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Garance Reggae Festival
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05/07/13 au 06/07/13
PARIS REGGAE FESTIVAL
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25/06/13 - Ris-Orangis
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03/07/13 - Paris
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reggae sun ska

Bounty Killer - Interview Bounty Killer - Interview
05/06/12 - Auteur(s) : Djul, avec LN et Leila; photos: semayat

Bounty Killer était à Paris le mois dernier à l’occasion du Reggae Splash Tour organisé le 16 mai par Garance Productions au Zénith de Paris. La veille de l’événement, reggae.fr a eu la chance de pouvoir s’entretenir longuement avec cet artiste caractérisé par son franc parler, ses grandes qualités artistiques et de découvreur de talents.  Ses interviews sont rares. Vous retrouverez des extraits vidéos de cet entretien dans un reportage à venir dans notre rubrique reggae tv.

Reggae.fr : Nous te remercions de bien vouloir accepter cet entretien.
Bounty Killer : Je vous en prie.

Commençons par tes débuts dans la musique. Il paraît que c’est ton père qui t’a introduit dans le milieu musical...
Ce n’est pas tant lui qui m’a introduit dans la musique. Mais c’est lui qui m’a exposé à la musique quand j’étais jeune. Il avait un sound system et il le faisait souvent jouer. En Jamaïque beaucoup de monde avait ce qu’on appelle une stéréo. Mais mon père, lui avait un vrai sound system avec des grosses enceintes, des racks d’effet, tous les accessoires et des caisses entières de vinyles. Il avait des armoires remplies d’albums des Heptones, Dennis Brown, Gregory Isaacs, Alton Ellis, Errol Dunkley... toutes les légendes originales... Alors je traînais avec le sound de mon père et je prenais le micro en disant : « Je suis Rodney, je ne suis pas vraiment un deejay ! » J’aimais entendre ma voix dans le micro et je voulais voir comment ça sonnait tous ces bruits robotiques quand il triturait la reverbe et les autres effets. Puis j’ai commencé à aller voir d’autres sounds qui jouaient dans la rue, car il n’y avait pas de clubs ou de salles de concert à cette époque. Les sounds s’installaient au coin de la rue et jouaient de la musique. Les gens passaient devant et pouvaient en profiter sans payer d’entrée ! et c’est comme ça que je me suis vraiment intéressé à la musique.

Et ce sont les disques que jouait ton père qui t’ont donné envie de faire de la musique ? Des artistes comme Dennis Brown ou Errol Dunkley ?
Oui aussi. Mais j’au eu beaucoup d’autres influences. C’est eux qui m’ont donné envie de m’intéresser au reggae et d’écouter du reggae, mais je n’ai jamais eu envie de chanter comme eux. C’est plus tard avec le style deejay d’artistes comme U-Roy, Prince Jazzbo puis John Wayne, Burro Banton, Supercat, Shabba Ranks, Ninjaman etc, que j’ai eu envie de m’impliquer dans la musique. Car le chant n’était pas un truc de jeunes, c’était plus pour les plus grandes personnes. Le style deejay attirait plus les gosses et moi je voulais précisément faire ce qui plaisait aux jeunes.

Tu étais musicien ? Tu jouais d’un instrument ?
Non jamais. J’ai essayé... mais je n’y suis pas encore arrivé (rires). J’espère un jour pouvoir jouer du clavier car j’aime cet instrument.

Donc ton instrument c’est ta voix. Comment tu la préserves ? Est-ce-que tu la travailles régulièrement ?
Non je ne fais rien de spécial pour ma voix à part manger beaucoup de miel et de l’ail. Mais sinon je la laisse naturelle.


Au début de ta carrière, tu as travaillé avec King Jammy, qui a représenté beaucoup pour toi.
Oui. King Jammy est mon premier producteur important. Mais la première fois que je suis vraiment allé en studio pour enregistrer, c’était avec Leggo, à Orange Street dans le centre de Kingston. Ensuite, j’ai bossé avec Mikey Cruz d’Island Records, c’est comme ça que j’ai rencontré Jazzwad. Donc la première fois que j’ai enregistré « Copper Shot », la chanson qui m’a lancé, c’était pour le label Mango, pour Mikey Cruz. Mais ce n’était pas sur un bon riddim. La magie n’opérait pas. C’était la même chanson que celle que tout le monde connaît, mais pas le même groove. Quand j’ai rencontré Jammy, j’ai réenregistré la chanson sur le General Riddim et c’est là qu’elle a trouvé son succès.

