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Rastafari: révélation et révolution Rastafari: révélation et révolution
21/03/13 - Auteur(s) : Sacha Grondeau; Photos: Courtoisie de Boris Lutanie

Coécrit par l’anthropologue Jakes Homiak et Boris Lutanie, "Rastafari, de la révélation à la révolution" vous propose de dépasser les clichés habituellement véhiculés sur la culture Rasta.  Ce livre s’ouvre sur la période de gestation du mouvement Rasta et sur le destin improbable d’une bible noire : The Holy Piby. Vision du monde, mode de vie, spiritualité libre, Rastafari s’enracine dans une histoire riche et complexe qui se révèle le plus souvent mésestimée."Rastafari, de la révélation à la révolution" est paru le 20 décembre dernier aux Éditions Joffrain Garin et est notamment disponible à la boutique rastafrica. Il ravira les amateurs de culture rasta.

Entretien avec l'un des co-auteurs, Boris Lutanie, professeur de lettres-histoire et par ailleurs auteur de deux livres sur le sujet : Introduction au Mouvement Rastafari (1999) et Jah Rastafari, Abécédaire du mouvement Rasta (2002).



Reggae.fr: D'abord, pourquoi avoir autant attendu avant de publier ce troisième livre consacré au mouvement Rasta ?
Boris Lutanie: Ecrire un bouquin, c’est un long processus de recherche, de questionnement, bref de maturation. Après la publication de « Jah Rastafari, Abécédaire du mouvement Rasta » en 2002, j’avais le projet d’écrire un ouvrage sur les relations entre la culture Rastafari et le reggae mais je ne suis pas parvenu à trouver une articulation satisfaisante, cohérente. J’étais par ailleurs très occupé par mon travail de prof.

Comment as-tu rencontré ton coauteur et comment avez vous travaillé pour rédiger à quatre mains cet ouvrage ? Y-a-t-il eu un travail de réécriture par rapport aux articles qui avaient été publiés dans la presse reggae ?
J’ai le plus grand respect pour l’anthropologue Jakes Homiak dont je connais les écrits depuis 1998. Il a commencé ses recherches en Jamaïque en 1980 et il s’est totalement immergé au sein des communautés Rastafari de l’île en instaurant des relations de confiance avec les patriarches Nyahbinghi, Boboshanti… Il a développé à la fois une vision intérieure du mouvement tout en étant très juste et précis dans ses analyses. Ses travaux sont d’une très grande acuité. C’est par l’intermédiaire de l’ethnologue Carole Yawney, sa partenaire de recherche, que j’ai eu l’occasion de lui écrire l’année suivante lorsque j’ai publié mon premier livre sur le sujet. On échange nos points de vue respectifs sur le mouvement Rastafari depuis cette époque là. Ce n’est pas toujours évident de coécrire un livre mais c’est toujours un travail extrêmement stimulant et enrichissant : « each-one-teach-one » ! Dès les premiers articles publiés dans Reggae Vibes magazine, nous avions l’idée de les rééditer sous une forme livresque, histoire de leur redonner une seconde vie. On a bien sûr dû retravailler sur certains aspects du texte, en ajoutant également des notes et d’autres apports périphériques.


Les vestiges de la communauté howellite du Pinnacle. Février 2012 (© Boris Lutanie)

Et justement tu as dédié le livre à Carole D. Yawney...
Oui et pour plusieurs raisons : Carole a réalisé de brillantes études sur le mouvement. Dans  les années 1970, elle partageait la vie communautaire du cercle de Ras Mortimo Planno, le mentor de Bob Marley. C’était quelqu’un de très généreux, elle m’envoyait de nombreuses informations sur l’avancée de ses recherches. Elle a longtemps travaillé aux côtés de Jakes, notamment sur le fonds d’archives IRAP consacré au mouvement (International Rastafari Archives Project) ainsi que sur le projet d’exposition « Discovering Rastafari ! » qui a finalement vu le jour au Muséum national d’histoire naturelle de Washington en 2007. Elle est malheureusement décédée en 2005 et nous souhaitions lui rendre hommage.



