Rebel Escape #2
25/11/17 au 25/11/17
Danakil en tournée
06/10/17 au 16/12/17
Yaniss Odua en tournée
30/09/17 au 16/12/17
RUB A DUB PARTY #35
09/12/17 - Paris

CMR

Marc Salomon

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Rebel Escape

batterie

Danakil en tournée

Yaniss en tournée

Rub a dub party

Busy Signal - Interview Busy Signal - Interview
09/07/12 - Auteur(s) : LN avec Djul et Nounours / photos Semayat

Busy Signal était en Europe en mai dernier. Il est passé par Paris le 16 à l'occasion du Reggae Splash Tour. Quelques jours plus tard, sur le chemin du retour en Jamaïque, il se faisait arrêter… (lire le dernier statut judiciaire de l'affaire dans notre rubrique news). Reggae.fr a eu la chance de le rencontrer avant son show au Zénith, afin de discuter de son excellent dernier album "Reggae Music Again". Des extraits de cet entretien sont également à voir dans notre rubrique reggaetv.

Reggae.fr: Tu as récemment sorti l’album « Reggae Music Again ». Pourquoi ce titre ? Tu voulais faire découvrir le style reggae à ton public dancehall ou était-ce plus un besoin personnel de revenir aux sources ?
Busy Signal: J’en avais besoin. Mais je pense que le public en a besoin aussi. Il faut revenir au reggae music en général. Le vrai reggae, pas le reggae fusionné avec du R’n’B ou autre chose. Je pense que le public a le droit d’avoir accès au vrai reggae. Et peut-être pas seulement grâce à moi... J’espère que d’autres artistes le feront. En tant qu’artiste dancehall, je me devais de montrer mon respect pour le reggae. Le reggae a donné naissance au dancehall, au reggaeton, au hip-hop aussi. Le reggae est l’une des plus belles richesses exportées de la Jamaïque. C’était mon devoir de rendre hommage à cette musique.


"En tant qu’artiste dancehall, je me devais de montrer mon respect pour le reggae"



Dans cet album, on retrouve du roots, du rocksteady, du lover’s rock aussi. Etait-ce important pour toi de représenter tous ces styles ?
Tous ces styles restent du reggae. C’était important oui. Même si ce n’était pas intentionnel, ça s’est fait naturellement. C’était la vibes qui allait avec ce que je voulais transmettre musicalement. C’est la vibes qui correspond à toutes les expériences que j’ai eues au fil des années en apprenant et en écoutant cette musique. Je voulais juste montrer ma propre culture à ma manière, avec mes mots.



Au niveau de la production, tu as travaillé avec ton manager Shane Brown. Nous savons que tu aimes les producteurs méticuleux. Est-ce le cas de Shane Brown ? Comment s’est passé le travail avec lui ?
Nous sommes comme une équipe. Moi j’arrivais avec des idées, des bribes de textes, je marmonnais quelques lyrics et après il appelait les musiciens. Car tous les morceaux de l’album sont joués par mes musiciens. Donc la magie opérait tout de suite. Car ce sont les musiciens avec qui je tourne tout le temps, le High Voltage Band. A part les cuivres qui sont joués par Dean Fraser et les chœurs, tout le reste comme les claviers, la basse, les guitares et la batterie, c’est mon groupe. Donc la connexion était bonne. Pour ce qui est de Shane Brown, il produisait déjà du reggae avant que je le connaisse. Il est ingénieur et producteur depuis longtemps. Donc il connait tout ça mieux que moi.


"J’écris tous les jours, même si je n’ai pas de riddim"



Tu as une qualité d’écriture remarquable. Comment travailles-tu tes lyrics ? Tu écris tous les jours ? Es-tu inspiré par la musique de ton groupe ?
J’écris tous les jours. Même si je n’ai pas de riddim. L’a capella est quelque chose de différent que j’aime bien. Par exemple, la première chanson de l’album, « Run Weh », je l’ai faite comme ça, sans riddim. Ensuite, j’ai appelé mes musiciens et on a travaillé ensemble dessus. C’est selon l’inspiration. Elle vient de mes expériences ou de l’expérience d’autres personnes. J’écoute les gens parler, je m’imprègne et j’ai une idée qui vient. Puis je transforme mes pensées en mots et en musique.