C’est toi qui n’étais pas satisfait avec la première version ?

Non j’étais ok avec cette version, mais tu sais en tant que jeune artiste, je ne me rendais pas compte que ça ne fonctionnait pas. J’étais très excité d’aller en studio et de m’amuser sur un riddim. Je n’avais pas assez d’expérience à cette époque pour comprendre quel groove était le plus approprié. Je voulais juste me faire connaître donc j’ai un peu forcé les choses pour enregistrer cette chanson. Le producteur a accepté. Mais la chanson n’a jamais eu l’impact escompté. Et quand on m’a dit de réenregistrer le titre, je l’ai fait. Le reste appartient à l’histoire.




En quelle année peut-on dire que ça a vraiment commencé pour toi ?

En 1992, quand mon premier hit « Copper Shot » est apparu et que j’ai fait le Border Clash. C’était le concert le plus important de ma carrière à Fort Clarence Beach, et cette année 92 est vraiment la plus importante pour moi car c’est exactement à ce moment là que je me suis fait connaître. L’année d’après en 1993, il y a eu le 21ème anniversaire de Stone Love et mon premier Sting à Portmore. A partir de là, on peut dire que ma carrière était vraiment lancée. On savait qu’il fallait compter sur moi et que les gens s’intéressaient à moi. Cette année-là, j’étais au top de ma forme, prêt à tuer ! Et j’ai d’ailleurs tué Beenie Man au Sting !


"Tous les clashes que j’ai faits ne sont que des exercices musicaux."



Justement, tu excelles depuis toujours dans les clashes. Tu les prends vraiment au sérieux ?
Mes clashes ne sont pas sérieux. Musicalement, ils sont sérieux, mais ils ne le sont pas dans la vie réelle. Tous les clashes que j’ai faits ne sont que des exercices musicaux. Je n’ai jamais transposé en musique les problèmes personnels que j’ai pu avoir avec quelqu’un. Par exemple lorsque Beenie a voulu me voler mon style, je lui ai fait comprendre qu’il n’avait pas le droit de faire ça. Mais cela n’a jamais dépassé le cadre musical. C’est la même chose avec Merciless. Il y a des gens comme Lexxus ou Vegas qui ouvrent trop leurs bouches, mais moi je n’ai jamais voulu en arriver aux mains. J’en reste à la musique. Même si nous avons eu des différents, je reste concentré sur la musique. Tout ça ne sont juste que des petits coups-bas, rien de grave. Alors affrontons-nous en musique et pas physiquement !

Et tu penses que l’on peut régler des problèmes humains avec ces guerres musicales ?
Non, les guerres musicales ne résolvent aucun problème. Elles résolvent juste les différents musicaux. Je fais des claches juste pour montrer que je suis plus puissant musicalement que toi mais pas physiquement. Je ne vais jamais à la baston. Une fois, Beenie m’a obligé à le pousser car il était venu me prendre le micro alors qu’il en avait déjà un, mais ce n’est pas mon intention. Quand je suis sur scène, je veux dominer la foule avec mes paroles. Je ne m’en prends pas à des humains, je m’en prends à des artistes. Car je ne suis pas payé pour être un bad man mais pour être un bad artiste.


"Je ne suis pas payé pour être un bad man mais pour être un bad artiste."




Dans les années 90, tu as créé la Seaview Family avec beaucoup d’autres artistes dancehall. Peux-tu nous parler de ce crew ?

Oui, c’est ce qui est devenu le Scare Dem Crew et l’Alliance plus tard. C’était la première forme de notre rassemblement. Mais je n’ai jamais voulu créer un groupe ni lui donner ce nom. Ce sont les gens qui ont commencé à nous appeler Seaview Family, car on était toute une bande originaire de Seaview, avec Dandimite, Kutchie, Daily Bread, Bramwell, Elephant Man, Harry Todler... Harry venait de Waltham, juste à côté mais tout le monde croyait qu’il venait aussi de Seaview. Comme je n’aimais pas ce nom et qu’il ne s’agissait pas d’un nom de scène, j’ai pris le nom Scare Dem Crew. J’avais déjà créé Scare Dem Productions avec Priceless Records, mon label. J’ai pris ce nom car nous avions tous un look effrayant avec des cheveux colorés, et des attitudes de gosses sauvages. C’est de là que vient donc le Scare Dem Crew. Mais ce n’était pas vraiment un crew ou un groupe. C’est juste qu’on voulait percer et on a commencé à faire des shows ensemble, à chanter sur les mêmes riddims. Mais nous étions tous des artistes individuels avec des carrières solos que vous connaissez aujourd’hui.


