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INNA DI DANCE ! INNA DI DANCE !
04/12/09 - Auteur(s) : Nounours

INNA DI DANCE :
Dossier sur la danse dans le dancehall


En témoigne l'éthymologie même du terme dancehall (littéralement : « salle de danse», l'endroit où l'on danse),ce courant musical est indissociable de la danse en Jamaïque .
Lumière sur un phénomène d'ampleur, ses codes, ses acteurs et son extension au monde.
Retrouvez en prime à la fin de ce dossier une interview d'AmZone, LA Dancehall Queen française.

PREMIERE PARTIE – NAISSANCE
INNA DI DANCE : Dossier sur la danse dans le dancehall
Il existe de nombreuses danses dans l'Histoire jamaïcaine, souvent inspirées de danses venues d'Europe mais surtout d'Afrique. Cette inspiration africaine se ressent d'ailleurs encore aujourd'hui dans les similitudes qu'on observe entre le dancehall et le coupé-décalé (création et renouvellement de pas inspirés de faits quotidiens).

Dans les années 60, le ska était un type de musique mais aussi une danse très populaire au tempo rapide. A l'époque déjà , on observait beaucoup de variantes des pas basiques.
La danse dancehall telle qu'on la connaît actuellement s'inscrit dans une continuité, elle est une sorte d'héritage des danses qui accompagnaient les courants musicaux qui ont fait vibrer l'île: mento, ska, rocksteady, rub-a-dub...

Au début des années 90, l'explosion du style ragga, donne une toute nouvelle dimension à la danse.
Un certain Gerald Levy, plus connu sous le nom de Bogle, va entrer dans l'histoire de son pays par la danse.
Il crée une danse qui porte son propre nom, le 'Bogle' : mouvements lascifs, ondulation du bassin et du torse, les doigts tendus en l'air simulant une arme.
Il inspirera aussi et donnera son nom à une nouvelle rythmique dancehall, désormais dominante.
Il crée dans la foulée le pas 'Butterfly', classique s'il en est, qui fit des ravages partout dans le monde sur des purs ragga comme le 'Bam Bam Riddim' par exemple.
Qui n'a pas déjà esquissé ce mouvement, sans même savoir qui est Bogle !
La danse dancehall était née.

La musique occupe une place primordiale en Jamaïque, et, aujourd'hui plus que jamais, elle ne va pas sans la danse.
Même les producteurs de riddims pensent leur travail en fonction du dancefloor, se demandant si leur future sortie est assez efficace pour faire danser les foules.

Des soirées ont lieu quotidiennement: on fait la fête et on teste ses pas.
La scène est très fournie niveau danseurs, ce sont de véritables stars locales.
La reconnaissance d'un danseur se mesure entre autre à la popularité des pas qu'il crée.
Ces danseurs sont, à quelques exceptions près, tous masculins.
Les filles, elles, sont occupées au International Dancehall Queen Contest annuel à Montego Bay.

Créé en 1997 (et mis en avant par le film avec Beenie Man), le Dancehall Queen Contest est un événement majeur et très attendu du public jamaïcain qui réunit de 5 à 10 000 spectateurs chaque année.
Il s'agit bien entendu d'un concours de danse , tendant à déterminer qui sera la 'reine du dancehall'.
Les prestations des participantes ne se sont pas toujours apparentées à de la danse très artistique, souvent réduites à des ondulations des hanches et mouvements des fesses ( action dite de «winer») , et pour les plus gymnastes d'entre elles quelques roues ou poiriers.
Cette fâcheuse tendance est cependant en train de changer ces dernieres années.

Le style des danseurs est également un point essentiel, pour les filles comme pour les garçons: tenues excentriques, coiffures colorées et futuristes, voir déguisements, tout est bon pour se faire remarquer.
Ils appellent ça l' «attitude» (prononcé en anglais s'il vous plaît!) et y sont très attachés : être stylé, original,très à l'aise et sûr de soi, c'est déjà une partie de la performance!



