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Extraits: Bob Marley & The Wailers 73-76 Extraits: Bob Marley & The Wailers 73-76
26/06/13 - Auteur(s) : © Camion Blanc

On vous l'annoncait en début de mois, l'écrivain français et spécialiste de la musique jamaïcaine, Jérémie Kroubo Dagnini, vient de terminer un livre d'entretien avec l'Américain Lee Jaffe, ancien harmoniciste des Wailers au début des années 70. Sobrement titré "Bob Marley & The Wailers 1973-1976", l'ouvrage est sorti mi-juin chez Camion Blanc. L'auteur nous promet des anecdotes hors du commun, notamment autour de la réalisation de l'album "Legalize It" de Peter Tosh, qui aurait été produit grâce à un deal international de ganja ! Une histoire complètement inédite parmi d'autres exposées dans ce livre enrichi de nombreuses photos jamais publiées, dont nous vous proposons ici quelques bonnes feuilles !


Bob Marley & the Wailers : 1973-1976
Par
Lee Jaffe et Jérémie Kroubo Dagnini


Date : juin 2013
Editeur : Camion Blanc
Nombre de pages : 296p.
Photos : 150 photos NB


Sommaire :
09    Remerciements de Lee Jaffe
13    Dédicace de Lee Jaffe
15    Préface de Jérémie Kroubo Dagnini
23    Première partie. L’avant Bob Marley
41  Deuxième partie. 1973 : la rencontre avec Bob Marley et l’arrivée en Jamaïque
73    Troisième partie. La vie au sein des Wailers
135    Quatrième partie. Les premières tournées américaines des Wailers
199    Cinquième partie. 1976 : Legalize It
259    Épilogue. Le retour aux États-Unis
287    Références bibliographiques
293    Index


Résumé :
Lee Jaffe, ou « le Wailers blanc » comme il fut régulièrement surnommé, nous propose une plongée au cœur des années cruciales des Wailers, 1973-1976, époque au demeurant charnière pour la Jamaïque durant laquelle la violence politique atteignit son paroxysme sur fond de reggae roots. Par le biais d’un entretien franc, sans détours et sans langue de bois avec le spécialiste du reggae, Jérémie Kroubo Dagnini, l’ancien harmoniciste des Wailers apporte de précieux détails sur des sujets aussi variés que la vie du groupe à Hope Road et Trench Town, les liens étroits entre Bob Marley et la mafia locale, les dessous des premiers albums et des premières tournées nord-américaines du groupe, son rôle dans la conception de certaines des chansons les plus emblématiques des Wailers ou encore le financement pour le moins occulte du mythique album de Peter Tosh, Legalize It. Cette liste n’est évidemment pas exhaustive. L’ensemble est ponctué de très nombreuses et magnifiques photographies noir et blanc prises par l’auteur sur le vif, au cœur de l’atmosphère enfumée, créatrice et bouillonnante de la Jamaïque du début des années 1970. « J’avais presque toujours mon appareil photo avec moi, mais j’étais discret. Je pouvais sentir quand ce n’était pas le moment de prendre des photos en fonction de la lumière ou de l’atmosphère. Je faisais attention à ce que l’appareil photo ne soit pas envahissant. J’étais conscient de chroniquer une épopée culturelle extrêmement importante ».



Extrait de la cinquième partie (p.200-211) :

Jérémie Kroubo Dagnini : Après ce fameux concert de Central Park, tu es resté vivre aux États-Unis ?
Lee Jaffe : Oui et non. En fait, je faisais plein d’allers-retours entre les États-Unis et la Jamaïque, et je me suis mis à travailler avec Peter.

Tu as décidé de collaborer avec Peter. Pourquoi pas avec Bunny ?
Parce que lorsque les Wailers se sont séparés, Bob et Chris voulaient continuer à enregistrer. Chris a donc fait signer à Bob un nouveau contrat n’incluant ni Peter ni Bunny. Bob a ainsi réalisé l’album Natty Dread. Mais en même temps, Chris a aussi signé un contrat avec Bunny pour qu’il fasse son premier album solo, Blackheart Man. Peter était donc le seul à avoir besoin d’aide, car Chris avait donné de l’argent à Bunny pour qu’il enregistre son album.