Ta chanson « Modern Day Slavery » est très dark. Est-ce ta vision de la société actuelle ?
Oui, dans différentes parties du monde. C’est l’esclavage mental. J’ai visité pas mal d’endroits dans le monde et j’ai vu différents styles de vie et différents emprisonnements, différentes forces mentales et différents problèmes. Même moi, je rencontre ce genre de difficultés en travaillant avec des gens. Et je dois subir ces angoisses mentalement. Ce n’est pas quelque chose que l’on peut voir comme ça, mais si on y réfléchit bien, c’est une nouvelle forme d’esclavage ; l’esclavage des temps modernes.



Nous avons beaucoup aimé la chanson « 119 » avec Anthony Red Rose et Joe Lickshot. Tu peux nous en parler ?
Anthony Red Rose a fait sa partie en premier. C’est un artiste que j’écoute depuis que je suis à l’école ! C’est le reggae que j’aime, les vraies fondations quoi. C’est un modèle pour moi. Nous n’avons pas pu enregistrer ensemble car il devait partir en tournée, donc il a fait sa partie tout seul. Je l’ai écouté plusieurs fois et après quelques jours d’écoute, je me suis dit qu’il manquait quelque chose et qu’on pouvait l’améliorer avec quelqu’un d’autre. Mais qui ? Donc je suis allé sur youtube pour regarder des vidéos de vieux sound-systems, de l’époque où j’étais enfant, voire même d’époque où je n’étais pas né. Et j’ai trouvé une vidéo de 1986 je crois, où l’on voit Burro Banton, Little John, Super Cat, Nicodemus, Tenor Saw, plein de gars, Cutty Ranks aussi, Yami Bolo tout jeune... et Joe Lickshot arrive et il fait ses trucs au micro. Et je me suis dit « Yeah ! C’est ça que je veux ! » Et j’ai regardé cette vidéo encore et encore. Elle date de bien avant moi et elle m’a donné tellement d’inspiration. Je savais que je voulais Joe Lickshot dans cette chanson. Mais je n’avais aucun moyen de le contacter, je ne savais même pas où il était, je ne lui avais jamais parlé. Je ne savais pas comment le trouver mais j’en avais tellement besoin. J’ai demandé à des gens, personne ne le connaissait. Donc je suis retourné en studio et j’ai essayé de faire ses gimmicks moi-même. « Bing, Bang, Brrrrrrrrrr, Pssssst » (rires). Mais ça ne marchait pas. Finalement, Shane Brown a réussi à avoir un contact. On a su qu’il était à New-York et qu’il revenait en Jamaïque. Il est venu nous voir au studio, c’était à Tuff Gong. Il a écouté et il a dit « Yeah man ! Le son est bon, je suis prêt. Tu veux que je fasse quoi ? » Je lui ai dit « fais ce que tu veux, je veux Joe Lickshot. » Il a fait ses trucs et il ne s’arrêtait plus. Même après la fin de la chanson, il a continué. Du coup il a eu toute une partie du morceau juste pour lui. Je ne pouvais pas effacer ça. C’est peut-être long, c’est peut-être 3 minutes de plus, mais je ne voulais pas effacer ça. Je devais tout garder, c’est quand-même Joe Lickshot, une icône des dancehalls, il représente le reggae vintage. Cette chanson est comme un rêve devenu réalité, Anthony Red Rose, Busy Signal et Joe Lickshot réunis. C’est une façon encore de montrer mon respect pour les fondations.