DEUXIEME PARTIE – Présentation de la scène jamaïcaine

Vous avez souvent entendu, dans les hits dancehall, des noms très obscurs pour vous, vous ne saviez d'ailleurs peut-être même pas qu'il s'agissait de danseurs. Il est temps de changer la donne.

Le pionnier en matière de danse est donc Gerald 'Bogle' Levy, aka Mr Wacky, appelé aussi respectueusement et avec admiration «Father Bogle».
Bogle est un personnage fascinant, très joueur, et est considéré par beaucoup comme le meilleur danseur jamaïcain de tous les temps.
Sa première création date de 1991, c'est donc le 'Bogle' comme vu précedémment, danse qui sera saluée en musique par Buju Banton quelques mois plus tard.

Dés 1991, il crée le Black Roses Crew, baptisé ainsi en référence à un quartier chaud de Kingston d'où ils sont originaires et composé de : William Haggart Moore, dit Willie; David Alexander Smith aka ICE; Steve , et donc Bogle.

Il inventa tout au long de sa carrière de nombreuses danses plus populaires les unes que les autres comme le Butterfly, le 'Out and Bad', le 'Willie Bounce' (hommage à William Haggart qui fut assassiné en 2001) , le 'Wacky Dip' , 'Sesame Street' , 'Jerry Springer' , ' Log On' , ' Row Di Boat' et plus encore ...

Il prend sous son aile plusieurs danseurs et même des chanteurs !
Il 'coache' par exemple Ding Dong, la danseuse Keiva The Diva et la dancehall queen Mad Michelle (élue en 2003), ainsi qu'Elephant Man.

C'est un bien triste destin que celui de la formation de Bogle: en effet , aprés la mort de Willie en 2001, c'est Bogle lui-même qui est assassiné à la sortie d'une soirée en 2005. Ice rejoindra cette liste de tués par balles en 2008.

Bogle révèle également une autre figure importante de la danse : John Hype, qui a lui aussi créé des danses à succès comme le 'Pon di river', 'Higher Level', 'Signal Di Plane', 'Drive-By', 'Krazy Hype' , 'Iverson Bounce', etc...

Ce dernier était à la base un des protégés de Bogle, mais il se détachera petit à petit du maître et s'y confrontera plus tard, devenant ainsi son ennemi.
Il fut d'ailleurs accusé du meurtre de Mr Wacky.

Les funérailles du danseur Bogle en 2005 constituent un événement sans autre précédent que celles de Bob Marley (!) sur l'île.
L'émotion est immense, l'hommage à la hauteur: on pleure, on chante le tube de Bogle 'All Dem Deh' et on exécute avec ferveur ses pas aux quatre coins du pays.

Mr Wacky est mort, mais ce n'est pas sans avoir inspiré toute une génération et ouvert la voie.
Sa mort sonne d'ailleurs la fin de son quasi-règne et pousse sous les projecteurs tous les autres danseurs, qui se disent tous sans exception inspirés par Father Bogle.
En 2005, on aperçoit déjà la plupart de ces danseurs dans le clip de Voicemail 'Wacky Dip' , hommage à Mr Bogle.

La scène actuelle contient du beau monde.
Le groupe Ravers Clavers emmené par Ding Dong (créateur du 'Sashi Cool') et composé de OvaMars ( 'Raging Bull' et 'Nuh Linga'), Mundo ('Sassa Step') et Tornado, est l'un des groupes les plus hypes à Kingston.

Les groupes MOB Dancers et Black Blingaz ne sont pas en reste:
MOB Dancers apparaissent dans de gros clips comme 'Nuh Linga' d'Elephant Man, 'Bad to di bone' des Brick and Lace ou 'Church Eathen' de Shaggy; quand les Black Blingaz créent la danse «Tek Weh Yuhself» et tournent dans le clip du même nom de Mr Vegas, sans avoir oublié avant d'aller gagner le titre de Meilleur groupe original de l'année en 2007.

