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Hasch, reggae & sex Hasch, reggae & sex'n'roll: Géneration H
17/04/13 - Auteur(s) : David Vinson

« Génération H » d’Alexandre Grondeau par David Vinson (1)
Un road trip coloré, poétique et musical : « hasch, reggae et sex’n roll »
(2)

« L’inspiration me vient en profitant pleinement de la vie, en explorant toutes les facettes et les beautés de l’existence. L’inspiration naît du déséquilibre, de l’imperfection, de rencontres impromptues et violentes, de voyages, de découvertes, d’expériences différentes, du bruit de la ville et du silence de la nuit » (3).  Chez Alexandre Grondeau, la quintessence de l’écriture se rapproche visiblement de la créativité des musiques jamaïquaines et du souffle inspiré des artistes et musiciens reggae. Son roman, aux senteurs autobiographiques, met en effet en scène la jeunesse française des années 90 en quête de liberté, d’absolu et d’ivresse. Sacha et ses amis, dignes représentants de la «Génération H », parcourent le sud de la France au gré des rencontres, des expériences sensuelles et haschichées, éprouvant leurs âmes et leurs corps. Aux rythmes des sonorités des Nineties  (rock alternatif, techno…), des sons new roots, ragga et dancehall de l’époque (Buju Banton, Sizzla, Garnett Silk, Raggasonic…),  sur un fond de classiques (Bob Marley, Peter Tosh, Burning Spear, Max Romeo…), c’est un voyage tout en musique et un questionnement existentiel que nous propose Alexandre Grondeau. A bien des égards, on retrouve ici l’esprit, l’énergie et l’essence même du reggae : «  Le reggae jamaïcain chante l’amour et la vie de chacun, il ne rapporte que des expériences personnelles et une philosophie afro-biblique de la rue. Il est toujours au premier degré… Il est direct, sincère, entier. Il est authentique, vrai. Il exprime des intuitions, des sensations, des sentiments, des attitudes… » (4). Tel est effectivement le dessein de Sacha et de ses amis en ce bel été 1995. S’initiant aux délices (et aux affres) de la bohème contemporaine, ils s’engagent dans un voyage poétique, musical et hypnotique, suivant sans s’en soucier les traces de leurs sublimes prédécesseurs. Des mentors fugaces et évanescents, des silhouettes imaginaires et de délicieux fantômes de la littérature planent en effet sur la destinée de Sacha : Rimbaud et Verlaine, les précurseurs maudits ; le Dean Moriarty de Kerouac, chantre de la beat génération ; Burroughs et ses romans hallucinés ; Richard Bach et son hymne à la liberté ; Charles Duchaussois et son Grand Voyage témoignant de la folle histoire des hippies…

Sur les traces de Sacha, on découvre ou redécouvre les « contre cultures » des années 90, on rencontre les diverses « tribus » qui en apparence fragmentent la jeunesse française de l’époque, on explore des territoires. En s’engouffrant sans ambages au cœur de « la parenthèse enchantée et hallucinée » décrite par Alexandre Grondeau, il est peut-être possible de respirer l’esprit d’une époque, d’approcher une génération, d’esquisser la quête sensuelle et initiatique d’une jeunesse polymorphe. En tout cas, c’est le pari tenté par l’auteur à travers ce savoureux road trip. Le vécu et le ressenti de Sacha, avec en arrière-plan une certaine résonnance autobiographique, ouvrent donc certaines perspectives sociologiques et historiques sur les années 1990.  On entre alors de plein pied dans ce qui justifie pleinement l’acte d’écrire d’Alexandre Grondeau, le témoignage d’une expérience sensible plus ou moins romancée.  Le genre romanesque et la trame imaginaire qui s’y attache, bousculent bien entendu la compréhension et l’interprétation du réel. Le registre émotionnel et sensuel, l’introspection du narrateur, doivent de même être décryptés et soumis au regard critique. Mais au-delà du roman, il est peut-être possible d’appréhender ce récit comme un témoignage subjectif sur une époque, comme un retour vivifiant sur une jeunesse (ou plutôt sur des jeunesses) s’éprouvant et cherchant un sens à l’existence : « hasch, reggae et  sex’n roll ».