"J’ai créé le label (...) parce que Jammy ne portait pas assez d’attention selon moi à des artistes comme Bramwell, Daily Bread, Dandimite, Kutchie, Harry Toddler ou Elephant Man."



Comme tu le dis, tu as créé ton propre label, Priceless Records. Est-ce important pour toi d’être indépendant ?
C’est toujours important d’être indépendant quel que soit le business que tu fais. Et la raison pour laquelle j’ai créé le label c’est parce que Jammy ne portait pas assez d’attention selon moi à des artistes comme Bramwell, Daily Bread, Dandimite, Kutchie, Harry Toddler ou Elephant Man. Car ce sont eux qui m’ont encouragé et m’ont aidé à faire des chansons. Ils m'ont toujours apporté une vibes quand je faisais des dubplates. C’est même Dandimite qui m’a encouragé à aller en studio la première fois et il m’a présenté pas mal de monde. Donc je leur dois beaucoup et quand je fais quelque chose, mes amis doivent être de la partie. Et ça, Jammy ne le faisait pas. Il était trop concentré sur Bounty Killer, il disait que Bounty était le boss et il ne s’occupait pas des autres. C’est pourquoi Elephant Man et Harry Toddler ne sont jamais devenus des artistes Jammy’s. Nous sommes partis bosser avec Sly & Robbie qui leur ont donné des hits. Sly les a enregistrés direct ! Jammy lui, n’a jamais vu leur potentiel. Il pensait qu’ils étaient moins fort que Bounty donc il s’en foutait. Mais il faut aider les artistes à grandir. Il faut leur donner une chance. Tout le monde ne peut pas arriver en studio et être le meilleur dès le début. Il faut leur donner l’opportunité d’évoluer.

Ça a toujours été important pour toi d’aider les jeunes artistes…
Oui j’ai toujours fait ça. Car c’est un jeune artiste qui m’a emmené en studio. En fait, c’est un jeune artiste qui a lancé Bounty Killer. Il se trouve que tout le monde me voit comme un mentor qui élève les jeunes, mais je suis redevable envers tous les jeunes artistes du monde et je me dois de les aider.

Tu as été l’un des rares jamaïcains à avoir eu un album classé premier aux US Reggae Billboard Charts pendant plus de six semaines avec « My Xperience »...
Je ne m’en souviens même pas. Je ne me concentre pas sur tout ce qui médiatique…

Ça ne te paraît pas important ?
J’en ai entendu parler, mais je n’y accorde pas trop d’importance. Car ce qui se passe dans les médias ne m’intéresse pas. Ils disent que je n’aime pas faire d’interviews, que je suis désagréable etc. Donc je ne suis pas connecté à leurs trucs.

Pour l’instant, on a l’impression que l’interview ne te dérange pas...
Non, j’aime bien faire des interviews. Mais les gens disent que je n’aime pas. Car j’ai fait cette chanson, « No Interview », et du coup les gens croient que je n’aime pas ça. Mais c’est juste une chanson. C’est juste que je ne joue pas trop le jeu comme d’autres artistes peuvent le faire, car je ne cours par vers eux pour raconter ma vie. Si je fais quelque chose et que les médias veulent en parler, ils le font. Mais ce n’est pas moi qui vais aller leur dire ce que je fais. Car si tu fais quelque chose de remarquable, ça sortira naturellement, tu n’as pas besoin d’aller en parler à tout le monde. Ce qui est exceptionnel finit toujours par être remarqué.


"Je ne fais pas de la musique pour la hype, j’en fais pour la vie."




Pendant les années 90, tu as collaboré avec de grands noms du hip-hop américains comme Busta Rhymes ou Wu-Tang Clan. Serais-tu prêt à collaborer avec des rappeurs d’aujourd’hui ?