Le groupe Timeless, composé de Taz, Doctor Bird et Rizzla et créateur de danse comme le 'Doctor Bird', 'Power Cut' et 'To Di World' s'illustre aussi dans plusieurs clips.

John Hype est toujours en activité, avec son John Squad.

D'autres ne tiennent pas à appartenir à un groupe, comme les danseurs Sample Six, Chi Chi Ching et Shelly Belly (créateur du 'Luggo Luggo').
Le danseur Ice, décédé en 2008, n'avait pas abandonné et a connu la gloire avant sa mort avec son 'Gully Creepa'.

Du côté des filles, les meilleures dancehall queens ne comptent pas pour du beurre: Mad Michelle, Keiva et sa rivale Stacey, Dyema, Latoya et bien d'autres font des ravages.
On trouve aussi quelques groupes comme les First Class Dancers ( à voir dans le clip 'Sweep' de Elephant Man) et les Attitude Gyalz (visibles dans les clips 'Hot Fuck' ou 'Dutty Wine').
Les danses exclusivement féminines ne sont pas très nombreuses mais il en existe, comme le très célèbre 'Dutty Wine' chanté par Tony Matterhorn, le 'Hot Fuck' ou le 'Beyonce Wine'.

Tout ce petit monde est réuni par la même passion, la danse, et chacun doit se démarquer pour espérer s'élever.
Pour cela, chacun y va donc de sa petite création de pas de danse, un 'new step' qui tuera tout dans les dances.
Chaque pas porte un nom, plus ou moins étrange ou drôle.
La plupart des pas s'inspire de faits et gestes quotidiens. Cela s'apparente quasiment à un jeu de mime.
Cela va du 'Butterfly', qui imite à l'aide des genoux les battements d'ailes d'un papillon, au 'Flowers A Bloom', littéralement «Les fleurs éclosent», qui imite donc le phénomène, en passant par le 'Signal Di Plane' qui vous suggère donc de faire signe à l'avion comme si vous étiez sur une piste d'atterissage.
La ballade en bateau n'est pas exclue, si le coeur vous en dit faites donc un 'Row Like A Boat', vous devrez par contre ramer ...
Vous avez aussi la chance de pouvoir imiter une monstrueuse créature tout droit sorti d'un caniveau crasseux à l'aide du 'Gully Creepa'.
Et oui, Les pas sont nombreux , aucune possibilité n'est à écarter !

Certains chanteurs sont très proches des danseurs et affectionnent eux-même particulièrement la danse comme le groupe Voicemail, Mr Vegas, mais surtout Elephant Man qui a fait plus de la moitié de sa discographie avec des noms de danses !

Les chanteurs aiment donc big up les danseurs et leurs pas dans leurs chansons, ou, mieux encore, créent de nouveaux sons spécialement pour un nouveau step.
Mieux encore ? Pas sûr. En effet, les chanteurs rencontrent parfois d'immenses succès sur toute la planète avec certains hits qui utilisent les pas créés par nos amis les danseurs.
«Nuh Linga» et «Gully Creepa» d' Ele , «Tek Weh Yuself» , «Raging Bull» ou «Sassa Step» de Mr Vegas sont quelques exemples parmi de nombreux titres.
Or, il apparaît de plus en plus injuste que les danseurs n'aient aucune rétribution ni aucune reconnaissance par rapport à ces succès.
Les chanteurs aiment de toute évidence s'amuser avec eux, danser et big up leurs pas, mais ils n'ont pas l'air outre mesure de vouloir leur céder une petite part du gâteau.

Ce n'est d'ailleurs pas un phénomène nouveau, car John Hype avait déjà commencé à soulever le problème en 2002, quand il s'est indigné à la vue du clip «Like Glue» de Sean Paul qui passait sur MTV (ce qui n'est pas rien!) dans lequel il a reconnu certaines de ses créations.

