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Bal jamaïcain

Cocoa Tea - Interview Cocoa Tea - Interview
28/11/12 - Auteur(s) : Djul

Le vétéran Cocoa Tea vient de sortir un nouvel album. "In a di red" a été entièrement produit par Cocoa Tea lui-même et l'équipe du Roaring Lion Studio (label de l'artiste). On profite donc de cette occasion pour vous faire partager notre dernière rencontre avec l'artiste, lors du Garance Reggae Festival en juillet dernier.


Reggae.fr: Peux-tu nous expliquer d’où te vient ton nom de scène ?
Cocoa Tea: Ça vient d’un thé que l’on boit beaucoup en Jamaïque. Ça s’appelle le cocoa tea. Certains l’appellent le chocolate tea. On le fait avec le fruit du cacaotier. Le cacao sert la plupart du temps à faire du chocolat, mais nous, en Jamaïque, on préfère en faire du thé. Un soir, ma mère ne voulait pas cuisiner, elle voulait juste faire du thé. Et j’ai dit : « Yes mama ! Some hot cocoa tea ! » Les enfants de mes voisins étaient là pour jouer avec nous et ça les a fait rire. Depuis, ils ont commencé à me surnommer « Cocoa Tea » et ça me gênait beaucoup. J’avais l’impression qu’on se moquait de moi. Puis j’ai fini par le prendre à la rigolade et j’ai gardé ce nom.

Pourtant, ton premier disque a été crédité à ton vrai nom n’est-ce pas ?
Oui. Calvin Scott. C’était « Searching In The Hills » en 1974. Je n’avais que 14 ans. Mais je n’ai pas un très bon souvenir de cette époque. L’enregistrement avait été dur pour moi qui n’avais pas d’expérience et en plus, le morceau n’a pas trop marché. Aussitôt après, j’ai arrêté de faire de la musique. Ce n’est que plus tard, quand je m’y suis remis dans les années 80, que j’ai pris le nom de Cocoa Tea.

Henry « Junjo » Lawes est le premier producteur qui t’ait fait confiance. Comment l’as-tu rencontré ?
C’était à un sound system à Rocky Point, Clarendon, tout près de chez moi. J’y étais allé pour danser. Il y avait tout le crew Volcano : Little John, Yellowman, Josey Wales, Toyan, Welton Irie et plein d’autres. J’ai été au culot voir Junjo et je lui ai demandé si je pouvais chanter. Il m’a donné le micro et j’ai mash up le dancehall ! Après, c’est lui qui est venu me voir et il m’a emmené à Kingston pour enregistrer pour lui.

Junjo avait une réputation de gunman. Quelle relation avais-tu avec lui ?
C’était un ami. Il m’a fait confiance tout de suite, je ne pouvais que lui être reconnaissant. Je n’ai jamais eu de problème avec lui et je ne l’ai jamais vu faire du mal à qui que ce soit. Il m’a toujours traité avec respect et amour. Les gens aiment balancer des rumeurs. Ils ont fait pareil avec Fatis Burrell, mais en réalité, ces gars-là étaient nice !

Quand tu travaillais avec Junjo, c’était l’époque du early dancehall...
Oui. Du dancehall tout court même ! C’était le vrai dancehall. C’était l’époque de grands artistes comme Little John ou Sugar Minott. Rien à voir avec ce que les gens appellent « dancehall » aujourd’hui.

Te considères-tu comme un artiste dancehall ?
Je me suis fait connaître dans les dancehalls, en chantant sur un sound system. A l’époque, le mot « dancehall » signifiait le lieu où l’on posait les sound systems pour faire danser les gens. La plupart des artistes aujourd’hui qui disent faire du dancehall sont incapables de chanter sur un riddim. Si tu les emmènes en sound system et que tu leur donnes le micro pour poser sur un riddim, ils n’y arrivent pas. Je ne sais même pas pourquoi ils se proclament artistes dancehall. Ils travaillent uniquement sur ordinateur avec Protools et compagnie. Pour être un artiste dancehall, il faut aller en sound system. Le selector joue un 45T avec un morceau chanté, ensuite il met la version, un chanteur chante en live, et enfin un deejay pose un lyrics. C’est comme ça ! C’est ça le dancehall !

