I-Octane InterviewI-Octane sort cette semaine son premier album, "Crying to the Nation", dont vous pouvez lire notre chronique dans la rubrique du même nom. A cette occasion, l'artiste nous a accordé un entretien très intéressant durant lequel il a expliqué son travail sur cet album, mais également son message, a évoqué sa carrière et ses envies...
Reggae.fr: Notre première question est bien sûr relative à ton album "Crying to the Nation". Pourquoi avoir choisi ce titre pour intituler l'album ?
I-Octane: Tu sais ce titre il faut le prendre plus comme un appel global. Mon intention n'est pas de faire seulement référence à la Jamaïque comme nation. Il y a des dizaines de nations dans le monde donc "Crying to the Nation" a vocation a être révélé au monde entier.
En termes de production, tu as principalement travaillé avec Robert Livingston. Comment en êtes-vous arrivés à travailler ensemble et comment s'est passée cette collaboration ?
Cela a été une super expérience et un grand accomplissement pour moi de travailler avec Robert Livingston. Robert a prouvé son talent en travaillant avec des artistes comme Shaggy mais aussi d'autres artistes et a progressé en tant qu'artiste individuel et conscient également. Il a fait beaucoup pour la musique ici. Du coup s'entourer d'une telle personne pour un jeune artiste comme moi est très rassurant. C'est un grand homme dont le seul objectif est de faire avancer la musique donc quand l'opportunité s'est présentée de collaborer avec lui je me suis évidemment jeté en studio! L'enregistrement de l'album en studio a duré un mois. On n'a pas fait que collecter des chansons déjà existantes car comme tu l'as entendu on voulait vraiment un album à part entière contenant des titres inédits. 
Justement, en parlant des titres, j'ai pu constaté que tu avais participé à l'écriture de pratiquement chaque morceau. Au niveau musical, tu as collaboré avec une équipe talentueuse de musiciens et ingénieurs tels que Dean Fraser ou Laurent Tippy Alfred. Comment vous y êtes-vous donc pris pour la composition des morceaux et comment as-tu travaillé l'écriture ?
Tu sais pour moi l'écriture c'est une habitude. J'écris tous les jours et j'ai des idées nouvelles quotidiennement. Comme en plus je suis en studio très souvent, j'écoute beaucoup de choses et il peut arriver bien sûr qu'un beat me donne des idées de chansons. Après quand tu as l'opportunité d'enregistrer un album entier comme cela a été le cas pour moi, c'est sûr que tu travailles sur l'écriture là encore tous les jours. Robert Livingston est aussi un bon parolier et m'a assisté. Quand en plus tu es entouré de super musiciens comme c'était le cas aussi pour moi pour cet album, tu prends le temps d'écouter ce qu'on te propose pour adapter ton écriture. Du coup cela donne des vibes différentes selon les chansons.
Notre attention s'est notamment portée sur la chanson "Vanity Will Come". Qu'as-tu voulu exprimer avec ce titre?
Tu vois avec ce titre j'ai voulu m'adresser à la jeune génération actuelle qui doit faire avec ce monde aujourd'hui et qui doit partager ce monde aussi. La vie est quelque chose de suprême et tu dois faire en sorte de bien te positionner et de travailler sur des choses positives. Je pense que si un jeune accomplit des choses dans sa vie simplement, lentement, et de manière positive, alors la vanité (ndlr: au sens positif du terme, satisfaction de soi-même) viendra toute seule. La vanité est essentielle mais elle ne s'obtient pas par les crimes, la violence, l'appât du gain et le trafic de drogues. Ces choses négatives affectent le monde aujourd'hui, alors que si la jeunesse prend davantage son temps pour faire des choses bien, et bien elle sera d'autant plus satisfaite d'elle-même.
Il y a un autre morceau dont on voulait te parler, "Zion Awaits", qui véhicule un message assez fort et qui semble se démarquer du reste de l'album.