C'est pour cela qu'à Yard, les danseurs pensent très sérieusement à copyrighter leurs pas, c'est-à-dire à y apposer des droits d'auteurs.
Ce n'est encore qu'en réflexion car le principe de droit d'auteur est assez difficile à appliquer sur un pas de danse, et il est important de bien définir ses modalités de mise en oeuvre, mais cela reste une solution équitable pour pouvoir faire évoluer le statut des danseurs.

Autre idée pour cela: inverser les rôles. En effet, beaucoup de danseurs ont tenté leur chance derrière un micro, avec plus ou moins de succès.
Bogle lui-même avait réussi à faire un tube «All Dem Deh», auquel John Hype avait répondu en chanson également.
Ding Dong a réussi l'exercice haut la main avec son tube «Badman Forward Badman Pull Up» en 2006 , il enregistre régulièrement depuis et rencontre un certain succès, comme avec les titres «Raise» ou encore «Gallis» .
Le crew de danseurs Merital Family a eu quelques dancing tunes qui ont bien marchés, comme «Frog Back», «Cool Reminder» ou «Buss A Wine» .
Ovamars a fait quelques duos avec Vegas , Taz s'est associé avec Sultex 3000 pour un «To Di World»
Sadiki et Shelly Belly ont eux aussi essayé, sans grand résultat pour le moment.


TROISIEME PARTIE – Popularité Mondiale & Interview d'AmZone



Il y a encore quelques années, en dehors de Jamaïque et exception faite pour le Japon, les personnes au courant que le 'Jerry Springer' n'était pas seulement un présentateur américain n'étaient pas nombreuses.
Seuls les aficionados les plus acharnés s'y étaient attardés.
Les choses ont évoluées depuis.
Est-ce Sean Paul qu'on doit remercier , avec ses clips tournant en boucle sur MTV bien chorégraphiés où l'on pouvait nettement apercevoir des pas comme Give dem a run ou Row like a Boat joliment exécutés ?
Ou encore pour son goût frénétique pour le «Willie Bounce» qu'il a pendant – très – longtemps danser partout où il a pu ?
Est-ce Elephant Man, pour avoir lui aussi réussi à l'époque à placer un clip sur MTV 'Pon Di River', qui comprenait bien une dizaine de danses ?
Est-ce Tony Matterhorn, pour son coup de poker avec 'Dutty Wine' qui a fait bouger tous les fessiers féminins (ou non) de la planète ?
Ou bien est-ce plutôt ce cher Usain Bolt, pour avoir montrer au monde en quoi consiste un Nuh Linga, un 90's et un Gully Creepa ?
Et bien, c'est eux tous, et d'autres encore.
Quoi qu'il en soit, la danse dancehall intéresse de plus en plus partout dans le monde.
Le Japon avait déjà pris de l'avance, les nippons raffolent de dancehall et avaient déjà bien integrés cette danse. C'est d'ailleurs une japonaise,Junko, qui remporta la couronne au concours jamaïcain en 2002.
Les Etats-Unis et l'Europe (Angleterre,Allemagne, Hollande, Belgique, Italie, France ...) se sont mis à organiser diverses compétitions de dancehall queens et de dutty wine, et les organisateurs de soirées se sont bien rempli les poches en empruntant le concept passa passa qui a rapidement fait fureur.

En France, le mouvement a encore un peu de mal à se mettre en place et les choses évoluent lentement.
Jusqu'en 2007, quelques groupes passionnés de danse essayaient déjà de représenter le genre, certains se qualifiant même de 'élite de la dancehall en France' , mais on retrouve rarement le style épuré des jamaïcains, nos danseurs hexagonaux trop influencés par d'autres danses.
Quelques Dancehall-queens en herbe esseulées se prenaient aussi d'affection pour les pas jamaïcains.
On assiste depuis à une évolution des techniques et à un renouvellement de la scène en France assez intéressant.

Une femme faisait déjà exception, et s'est rapidement révélée aux côtés du sound-system Shadow Killa: AmZone.



