Reggae Party Tour
14/11/20 au 28/11/20
Aba Shanti I - interview exclusive Aba Shanti I - interview exclusive
19/04/13 - Auteur(s) : Propos recueillis par Guiz et traduits par Djul

Aba Shanti I était présent à Paris le 30 mars dernier, dans le cadre de la programmation de la première édition du Paris Dub Culture organisé par Arka Productions (à qui l'on doit des concerts d'exception tels que la venue de Midnite l'année dernière, Black Roots en janvier et Misty in Roots le 3 mai prochain). Le duo Bost & Bim et Fabwize étaient également présents pour présenter en live leur projet "Dubmonster". Avant de profiter d'une soirée dub culture mémorable, nous avons eu la chance de nous entretenir avec Aba Shanti I, dont les interviews sont rares



Reggae.fr : On sait que la musique est dans votre vie depuis très longtemps puisque votre père avait aussi un sound system. Pouvez-vous citer quelques artistes qui vous ont influencé ou qui sont importants dans votre passion pour la musique ?
Aba Shanti I: Il y a trop d'artistes qui ont joué un rôle important dans ce que je suis aujourd'hui. Il n'y a pas un seul artiste spécifique dont je pourrais dire qu'il a façonné mon parcours dans le reggae. C'est un parcours global influencé par beaucoup beaucoup d'artistes.

Parlons un peu de vos débuts aux côtés de Jah Tubby's...
Avant que je ne commence à bouger avec Jah Tubby's, j'avais déjà eu des expériences en sound system à l'école. En tant que jeunes noirs grandissant en Angleterre, les sound systems faisaient partie intégrante de notre vie et de notre culture. Les dancehalls, les sound systems, les groupes de reggae... Tout ça faisait partie de notre éducation. A l'époque où j'ai commencé à baigner là-dedans, c'était l'âge d'or du reggae, aussi bien pour les groupes et les artistes que pour les sound systems. Et les sound systems ont d'ailleurs contribué à faire émerger beaucoup de jeunes artistes.

Vous considérez que c'est le rôle des sound systems de faire connaître des artistes ?
Oui bien sûr. C'est aussi devenu une discipline à part entière. Beaucoup d'artistes de studio ont commencé dans les sound systems et d'autres sont restés dans les sound systems car c'était leur truc.

Et donc, que vous a apporté votre expérience avec Jah Tubby's ?
C'était ma première expérience avec un sound system reconnu. C'est là que j'ai commencé à bouger de ville en ville et à jouer dans différents endroits pour différents publics. A l’époque, j'étais le principal MC de Jah Tubby's et j'ai participé à beaucoup de clashes. Tout ça a contribué à façonner Aba Shanti dans la manière d'aborder les danses et de présenter la musique qu'on joue. Être avec Tubby's, c'était une expérience très enrichissante.

Quels souvenirs gardez-vous de ces clashes ?
A l'époque, dans les clashes, il fallait vraiment défendre l'image de ton sound. Il fallait avoir de l'expérience dans la musique et avoir une sono bien réglée et adaptée au son que tu passais. Ce n'était pas vraiment comme aujourd'hui où les selectors cherchent des enchaînements logiques et des phrases accrocheuses. Si tu n'avais pas assez de bons tunes et si ta sono ne sonnait pas parfaitement, tu pouvais abandonner tout de suite. Chaque clash était enrichissant et le sound perdant apprenait beaucoup du gagnant. On s'élevait les uns les autres. Quand on perdait contre un sound, on apprenait beaucoup de lui ; on s'en inspirait et la fois d'après, on revenait plus costaud. L'aspect compétitif était très fort, mais ça restait amical. A la fin du clash, on se retrouvait toujours ensemble au bar. On disait : « Cette fois tu m'as eu, mais gare à toi la prochaine fois. » On rigolait beaucoup ensemble entre adversaires. Les clashes servaient plus à s'améliorer plutôt qu'à se confronter. On ne se lançait pas des insultes ou des choses comme ça. C'était une compétition basée sur le son. Et ça m'a appris des tas de choses car à l'époque, nous étions le seul sound à avoir un blanc parmi nos membres. Donc nous devions nous défendre ardemment et ne pas nous laisser faire quand on prenait le micro.

Quel est le parallèle entre votre foi pour Rastafari et votre activité musicale ?
Chaque personne qui viendra me voir en soirée se rendra compte que je me concentre principalement sur Rasta. Notre musique ne serait pas ce qu'elle est si Rasta n'était pas impliqué dedans. Et le message peut toucher toutes les races ; pas seulement les rastas. C'est un élément très important dans nos soirées. Mais nous ne cherchons pas à imposer nos idées et nos façons de vivre. Nos soirées sont pour tous les peuples, toutes les religions. On ne se considère pas supérieur aux autres. Comme on dit chez nous : « Each One Teach One » (ndlr : chacun peut apprendre de l'autre).

Vous avez connu beaucoup des publics différents durant votre carrière. Comment les publics du reggae et des sound systems ont-ils évolué selon vous ?
On s'est rendu compte que la souffrance et les épreuves ne sont pas concentrées à un seul endroit dans le monde. Parfois, on est allés à l'autre bout du monde et on a rencontré des gens tout à fait comme nous. On vit à des kilomètres les uns des autres mais on a les mêmes problèmes. Au fur et à mesure des années, j'ai vu les gens évoluer et se rendre compte que le reggae était pour tout le monde. Le reggae n'est pas juste une musique pour la communauté noire. Et j'ai l'impression que la musique qui a été enregistrée 45 ans auparavant a encore plus de sens aujourd'hui qu'à l'époque. De plus en plus de gens ont besoin de ce message et les publics sont de plus en plus variés. Cette musique transgresse les barrières de couleurs, de langues et de cultures.