Un voyage initiatique : la découverte des « contre cultures » des années 90
Pour Alexandre Grondeau la littérature permet de « capter l’essence d’une époque, d’une autre manière que par une approche scientifique » (5). De fait, son roman s’inscrit, non sans une certaine mélancolie, dans le champ des cultures « underground », des salutaires « contre-cultures ». Si certains lecteurs peuvent, à juste titre, se sentir « étranger » et « exclu de cet univers » (6), il n’en demeure pas moins que Sacha et ses amis explorent joyeusement des mouvements culturels contestataires des années 90. Musiques, littératures, cinéma, games, mangas, paradis artificiels… tout ces paradigmes participent pleinement à la quête existentielle de la « Génération H ».

A ce titre la culture reggae occupe une place de choix dans le parcours initiatique mise en scène par l’auteur. Les premières pages donnent le ton, avec l’évocation de « la voix rocailleuse et profonde » de Buju Banton interprétant Not an Easy Road (7) ; le roman s’achève d’ailleurs sur Champion de ce même artiste. Les sonorités et les références reggae jalonnent tout l’ouvrage et s’incarnent en particulier dans la figure des deux cousins de Sacha, experts en cannabis mais surtout Deejays exaltés d’un sound system bordelais.  L’appartement de ces deux passionnés témoigne d’emblée de leur singulier univers culturel : « J’adorais l’ambiance de cette pièce. Les murs étaient tapissés de flyers des centaines de concerts et de soirées que mon cousin avait écumés depuis qu’il s’était lancé dans la musique. Des noms de légendes jamaïcaines comme Burning Spear ou Gregory Isaacs côtoyaient des noms inconnus, toujours sur un fond vert jaune rouge. Un énorme poster de Bob Marley, assis dans son jardin et fumant le chalice, était épinglé en face de son lit. Un drapeau « black, gold and green », celui de la Jamaïque, tapissait le mur de gauche, et quelques écharpes représentant des lions de Judée, symbole rasta incontournable, venait parachever l’ambiance de la chambre… Les codes couleur des affiches et concerts reggae étaient basiques, certes, mais chaudes et positives, il n’y avait pas tromperie sur la marchandise : en route pour la joie, les îles, l’Afrique, la bonne musique. » (8). Par le biais de ces deux deejays bordelais, Alexandre Grondeau nous entraîne dans un merveilleux tourbillon musical réunissant ses artistes de prédilection : Garnett Silk, Sizzla, Buju Banton, Anthony B., Luciano…. et les monstres sacrés, Peter Tosh, Bunny Wailer et Bob Marley (9)…. La playlist en fin d’ouvrage (10) évoque sans concession les goûts musicaux de l’auteur, par ailleurs critique musical, spécialiste des musiques jamaïcaines et lui-même D.J. occasionnel offrant des Mixtapes sur Regage.fr. Dès les premières pages du chapitre 6, par le biais de Sacha, Alexandre Grondeau déclame sa passion inconditionnelle pour le reggae, et là, tout un chacun peut s’y retrouver : « Pourquoi aimais-je tant cette musique ?... Le reggae me prenait aux tripes, je ressentais sa rythmique, ses lignes de basses au plus profond de mon âme. Mais plus qu’un sentiment, le reggae portait un message  universel et entraînant qui me plaisait, me remplissait de passion, me transformait en ardent militant de sa cause perdue. Cette musique était révolutionnaire, positive et consciente. C’était le moyen d’expression d’un peuple opprimé depuis des siècles… Le reggae était le seul moyen de révolte non violente des damnés de la terre, ceux qui n’avaient plus rien à perdre, mais qui conservaient un certain détachement vis-à-vis des injustices et une classe indéniable pour porter des messages insurrectionnels. Musique rebelle aux mélodies acérées et déchirantes, aux rythmiques syncopées et radicales, le reggae élevait les âmes des poètes et les consciences populaires » (11). Définition pertinente et lucide, bel hommage à un genre musical et à une culture singulière qui s’apparente parfois à un style de vie. Plusieurs bonnes pages du livre sont d’ailleurs consacrées aux grands noms du reggae et aux nouveaux rythmes des années 90 avec le ragga, le dancehall et leurs paroles plus « slack », mais aussi avec les sons (et l’esprit) new roots. Le festival de Cissac (en Médoc, près de Pauillac) (12) auquel assiste Sacha, est ainsi l’occasion de dresser un pittoresque et sublime tableau de la scène reggae en 1995. Sacha y accompagne le sound system de ses cousins et, en backstage, assiste aux concerts de Toots & the Maytals, Raggasonics, Ijahman et Burning Spear (13). Alexandre Grondeau se plaît à imaginer de mémorables rencontres enfumées dans les coulisses du festival, entre son « héros », Ijhaman et Burning Spear… perspectives pour le moins enivrantes.