Pffff. Les artistes hip-hop aujourd’hui sont différents. Il y a des bons artistes mais ceux avec qui j’aime enregistrer doivent avoir un background personnel, pas seulement musical. Ce n’est pas parce que tu as fait un tube ou que tu vends plein d’albums que je vais vouloir faire un titre avec toi. Quand je fais une chanson, il faut que l’alchimie se fasse. Ce n’est pas parce que tu es connu que ça va marcher entre nous. Car je ne fais pas des hits, je fais des classiques ! Quand j’ai bossé avec les Fugees par exemple, c’est parce qu’ils sont Haïtiens, que je suis Jamaïcain et que nos deux peuples connaissent les mêmes galères. Donc nous avons quelque chose en commun qui fait qu’on peut travailler ensemble. C’est un assortiment de caribéens qui ont un background terrible de luttes et d’épreuves. Quant à Busta Rhymes, il est celui qui a dit « One blood everybody like Junior Reid » et il a vécu entre la Jamaïque et les Etats-Unis, il a cette double culture. Il est un « Jaméricain ». Noreaga est un rappeur hardcore comme Bounty Killer est un deejay hardcore. Ja Rule The Damager est capable de te tuer avec des métaphores profondes et sans aucune absurdité.
Tu vois, la plupart des gens avec qui j’ai enregistré sont des gens avec qui je peux fusionner pour faire de la musique qui a du sens. Aujourd’hui je vois des mecs comme Drake ou Lil’ Wayne faire leurs chansons... Ils sont pas mal, mais... le seul avec qui je pourrais faire un morceau serait Rick Ross car il est un peu hardcore. C’est un peu le Biggie d’aujourd’hui. A part lui... Nas ou Jay-Z ? aucun d’entre eux ne serait en phase avec moi. 50 Cent ? ça ferait du bruit et ça vendrait beaucoup. Mais ce n’est pas comme ça que je fonctionne. Je ne fais pas de la musique pour la hype, j’en fais pour la vie.

Comme tu l’as dit tu ne fais pas des hits, tu fais des classiques. Comment expliques-tu avoir réussi à traverser les années 2000 avec autant de succès que dans les années 90 ?
Je ne sais pas si j’ai le même succès que dans les années 90, mais je sais que j’en ai encore. Je fais des bonnes choses donc je reçois du bien en retour. Mais je ne compare pas ces périodes. Je n’essaie pas de refaire la même chose que dans les années 90 car les temps changent. Je ne cherche pas à surfer sur la mode ou à céder à la pression. J’essaie juste de maintenir l’héritage que j’ai créé. De nos jours tu sais, l’ambiance est encore plus compétitive qu’à l’époque. Quand j’ai commencé, il n’y avait que Ninjaman, Shabba, Supercat et Buju Banton. Maintenant il y a des centaines de jeunes artistes qui débarquent chaque jour. C’est l’ère « Pro Tools ». Ils apparaissent si vite. Et je ne veux pas m’adapter à ce nouveau rythme, j’essaie juste de me maintenir. Je fais mes propres trucs dans mon coin.


"Vybz Kartel ne sait pas chanter avec un band, car il n’a jamais chanté en live dans un dancehall et il n’a jamais fait une dubplate en one shot."



C’est en effet de plus en plus facile de faire de la musique avec les logiciels accessibles et faciles d’utilisation...
Oui. A l’époque tu n’avais que 4 minutes pour faire une dubplate. Aujourd’hui, tu peux t’arrêter quand tu veux pendant l’enregistrement. C’est pourquoi les jeunes artistes n’arrivent pas à créer leur identité.  Je vais t'expliquer un truc: Avant, il y avait certains riddims sur lesquels tu devais absolument faire tes preuves pour être reconnu en tant que deejay. Tu ne pouvais pas choisir le riddim que tu voulais. Quand tu allais en studio, on te donnait un riddim et on te disait de chanter dessus. Et si tu faisais un bon tune, on savait que tu étais prêt pour faire autre chose. Tu ne pouvais prendre ton propre riddim. On te donnait les gros classiques comme le Taxi, le Punaany ou le Sleng Teng. Si tu peux pratiquer ces riddims, tu peux tous les pratiquer. Aujourd’hui, tu peux choisir le riddim que tu veux et tu peux mettre six mois à faire ta chanson en ajoutant des effets et des voix... C’est de la fabrication. Ça sonne bien mais ce n’est pas réel. C’est pourquoi certains artistes ont des difficultés sur scène car ils n’arrivent pas à reproduire ce qu’ils ont fait en studio. Par exemple, Vybz Kartel ne sait pas chanter avec un band, car il n’a jamais chanté en live dans un dancehall et il n’a jamais fait une dubplate en one shot. C’est pour ça que ce genre d’artistes fait des pull up après seulement 30 secondes de chant. C’est à cause des Pro Tools. Tu chantes un peu et tu t’arrêtes. Et tu fais ça plusieurs fois.