Et te considères-tu également comme un artiste roots ?
Je suis un artiste dancehall qui fait du roots. Car, à mon époque, c’était le roots qu’on jouait dans les dancehalls. Vous me suivez ? (sourire) On chantait sur des riddims rub-a-dub. C’est aussi de là qu’est venu le terme « dub » pour qualifier une version. J’ai grandi dans cet environnement, j’ai tout appris dans les sounds. Tu peux m’emmener dans n’importe quel sound system du monde, je serai capable de chanter. Essaye d’emmener un jeune artiste d’aujourd’hui dans un sound, il ne saura rien faire. Ces gars-là ne font pas du dancehall. C’est un nouveau style de musique. Moi, je les appellerais « computer artist » ou « protool artist » (rires).

Tu as écrit la chanson « 18 And Over ». Es-tu un artiste réservé aux personnes majeures ?
Je chante pour tout le monde. La chanson « 18 And Over » n’est pas réservée aux personnes de plus de 18 ans. C’est pour apprendre aux gens que, lorsqu’on voit une jeune fille dans la rue, si elle n’a pas 18 ans, il faut la laisser tranquille. Babylone déclare que la majorité sexuelle pour une fille est à 16 ans. Mais en même temps, Babylone te dit que tu n’es pas adulte tant que tu n’as pas 18 ans. Donc, moi je ne veux pas avoir de relation sexuelle avec une fille de 16 ans. Je veux que ma partenaire ait plus de 18 ans. Cette chanson c’était juste pour dire qu’on n’aime pas les pédophiles et les gens qui molestent les enfants. Et pour rappeler aux gens que les enfants grandissent vite de nos jours. Ils peuvent avoir l’air d’avoir 20 ans alors qu’ils n’en ont que 16. Il faut faire attention et laisser les jeunes filles tranquilles, même si elles sont aguicheuses. Parfois, ce sont elles qui viennent draguer des hommes plus âgés qu’elles, mais il faut leur dire qu’elles sont trop jeunes et refuser leurs avances.

Après avoir travaillé avec Junjo, tu as aussi collaboré avec King Jammy’s. Quels étaient les différences entre ces deux producteurs ?
Junjo était quelqu’un de très strict. Il te disait toujours comment chanter ceci et comment chanter cela. Il t’apprenait beaucoup de choses et donnait souvent des conseils. Il connaissait toujours les dernières tendances, il savait ce qui plaisait aux gens. Parfois, il te donnait même des idées de paroles car il savait que ça allait marcher, que c’était dans l’ère du temps. Jammy’s n’aurait jamais fait ça. Quand on bossait avec Jammy’s, on arrivait en studio, on chantait, et il se contentait d’enregistrer. On était plus libres.

Tu travaillais à Waterhouse avec King Jammy’s ?
Oui tout à fait.

Comment était l’atmosphère dans ce quartier réputé dangereux de Kingston ?
C’est vrai que c’était pas l’endroit le plus tranquille, mais l’atmosphère était nice. Je n’ai jamais assisté à des scènes de violence en particulier.

Tu as rencontré King Tubby là-bas ?
Oui, j’ai même fait une chanson pour lui. J’ai enregistré dans son studio à Waterhouse. C’était un grand producteur et j’aimais aussi beaucoup son sound system, Tubby’s Hometown Hi-Fi.