« Génération H » ne se cantonne toutefois pas aux seuls artistes reggae. L’ouvrage peut s’appréhender comme un authentique périple rythmé et syncopé au cœur des diverses cultures musicales des années 90.  On voyage avec le rap brutal des Beastie Boys et leur Licensed to III, avec les  Cypress Hill et leur Hits From the Bong « véritable première ode dédiée à tous les tireurs de bang » (14). On entrevoit « une révolution musicale en marche » portée par la vitalité de musiciens audacieux et innovants comme Africa Bambaataa, Grandmaster Flash, Carl Cox, Jeff Mils, Fatis Burell, Donovan Germain (15). On décolle avec les sonorités « big tunes » et les « mix » des deejays. On  « tripe » sur les BPM, « les beats sinusoïdaux », qui caractérisent le nouveau son  techno des Spiral Tribes et des diverses sonos de teknivaliers (16).  On exalte enfin avec la poésie de Mano Solo ou en redécouvrant le rock alternatif des Béruriers Noirs, des Négresses vertes, des Rita Mitsouko de la Mano Negra, des Têtes raides, de Noir Désir, de Nirvana (17)… Mais on déchante aussi avec les allusions aux « musiques commerciales », « à la mode » qui inondent alors certains médias et soirées : la Dance, les génériques infantilisants de dessins animés, les « stars » des années 80 (Gold, Image, Sabrina…(18)… et on se plaît à rêver avec l’auteur d’une « prohibition  de ces gros navets musicaux » programmés dans les boites de nuit et les soirées camping (19).

Au-delà de ce parcours musical, Alexandre Grondeau esquisse aussi un tableau (non exhaustif) des divers champs culturels qui effleurent la génération H. A ce titre, les références littéraires sont nombreuses et originales (20).  Les « classiques » des collèges et lycées (Proust, Flaubert, Chateaubriand…) sont rejetés au profit d’auteurs plus subversifs  et plus en phase avec le contemporain, comme Céline, Nabokov, Jim Harrison Richard Bach, Jack Kerouac, Boris Vian.. Tout naturellement, les poètes maudits comme Rimbaud, Verlaine, Baudelaire, eux-mêmes chantres en leurs temps de « la contre-culture », sont sollicités et revendiqués. Enfin, les experts en Fumées clandestines, comme Jean-Pierre Galland, et les aèdes des « paradis artificiels », Huxley, Burroughs, Castadena… sont mis en exergue dans cette playlist de la culture littéraire « underground » des années 90. La génération H, libre et désinvolte, se reconnait également dans la bande dessinée (les Fabuleuses aventures des Freak Brothers), les mangas (Akira) et  « l’humanisme » des Simpson. De même, les références cinématographiques (21), des Frères pétards à La Haine, en passant par Sailor et Lula et le cultissime Pulp Fiction, peuvent paraître légères mais n’en symbolisent pas moins l’esprit du temps. La peinture (Klimt, Mondrian, Dali…) s’affiche en posters sur les murs (22), les Gamers émergent (23) et le sport (football, skate, X-tremes Games, tour de France…) s’érige en « fait culturel ». La génération H assume ainsi ses choix culturels sur fond de quête sensuelle et existentielle.