"Zion Awaits" a en effet une histoire particulière. J'étais à Saint-Thomas pour un show et là-bas j'ai également été invité en studio pour faire un certain nombre de dubplates. J'ai entendu ce riddim et j'en ai rencontré les producteurs. Ce riddim m'a beaucoup plu et m'a mis dans une certaine vibe à ce moment-là qui m'a inspiré cette chanson. Le message de ce titre est en effet un peu plus spirituel que d'autres, c'était ma vibe quand je l'ai écrit. Et quand j'ai envie de transmettre un message spirituel je ne peux le faire qu'en chanson…
Tu dis souvent que tu ne fais ni de la religion ni de la politique avec ta chanson. Pourtant il y a donc bien un peu de spiritualité dans ton album et malgré tout tu couvres aussi pas mal de problèmes sociaux dans tes chansons, ce qui revient à faire un peu de politique non ?
Oui bien sûr… même si je ne fais pas de politique comme appeler à voter ou quoi que ce soit de ce genre. Mais ce que j'écris intéresse bien sûr la politique, car j'écris beaucoup sur ce que la jeunesse traverse, notamment à cause du système dans lequel nous vivons, qui est très lié au monde des politiques, qui doivent répondre de tous les problèmes que le système cause. Et moi dans mes chansons je parle des victimes de ce système… Mais surtout ce que je veux dire c'est que tout le monde veut atteindre le zion, tout le monde a le même but commun, même si c'est par des dieux ou des moyens différents. Et il faut dénoncer la corruption, les conflits d'intérêt, les rumeurs de guerre etc…
Ton album a cela de particulier qu'il représente bien l'évolution de la musique jamaïcaine ces dernières années. Il contient aussi bien des titres et des flows dancehall que des sons reggae. Etait-ce important pour toi de continuer à chanter dans ces deux styles de musique ?
Oui bien sûr c'est très intéressant car tu sais je travaille dans la musique en général donc je ne vais pas m'arrêter au roots reggae ou à la musique one drop authentique. Pour moi n'importe quel riddim peut être intéressant et me donner la vibe donc ce que je cherche c'est le bon riddim, m'adapter à lui et construire la marque I-Octane. Quand tu fais un album surtout, c'est impératif d'inclure différentes vibes et différents styles, de telle sorte que toute personne, n'importe où dans le monde, peut se sentir touchée par au moins une chanson de l'album.
Quand tu as commencé à chanter, tu as commencé par quel style ?
J'ai commencé justement dans les deux styles, en mode singjay, en posant des "mots en mélodie"…
Il y a un featuring d'Alborosie sur l'album avec la chanson "Space for All of Us". Alborosie est un artiste européen. Etait-ce important pour toi que l'Europe soit représentée sur l'album et est-ce que tu suis l'actualité reggae européenne?
Voilà comment cela s'est passé, car on n'était pas en studio ensemble en fait pour enregistrer cette chanson. Moi j'étais en Jamaïque et lui était à l'étranger en tournée. On a conversé au téléphone et on a mis tout en place. J'ai fait ma partie et je lui ai envoyé le riddim. Là il a fait sa partie. On a tout mixé et ça a donné cette chanson. Je suis content d'avoir collaboré avec lui. Après sur le reggae européen, je crois que je sais tout ce que je suis censé savoir sur le reggae en Europe (rires). Je sais par exemple qu'Alborosie se débrouille bien, de même que Gentleman par exemple.
Tarrus Riley est présent sur ton album avec la chanson "All We Need Is Love". Que représente t-il pour toi ?
Tarrus est vraiment un grand frère pour moi. Tu sais c'est avec lui que j'ai fait ma première tournée européenne. Là je vais essayer d'en faire une sans lui mais lui c'est vraiment comme un grand frère. Pour cette chanson on était en studio ensemble. On a pris la vibe ensemble pour ce morceau que j'adore.
En cherchant bien, nous n'avons pas trouvé de collaboration de toi avec une artiste féminine. Est-ce que tu as comme projet de chanter avec une artiste femme et si oui laquelle ?