Interview de la Dancehall Queen AmZone
Réalisée le 21 novembre 2009
Propos recueillis par Nounours


Style strictly jamaican, technique parfaite, amour de la danse et humilité, AmZone a donné un tout nouveau souffle à la danse dancehall en France
Entretien avec une des (si ce n'est LA) meilleure danseuse(s) de France, la Dancehall Queen AmZone.


- Bonjour AmZone ! Tout d'abord peux-tu te présenter et résumer ton parcours?
Je danse depuis l'âge de 8 ans où j'ai commencé par le gwoka (danse traditionelle de Guadeloupe).
C'est lors de mes séjours en vacances au sein de ma famille et de réunions festives que j'ai découvert le dancehall, même si ma première approche de la Jamaïque s'est faite par le biais de mon père, qui était fan de Bob.
C'est donc pendant ces vacances que j'ai pu évoluer car il y avait des petits clashs durant les fêtes communales.
En France, je prenais des cours de Modern Jazz et de Hip-hop; comme il n'y avait pas grand chose niveau dancehall ça restait donc du domaine du loisir de vacances...

Je fréquentais les sound-systems de temps en temps et un jour, en sortant, on me tend un flyer qui annonçait un clash au Batofar, c'était en décembre 2005.
J'ai pris l'histoire super au sérieux! Je m'y suis rendue, j'ai fini deuxième car la fille avait tout pété avec un grand écart, mais les gens étaient pour moi, ça m'a redonné confiance.
Puis c'est surtout ce soir-là que Djabba du sound-system Shadow Killa (que je ne connaissai pas du tout) vient me voir et me dit qu'il trouve que j'ai un truc à développer.
Aussi, pour ce clash, il y avait une sélection de filles et une autre de garçons.
C'est donc la première fois que j'aperçois un type un peu chelou (rires) qui connaissait bien les danses et qu'on appelle Wicked!
Il est arrivé deuxième aussi, et avec le recul je me dis qu'à l'époque c'était le hip-hop que les gens favorisaient, pas le vrai dancehall...
Bref, Djabba et moi on s'est tout de suite entendus, c'est lui qui m'a montré mes premières vidéos de soirées jamaïcaines, et Wicked était là de temps en temps pour qu'on se fasse des délires.

Le public «sound-system» m'a donc connu par les petites prestas que je faisais pour Shadow Killa.
C'était très dur parce qu'une nana qui danse sur la petite scène de l'Alternat ou du Batofar,
c'était pas dans les habitudes des gens, ils n'ont pas compris tout de suite et j'ai du m'imposer, leur montrer que ce n'était pas du gogo ni des macaqueries mais bien de la danse, et en l'occurence du dancehall.

J'ai gagné un premier concours de dancehall queen en Février 2006, mais il n'a pas fait beaucoup de bruit. Cette année-là j'ai également fait beaucoup de concours de Dutty Wine que j'ai remportés.
J'ai continué avec Shadow Killa et mon nom commençait à bien tourner alors j'ai décidé de faire mon premier Birthday Bash, au Batofar, 2 jours après Noël: il était plein à craquer à ma plus grande surprise!

Ensuite, je me suis présentée à toutes les compétitions qui passaient! Je m'y rends et je m'arrange pour les gagner, mission accomplie (rires) !
Il ya le Dancehall Queen en Belgique qui a fait parler, car deux semaines avant il y a eu un buzz avec les vidéos de Shisha à l'European Dancehall queen Contest. Il s'avère qu'à cette époque j'avais contacté l'organisation du European bien avant pour participer mais comme je venais de débarquer sur le net je n'avais aucune vidéo de moi, je découvrais à peine Myspace et compagnie, donc j'étais moins crédible...
Pour revenir au Dancehall Queen en Belgique, j'ai gagné ce concours et je ne sais pas, c'est comme si le monde dancehall hors «sound-system» me découvrait, c'est là où j'ai vraiment réalisé que le dancehall sur Paris était divisé en deux «clans» ...