Une quête sensuelle et existentielle
La soif de liberté est le maître mot de ce roman, le précepte fondamental de Sacha et ses amis. Ce paradigme est d’ailleurs âprement revendiqué par l’auteur qui clame haut et fort son amour inconditionnel du libre arbitre : « Je pense qu’il vaut mieux donner un sens à son existence en vivant un maximum d’expériences, en cherchant à explorer ses sens, en brûlant sa vie par les deux bouts, en essayant d’être lire de son destin, en étant intransigeant sur sa quête personnelle de plaisir et de jouissance... » (24).  A l’image du Jonathan Livingston de Richard Bach (25), référence primordiale pour l’auteur, « Génération H » se veut un hymne à la liberté. « Vivre et s’épanouir », « être maître de son avenir », jouir de l’instant présent qui seul compte (26), tels sont les adages véhiculés par les personnages du roman.  « You’re gonna lively up yourself, and don’t be no drag. You lively up yourself, oh reggae is another bag. You lively up yourself and don’t say no” aurait dit Bob Marley (27). Ce dessein, au delà du rêve, se traduit par une quête sensuelle (avec même parfois un soupçon d’érotisme) et méditative, par la multiplication des expériences sensitives. Le paroxysme semble atteint lors d’une dantesque et hallucinée transe techno : « Je voyais dans les yeux d’Eric un bien être communicatif. Il était heureux de vivre sans tabou sa recherche de plaisir et son amour de la musique. Il voulait nous transmettre les émotions transitant par son âme, transpirant de son corps, transmuttant ses cinq sens en une communion fractale et absolue inaccessible pour tout autre que lui. Bonheur solitaire et exclusif » (28). On est là bien loin de l’esprit de 68, des illusions des générations précédentes dont les ombres planent sur le roman, mais qui ne peuvent qu’être que rejetées par les jeunesses des années 90 (29). Celles-ci se posent comme des « têtes chercheuses d’existence » (30), en quête d’absolu et d’ivresse en tous genres.  « Easy skanking, skanking it easy. Easy skanking, skanking it slow. Excuse me while I light my spliff. Good god I gotta take a lift from reality I just can’t drift... » (31).

C’est par le biais des expériences oniriques, des paradis artificiels, des illuminations sensitives que s’expriment finalement cette prospection des âmes juvéniles. « Génération H » ne fait pas l’apologie des drogues, mais prend acte de leur expérimentation par toute une fraction de la jeunesse française.

A l’heure où en France et en Europe la polémique fait rage autour des Cannabis Social Clubs (32), Alexandre Grondeau, par le biais de ses personnages, expose des arguments en faveur de la dépénalisation du cannabis dont la consommation est, de fait, érigée au rang de « fait culturel » de masse. Tel un œnologue chevronné, l’auteur, au fil des pages, passe en revue plusieurs variétés de gandja et de haschisch, autant de découvertes sensorielles dont se délectent sans équivoque Sacha et ses amis. Dans ces conditions, ils ne peuvent que s’interroger sur la légitimité et les fondements de la prohibition : « il était dur de ne pas comprendre pourquoi nous étions dans un Etat prohibitionniste qui nous faisait risquer de lourdes amendes pour méditer, réfléchir et nous amuser. Depuis longtemps, on savait que la dépendance au cannabis était quasi nulle, et que si l’Etat s’était mis à produire et à revendre de la marijuana, la qualité  des produits fumés aurait été améliorée et les bénéfices pour la collectivité énormes en termes de revenus autant qu’au niveau des de la baisse de la délinquance et du commerce informel. L’éducation vis-à-vis de la consommation de marijuana aurait permis d’expliquer ses vertus aux jeunes adolescents plutôt que de les voir se complaire dans l’interdit sans percevoir la dimension spirituelle du cannabis (33). A plus d’un titre cette démonstration résonne comme un couplet cinglant du Legalize it de Peter Tosh (34), référence par ailleurs revendiquée par Alexandre Grondeau. Bien entendu, ce postulat n’engage que l’auteur, mais l’argumentaire peut être entendu et discuté… le débat reste ouvert. Il n’en demeure pas moins que la génération H, sans ambages,  se lance à la découverte festive, sensuelle et existentielle des « Fumées clandestines ». Cette sociabilité par le cannabis permet au final d’explorer des « territoires » et facilite la rencontre entre les différentes « tribus » des nineties.



L’exploration de « territoires » et la rencontre entre les « tribus » des années 90.
Alexandre Grondeau se pose ici en témoin privilégié de part ces expériences antérieures, mais aussi en raison de sa formation universitaire en géographie urbaine. C’est donc à la fois comme protagoniste actif et comme observateur distancié qu’il peut analyser les jeunesses des années 90 et leurs territoires : « Ce roman m’a été inspiré par une partie de ma jeunesse et certaines personnes que j’ai rencontré  ou avec qui j’ai traîné à l’époque dans les milieux teknival, sound system reggae… A la base, je suis universitaire et j’ai le défaut de rentrer au plus près des milieux où j’immerge mon histoire. Evidemment dans ce cas, c’était plus facile. J’ai grandi et traîné dans ces milieux underground. J’avais l’œil de l’acteur et celui de l’observateur » (35). On peut donc appréhender le roman, toute proportion gardée, comme une esquisse géographique des territoires underground des années 90. Sacha explore en effet les « sociétés jeunes » de son temps et les espaces qu’elles se sont appropriées.