Peux-tu nous parler de ton trio avec Shabba Ranks et Home T ? Qui a eu l’idée de cette collaboration ?
C’est Bobby Digital et Mikey Bennett qui ont eu l’idée. Ils faisaient une adaptation de la chanson de Patti Page, « Why Do I Get Butterflies », avec Home T. Mais ils n’arrivaient à reproduire la bonne mélodie. Donc je leur ai montré comment il fallait chanter cette chanson et ils ont décidé de m’enregistrer avec Home T. Et après, on s’est tous dit que ce serait bien avec un deejay en plus. Et on a choisi Shabba Ranks.

Tu étais en Jamaïque quand Shabba est revenu pour le Sumfest cet été, après des années d’absence ?
Oui j’étais là quand il est arrivé. Il voulait qu’on fasse un truc ensemble, mais je ne pouvais pas car je partais en tournée aux Etats-Unis puis ici en Europe. Mais on a fait un show ensemble au Japon l’année dernière. C’était malade. Il y avait 80 000 personnes dans un stade.

Toute à l’heure, tu as brièvement évoqué Philip « Fatis » Burrell, qui est décédé l’année dernière en décembre. Souhaites-tu dire quelque chose en sa mémoire ?
Son héritage vivra à jamais. Car Fatis avait cette merveilleuse capacité de créer quelque chose en partant de rien. C’est un grand homme. Les jeunes artistes que vous voyez débarquer aujourd’hui sur le marché de la musique ; Fatis les a pratiquement tous lancés. Que Jah bénisse son âme. C’était un homme bon, un homme très bon selon moi.

Tu faisais déjà partie du label X-Terminator quand Sizzla a commencé à y travailler ?
Yeah Man ! C’est moi qui ait découvert Sizzla et Luciano ! C’est moi qui les ai amenés à Fatis.

Tu savais que Sizzla avait ce potentiel ?
Bien sûr ! Je savais que Sizzla avait un talent exceptionnel. Je l’ai vu tout de suite. C’est pour ça que j’ai beaucoup travaillé avec lui. C’est moi qui l’ai emmené la première fois aux Etats-Unis pour un show à Miami. On a partagé la scène ensemble. Sizzla est mon youth ! Il est comme mon fils. C’est la même chose pour Capleton, Buju Banton et toute cette génération.

Tu continues de produire avec ton label Roaring Lion ?
Oui, je continue. Mais le business de la musique ne marche pas aussi bien qu’avant. Quand tu as une petite entreprise comme moi, c’est dur de survivre. Donc je me concentre plus sur mes propres productions. Mon nouvel album, « Inna Di Red », est entièrement produit par moi-même pour mon label Roaring Lion. Si je découvre un talent qui en vaut la peine, je l’aiderai. Mais je sais qu’aujourd’hui c’est dur de faire de la découverte. Tu dépenses de l’argent, mais tu n’arrives même pas à te rembourser. Les disques ne se vendent plus. Aujourd’hui, pour faire émerger un jeune, il te faut un contrat avec des grosses maisons de disques, sinon c’est très dur. Mais je ne perds pas espoir. Je m’occupe toujours de mon label pour sortir mes propres morceaux et on verra ce que l’avenir nous réserve.

Tu as fait plusieurs chansons en soutien à Barack Obama, notamment avant sa première élection. Tu le soutiens toujours aujourd’hui ? (NDLR : l’interview a été réalisée avant la réélection du Président américain)
Et bien, il y a des choses qu’il a faites que je soutiens et d’autres que je ne soutiens pas. Je pense que Barack Obama est enchaîné au système américain. Il n’a pas la marge de manœuvre qu’il mérite. Les Etats-Unis ont un système racial et les Républicains n’ont pas vu d’un bon œil son élection. Ils ont donc bloqué certaines de ses actions. Mais il a tout de même réussi à faire de bonnes choses qui n’ont pas toujours été médiatisées.

Pour terminer, parlons un peu de ton autre passion : les chevaux. Tu en possèdes ?
Oui, j’ai des chevaux chez moi. J’ai été jockey par le passé. Aujourd’hui, je fais ça pour le plaisir. Je fais des ballades seul ou en famille, ça dépend. Je sais très bien monter à cheval !

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