- Tu veux dire une sorte de dancehall aseptisé «Mtv» d'un côté et les sounds plus «underground» de l'autre ...
Yes, exactement ! Et je pense que là où j'ai fait la différence sur Paris, c'est que j'étais (Djabba et Wicked le savaient d'avance) la seule à représenter ce côté du dancehall «pure» très proche de la Jamaïque.
L'autre côté était encore trop marqué par le hip-hop new style que je connaissais déjà .
C'est grâce au concours belge qu'en Juillet 2007 j'allais représenter la Belgique mais aussi la France à Montego Bay, en Jamaïque. Je ne réalisais pas, c'était allé trop vite!
Les sounds étaient vraiment fiers de moi, ils l'ont toujours été, et c'est ça qui me donne aussi de la force.


- Pour revenir un peu sur le sujet de la scène française, comme tu l'as souligné le milieu de la danse purement dancehall était quasi inexistant en France il ya quelques années. Comment cette danse a-t-elle pu émerger , est ce qu'il y avait d'autres acteurs à l'époque avec Wicked et toi, et où en est on actuellement?
En 2006 et 2007, Shadow Killa et moi étions les seuls à mettre en avant les danses style Bogle (Willie Bounce etc. ), c'est-à-dire que le sound joue et que les danseurs soient là pour montrer de quoi il est question sur la musique.
Je pense que la danse a emergé en 2007 grâce à plusieurs facteurs.
Le premier c'est que le public 'sound' de Paris avait besoin de changement.
Ensuite Internet a été dans cette continuité. Les autres sounds ont suivi et enclenché la mode 'passa passa' jusque dans les clubs, et la multiplication des concours a boosté ce phénomène.
Je pense aussi que la participation de françaises au concours international a donné envie à de nombreuses danseuses de s'intéresser à cette danse, en 2007 j'étais la seule à être classée mais Shisha était également présente et les gens l'ont su aussi.
Aujourd'hui, Wicked est MC de Shadow Killa. On voit d'autres danseurs comme Atipa Squad de Guyane, Willie Bounce de la Réunion qui continuent activement à représenter le style de feu Bogle.
Les autres danseurs,du côté clubbing je dirais, sont beaucoup plus interessés par ce style et commencent à bien intégrer les mouvements mais la majeure partie du temps on ressent encore ce côté hip-hop new style, peut-être parce que plus populaire...
Lors de mes cours, je dis toujours à mes élèves que apprendre un mouvement quand on danse dancehall, c'est pas suffisant, il faut connaître son contexte pour vraiment être dedans, et dans le meilleur des cas savoir de qui il vient.

- Il y a aussi l' «attitude» , si chère aux jamaïcains, en France j'ai l'impression qu'on ose pas trop ...

C'est clair, c'est une énergie différente! C'est vrai, la scène française manque de culot et malheureusement d'originalité, cruellement...
Se déguiser, oser les chevelures colorées, c'est dur ici ! Mais c'est assez normal, vu que la scène est petite, oser c'est aussi prendre des risques .
En même temps c'est contradictoire, parce qu'il faut aussi oser pour évoluer, et choquer pour plaire, surtout en France.
Imagines quand j'arrivais à l'Alternat (ambiance toute cool) en talons et shorty! Au moins on se souvient de toi!
Y a plein de nanas qui m'ont dit, bien plus tard, qu'au début elles avaient beaucoup d'a priori sur moi mais que mon attitude envers les gens favorisait ma considération en tant qu'artiste.
Donc ça prouve que tout est dans le comportement, si tu te tiens bien y a aucun souci.

- Tu as participé à plusieurs reprises à l'Internation Dancehall Queen Contest à Montego Bay, tu as pu constater l'énorme engouement du pays pour la danse ...
Effectivement, ce contest est un événement national là-bas, il regroupe chaque année au moins 10 000 personnes.
Il y a entre 30 et 50 participantes chaque année venues de tous les pays du globe mais principalement Jamaïque, USA et Japon. L'Europe a fait sa petite place ces trois dernières années seulement.