Donc tu n’es pas du genre à faire trop de « pull up » sur scène ?
J’en fais si je le sens. Si c’est nécessaire. Si ça ne l’est pas, je ne fais pas de pull up. Car tu tues l’adrénaline. Si l’adrénaline ne vient pas, il n’y a pas de raison de faire un pull up. Car il faut arriver à l’apogée. Il ne faut pas faire des arrêts tout le temps. Tu fais ça quand tu atteins le top ! Nous faisons tous des pull up mais seulement lorsque c’est mérité. Certains le font sans raison...

Tu connais vraiment l’origine de cette pratique, le pull up ?
Oui c’était à l’époque dans les dancehalls. Tous les artistes faisaient des pull up, mais seulement quand la foule réagissait. Le pull up est comme un rendu de monnaie. Quand la foule te paye, tu la payes en retour ! On ne fait pas de pull up sans raison.

Pourquoi avoir changé le nom de l’Alliance en Alliance Next Generation ?
Je n’ai pas changé le nom. L’Alliance c’est l’Alliance et l’Alliance Next Generation c’est l’Alliance Next Generation. C’est une nouvelle tradition. Tous les 10 ans, tu as une nouvelle génération. Bounty Killer, Busy Signal, Mavado et Wayne Marshall, nous sommes l’Alliance. Et ces jeunes comme Iyara, Patexx, Nymron et Marlon Binns, ils sont la nouvelle génération. C’est la continuité de l’Alliance, mais ce n’est pas un changement de nom. Nous sommes les seniors, l’Alliance est déjà bien établie, donc nous devons mettre en avant la nouvelle génération.

On attend toujours l’album de l’Alliance Next Generation. C’est pour bientôt ?
C’est vrai qu’on en a parlé, mais l’Alliance a connu différentes phases. Souvenez-vous quand Kartel est parti, nous nous sommes disputés. Il y a aussi eu des querelles entre l’Alliance et le Gully donc les projets de l’Alliance doivent patienter jusqu’à ce que tous les problèmes soient résolus. Aujourd’hui, on se concentre sur la nouvelle génération et quand l’Alliance en aura finit avec ces querelles, on pourra penser à un album. Car nous le ferons un jour, les gens veulent entendre ça. Nous ferons ça ensemble. Mais on ne se précipite pas.


"Je suis le fondateur [de l'Alliance], pas le boss. On est tous boss de ce groupe. (...) Personne n’est lié à l’Alliance. Si tu veux partir, tu pars. (...) C’est pour ça que Kartel a pu partir et fonder son propre empire sans qu’on le méprise."


Est-ce que tu es le patron de l'Alliance ?
Non tout le monde dit ça, mais c’est faux. Je suis le fondateur, pas le boss. On est tous boss de ce groupe. Quand tu fais partie de l’Alliance, tu ne travailles pas pour moi, tu travailles avec moi. Car l’Alliance signifie « gagner ensemble ». On fusionne et on se rend meilleur les uns les autres. C’est comme « Un pour tous, tous pour un », « une main lave l’autre », « chacun enseigne à chacun pour atteindre l’unité ». Ce n’est pas parce que je suis le leader que je me vois supérieur à mes frères. Nous sommes tous des frères. C’est comme ça. C’est pour ça qu’on ne se manque pas de respect et qu’on ne se bat pas entre nous. Personne n’est lié à l’Alliance. Si tu veux partir, tu pars. Car nous sommes une organisation indépendante. C’est pour ça que Kartel a pu partir et fonder son propre empire sans qu’on le méprise. Ils ont craché sur Black Rhyno et Jah Vinci quand ils ont quitté le crew de Kartel car il leur a fait comprendre qu’ils n’étaient rien sans lui. Mavado a créé son Gully et il n’a pas l’air affaibli. Busy a créé son Turf et il n’en a pas l’air non plus. Et c’est normal, ils ont le droit.. C’est ce que j’ai fait quand j’ai quitté Jammy. J’ai créé mes propres fondations pour aider mes amis. C’est ce que je dis toujours : « aide les autres, partage tes connaissances et ton héritage ».