Le thème du ghetto a toujours été présent dans ta musique. As-tu constaté une évolution depuis le début de ta carrière d’artiste ? Bounty Killer nous a dit qu’il n’en voyait aucune.
Non il n’y a aucun changement. Je ne vois pas ce que je pourrais considérer comme une amélioration. C’est comme ça, c’est toujours la même situation. Il y a eu des élections récemment mais même s’il y a un nouveau parti au pouvoir, c’est toujours pareil. On nous a promis plein de changements, on nous a promis des jobs, des meilleures conditions de vie pour la communauté et pour les jeunes, pour qu’ils puissent pratiquer des activités, mais rien n’est arrivé. On attend toujours. C’est triste à dire mais il faut survivre. La Jamaïque est un pays de survivants où il faut être sage, il faut être débrouillard, il faut savoir où traîner et où ne pas traîner et avec qui tu peux ou tu ne peux pas traîner.


"La Jamaïque est un pays de survivants où il faut être sage et débrouillard"



Cette attitude de survivant te donne-t-elle de la force pour faire de la musique ?
Absolument. Beaucoup de force. Savoir comment survivre et s’en sortir, ça donne beaucoup de force. Car il y a des gens qui abandonnent. Ça arrive régulièrement, ils perdent leur force mentale et s’effondrent. Je discutais l’autre jour avec des amis et on parlait de cet artiste rasta qui s’est coupé les locks car il voulait faire du dancehall. Je crois que c’est Natural Black. Il a décidé de se couper les locks pour se mettre au dancehall, mais c’est complètement stupide. Il y a des gens qui pètent les plombs tous les jours. Pour survivre il faut être fort et sage.


"Le reggae est le seul genre de musique où tu ne peux pas chanter n’importe quoi"



Justement, à propos de rasta. Dans un des interludes de ton album, tu dis qu’il n’est pas nécessaire d’être rasta pour faire de la musique « conscious ». Mais tu penses qu’il y a tout de même une relation entre reggae et rasta ?
Entre les vrais rastamans et le reggae, il y a un rapport de responsabilité. Ce n’est pas vraiment une relation. Car tout le monde peut faire du vrai reggae. Gentleman par exemple, n’est pas un rasta et il fait du reggae. Moi-même, avec mon album, je ne suis pas un rasta avec des locks et tout ça, mais mon cœur... et mes pensées sont vraies. Il faut être clean et concentré sur des pensées conscientes pour faire du reggae. Car le reggae est le seul genre de musique où tu ne peux pas chanter n’importe quoi. Dans le dancehall, tu peux chanter tout ce que tu veux, dans le R’n’B aussi, pareil pour le reggaeton, le rap ou le hip-hop. Tu peux faire ce que tu veux. Mais avec le reggae tu ne peux pas déconner et parler de bling-bling, de bijoux... Tu ne peux pas parler des choses matérielles. Le reggae c’est la conscience, il faut méditer et être clean dans tes pensées car c’est comme un message dans tous les sens du terme. Mais en ce qui concerne les dreads... Elles représentent une religion et un mouvement. Et quand quelqu’un méprise les locks ou quand quelqu’un se les coupe ou les dévalorise, c’est comme un manque de respect. Et en plus ça montre que tu dérapes mentalement. Donc tu n’as pas besoin d’être rasta pour faire du reggae, mais tu dois être un vrai rastaman pour représenter la culture ou le mouvement rasta. Tu dois défendre un certain type de pensée. Je trouve triste que ces attitudes se perdent. Moi je suis naturel, j’ai toujours ma coupe de cheveux et mon style, mais je reste concentré et je montre mon respect pour le reggae. Car l’important n’est pas l’apparence, mais ce qui est à l’intérieur de toi.



Quel est ton meilleur souvenir pendant l’enregistrement de cet album ?
Tout simplement la vibes de Tuff Gong. Il y a eu aussi ce moment où Damian Marley est venu faire le remix de « Kingston Town ». C’est un featuring qui devrait sortir en juillet. J’ai beaucoup apprécié le temps passé avec Junior Gong. J’étais là dans le studio et je l’observais enregistrer et faire des corrections et tout ça. On fumait de la bonne weed et la vibes était là. Toutes les personnes présentes étaient dans le même état d’esprit. La pièce était remplie de fumée par l’essence de la Terre. Et on a juste profité du moment en faisant la chanson. On a dû commencer vers 20h et on a fini à 4 ou 5h du matin. Même après l’enregistrement, Damian est resté et on a partagé différentes choses. C’est vraiment un bon souvenir.