Peter Tosh

Pourquoi Chris Blackwell n’a-t-il pas aussi produit l’album de Peter ?
Il faudrait lui demander, mais je vais te dire quelque chose. On avait presque terminé l’enregistrement de Legalize It, il restait le mixage à faire, et je cherchais à signer un contrat avec une maison de disques, un de ces nouveaux labels. On voulait sortir cet album et tout le monde cherchait à savoir si on allait le publier chez Island. Mais le contrat de Peter avec Island en tant que membre des Wailers existait toujours, donc en fait, nous avions besoin que Chris le libère de son contrat. J’ai cherché à contacter Chris, mais je n’arrivais pas à mettre la main dessus. Pendant un mois je n’ai pas eu de ses nouvelles. Et puis finalement il m’a téléphoné et il m’a dit : « J’ai essayé de te contacter. Atlantic, RSO Records, [dirigé par Robert Stigwood], Bearsville Records, [fondé par Albert Grossman], et Virgin sont tous intéressés par votre projet ». Il a ajouté : « C’est génial, mais je pense qu’il faudrait que Peter soit signé chez une major ». Il respectait beaucoup Peter, tu sais. Je suis convaincu qu’il pensait que c’était une grande star. À cette époque, il avait Bob et Natty Dread n’était pas encore sorti. Les deux premiers disques ne s’étaient pas bien vendus. Il savait aussi que Bunny ne voulait pas tourner, il l’a donc signé en sachant qu’il n’aurait pas la tournée à financer. Chris avait par conséquent déjà beaucoup investi et il ne pouvait sans doute pas investir davantage avec Peter. Ça aurait été difficile. Et il savait que si Peter était signé par une major, il aurait le support nécessaire pour une tournée et cela profiterait aussi à Bob, Bunny et à toute la musique jamaïcaine en général.


Bob Marley

Mais vous avez signé chez Virgin…
En fait, on a signé avec Virgin pour le marché hors États-Unis. J’ai fait venir Richard Branson en Jamaïque. Personne ne le connaissait à l’époque. Il était issu de la bourgeoisie anglaise. Je crois que son père était juge. Il a commencé avec un petit studio d’enregistrement et des petites boutiques de disques. Des jazzmen avaient l’habitude d’enregistrer chez lui parce que ce n’était pas cher. Un jour, un type est venu enregistrer dans son studio. Ensuite il a fait le tour des maisons de disques avec sa maquette, sans succès. Il a donc demandé à Richard s’il accepterait de distribuer son disque par le biais de ses petites boutiques. Richard a accepté et le disque est devenu la bande son du gigantesque blockbuster hollywoodien de l’époque, L’Exorciste. Le film était un succès, le disque a donc commencé à se vendre. Tubular Bells de
Mike Oldfield s’est vendu à des millions d’exemplaires. C’est comme ça qu’il a commencé avec Virgin Records, il a gagné des millions avec ce disque.


Lee Jaffe et Peter Tosh

Chris t’a aussi aidé à signer chez Columbia Records.
Oui, en fait Chris m’a donné un coup de main à la fois pour Virgin et Columbia. C’est lui qui m’a présenté à Gary Kurfirst qui travaillait pour Columbia. Et il a accepté de libérer Peter pour qu’il puisse signer ailleurs.

Columbia l’a dédommagé pour laisser partir Peter ?
Je ne sais pas, peut-être. Ça ne me regardait pas. Ce qui est sûr, c’est que l’idée de Chris était que Peter soit signé chez une major, car aucun artiste jamaïcain n’était chez une major et il sentait que Peter avait le potentiel pour ça. Et il savait que cela aiderait Bob et toute la scène musicale jamaïcaine. C’était donc sa motivation première.



Pourquoi alors Peter appelait-il Blackwell, « Whiteworst », c’est-à-dire « le pire des Blancs » ?
À vrai dire, je pense que c’est à cause de ce qu’il représentait, le capitalisme et le colonialisme blancs exploitant les artistes noirs etc. Chris était issu d’une famille liée au colonialisme depuis des siècles. Mais tu sais, si tu regardes l’industrie de la musique, je suis persuadé que Chris Blackwell payait les royalties. Je veux dire par là que son business était réglo, je suis convaincu qu’il payait les royalties qu’il devait. Je suis sûr que les contrats qu’il signait étaient standards dans l’industrie. Et ces dernières années, Chris s’est battu pour que les Marley récupèrent les royalties qu’Universal aurait dû payer à Bob. Et il a beaucoup fait pour la musique jamaïcaine. Personne ne connaissait la musique jamaïcaine au début des années 1960 et il a produit Millie Small. Certaines mauvaises langues prétendent qu’il a appauvri la musique, mais c’est totalement faux, il ne s’est jamais compromis et n’a jamais demandé à aucun artiste de se compromettre ou de changer les paroles d’une chanson. En fait, il espérait même promouvoir de puissantes paroles comme celles de « Talkin’ Blues » ou « Revolution». Chris encourageait Bob et Peter à écrire des paroles comme ça. Peter l’appelait peut-être « Whiteworst », mais c’est grâce à ce « Whiteworst » qu’il a signé chez Columbia, le label de Dylan et Miles Davis. Ça l’a immédiatement élevé au rang d’artiste international. Tu sais, Chris, c’est un mec très humble. Et regarde Bunny, il ne voulait plus partir en tournée, il faisait plein d’histoires, et pourtant il lui a donné l’argent pour son album Blackheart Man…


Bob Marley et Seeco

Où as-tu trouvé l’argent pour Legalize It ?
Bob nous a donné de l’argent qui nous a permis de commencer à enregistrer les trois premières chansons.