Le personnage principal est ses amis appartiennent visiblement à la classe moyenne urbaine effleurée par « l’esprit grunge » sur le plan vestimentaire (doc martens, jeans « savamment » dégradés…) et existentiel : « J’avais des préoccupations festives… aucun soucis de mon apparence extérieure, si ce n’est de conserver un petit air désinvolte et négligé qui donnait l’air de sortir du lit à n’importe quelle heure du jour et de la nuit, ce qui finalement me donnait un style particulier et reconnaissable entre tous : fumeur de joints et fêtards invétéré » (36)… un esprit bohème donc, mais… aux risques circonscrits ( « Johan et moi étions à nouveau sur la route, fuyant l’ordre établi de notre système scolaire et celui de la société, avec l’impression d’être des aventuriers courageux et téméraires. Nous en étions bien loin, avec la certitude de rentrer chez nos parents le jour où nous serions fatigués de dormir à la belle étoile et de marcher sur les chemins de traverse, mais nous étions heureux de la croire » (37). Au gré de leur périple, ils rencontrent diverses composantes de la jeunesse française aux prises avec leurs réalités, leurs rêves et leurs tourments. Autant d’opportunités permettant de dresser une galerie de truculents portraits subjectivement dépeints par l’auteur, car tout est bien entendu une question de point de vue…

Au fil des pages, on croise donc de jeunes ruraux du Gers, rebelles perdus dans « le désert français » ; des groupes de « travellers » créant par d’infinies free parties leurs espaces de libertés autonomes ; des surfeurs passionnés du golfe d’Arcachon, stéréotypés mais en adéquation avec leur milieu et leur style de vie. On côtoie aussi les pseudos racailles, jeunes des beaux quartiers imitant grossièrement les us et coutumes des cités ; des punks libertaires et marginalisés ; des représentants de la jeunesse dorée bordelaise festoyant à grands coups de Moët et Chandon et de skunk ; d’ardents rugbymen exportant de fêtes en fêtes l’esprit de la troisième mi-temps ; un jeune cadre en informatique exalté par son métier et amateur de gandja….

Le voyage de Sacha permet également d’explorer d’improbables et éphémères territoires où se rencontrent les diverses « tribus » de jeunes français. Ce sont tout d’abord les festivals, celui consacré à la country à Mirande et surtout le festival reggae de Cissac. Il s’agit là d’espaces de liberté, de manifestations festives fondées sur une expérience musicale partagée. Ces nouvelles fêtes populaires, qui en un sens démocratisent la culture, favorisent inévitablement les rencontres et la convivialité. Le tecknival et la feria (de Dax), à des degrés divers, procèdent de ce même esprit libertaire. On y découvre une microsociété qui se met en place avec ses codes et ses règles. Délires euphoriques, hypnotiques et hallucinés aux rythmes des BPM pour le premier ; ambiance survoltée et alcoolisée aux sons des bandas et des hymnes locaux pour le second. Ces territoires, temporairement émancipés des lois et préceptes conventionnels, mais implicitement codifiés, attirent une foule bigarrée et colorée. Les échanges y sont souvent enrichissants et féconds, parfois trompeurs et décevants. On y retrouve toute la palette des jeunes des années 90, depuis les néo-ruraux au mode de vie alternatif jusqu’aux beaufs intolérants et racistes.

Tous ces espaces de rencontre, et jusqu’aux petites soirées festives et aux plages publiques, mettent ainsi en scène une sociabilité de la jeunesse fondée sur « le joint partagé ». C’est là le sens profond du titre de l’ouvrage, la ligne directrice suivie par Alexandre Grondeau. « Le cannabis restait un prétexte à la convivialité, à la rencontre, au partage… Un joint, quand il est bien roulé, tourne comme un calumet de la paix. Il élève les consciences et quelles que soient les origines, les obédiences, les tribus d’appartenance, le cannabis est un vecteur de sociabilité et un initiateur de rencontre » (38). En ce sens, la génération H se trouve en quelque sorte rassemblée, « unifiée » par les volutes enfumées qui permettent un fécond brassage culturel et social… Big Up Alexandre et vivement les deux prochains tomes déjà annoncés de cette trilogie.