Priest Anthony Morgan lors des festivités du 1er mars 2012 célébrant le cinquante-quatrième anniversaire de la fondation de l’ordre Boboshanti le premier mars 1958 par Prince Emmanuel Charles Edwards. (Mars 2012 / © Boris Lutanie)

Le titre du bouquin montre dès le départ l'ambivalence de ce mouvement : "de la révélation à la révolution". Comment expliques-tu cette double entrée religieuse et politique et est-elle réelle ?
Il y a effectivement une double dimension : spirituelle et contestataire. Le mouvement Rastafari est né dans un contexte de lutte pour la cause noire. Les premiers Rastas s’inscrivent dans le prolongement du combat mené par Marcus Garvey aux Etats-Unis et au sein des Caraïbes. De fait, lorsque Ras Tafari est couronné Empereur le 2 novembre 1930 en Ethiopie, cette nouvelle va prendre la forme d’une véritable révélation pour des individus tels que Leonard Howell, Joseph Hibbert, Archibald Dunkley, Robert Hinds ou encore Altamond Reid. Cette « révélation » a immédiatement une portée révolutionnaire puisqu’elle conteste l’ordre colonial, l’autorité de la couronne britannique. Lorsque les premiers Rastas entonnent le « God save the King », c’est un chant totalement subversif et il est perçu et sera jugé comme tel par le pouvoir en Jamaïque.



Edifié sur les flancs escarpés des Blue Mountains, le camp de la congrégation Rastafari connue sous le nom de «Emperor Haile Selassie I School of Vision, Bible Study,  Prophecies, and Sabbath Worship»  (Février 2012 / © Boris Lutanie)

Comprends-tu que certains rastas aujourd'hui aient du mal à accepter les origines politiques (certains comme Hélène Lee disent marxistes) de leur mouvement ? Es-tu d'accord avec cette filiation politique (en particulier issue des antécédents politiques de Marcus Garvey) ?
A l’origine, le mouvement Rastafari puise à de multiples sources. Le garveyisme en est une. Leonard Howell a entretenu une correspondance avec le marxiste George Padmore, une figure du panafricanisme. En réalité, les influences sont diverses mais bon nombre de Rastas manifestent une certaine défiance à l’égard des politiciens (« polluticians ») et des grands systèmes idéologiques : « no ism no skism ». Des personnalités et des groupes rastas tels que Ras Sam Brown et son Black Man’s Party en 1961, puis les Royal Judah Coptic, et plus récemment l’IEWF (Imperial Ethiopian World Federation), ou Ras Astor Black ont tenté isolément, sous différentes formes et à diverses reprises cette incursion dans le champ politique, sans grand succès. Libertaire par nature, les Rastas refusent le plus souvent les appartenances partisanes et autoritaires. Pour la plupart, les Rastas considèrent la chose politique comme un jeu de dupes : « polytricks ».



Peut-on rapprocher le mouvement d'émancipation des afro-américains du mouvement rasta ? En particulier à propos de la place des noirs dans la société occidentale ?
On peut opérer des comparaisons, effectuer des parallèles mais à mes yeux le mouvement Rasta a sa propre singularité. On trouvera toujours des similitudes, des recoupements partiels avec les grandes organisations et courants noirs afro-américains tels que l’UNIA (à laquelle certains Rastas adhéraient), Malcolm X et les Black Muslims, le Black Panther Party, le phénomène Black Power… Les enjeux actuels relatifs à la réparation traversent des associations afro-américaines et certaines organisations Rastas par exemple. Mais les Rastas n’aspirent pas exclusivement à la libération du peuple noir, ils appellent également au rapatriement. La question du retour en Afrique et du retour à l’Afrique est centrale dans le mouvement. En relisant les discours de Malcolm X, on trouve bien sûr des échos à Garvey et aux Rastas comme dans cette phrase par exemple : « Alors que toutes les religions du monde enseignaient à leurs fidèles que leur Dieu était un être identifiable, un Dieu qui ressemblaient à eux, l’esclavagiste obligea le Noir à adopter la religion chrétienne. Il lui apprit à adorer un Dieu étranger qui avait les cheveux blonds, le visage pâle et les yeux bleus de son maître. »


De gauche à droite : Ras Rambo, Daddy Roy, Wika Ipple, Bongo Shephan au Scotts Pass Nyahbinghi Center (Mars 2012 / © Boris Lutanie)

Pourquoi parler de Bible noire ? Et surtout comment les autres tenants de ce texte saint aborde-t-il cette vision ?
Le terme de « Bible noire » est bien sûr discutable. « The Holy Piby » de Robert Atlhyi Rogers était connue sous le nom de « Bible Africaine » ou de « Bible éthiopienne ». Parue en 1924, la Piby sur laquelle nous avons travaillé dans le premier chapitre n’est sans doute pas LA Bible noire mais une bible noire parmi d’autres. Le texte proto-Rasta publié en 1926, « The Royal Parchment Scroll of Black Supremacy » ainsi que son auteur le Révérend Fitz Balintine Pettersburg mériteraient également des recherches plus approfondies. Il définit son fascicule comme « un texte biblique d’Ethiopie ». Un autre personnage méconnu, le révérend James Morris Webb, un garveyite qui compose en 1919 un texte intitulé "A Black Man will be the coming universal king proven by biblical historie" reste également à redécouvrir.