Les sound systems ont de plus en plus la cote aujourd'hui. Les soirées sont organisées dans des salles toujours plus grandes et les sonos se construisent partout. Avez-vous l'impression que le business est en train de prendre le dessus ?

Pas forcément. C'est juste qu'il y a de nouvelles personnes qui s'intéressent à cette culture. Il y a de plus en plus de gens d'origines différentes qui apprécient la puissance des sound systems et l'unité que cela crée. Les sound systems sont nés en Jamaïque, mais ils ont été exportés en Angleterre et nous avons maintenant notre propre façon de pratiquer ça. On parle de sound system UK. Cette pratique s'est elle-même exportée partout dans le monde. Nous avons joué dans plein d'endroits dans le monde, en Afrique du Sud, au Pérou, au Brésil... Et il nous arrive de rencontrer des sounds qui ont des pré-amplis de Jah Tubby's et des scoops qui ressemblent aux nôtres. Moi, je trouve ça beau de rencontrer des gens à l'autre bout du monde qui ont la même passion et la même énergie que nous.

Que ressentez-vous quand vous voyez des jeunes qui essayent de vous imiter ou qui sont largement inspirés par votre façon de faire du sound system ?
Comme je l'ai dit, je trouve ça beau. Notre culture et notre musique sont trop précieuses pour que nous les laissions mourir avec nous. Ce que nous avons créé doit nous survivre. Quand moi et mes collègues allons disparaître, nous devrons laisser un héritage que les jeunes générations s'approprieront. Je suis sûr qu'ils honoreront cet héritage. Pour cela je leur conseille de s'accrocher dur et de lire la Bible. Mais il ne faut pas seulement la lire, il faut surtout la comprendre. Car on ne joue pas de la musique juste pour jouer de la musique. Il faut que cela ait du sens.

Y a-t-il de jeunes sounds dans lesquels vous vous reconnaissez aujourd'hui ?
Oui il y a de bons nouveaux sounds en Angleterre. Nous avons Lord Ambassador ou King Alpha. Ils ont peut-être une manière un peu différente de la nôtre de procéder, mais ils se rapprochent de ce que l'on fait. A force d'avancer, je suis sûr qu'ils comprendront comment s'améliorer en ne jouant que des tunes qui ont un vrai message. C'est ça l’essence et l'identité des sound systems roots & culture made in UK.

Comme vous le savez, nous sommes un site internet. Quel est votre opinion sur le web aujourd'hui ? Est-ce que vous l'utilisez ?
Oui bien sûr. Je ne me bats pas contre les nouvelles technologies. Je les utilise pour faire passer mon message. Internet c'est comme tout le reste ; il ne faut pas en abuser. Si tu l'utilises à de mauvaises fins, ça devient négatif, mais sinon, pourquoi s'en priver ? C'est un outil très efficace qui nous permet de communiquer avec le monde entier. On n'a jamais eu autant d'occasion de se rendre accessible aux autres. Avant, quand on voulait communiquer avec l'Australie, il fallait écrire une lettre et cela mettait plusieurs jours à arriver. Aujourd'hui tu peux communiquer en instantané en restant assis chez toi.

Est-ce que cela a influencé votre façon d'envisager la musique ?
Non. Les ordinateurs ont peut-être changé la façon de travailler, mais encore une fois, si tu utilises bien la technologie, ça ne peut qu'être positif. Les ordinateurs permettent de travailler plus vite et d'enregistrer des instruments un par un afin d'obtenir un meilleur équilibre, mais ça ne change pas le sens de la musique.

Vous jouez chaque année au fameux Carnaval de Notting Hill. Pouvez-vous nous rappeler l'importance de cet événement pour la culture des sound systems ?
Le Carnaval de Notting Hill est lié à toute la culture de la communauté noire d'Angleterre. Mais ce n'est pas seulement ça. En ce qui me concerne, je considère le Carnaval de Notting Hill comme un moyen de remercier tous les gens qui nous soutiennent tout au long de l'année et partout dans le monde, ceux qui payent pour venir nous voir jouer. Car pendant le Carnaval de Notting Hill, on joue dans la rue et les sound systems sont gratuits. Nous ne sommes pas payés pour jouer et nous devons même payer notre emplacement. C'est comme un pèlerinage où des gens du monde entier viennent et nous sommes là pour les remercier de leur soutien.

Si vous deviez choisir trois tunes qui représentent votre façon de faire du sound system, lesquels citeriez-vous ?
C'est très difficile de répondre à cette question. C'est même impossible. Tout comme la première question sur les artistes qui m'ont influencés. Je vais quand-même citer trois artistes au lieu de vous donner trois titres. Je dirais Bob Marley, Dennis Brown et mon frère Blood Shanti, car il est très appliqué et c'est un terrible parolier qui fait toujours très attention au sens des mots qu'il utilise.

Et quelle serait votre dubplate préféré ?
Les meilleurs dubplates sont ceux qui récoltent le plus de forward dans le public. Les gens accordent beaucoup d'importance aux dubplates, mais l'important n'est pas l'exclusivité du morceau ; c'est son message. Les dubplates font partie intégrante de la culture sound system, mais ils ne remplaceront jamais les vinyles originaux qui ont une véritable histoire.

Sur quels projets travaillez-vous en ce moment ?

Je travaille sur plusieurs projets en même temps, mais ceux qui verront le jour bientôt sont l'album de mon frère Blood Shanti et un album de dub que je suis en train de mixer.

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