Tu ne ressens aucune pression en aidant de jeunes artistes comme tu le fais ?
Non il n’y a aucune raison que je ressente de la pression. Plus tu aides les autres, plus tu reçois des bénédictions du Seigneur. Et plus tu as de bénédictions, plus tu as de chance de réussir. Plus tu plantes de bonnes graines, plus tu auras de bonnes plantes. Fais le bien et le bien te suivra. Peu importe ta richesse, utilise-la pour faire le bien. L’important n’est pas celui qui a le plus d’argent, c’est celui qui fait les meilleures choses avec son argent. Je veux faire partie de ces gens qui font des bonnes actions et plantent beaucoup de bonnes graines. Quand tu quittes ce monde, tu pars seulement avec tes bénédictions, ta dignité, tes ambitions et ton âme. Ma mère m’a toujours appris ça : « fais le bien et le bien te suivra ». Donc quand j’aide les gens dans la musique, j’ai ma récompense. J’aurais pu faire signer ces artistes, mais vous croyez que je suis stupide ? Je sais ce que c’est que de signer et de rompre un contrat ! J’ai signé chez Specialist et chez Jammy déjà. J’aurais pu en signer et en envoyer balader plein. Mais je ne fais pas ça. Car tout le monde paye pour ça. Shabba a quitté Specialist et j’ai quitté Jammy car nous avons senti une pression, nous savions que nous avions signé pour quelque chose de mauvais. Kartel est le seul qui a fui l’Alliance de cette manière et maintenant il aimerait revenir. Mais il ne peut pas... S’il n’avait pas fui, il serait un meilleur homme. Regardez, Mavado est au-dessus de lui aujourd’hui alors que Kartel était une énorme star quand il a quitté l’Alliance. Kartel est parti et il a eu tout ce succès, mais il aurait eu besoin de conseils. Il ne serait pas en prison aujourd’hui avec les problèmes qu'on connaît. Donc parfois, un bon ami est plus important qu’une liasse de billets. Car Kartel est parti, il a eu beaucoup d’argent, il s’est acheté des belles voitures, a créé sa marque de rhum et tout ça, mais je vais te dire quelque chose : il n’a jamais eu de véritable ami. Personne ne lui a jamais dit qu’il faisait de la merde. S’il était resté avec moi, il n’aurait pas fait toutes ces choses.


"De nos jours, [les politiciens] nomment des « dons » qui étouffent la communauté. (...) Tu sais même comment on appelle les ghettos (...) ? «Garrisons»"


Le thème du ghetto est très présent dans ta musique depuis le début de ta carrière. As-tu constaté une évolution depuis toutes ces années ?
Non, les problèmes sont toujours là. Rien n’a changé. Car les gens ne s’élèvent pas. Ils laissent les politiciens les manipuler, ils n’essayent même pas de dicter ce qu’ils veulent ou de dire aux politiciens comment les gouverner. Nous choisissons le gouvernement et celui qui le dirige. Mais ce leader ne devrait pas diriger, il devrait déléguer au peuple. Les gens laissent pourtant ce leader tout diriger. Ils ne sont pas capables de dire : « Chauffeur, tourne ici ! ». Ils laissent le chauffeur planter le bus à chaque fois ! Tu sais à l’époque les politiciens allaient sonner à la porte de chaque maison pour rencontrer les gens du quartier. De nos jours, ils nomment des « dons », des parrains qui étouffent la communauté, intimident tout le monde et usent de leurs influences. Ils mettent des barrières entre les différents bloques du quartier donc si tu veux aller parler à quelqu’un d’un autre bloc, tu dois d’abord te faire connaître du don. Ils ont fait en sorte que chaque habitant sache qu’un don est présent. Et même si on n’apprécie pas la manière dont les choses sont gérées, on ne peut pas s’exprimer car le don nous l’interdit. Voilà les leaders d’aujourd’hui. Par ailleurs, si tu entends dire que les ghettos ne sont pas violents, et bien c’est faux. Il y a de la violence dans tous les ghettos. Tu sais même comment on appelle les ghettos de nos jours ? « Garrisons » (ndlr : « garrisson », du français garnison est le terme qui désigne à l’origine un lieu où les troupes sont situées et qui désigne communément une ville accueillant une base militaire, mais il est aussi utilisé pour désigner des lieux où sévissent les gangs). « Garrison » ne correspond pas à des lieux de luttes et de pauvreté, « garrison » signifie pour moi l’absence de civilisation, le chaos, la mort et le tribalisme. Le mot « ghetto » est lui synonyme de pauvreté, de malheur et de combat. Mais les politiciens ont décidé de nommer ces lieux « garrisons » à cause de tous les coups de feu et de la mort quotidienne de dizaine de personnes. A l’époque dans le ghetto les gens n’avaient pas beaucoup mais faisaient du mieux qu’ils pouvaient avec le peu dont ils disposaient. Ainsi tu pouvais encore trouver des docteurs, des policiers, des infirmières, des officiers publics etc. Aujourd’hui tu ne trouves que très peu de types de personnes dans le ghettos, et les seules personnes respectables sont les joueurs de foot, de cricket ou les artistes.  Il n’y a vraiment pas d’autres issues que ces métiers pour une vie respectable… donc le ghetto est limité. Les gens sont manipulés par les politiciens et certains aiment ça. Cela me manque de ne plus voir des pauvres gens en avoir marre et rester la tête haute face au comportement des politiciens, ceux qui pensent qu’il faut se battre pour construire dignement sa vie.  Cela m’affecte beaucoup de voir autant de gens pauvres et en souffrance… mais ils souffrent joyeusement on dirait !
 