Comment expliques-tu l'absence d'organisation hiérarchique religieuse chez les Rastas alors que dans les autres religions les Eglises sont très structurées ?
A mon sens, cela tient à plusieurs caractéristiques propres au courant Rastafari. Pour certains observateurs du mouvement, ce dernier serait acéphale, polycéphale et/ou décentralisé. Il n’y a en effet pas de clergé ni de hiérarchisation organisationnelle qui structure le mouvement. Rastafari n’est pas une religion, c’est une spiritualité libre qui s’accommode mal de toute tentative de prise de contrôle. Ce qu’il perd en cohésion et en organisation, il le gagne en liberté et en diversité. En d’autres termes, il n’y a pas une version dogmatique du credo Rastafari mais une pluralité de visions différentes. Malgré certaines controverses récentes, personne ne peut sérieusement prétendre aujourd’hui diriger le mouvement Rastafari. Celui-ci est très diversifié, pluriel, composé de groupes, congrégations, organisations : « unity in diversity ».



L’Arche de l’EABIC (Ethiopia Black International Congress) “True Church of Divine Salvation”, 10 Miles Bull Bay, paroisse de St. Andrew. (Mars 2012 © Boris Lutanie)

Justement, peut-on parler d'Eglises ? Probablement non, mais j'aimerais avoir ton sentiment là-dessus. Comment n'y a-t-il pas eu une récupération politique de la spiritualité rasta comme cela a été le cas dans les autres religions monothéistes ?
Le terme d’église suscite chez les Rastas des réactions très divergentes. Ce mot est fortement connoté, il évoque parfois la conversion forcée au christianisme qui a accompagné l’esclavage. A ce titre, certains rejettent totalement cette appellation là où d’autres la revendiquent : les Boboshanti (EABIC) constituent un ordre monastique et ecclésiastique. C’est un ordre de prêtrise qui se nomme « Divine church of true salvation ». La méfiance des Rastas à l’égard de toute récupération politico-politicienne de leur mouvement est plus forte encore depuis les tentatives de cooptation par Manley et Seaga durant les élections de 1962.

On sent qu'il y a une multitude d'approches de la foi Rasta, de la plus libérale à la plus orthodoxe. Entre "dont haffi dread to be rasta" des Morgan Heritage et la vision de la place des femmes dans la société de certains bobos dreads, il y a un gap. Arrive-t-on à savoir quelles sont les branches les plus importantes de ce mouvement ? et comment se sont-elles développées ?
C’est un vaste sujet et ta question exigerait un livre entier pour y répondre ! Le mouvement Rasta s’apparente à une mosaïque de courants, confréries, tendances variés. Les plus connues d’entre elles sont les Nyahbinghi, les Boboshanti, les Twelve Tribes, la Fédération mondiale éthiopienne mais il y aussi la School of Vision, les orthodoxes, l’IEWF… La liste n’est pas exhaustive et les Rastas citent ce verset biblique : « In my Father’s house are many mansions » Chacune a sa propre histoire et ce serait ici bien trop long et complexe à contextualiser. Encore une fois, certains déplorent cette pluralité de groupes et préféreraient que toutes ces composantes soient centralisées et parlent d’une seule et même voix mais je pense au contraire que c’est ce qui lui conserve sa vitalité, sa complexité. Il y a plusieurs voix qui s’expriment et plusieurs voies qui se dessinent. C’est une polyphonie en quelque sorte.

Bob Marley regrettait le trop grand nombre des congrégations rasta et tu lui as dédié un chapitre de ton ouvrage. Quelle place a-t-il joué dans la diffusion de la foi rasta ? Sa vision était-elle plutôt libérale ou orthodoxe ?
Bob Marley a planétarisé, universalisé la philosophie Rastafari. En diffusant ce message aux quatre coins du globe, il a aussi permis que des peuples et des cultures très diverses s’en emparent, se l’approprient. C’est donc à la fois un processus d’adoption et d’adaptation. C’est un dialogue interculturel qui s’est engagé et Rastafari revêt aujourd’hui de multiples formes. Marley déplorait effectivement les discordes intestines qui fragmentaient le mouvement, il déclarait sur ce point : « Je crois que toutes les maisons de Sa Majesté doivent s’unir. Un autre pense que seule sa maison est dans le vrai et que toutes les autres ont tort. Je sais que Dieu n’a jamais commis d’erreur et s’il a crée les Douze Tribus, les Nyahbinghi, l’Eglise orthodoxe éthiopienne, le RMA (Rastafarian Movement Association) et ainsi de suite, c’est qu’il doit exister quelque part une personne capable d’unir toutes ces forces et de travailler ensemble. » Il a développé une vision unitaire et universelle du mouvement.



