authentique musique jamaïcaine : le Ska. Alors elles sont sorties mais elles n’ont pas très bien marché. Alors il m’a renvoyé dans le studio pour faire du ska et j’ai fait « The train is coming » qui est devenu mon premier hit. Il passait même dans les sound-systems et j’allais l’écouter. Je n’en croyais pas mes oreilles car je ne m’étais jamais entendu comme ça dans une soirée avec un public. Et tout le monde a commencé à me connaître en Jamaïque, je faisais des concerts… Puis j’ai fait plein d’autres hits…

Comme Puppet on a string…

“Puppet on a string”, “I don’t want to see you cry”, “Come tomorrow”, “Moving away”, “My heart is gone”… Toutes les chansons que je sortais étaient des tubes! J’avais de plus en plus confiance en moi. Mais c’est « Puppet on a string » qui m’a permis d’être connu en dehors de la Jamaïque.

Racontez-nous l’histoire de cette chanson. C’était une chanson chantée à l’Eurovision par une chanteuse anglaise…

Oui, exactement, pour le grand prix de l’Eurovision en 1967. La chanteuse s’appelait Sandie Shaw (ndlr : c’est elle qui a remporté le grand-prix cette année). Sir Coxsone avait été en Angleterre où il avait acheté le disque pour le ramener en Jamaïque. Il avait de bonnes oreilles, il ne ramenait que de la bonne musique. A l’époque, dans les studios en Jamaïque, les tables de mixage n’avaient que deux pistes ; alors on était obligés d’enregistrer en même temps les voix et les instruments, c’était comme du live. Aujourd’hui tu enregistres tout séparément car le matériel est plus sophistiqué. Bref, Jackie Mittoo est venu me voir un soir pour me dire que Coxsone avait ramené un disque génial d’Angleterre et qu’il voulait que je fasse une adaptation. Il m’a fait écouté le disque et je n’ai même pas eu besoin d’écrire les paroles, je les ai eues tout de suite en tête. Alors on a enregistré en un cut, tous ensemble comme je vous l’ai dit. Coxsone a immédiatement pressé une dubplate pour distribuer la chanson aux sound-systems. Et le soir même de l’enregistrement elle a été jouée dans une soirée à Greenwich Farm. Les gens étaient fous, ils ne voulaient entendre que cette chanson. Le selector jouait 3 disques et il était obligé de rejouer « Puppet on a string ». Toute la nuit ça été comme ça : 3 chansons puis « Puppet on a string », 3 chansons puis « Puppet on a string »… Et quand la chanson est sortie elle est devenue N°1 en Jamaïque et elle a bien marché en Angleterre aussi. A l’époque Alton Ellis avait aussi du succès en Angleterre, alors Coxsone a décidé de nous emmener tous les deux là-bas…

Vous avez eu pas mal de succès en Angleterre. Vous avez enregistré là-bas ?

Oui. Je ne pourrais jamais oublier l’Angleterre et l’Europe. Car un de mes autres hits internationaux était aussi une adaptation d’un groupe anglais : Bread. Je parle de la chanson « Everything I own ». Elle a été N°1 pendant 6 semaines en Angleterre en 1974.

A cette époque vos influences venaient donc aussi de l’Europe, pas seulement des Etats-Unis ?


Exactement. Par exemple les Beatles ; la musique de monde entier a été influencée par eux. J’écoutais beaucoup de chanteurs anglais à l’époque. Elton John… il est Anglais, non ? (rires) L’Europe a joué un grand rôle dans le développement de la musique noire, même si les Etats-Unis étaient les premiers.

Justement, comment la culture américaine a-t-elle influencée les musiciens en Jamaïque ?

Dans les années 50, en Jamaïque on écoutait le Rythm and Blues américain. C’était cette musique qu’on entendait dans les sound-systems. Et nous, nous avions notre propre musique, le Mento. Alors des musiciens jamaïcains on eu l’idée de mélanger un peu de Mento avec le Blues américain et ça a donné sa première vraie identité musicale à la Jamaïque : le Ska. Le Ska qui s’est transformé en Rocksteady puis en Reggae puis en Dancehall. Vous savez, je suis heureux d’être encore en vie pour pouvoir témoigner de cette période et promouvoir cette musique ancienne.

On vous appelait Mr. Rocksteady. Comment avez-vous régi quand le rocksteady s’est transformé en Reggae ?

Ce ne qu’est une question de nom et de tempo, mais c’est la même musique. C’est notre musique, la musique jamaïcaine. Et pour parler de mon surnom Mr. Rocksteady, c’est Coxsone qui me l’a donné. Mais c’est aussi juste un nom car je n’étais pas le seul à dominer l’ère du Rocksteady, il y avait aussi Alton Ellis, Delory Wilson, John Holt. On avait tous des hits, je n’étais pas tout seul. C’est comme Bob Marley, on l’appelle le King, mais je ne dirais pas que c’était le King au sens strict du terme. En tout cas, pour nous, ce n’est pas le King, car nous le connaissions très bien et nous avons eu du succès bien avant lui. Nous devons lui rendre grâce pour ce qu’il a fait, mais il ne faut pas oublier les autres : Delroy Wilson, Slim Smith, Jacob Miller, Alton Ellis… Bob a fait son travail à 100 %, mais il n’était pas tout seul. Certaines personnes ne veulent pas entendre ce que je suis en train de dire, mais c’est la vérité. Nous somme tous égaux aux yeux de Dieu.

Vous n’écrivez pas de chansons sur Rastafari. Pourtant, on sent que Rasta est important pour vous…

Bien sûr. Rastafari est un concept, c’est quelque chose que l’on a en soit dès la naissance. J’aime les enseignements de Sa Majesté Impériale Haile Selassie I. Ils n’ont aucune couleur, aucune race, aucune croyance. Je crois en Rasta, je suis définitivement un rasta man. J’ai un musée chez moi, et la première chose que vous verrez en rentrant dans ce musée est une photo de Sa Majesté. Pour moi, c’est l’Homme le plus important.

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