1 Docteur en Histoire et civilisation de l’université Paul Valéry, Montpellier III.
2 Alexandre Grondeau : Génération H, Edition La lune sur le toit, 2013, page 183.
3 Alexandre Grondeau, interview, « le courrier des auteurs », dans www.20minutes.fr, publié le 19 janvier 2013.
4 Bruno Blum : Bob Marley, le reggae et les rastas, Edition Hors Collection, 2010, page 16.
5 Alexandre Grondeau, interview, dans www.sistoeurs.net, samedi 19 janvier 2013.
6 Noann, dans « Mon avis », livrogne.com/2013/01/generation-h-alexandre-grondeau/
7 Alexandre Grondeau : Génération H, op.cit., page21.
8 Alexandre Grondeau, interview, dans ville21.com, 15février 2013.  (http://ville21.com/feed/europe-francophone-union-europeenne/suisse/760722-un-joint-entre-les-generations.txt).
9 Alexandre Grondeau : Génération H, op.cit., page 189.
10 Alexandre Grondeau : Génération H, op.cit., page 202.
11Alexandre Grondeau : Génération H, op.cit., page 136.
12Alexandre Grondeau : Génération H, op.cit., pages 141 à 143.
13Alexandre Grondeau : Génération H, op.cit., pages 315 à 317.
14 Alexandre Grondeau : Génération H, op.cit., pages 142-143.
15 Il s’agit du « Reggae Sun Ska Festival » crée en 1998 et qui, après avoir été organisé à Montalivet, s’est installé à Cissac en 2001.
16 Alexandre Grondeau : Génération H, op.cit., pages 161 à 170.
17 Alexandre Grondeau : Génération H, op.cit., page 25.
18 Alexandre Grondeau : Génération H, op.cit., page 144.
19 Alexandre Grondeau : Génération H, op.cit., page 126.
20 Alexandre Grondeau : Génération H, op.cit., pages 54-55, 302, 304.
21 Alexandre Grondeau : Génération H, op.cit., pages 234-235.
22 Alexandre Grondeau : Génération H, op.cit., pages 236-237.
23 Alexandre Grondeau : Génération H, op.cit., pages 54, 125, 183,201- 202, 222, 291-292…
24 Alexandre Grondeau : Génération H, op.cit., pages 164, 281-283, 295, 297 et 313.
25 Alexandre Grondeau : Génération H, op.cit., page 294.
26 Alexandre Grondeau : Génération H, op.cit., page 185..
27 Alexandre Grondeau, interview, « le courrier des auteurs », dans www.20minutes.fr, publié le 19 janvier 2013.
28 Richard Bach: Jonathan Livingston le goéland, Paris, Flammarion Librio, 1973.
29 Alexandre Grondeau : Génération H, op.cit., pages 66,  86, 97, 125-126, 129
30 Bob Marley, « Lively up yourself », dans l’album “Natty Dread”, Tuff Gong – Island, 1974.
31 Alexandre Grondeau : Génération H, op.cit., page26
32 Alexandre Grondeau : Génération H, op.cit., pages 65-66, 78-81, 300
33 Alexandre Grondeau : Génération H, op.cit., pages 62, 119, 125.
34 Bob Marley, « Easy Skanking, dans l’album « Kaya », Tuff Gong -  Island Universal,1978.
35 Libération du 15 février 2013.
36 Alexandre Grondeau : Génération H, op.cit., page 131.
37 Peter Tosh, « Legalize it », Virgin – CBS, 1976.
38Alexandre Grondeau : Génération H, op.cit., page 105.

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commentaires
le 18/04/13 par okapi
Je l'ai lu et il est mortel !!!!!
le 19/04/13 par Kerozen
Pas encore lu mais le riddim déboîte !!! ca donne envie :)
le 22/04/13 par coupédécalé
J'ai acheté ce roman et j'ai retrouvé dedans beaucoup d'émotions, de joies, de rêves ressentis à l'époque. Bravo à l'auteur et merci de m'avoir fait revivre ces émotions!!!
le 23/04/13 par fanny
Le riddim est excellent !!! Sael Straika et Yaniss Odua sont géniaux !!!!! bravo

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