Les tambourinaires Boboshanti de “Bobo Hill” (Mars 2012 © Boris Lutanie)

Parle-nous de l'importance des trois principaux personnages du livre Howell (le premier rasta d'Hélène Lee), Hibbert (que tu nommes le second rasta) et Pa Ashanti.
La dimension collective est primordiale chez le « peuple de Jah » mais elle n’efface pas les individualités fortes, le charisme de certains personnages. On revient dans le livre avec Jakes sur Leonard Percival Howell et la première communauté Rastafari du Pinnacle dans la paroisse de Sainte Catherine, près de Sligoville. C’est une histoire dans l’histoire. Hibbert est l’un des premiers prédicateurs du Mouvement Rastafari, il revient en Jamaïque en 1931, un an avant Howell. C’est une personnalité extrêmement énigmatique et son enseignement, basé sur le secret et l’ésotérisme, est réservé à quelques initiés contrairement à Howell ou Hinds qui avaient de très nombreux disciples. Avec le chapitre sur Pa Ashanti, nous avons exploré les origines de la musique Nyahbinghi. C’est assez fascinant de plonger comme cela aux racines du mouvement. Mais le travail reste et restera inachevé ou pour reprendre une célèbre formule Rastafari : « Half of the story has never been told. »
 


La grande figure rasta reste néanmoins Haïlé Sélassié. Peut-on aujourd'hui imaginer et mesurer l'impact de sa venue à Kingston ?  
La visite d’état du Négus le 21 avril 1966 est un moment capital, décisif pour le mouvement Rasta. Le mouvement s’est très largement développé après cette visite avec l’émergence de nouveaux groupes comme les Douze Tribus notamment. Le gouvernement jamaïcain prévoyait de jeter le discrédit sur les Rastas et c’est le phénomène inverse qui s’est produit. Une nouvelle génération de Rastas est venue grossir les rangs du mouvement à cette période ou dans les années suivantes. On pense bien sûr à Bob Marley qui commence à faire référence à l’Empereur éthiopien en 1968 avec le titre « Selassie is the Chapel » dont les lyrics sont composées par un leader Rasta de West-Kingston Mortimo Planno.

Je reviens d'Éthiopie et là-bas l'importance du Négus est bien moindre qu'en Jamaïque. Comment l'expliquer ?
Haïlé Selassié est effectivement un symbole visuel en Jamaïque car on voit sa représentation picturale sur les murs, les portes ou déclinée sur des badges, des vêtements mais je ne suis pas intimement convaincu que de nombreuses personnes, à l’exception des Rastas eux-mêmes, connaissent bien son histoire, son parcours. Il a surtout une dimension iconique, symbolique.



Le tabernacle Nyahbinghi de Scotts Pass dans la paroisse de Manchester. (Mars 2012 / © Boris Lutanie)

Depuis le temps que tu croises tes réflexions entre le reggae et le rasta, comment vois-tu une évolution du message conscient des artistes en particulier de la génération new roots qui a cultivé les paradoxes en posant des morceaux éclairés et d'autres plus violents voir slackness ?
Ce paradoxe tourne parfois au dédoublement schizoïde ! Certains artistes semblent totalement tiraillés, clivés entre deux aspirations diamétralement opposées : un jour on joue les Donquichotte qui ferraille contre Babylone et le lendemain on prend la pose du Don qui shoote. J’en parlais il y a quelques années avec Max Roméo et cette duplicité du Ras Jekyll et du gangster Hyde l’exaspérait au plus haut point. Il m’affirmait à ce sujet : « Certains chanteurs actuels se prétendent Rastas mais leurs chansons parlent de guns, et tout le reste... Ils propagent la violence auprès des jeunes. Ces gars vivent comme des Rastas le jour, mais la nuit ils se comportent comme des démons ! »
 


On a l'impression que le sexe est tabou chez les rastas. Ils en parlent peu. Est-ce juste un sentiment et quelle place tient-il dans la foi rasta ?
Je me souviens à ce propos de cette phrase de Bounty Killer : “Je ne peux pas croire que les rastas n’aiment pas la chatte.” Il suggérait par là que les Rastas étaient hypocrites ou cachotiers sur ce sujet. Je n’ai pas creusé la question mais je ne crois pas que le sexe soit tabou chez les Rastas. Il y a sans doute de la retenue, peut-être de la pudeur. Je ne sais pas trop pour tout dire mais il y a également la perception inverse. Lorsque l’archiprêtre de L’Ethiopian Orthodox Church (EOC) est venu en Jamaïque, l’Abuna Yesehaq,  s’indignait : “Les rastas croient qu’un homme peut avoir plusieurs femmes. Ce n’est pas l’enseignement de notre église. Un homme, une femme : c’est tout.” C’est là aussi une représentation un peu stéréotypée. 
 