- Justement, comment fait-on pour y concourir quand on vient d'Europe?
Quand tu es dancehall queen officielle c'est très simple: soit tu es directement 'linkée' et la com' se fait de promoteur à promoteur et là tu n'as rien d'autre à faire que ta bande son;
soit ton promoteur est un bras gauche et tu les contacte toi-même en leur prouvant que tu représente le pays dans lequel tu vis.
Si tu es juste danseuse et si ton pays n'est pas representé ou presque pas, tu peux tenter ta chance mais là tous les frais sont à ta charge, billet d'avion etc...

- Revenons à toi, pourquoi ce nom de scène 'AmZone' ?
En fait, à l'époque du collège jusqu'au lycée, je chantais et j'avais besoin d'un nom.
Comme j'étais toujours entourée de garçons j'avais besoin de revendiquer ma féminité.
Au moment où je cherchais, j'avais cours sur les légendes, et j'ai découvert les Amazones, ce sont mes idoles! (rires)
J'ai fait cette contraction parce que je suis quelqu'un de spirituel, et j'aime à dire que je viens de la banlieue.
Il y a aussi cette idée de mouvement qui est propre à la danse.
Puis Amazone ce n'était pas très original.
Il y a aussi ce jeu de mots avec l'anglais qui fait «I'm the one», voilà ...

- Récemment tu as créé ton groupe de danse baptisé «Wickeed Wine», tu peux nous en parler?
Wickeed Wine existe depuis le mois de Juin 2009. C'est un projet qui me tient très à coeur.
Même si j'aime à progresser en solitaire, les groupes c'est bien aussi.
Il est constitué de filles que j'ai croisées sur mon parcours, qui étaient de mon cours ou que j'ai coaché, des filles qui ont la niak, des futures dancehall queens sans aucun doute possible !
J'ai beaucoup de plaisir à progresser avec elles et on s'apporte beaucoup mutuellement.
Il y a Fanthina , qui est d'une formation hip-hop et dancehall, elle a une patate et une technique de dingue;
Kweamy qui est plutôt soca, kuduro, danses caribéénnes et brésiliennes et dancehall, elle son plus c'est sa souplesse, son ouverture sur les autres danses et son grain de folie; puis Reyod, de formation coupé decalé, B-girl et dancehall, qui a un style original et authentique.

- Une autre facette du rôle de danseur jamaïcain est la création de pas , à l'image du Gully Creepa de Ice (R.I.P), du Sassa Step de Mundo (Ravers Clavers) et de bien d'autres...A quand un nouveau step by Amzone ?
Y en a déjà deux !!! Ils seront clipés ce week-end, c'est une exclu!
Il ya «Ovaseaz», qui cartonne déjà en Angleterre, et le dernier c'est «Bwoyist» en réponse à «Gyalist» de Ding Dong, mais celui-là je l'ai trouvé y a quelques jours donc on a le temps!

- Dans mon dossier, j'évoque le fait que certains danseurs pensent sérieusement à copyrighter leurs pas. Ton avis là-dessus?
Ils ont raison! Toute création mérite d'être respectée! Ovamars, danseur de Kingston, a créé le Raging Bull chanté par Mr Vegas, le Nuh Linga chanté par plusieurs artistes dont Elephant Man, le Nuh Behaviour chanté par Voicemail, et ce sont les chanteurs qui ont tiré profit de ses pas.

De plus, je suis très surprise que sur les tournées des chanteurs qui big up les danses il n'y ai pas de danseurs invités.
La Jamaïque rencontre de gros problèmes de société comme le chômage, et l'on sait que la musique est sa principale source de revenu, alors pourquoi ne pas la faire évoluer avec la danse? Ce serait légitime...
J'ai eu la chance de voyager un peu et bien souvent on croit que ce sont les chanteurs qui ont inventé les pas mais pas du tout, et ça m'énerve (rires)!

