Jah Rastafari - Abécédaire du Mouvement 26/09/04 - Auteur(s) : Boris Lutanie
Voici un extrait de Jah Rastafari - Abécédaire du Mouvement de Boris Lutanie
- (pages 16-18) :
Dreadlocks
Signe extérieur de conscience intérieure, la sanctification des dreadlocks est, au regard des rastafariens, authentifiée par la Bible : «Aussi longtemps quil sera consacré par son vu, le rasoir ne passera pas sur sa tête ; jusquà ce que soit écoulé le temps pour lequel il sest voué à Dieu, il sera consacré et laissera croître librement sa chevelure.»16
Au vu de Nazareth sajoute également la légende de Samson et Dalila (Livre des Juges XVI-19 ) : « Elle endormit Samson sur ses genoux, appela un homme et lui fit raser les sept tresses de sa tête. Ainsi elle commença à le dominer et sa force se retira de lui. » Pour les rastas, arborer ces longues nattes non tressées comporte de multiples significations. La symbolique de la crinière léonine est la plus souvent avancée : le lion, animal emblématique de lEthiopie, occupe dans limagerie rastafarienne une place quasi-totémique. Sil fait partie intégrante du bestiaire biblique, la transposition animalière vaut surtout ici pour ses qualités de courage et dorgueil africain : « lionheart ». Pour beaucoup, les « Knotty Dreads » sapparentent à une couronne les rattachant à la royauté éthiopienne. Les premiers rastas ne portaient pas de locks. A cette époque, ils se singularisaient physiquement par leur barbe. Les photos de lEmpereur Haïlé Sélassié qui circulaient en Jamaïque expliquent vraisemblablement cette adoption mimétique de la barbe. Le débat sur la période exacte et le sens de lapparition des dreadlocks parmi la communauté rasta continue de diviser les observateurs du mouvement. Les dreadlocks préexistent au rastafarisme historique. La chevelure dreadlockée était portée par les Sâdhus (« jata ») et les Bay Fal (« nyagne ») du Sénégal17. Pour Donald Manning des Abyssinians, les locks maintiennent un lien ombilical avec lAfrique : « Un Rasta ne doit pas se raser la barbe, ni se couper les cheveux. Ce sont ses racines. »18
Mais un renversement de perspective sest opéré. Les dreadlocks se sont métamorphosées en mode (« hairstyle ») et les rastas les plus ombrageux nont pas fini de décrier les imposteurs : « fashion dreads », « false rastas », et autres « wolves ». Signe ostensible dappartenance au credo rasta, les dreadlocks sont au centre des plus vives polémiques. En témoigne cette tirade indignée de la poète Sista Roberts à lencontre des « faux rastas » qui décrédibilisent la communauté par ladoption laïcisée des locks : « Hey you false rasta out dere ! Bout seh you ah locks up yu hair, You dont know what locks is all about. You tink is new fashion jus comout? You dont even deal in the praising of Jah! »19
En soulignant quil nétait pas nécessaire de porter des dreadlocks pour être un authentique rasta, le groupe Morgan Heritage relançait du même coup une vieille controverse au sein de la communauté : « Dont haffi dread to be rasta. » Bien des rastas affirment quau delà du raccourci métonymique (dreadlocks = rasta), un rastafarien se définit avant tout par ce quil porte dans son cur et non sur sa tête. Récupéré par la mode, le port des dreadlocks perd de sa signification culturelle et tend à simposer comme une nouvelle tendance capilliculturelle. Inutile de sappesantir plus avant sur la dialectique de lêtre et du paraître ou, plus prosaïquement, sur la tonsure qui, elle non plus, ne ferait pas le moine car, selon la prophétie rastafarienne : « il y aura des moutons et il y aura aussi des loups déguisés en moutons. »
Notes :
16. Les Nombres VI-5. Lire aussi le Lévitique XXI-5 ; Nombres VI-7 ; Livre des Juges XIII-5 ; Livre des Juges XVI-13 ; Premier Livre des Rois I-52 et Ezéchiel VIII-3 : Il étendit une forme de main et me prit par une mèche de cheveux ; lesprit menleva entre ciel et terre et memmena à Jérusalem, en des visions divines ( )
17. Historiquement, il est établi quun certain nombre de groupe ethniques et de tribus africaines portaient des locks ou des coiffures approchantes depuis lAfrique antique à nos jours : les Oromo, les Massaï, les Galla, les Bono, les prêtres coptes dAbyssinie dits Bahatowie , les soldats Tveddo de la société wolof pré-islamique, les okomfo Plus proches de nous, certains membres de la rébellion Mau Mau au Kenya (Land of Freedom Army) avaient juré de ne pas se couper les cheveux avant la libération de leur territoire. En 1953, les rastas défilèrent dans les rues de Kingston en manifestant leur solidarité aux résistants kenyans. Il nest pas impossible quils aient par la suite adopté les dreadlocks des Mau Mau.
18. Entretien avec Donald Manning des Abyssinians, 1999.
19. Eh toi le faux rasta, pars de là ! Tu ne sais pas ce que signifie le port des locks. Tu penses que cest juste une nouvelle mode ! Tu ne te soucie même pas de louer Jah !
- Sommaire du livre :
Africa
Babylone
Cannabis
Dreadlocks
Ethiopisme
Fédération Mondiale Ethiopienne
Garvey
Howell
I&I
Jah
Kebra Negast
Livity
Marley
Nyabinghi
Origines
Politique
Queens
Rastafari
Selassié Twelve Tribes of Israel
Unity
Végétarisme
War
Xaymaca
Youth Black Faith
Zion
Notes
Bibliograhie
- Ouvrage disponible au Chat Noir Editeur :
Vous pouvez vous procurer ce livre en adressant un chèque de 13,5 euros (prix unitaire : 12 euros + 1.50 de frais de port)à l'ordre du Chat Noir Editeur (adresse : 58, rue des mille bosses 86000 Poitiers).
Contact Info : 06.63.05.12.99
e-mail : chat_noir@caramail.com
www.webzinemaker.com/chatnoirediteur
ISBN : 2-913723-01-2
Dépôt Légal : troisième trimestre 2002.
87 pages.
Cet ouvrage est disponible dans les librairies et disquaires spécialisés. Vous pouvez également le commander dans les Fnac et sur www.fnac.com