Combien ?
Je ne sais plus combien, mille dollars je crois. Il m’a donné cette somme d’argent juste après la tournée Natty Dread. Un jour, j’ai pris le train pour aller le voir à Wilmington chez sa mère, Madame Booker. Elle vivait avec son mari et ses deux fils, les demi-frères de Bob. Je jouais souvent au basketball avec le plus vieux des deux, Richard. Il avait dix ans à l’époque et allait à l’école juste en face de chez eux. Quand j’arrivais à Wilmington, j’avais toujours l’impression d’être à une autre époque. Les maisons étaient à moitié abandonnées et la ségrégation raciale encore très vivace. La maison des Booker, elle, était toujours très propre. Madame Booker était grande, robuste et avenante, tandis que Monsieur Booker était mince, frêle et réservé. Tu sais, j’étais très proche de sa mère, je l’aimais bien et elle m’aimait bien aussi. Bob lui demandait souvent en riant: « Comment se fait-il que t’aimes tant le Blanc ? » (rires). On s’appréciait, tu sais. Elle nous cuisinait souvent du riz accompagné de petits pois et de poisson à la vapeur. Parfois, elle nous dégotait des bananes plantains qu’elle faisait frire ou du calaloo. Quand j’allais là-bas, je salivais d’avance en pensant au petit plat qu’elle allait préparer. Tu sais, quelles qu’avaient pu être nos discordes, notre amitié était intacte. Ce jour-là, Bob est venu me chercher à la gare avec sa mère. Dès que je suis arrivé, il s’est assuré que j’avais apporté avec moi la meilleure herbe de New York et on a passé la soirée à manger, fumer et jouer de la musique comme si rien ne s’était jamais passé entre nous. Peter et moi, on était fauchés et j’étais persuadé que Bob ne nous laisserait pas tomber. Il devait savoir que je venais lui demander un service, Peter étant trop fier pour le lui demander en personne. Le millier de dollars qu’il m’a donné lors de ce séjour à Wilmington constitue la genèse de l’album Legalize It et de la carrière solo de Peter. Il m’a ainsi donné sa bénédiction pour travailler avec Peter !


Peter Tosh

Comment as-tu trouvé le reste de l’argent permettant de produire le disque ?
J’ai vendu de l’herbe.

Vraiment ? Tu as vendu de l’herbe ?
Ben oui. Tu sais, j’essayais de faire un disque et on n’avait pas d’argent, ce n’était donc pas une idée originale. J’avais déjà vendu de l’herbe aux États-Unis avant de vivre en Jamaïque, j’avais des amis dans le business, de très bons amis que je connaissais depuis la fac, ainsi que des contacts en Jamaïque. C’est comme la chanson de Barrington Levy, « Under Me Sensi », cette chanson qui a inauguré l’ère du dancehall : « Hey Babylon, you no like ganja man, but ya weed bring da foreign currency pon di Island » (« Hé Babylone, tu n’aimes pas les ganja man, mais la weed fait venir des devises étrangères sur l’île »). Donc ce n’était pas une idée de génie. Tu sais, il y avait des gens qui faisaient ça comme dans le film, The Harder They Come. La weed amène des devises étrangères sur l’île, man ! Et dans le monde dans lequel je vivais, l’herbe n’était pas quelque chose de mauvais. Ça permettait de faire vivre les fermiers, le village, les rastas, ce n’était donc pas comme vendre de la drogue. C’était au contraire une action noble, tu comprends ? Prendre le risque de soutenir les fermiers et d’importer des capitaux étrangers sur l’île, ce n’était pas une idée nouvelle et je connaissais du monde. C’est comme la chanson du grand Joe Higgs, « So It Go »: « So it go, when you have no big friend » (« C’est comme ça, quand t’as pas d’amis haut placés »). C’est génial, man. Cette chanson montre que tu ne peux pas toujours dépendre des gens. Parfois, tu dois compter uniquement sur toi, mais bien sûr, Jah te vient en aide. Pour l’album, on ne pouvait compter que sur nous-mêmes.

Concrètement, comment cela s’est-il passé ?




© Camion Blanc, 2012. Tous droits réservés.
www.camionblanc.com

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