- Autre sujet, grosse polémique il ya quelques mois.
Que penses-tu du Daggering et considères-tu cette pratique comme une véritable danse ? Dans le sens où le stade de la suggestivité et du simple remuage de popotin est largement dépassé ...
C'est sûr! C'est une super question ! Le Daggering je dis toujours que c'est un délire , mais effectivement imiter les singes bonobos ce n'est pas de la danse.

C'est marrant de temps en temps, mais faire toute une soirée ou même y consacrer des concours je trouve ça absurde et limite insultant pour les 'vraies' danses.

- On peut finir sur ton actu et tes projets! Tu donnes des cours de danse strictly dancehall toutes les semaines, entre autres ...
Yes, Dancehall Class tous les samedis assisté par Kweamy!
Plein d'autres projets mais beaucoup de secrets! Il ya aussi la troisième édition de mon birthday bash le 10 décembre au Nouveau Casino.

Merci AmZone ! Ah, une dernière, pour le fun vraiment: Gaza or Gully ???

AmZooooone !!! (rires)
Tu as la réponse quand tu regardes la vidéo de mon passage au Dancehall Queen 2009 ;-)






 

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commentaires
le 13/12/09 par alicia
article complet bien écrit (normal c ma coupine hihi ^^) manque peut être un passage sur l'autre "facette" de la danse plus controversée (daggering à tout va, comportement dangereux, sauts de hauteurs ....) mais sinon big up !
le 15/12/09 par KAWUET
j ai tout lu et tout vu ( sauf 2 videos de Amzone que j avais deja regardé ) big respect pour cet article suivi de l interview. Un de mes passage favori : "La ballade en bateau n'est pas exclue, si le coeur vous en dit faites donc un 'Row Like A Boat', vous devrez par contre ramer ..." c'est bien un pas que je maitrise tiens ! je row like a boat bien trop souvent meme! je me permets de donner mon avis en ce qui concerne le copyright des steps. j approuve entierement cette idee, il est normal que les danceurs y trouve leur compte. cependant l operation rique d'etre delicate. les relations chanteurs/ danceurs ne risquent t elles pas de se dégrader ? si ce n'est deja fait... Amzone souligne et je cite: "De plus, je suis très surprise que sur les tournées des chanteurs qui big up les danses il n'y ai pas de danseurs invités." nous sommes certainement et malheuresement en presence d un rapport de cause a effet. il est regrettable que l émergence de ce courent ne profite pas a la totalité des acteurs qui la composent. allons nous une fois de plus confirmer ce vieille adage qui dit " diviser pour mieux régner"? bon je m'arrete la avant de finir par vous fredonner un celebre "hit" des neg' marrons lol !! big up Nounours big up Amzone
le 15/12/09 par underverse
Pas mal du tout cet interview. Il faut vraiment que je tape l'incruste dans un des cours de Amzone un de ces 4, que on me dise si je suis mauvais ou pas mdrrrrr.... En attendant je vais faire copyrighter mes steps mdr.... J'attends les 2 nuh stepz de Am, je les ajoute sur le forum des qu'ils sont clipés...
le 15/12/09 par clem
un dossier très instructif et bien écrit !! merci
le 15/12/09 par Nounours
Merci les amis !! je risque pas de récolter beaucoup de commentaire vu que faut mettre son mail et tout lol alors merci à vous de m'avoir lu et d'avoir laisser une ptite trace!
le 15/12/09 par akimbe
de la balle ton dossier nounours ! big a AMZONE la reine des reines
le 20/01/13 par sasa girl
LAURE COURTELLEMONT est aussi une grande chorégraphe et danseuse qui merite d'être cité dans un article sur la danse "dancehall"
le 21/03/14 par Lyah
Laure Couretellemont fait du "raggajam" donc elle ne "mérite" pas tant que ça d'être citée ici ........................... super l'article, ancien mais problematiques tjrs d'actu !

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