Le rapport à l'homosexualité revient de manière cyclique dans le reggae, en particulier parce que des artistes estiment ces pratiques contraire à leur religion. Trouve-t-on dans les textes rasta des choses précises à ce sujet ? Y-a-t-il différents points de vue dans les communautés rasta jamaïcaines ?
C’est une question sensible en effet mais elle ne me semble pas exclusive au mouvement Rasta en général ni au reggae en particulier. Il y a de toute évidence un climat d’homophobie non seulement en Jamaïque mais dans les Caraïbes. Dans bien des endroits du monde en vérité ! Dans le dancehall, Cela vire parfois à la fixation obsessionnelle mais je dois t’avouer mon ignorance totale sur les causes de tout cela. Quelle en sont les origines ? Un fondamentalisme biblique, le puritanisme ? C’est difficile à dire. Je ne crois pas que les Rastas aient une position univoque à ce sujet : Big Youth me disait à ce propos que les chansons homocides de certains artistes étaient totalement délirantes et irresponsables. Il considérait pour sa part que chacun devait respecter et dialoguer avec l’autre quelle que soit son inclination sexuelle.



Portrait du « Roi des rois, Seigneur des seigneurs », communauté de l’«Emperor Haile Selassie I School of Vision, Bible Study,  Prophecies, and Sabbath Worship»  (Février 2012 / © Boris Lutanie)

Puisque c'est d'actualité, parle-nous de la place de la weed chez les rastas. Son utilisation est-elle réellement spirituelle ? Et comment les textes justifient-ils sont utilisation ?
La sacralisation de la ganja n’apparaît pas dès les débuts du mouvement. Vers la fin des années 1940 et au début des années 1950, une nouvelle génération de Rastas Dreadlocks va élaborer de nouveaux codes culturels : la Livity. Ce mode de vie s’accompagne de nouvelles pratiques et de nouveaux rituels. Utilisée jusque-là à des fins récréationnelles, la ganja est ritualisée. Elle s’inscrit dès lors dans une utilisation sacramentelle, enthéogène. En compulsant les saintes écritures, les Rastas ont sélectionné certains passages de la Genèse par exemple : « Dieu dit : je vous donne toutes les herbes portant semence qui sont sur toute la surface de la terre, et tous les arbres qui ont des fruits : ce sera votre nourriture » ou encore dans les Psaumes : « Une fumée monta de ses narines et de sa bouche un feu dévorait – des braises s’y enflammèrent ». Certains lui assigne une dimension eucharistique, d’autres louent ses vertus méditatives et thérapeutiques mais j’ai rencontré aussi des anciens qui ne fumaient pas ou avaient cessé de fumer pour des raisons de santé.

Quels sont tes prochains projets éditoriaux ?
Avec Jakes Homiak, on projette de travailler sur un nouveau bouquin à huit mains en collaboration avec les historiens Robert Hill et Giulia Bonacci. Ce livre est d’ores et déjà en cours de rédaction. J’espère qu’on parviendra à le finaliser en 2014. J’aimerais par ailleurs écrire un ouvrage sur la musique Nyahbinghi. Et peut-être, un ultime opus consacré aux relations entre le reggae et la culture Rasta dont je parlais au début de cet entretien. Bref, les projets, comme toujours, ne manquent pas, ça mijote doucement mais sûrement au-dessus des braises…

Un dernier mot pour les lecteurs de reggae.fr ?
Keep the fire burning !

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commentaires
le 21/03/13 par jahgreg from RBR
Yes I ! un bel entretien avec Boris Lutanie. Pour les plus curieux et les autres, Boris a participé à notre projet de montage de l'exposition DISCOVERING RASTAFARI dont Jakes Homiak était le conservateur et dont il est fait allusion ici. Alors à tous ceux qui auraient manqué cette exposition évènement de Washington DC, RBR offre l'entrée!!! Une vidéospective inédite et 100% made by RBR! Un livre a lire absolument!

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