Et as-tu un mauvais souvenir ?
Oui il y en a. Pendant l’enregistrement, on avait un gars qui s’appelle Kat. C’est un gars qui traînait souvent avec Stephen Marley et Damian aussi. C’est un ancien, il était déjà là à l’époque de Bob Marley. Il était là avec nous pour s’occuper de nous. Quand on était en studio, on ne voulait pas sortir, pour garder la vibes, et il allait nous acheter des cannes à sucre ou des oranges. Il nous les épluchait et tout ça. Il s’occupait bien de nous. Ce gars est mort d’une crise cardiaque quelques temps après la fin de la réalisation de l’album. C’était un elder donc c’est triste. Qu’il repose en paix.


"Bounty Killa est mon général, point barre"



Pour revenir sur ta carrière en général, peux-tu nous dire comment tu as eu envie de faire de la musique et comment tu as commencé avant de rencontrer Bounty Killer et d’intégrer l’Alliance ?
J’ai été influencé par beaucoup d’artistes différents. J’écoute beaucoup de musique, différents styles. Donc j’ai plusieurs sources d'inspirations. Mais j’ai commencé professionnellement dans la musique avec des gens comme Jazzy-T, DJ Karim, Supa Hype. Ce sont eux qui ont lancé ma carrière.

Et ensuite tu as fais cette rencontre déterminante avec Bounty Killer...

Oui. Bounty Killer... Je dirais que Bounty Killer est mon général. En termes de dancehall, c’est mon général, point barre.

Est-ce qu’il a aimé ton album reggae ?
Oui bien sûr.  Il est arrivé en Europe une semaine avant moi et j’ai vu qu’il avait écrit des tweets en réaction à la 5ème place de l’album dans le Billboard Chart. Vous savez, le Reggae Billboard Chart a 100 places. Bob Marley est N°1. Je ne sais pas qui est entre lui et moi, mais je suis à la 5ème place et ça c’est génial. Donc hier, quand je suis arrivé à l’hôtel, dès que j’avais posé mes affaires, je suis allé voir Bounty car sa chambre est juste à côté de la mienne et il m’a félicité pour cette 5ème place. Bounty et moi on a une relation de grand-frère à petit-frère. Il me donne beaucoup d’énergie et j’ai toujours respecté les choses qu’il a faites dans la musique et aussi sa façon de diriger la foule avec sa voix et sa façon de transmettre son message. Je l’ai toujours admiré. C’est une force motrice pour moi dans le dancehall.

Puisque tu nous parles de tweeter, est-ce important pour toi d’utiliser les réseaux sociaux ?
Oui tout à fait. Le monde est à notre portée aujourd’hui et nous devons avancer avec lui. On ne peut pas se laisser dépasser. Ce ne sont que des technologies, une nouvelle façon de sociabiliser et d’atteindre les gens ou même de les rencontrer. BusySignal_Turf sur Twitter. On est sur Facebook aussi. Tout ça est lié automatiquement.

Récemment, on t’a vu sur le net dans une vidéo réalisée par Gappy Ranks...

Oh oui ! Hottest Hot Head (rires). C’était marrant de faire ça...

Tu t’intéresses aux artistes européens ?
Yeah man ! Je suis allé en Angleterre il y a quelques semaines et Gappy a filmé cette vidéo. C’était une vibes en studio. Je suis toujours intéressé d’écouter différents jeunes talents qui supportent ma culture. C’est bien d’écouter de nouveaux sons et je suis toujours curieux d’entendre leurs accents et de voir comment ils travaillent. C’était une bonne expérience avec Gappy, on était entre amis.

Retrouvez les extraits vidéos de cet interview dans notre rubrique reggaetv.

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