Pour ceux qui n’ont pas eu la chance de te voir en live, peux-tu leur décrire à quoi ressemble un show de Bount Killer ?
Dans un show de Bounty Killer, il s’agit de transmettre un message au public, avec beaucoup d’énergie et de problèmes évoqués, car je ne suis pas un artiste sans sens. Je ne suis pas là pour voir les gens crier, je suis là pour transmettre le message et tu vas quand même crier quand tu entendras mon message car tu le sentiras et qu’il fait sens. Le show est comme un débat durant lequel on discute de problèmes et on soulève des questions. C’est vraiment comme un débat avec énormément d’énergie et de vibes mais pas un show où tu ne fais que dancer avec les mains en l’air. Je suis pas du genre à m’envoyer des compliments. Viens et tu me diras comment tu le vis.

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commentaires
le 06/06/12 par Killaz
Big interview!! J'aime bien son souvenir du Sting 92 (il est sur de la date?) et le clash avec Beenie. Ya une bonne vidéo là : http://www.youtube.com/watch?v=KXGWB28g-c4
le 07/06/12 par madperry
non il dit bien que c'était en 1993... vraiment bad cet interview !
le 11/06/12 par youyou
C du Bounty tout craché pas de tps à perdre, KABOOMMMMMMMMMMM

2.5/5 (23 votes)

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4.0/5 Evaluation Reggae.fr
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Bounty Killer
Le Warlord a marqué l’histoire du dancehall. Ses différents clashs sont entrés dans la légende du ...
07/03/04 - DanceHall
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Bounty Killer - Interview

Bounty Killer s'est confié à reggae.fr le mois dernier. Extraits des moments les plus intéressants de ...
22/06/12 - Reportage

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Bounty Killer - Teaser Interview

L'interview de Bounty Killer en images! C'est bientôt dans votre rubrique reggae.tv!!!

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07/06/12 - Reportage
  • Raphael
        Cool Breeze
        Dubplate
  • Perfect Giddmani
        Middle Finger
        Gendikama Riddim
  • Djanta
        Peace feat Lutan Fyah
        Conscious Entertainer
  • Sista Rosta
        Special Request
        Special Request
  • Yaniss Odua
        Rouge Jaune Vert
        Moment Ideal
  • Naaman
        House of Love
        DeepRockers BackAYard
  • Snoop Lion feat Drake and Cori
        No Guns Allowed
        Reincarnated
  • La Granja Orchestra
        Wake Up
        Wake Up
  • Assoh Babylas
        Rendez Vous
        Taximan
  • Obidaya
        Sweet Reggae Music
        Obidaya
  • Stranger Cole
        Rough and Tough
        Before Reggae
  • Dubmatix
        Pull Up Selector
        Rebel Massive
  • Major Lazer
        Watch Out For This
        Free The Universe
  • Ackboo ft Macky Banton
        Turn Up The Amplifier
        Turn Up The Amplifier