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Le repress, acte prométhéen Le repress, acte prométhéen
27/09/13 - Auteur(s) : Marc Ismail (Soul of Anbessa)

Parmi les débats qui secouent cycliquement le microcosme des amateurs de musiques jamaïquaines, il en est un particulièrement intéressant, et révélateur de ses passions et contradictions, qui ressurgit au gré de l’actualité musicale. A chaque nouvelle vague - et elles s'enchaînent aujourd'hui à un rythme jamais connu auparavant - de ces disques, il revient, avec toujours les mêmes arguments, parfois lancés avec une étonnante violence : le repress.



Il convient de préciser d’emblée qu’en parlant de repress, on exclut le bootleg, qui en est le pendant illégal. Le repress est la réédition - à partir d’un support allant des bandes originales en bon état au dans le meilleur des cas au fichier mp3 tiré d’un vieux disque usé par les ans dans le pire - d’un morceau généralement devenu introuvable au fil du temps. Il va sans dire que plus rare et réputé est le morceau réédité, plus grand est l’intérêt du repress. Et plus virulente est donc la discussion qui accompagne sa remise sur le marché.
Pour bien comprendre la vivacité des débats, il faut commencer par situer l’enjeu. Prenons un morceau enregistré en 1975, par un obscur artiste dilettante et néanmoins talentueux. Une petite merveille sombre, et radicalement anti commerciale. A sa sortie, les trois cent exemplaires pressés par l'occasionnel producteur désargenté trouvent difficilement preneur, et la petite merveille incomprise tombe instantanément dans l'oubli, noyée dans une production pléthorique. Mais l'une de ces mystérieuses galettes de sept pouces trouve son chemin jusqu'en Angleterre, et atterrit sur la platine Garrard d'un Jah Shaka, d'un Festus ou d'un Russ D.  Dans le cercle très fermé des connaisseurs, il prend peu à peu une dimension mythique, graalesque. En connaître ne serait-ce que l'existence et mieux encore, l'avoir entendu, est alors considéré comme un privilège. Le posséder ? C'est l'assurance de jouer dans la cour des grands, de s'attirer le respect unanime par le simple fait d'avoir été en position - mélange de savoir et de connexions - de mettre la main sur un objet dont certains remettent même en doute l'existence.
Près de quarante ans plus tard, porté par la force combinée de forums spécialisés, d'ebay et de youtube, le morceau a voyagé, virtuellement, du Japon au Brésil. C'est toujours un cercle fermé qui le vénère, mais ce cercle est désormais planétaire. Devant leur ordinateur, chamboulant les chemins d'hier, des gamins le connaîtront avant même d'avoir entendu un album complet de Burning Spear ou de Culture. Mais des trois cent disques pressés jadis, seule une cinquantaine est encore plus ou moins répertoriée. La demande excède de loin l'offre, et son prix, pour les rarissimes occasions où un exemplaire est mis sur le marché global, enfle dans des proportions déraisonnables. Seuls désormais les très chanceux ou les très riches peuvent accéder à la catégorie de ses possesseurs.
Puis un jour, pressentie ou inattendue, tombe la nouvelle. "Ils l'ont repressé". En quelques semaines, il est partout. L'introuvable est devenu omniprésent. Seuls trois clics de souris le séparent désormais de la boîte aux lettres de tous les amoureux du contretemps de la planète, où il viendra un matin se nicher tout seul.
Face à un repress, le monde des collectionneurs se scinde en deux : ceux qui possèdent le disque original, et les autres. C’est, il va sans dire, la première catégorie qui fait généralement le plus de bruit. Et au sein de celle-ci, les plus virulents sont les selectors. Ce sont eux qui se sentent menacés dans le pouvoir que leur confère la position de celui qui se tient derrière les platines.
Pourtant, s'il est bien un être pour qui la musique ne prend de sens que si elle est partagée, c'est bien le selector. Lorsqu'il acquiert une nouvelle perle rare, au moment même où il le saisit dans sa main, il s'imagine posant pour la première fois le diamant sur le premier sillon, le regard des enthousiastes du premier rang, les mains levées et les coups de sifflet lorsqu'il laissera se déchaîner la basse.
Mais s'il aime plus que tout partager sa passion pour sa musique, et les émotions qu'elle lui procure, il aime aussi être celui par qui la lumière viendra. Il souhaite au fond de lui être le premier, l'administrateur de la claque musicale, à jamais associé à la mémoire de cet instant. Car il va bien sûr de la musique comme de toute chose, la première fois possède une saveur unique.
En rendant aisément accessible, pour un prix - au yeux du selector - dérisoire, cet objet tant convoité, le represseur lui vole une partie de son pouvoir. Tel Prométhée, il vole le feu aux dieux.
Mais certains selectors n'admettent pas que c'est leur feu qui leur est ainsi arraché. Non, c'est selon eux le morceau lui-même qui est tué, privé de son aura, descendu de son piédestal. Le jouer n'a désormais plus de sens, puisque l'effet de surprise et la stupeur enthousiaste des regards de ceux qui savent ont disparu. C'est au nom de ce graal jeté à terre qu'il crient leur colère et leur désarroi.
Certains se débattent, arguent que le son pas le même, que le grain est perdu, que ce feu n'est qu'une pâle copie du brasier originel, mais le mal est quand même fait.
Il faut bien admettre que cette attitude de rejet porte en elle quelque chose de fondamentalement égoïste. Comment justifier de s'opposer à la mise à la disposition du plus grand nombre une musique qui vous procure personnellement des sentiments indescriptibles ?
Pourtant, il faut aussi comprendre cette réaction. Mettons-nous un instant à la place de ce selector criant son désespoir.
Après deux enchères perdues en sept ans, les seules fois où l'objet de son désir était, à sa connaissance, mis en vente, il décide que la prochaine fois sera la bonne. Il lui faut ce disque. Il finit donc par investir dans ces 3 minutes 15 de musique une somme tout à fait déraisonnable. C'est en tout cas l'avis de tout son entourage, à l'exception de son voisin collectionneur de northern soul. Et voilà que tombe le repress...
C'est un peu le sentiment qu'éprouverait un alpiniste, arrivant épuisé et extatique au sommet du K2, quelques instants à peine avant qu'un hélicoptère géant n'y déverse un groupe bruyant de touristes en tongues, la panse généreuse déformant leur t-shirt "I climbed the K2". C'est un sentiment délicat à gérer. 
Et il faut dire aussi que cette réaction est cohérente avec la longue histoire dans laquelle elle s'inscrit. En sound system, depuis la nuit des temps, depuis les disques aux étiquettes grattées ramenés des Etats-Unis, l'exclusivité est au coeur de la démarche du selector.  La quête du disque que l'autre n'a pas, ou mieux encore, ne connaît pas, est l'un de ses moteurs essentiels.
Alors si elle n'est pas d'une grande noblesse, et prend parfois des proportions qui la font tendre au ridicule, l'hostilité à l'acte prométhéen du repress n'est pas totalement incongru dans l'univers reggae dans lequel il s'incrit.
Mais il existe heureusement un remède, capable de calmer les passions et les rancoeurs : le temps. Il suffit d'attendre quelques décennies, et les repress, eux aussi produit dans des quantités "microcosmiques", seront devenus presque aussi durs à trouver que leurs glorieux prédécesseurs. Et, retombés dans l'obscurité, noyés dans la masse vertigineuse de l'offre musicale de l'ère internet, ils retrouveront leur pouvoir d'antan.

Retrouvez cet article sur le blog de Soul of Anbessa, que l'on remercie pour sa courtoisie.

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