Max Romeo InterviewRencontre avec Max Roméo au Burkina Faso au printemps dernier, à l'occasion de sa participation à plusieurs festivals reggae. Merci à Marco pour son aide.
Que fais tu en ce moment au Burkina Faso ?
Je suis ici pour me produire dans le cadre de festivals de reggae.
On en a fait un à Boubo et un autre à Ouagadougou.
Tu viens souvent en Afrique?
Non, c'est la deuxième fois que je viens, la première fois c'était au Maroc.
Comment tu t'y sens?
Ça me plait, les gens sont agréables, en ce sens ça me rappelle un peu la Jamaïque.
Tu crois au rapatriement?
Je ne crois pas au rapatriement. Je vis en Jamaïque et en venant ici je vois comment est l'Afrique, je constate que la Jamaïque est bien plus avancée que le Burkina Faso.
Je conçois sans problème que la Jamaïque soit considérée comme une partie de l'Afrique mais c’est différent.
Comment es-tu devenu un rasta et qu'est ce que Rastafari représente dans ta vie?
Je suis devenu un rasta après m'être fait connaître avec des chansons qui avaient pour thème le sexe ou des choses comme ça, j'ai réalisé que ce n'était pas ce à quoi j'étais destiné.
J'ai commencé à lire la Bible et j’ai décidé de m’accrocher à la foi.
Rasta n’est pas une religion c’est un mode de vie, et j’aime ce mode de vie.
En effet tu as fait tes débuts dans la musique plutôt en tant que rude boy , peux-tu nous en parler?
Cette époque n’est pas très significative pour moi.
J’ai effectivement commencé en chantant des titres comme ‘Wet Dream’ , mais ça ne me plaisait pas : ce n’était pas mon style de vie, ce n’était pas moi, les ‘rude things’, je ne suis pas très à l’aise avec ça…
Je n’ai pas pu continuer comme ça longtemps.
' Wet Dream' s'est même fait censuré en Angleterre à sa sortie...
Et bien ça m'a rendu plus populaire ! En fait, quand une radio censure un morceau elle fait une faveur à l’artiste car ça rend les gens curieux, l’interdit attire, ils se disent : ‘Tiens, c’est quoi ce son ? Je veux l’écouter !’
Du coup ça a été bénéfique, ça a mis Max Romeo au top ! (rires)
Qu'est-ce que ta rencontre et ton travail avec Bunnny Lee t'ont-ils apporté en tant que musicien et en tant que personne?
Oh… Bunny Lee. En fait, Bunny Lee était plus qu’un frère pour moi.
C’est lui qui a bâti Max Romeo et qui a fait de moi ce que je suis en tant qu’artiste.
Lui, Lee Perry et Winston Riley qui ensemble étaient mes frères, promoteurs et managers à l’époque.
Bunny Lee a joué un rôle très important dans ma vie, du moins au début, et j’ai toujours beaucoup de respect pour lui.
Ta musique est devenue avec le temps partie intégrante de l'histoire du reggae, notamment ton hit 'War Inna Babylon', peux-tu nous en parler ?
Cette chanson a bien sûr été inspirée par le regard que je porte sur Babylon et les guerres qui n'ont de cesse d'avoir lieu depuis 2000 ans...
Cette année nous célébrons le 30ème anniversaire de la mort de Bob Marley, ça t'inspire quelque chose en particulier?
Tout le monde se languit de lui bien sûr. Moi-même auparavant je célébrais toujours son anniversaire en lui rendant un hommage… Sa personnalité et son oeuvre musicale ont touché et touchent encore beaucoup de monde. Nous ne devons pas l'ouiller, alors je lui rends hommage quand je le peux car j'ai la chance d'être toujours là et de continuer mon chemin…
Quels sont tes projets musicaux à venir?
Je finis de travailler sur mon nouvel album. Puis je vais continuer à faire des tournées, c’est ma vie, je ne peux pas m’arrêter, seulement pour enregistrer.
Que penses-tu d'Internet et de son influence sur le reggae?
Internet a des bons et des mauvais côtés.
Le bon côté c'est que beaucoup d'artistes, souvent boudés par les maisons de disques, peuvent utiliser cet outil pour exposer leur travail, se faire connaître...
Mais le mauvais côté c'est la sorte d'extorsion qui est créée par Internet, quand on travaille pendant des années, pour ma part plus de 40 ans vu que j'ai enregistré mon premier titre avec Bunny Lee en 1965, donc quand on met du temps et de l'énergie pendant des années à se construire un nom c'est qu'on travaille pour récolter les fruits de ce travail et pas pour tomber dans le domaine public, le domaine du gratuit, et être ainsi extorqué. Yen a pour qui ça peut être vite décourageant.
Que penses-tu de l'évolution en Jamaïque de ce que nous appelons en France le 'new roots' ?
New roots ? Euh… Je ne sais pas. Je ne sais pas comment ce nom a pu apparaître. Il n’y a rien de plus ou de différent par rapport au roots : le roots c’est le roots, celui de Bob Marley, de Peter Tosh , et c’est de là que tout découle, c’est la même chose, c’est un message qu’on essaye de diffuser depuis des années, un message promouvant la paix, l’amour et la compréhension. L’espoir d’avoir un monde où le partage et l’harmonie seraient prédominants, est ce dont je parlais dans une chanson que j’ai écrite ‘Imagine’.
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29/11/11 - Reportage
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