J'adorerais bien sûr! Dès que l'opportunité voit le jour je la prendrai bien sûr. Je ne suis pas sélectif sur cette question c'est juste que je n'ai pas encore eu l'occasion de le faire. J'aimerais travailler avec des artistes comme Etana ou Queen Ifrica par exemple. En fait j'ai essayé plusieurs fois avec Queen Ifrica mais pour le moment on n'a pas eu l'occasion de se réunir. Et puis sur l'album c'est vrai qu'il n'y en a pas mais comme je t'ai dit c'est plus une question d'opportunité qu'autre chose. En l'occurrence c'est Tarrus et Assassin qui sont venus au studio me donner la force…
Tu as inclus la chanson "Lose A Friend" dans l'album. Elle fait partie des quelques chansons non inédites et déjà connues. Celle-ci a connu un écho particulier au moment où le dernier état d'urgence a été instauré à Kingston…
C'est une chanson pour les gens. Tu sais ce sont les fans qui ont réclamé que cette chanson soit présente dans l'album. J'ai tout simplement fait ce qu'ils m'ont demandé et trouvé très important de les satisfaire à ce niveau-là.
Est-ce que tu as en tête un meilleur souvenir de studio pendant l'enregistrement de l'album ?
Tout tout tout absolument tout l'enregistrement était génial. Tout ce que je peux dire c'est que c'était vraiment spécial d'enregistrer toutes les chansons en un mois comme ça en studio. La vibe était super et Robert Livingston a été génial en particulier.
As-tu quand même un pire souvenir ?
Non tu sais rien n'est pire pour moi. Je suis mon but c'est tout. Même si un policier m'arrête par exemple en allant au studio, tout ce que cela va entraîner c'est un retard mais c'est pas le pire… Le pire serait par exemple qu'un accident grave m'arrive mais bon si c'est le Seigneur qui m'appelle à lui alors ça peut pas être le pire…
Si on regarde un peu ta carrière, même si tu es jeune, on peut quand-même être un peu étonné du fait que ton album ne sorte que maintenant alors que cela fait des années que tu t'exposes avec tes singles, sur des riddims etc…
J'avais besoin de l'expérience bien sûr… mais surtout je ne voulais pas faire comme certains artistes qui ont un single qui marche très bien et qui sortent leur album juste dans la foulée. Moi je pense que c'est important de construire sa marque, son genre, donc j'ai voulu sortir plein de singles d'abord, créer une relation forte avec le public et ensuite sortir l'album.
Avant de te lancer dans la musique tu as d'abord considéré d'entamer une carrière d'architecte… mais finalement c'est la musique que tu as choisie…
Oui c'est vrai. Je ne pouvais pas continuer mes études pour des raisons financières donc je me suis lancé dans le chant. Il faut dire que j'ai toujours aimé la musique, et qu'elle a été très tôt présente dans ma vie puisque je chantais déjà à l'école donc c'était assez naturel pour moi. Et puis j'ai commencé à enregistrer en studio à l'âge de 15 ans tu sais…
Que penses-tu d'internet et de son influence sur la musique ?
Il mondialise la musique. Je suis en Jamaïque et toi en France. Je peux appuyer sur un bouton et en une seconde l'Europe ou l'Afrique peuvent entendre mes tunes…ça c'est vraiment incroyable… L'autre côté de la médaille concerne bien sûr le téléchargement illégal…
Tu évoques l'Afrique, y es-tu déjà allé pour des raisons personnelles ou professionnelles ?
Non pas encore mais bientôt…
Tu as tourné aux Etats-Unis et en Europe, que penses-tu des publics américain et européen et quelle différence y a t-il entre ces audiences?
Il me semble que le public californien et le public européen ont la même texture et les mêmes goûts, c'est-à-dire que ces publics sont plus tournés vers le one drop roots rock reggae. En revanche les publics de New York (Bronx, Queens) et Miami sont différents dans la mesure où ils sont plus attirés par les tempos plus rapides.
As-tu un mot pour le public français qui t'attend ?
One Love pour tous ceux qui aiment I-Octane. Big Up à tous ceux qui promeuvent la marque I-Octane. Big Up aussi à VP Records. Le Seigneur avant tout. L'album sort le 20 février en France donc procurez-le vous!
| le 18/02/12 par derty rien à foutre du r'n'b jam,du Roots sauvage qu'il faut |
| le 20/02/12 par Nounours Superbe interview et artiste hyper talentueux Merci ! |
| le 20/02/12 par LN merci à toi nounours pour tes tips!!!! |
C'est à cause d'un projet de carrière d'architecte compromis qu’I-Octane s'est tourné plus ...
Découvrez le dernier clip de I-Octane "Burn Dem Bridge":
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