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Max Romeo, retour aux sources (itw #1) Max Romeo, retour aux sources (itw #1)
10/11/13 - Auteur(s) : Propos recueillis par Greg Wallet et Ju-Lion; photos Ju-Lion

Max Romeo est l'un des artistes préférés du public français. «  Chase The Devil  », «  One Step Forward  » ou «  War Inna Babylon  » font partie des classiques incontournables du reggae. Mais la carrière de Max ne se résume pas à ces trois chefs d’œuvre. L'homme a traversé toutes les évolutions de la musique jamaïcaine à sa manière en devenant même un des précurseurs du slackness avant de se tourner vers un reggae plus conscient. Bien qu'il n'aime pas trop se remémorer cette période, Max Romeo est revenu avec nous sur des histoires et anecdotes rarement abordées en interview. Cap, en deux parties (dont la seconde est à lire ici), sur l'histoire d'une longue carrière commencée au plus bas de l'échelle avant d'atteindre les sommets de l'international.

Reggae.fr: Quand et où êtes-vous né  ?
Max Romeo: Je suis né en Jamaïque, dans la paroisse de St Ann, en 1944. J'ai déménagé à Kingston à l'âge de 9 ans. Aujourd'hui j'habite dans la paroisse de St Catherine.

Quelle place la musique avait-elle dans votre vie durant votre enfance  ?
J'écoutais beaucoup de R&B américain. Il y avait plein d'artistes qui étaient populaires en Jamaïque. Des gens comme Fats Domino, Elvis Presley, Brook Benton, The O'Jays... Ces gens m'ont influencé plus tard. Et en grandissant, j'écoutais plus de rock'n roll comme les Rolling Stones et tous les artistes de R&B qui se mettaient au rock'n roll.

Parlez-nous de la création de votre premier groupe, The Emotions.
J'ai formé ce groupe avec deux autres mecs. Il y avait Lloyd Shakespeare, le frère du bassiste Robbie Shakespeare, et l'autre s'appelait Kenneth Knight. On traînait souvent ensemble et on s'entraînait tout le temps à faire des harmonies à trois. C'est comme ça qu'est né le groupe. J'ai commencé à écrire des paroles et j'ai pris le rôle de chanteur principal. Lloyd et Kenneth faisaient les chœurs. On a fait quelques disques ensemble, cinq ou six je crois. Puis Kenneth a quitté la Jamaïque et Lloyd est mort. C'est là que le groupe s'est arrêté.



Votre premier single avec le groupe était «  I'll Buy You A Rainbow  », n'est-ce pas  ?
Oui c'est ça. J'ai écrit cette chanson des années avant qu'on puisse l'enregistrer. J'allais de studio en studio pour la proposer, mais je me faisais jeter, y compris à Studio One. Puis, je suis allé voir Ken Lack du petit label Caltone, et il a accepté la chanson. Il m'a même embauché comme vendeur pour livrer les disques dans les boutiques. La chanson a eu du succès. On a même été numéro 2 dans les charts nationaux à l'époque. Je crois que c'était en 1967.


«  J'ai fui mes parents et je me suis retrouvé à la rue à l'âge de 14 ans  »


Est-ce vrai qu'à cette période, vous hésitiez entre devenir chanteur et pasteur  ?
C'est vrai. Mes parents étaient évangélistes et ils m'ont élevé dans le protestantisme. Mais quand il a fallu que je trouve un moyen de gagner ma vie, j'ai vite choisi le chant. Mais je n'ai pas passé beaucoup de temps avec mes parents. Je n'aimais pas la façon dont mon père traitait ma mère donc j'ai fui mes parents et je me suis retrouvé à la rue à l'âge de 14 ans. Mais c'est là que tout a commencé à devenir intéressant pour moi.



Quel est votre meilleur souvenir de votre période avec The Emotions  ?
Je crois que c'est le premier concert qu'on a fait ensemble. C'était la première fois qu'on se trouvait en face d'un public. C'était très excitant.

Ensuite, vous avez formé un autre groupe qui s'appelait The Hippy Boys...
C'est exact. Avec les frères Barrett  : Aston «  Familyman  » et Carlton. Le guitariste s'appelait Web Stewart. On a eu plusieurs batteurs et un saxophoniste aussi. On a duré un petit moment, mais ce n'était pas facile. Ça n'a jamais été facile de maintenir un groupe en Jamaïque, car les formations changeaient souvent. J'ai quitté le groupe avec Aston et Carlton et ils sont devenus les Upsetters avec Alva Lewis et Glen Adams. Ils ont fait une petite tournée en Angleterre en 1969 et ensuite, ils sont devenus le backing band de Bob Marley, les Wailers.

Toute cette période des années 60, c'était l'époque des rude boys en Jamaïque. Comment définiriez-vous les rude boys  ?
Ce sont des jeunes qui se rebellent contre le système. Dans tous les pays du monde, les jeunes qui sont opprimés par le système se rebellent. Les rude boys avec leurs couteaux à cran d'arrêt et leur attitude agressive, c'est juste quelque chose de normal. Chaque jeune homme vit cette période dans sa vie. Je sais que ça existe en France aussi aujourd'hui, peut-être sous un nom différent, mais je sais qu'ils sont là ces jeunes en colère.

Avez-vous fréquenté des rude boys  ?
Oui. Je les fréquentais, mais j'ai essayé d'être différent d'eux. En fait, j'étais un peu trouillard et en Jamaïque, on dit  : «  Cowad man kip soun' bones  » (ndlr  : Qui joue les lâches, sauve sa peau). Et j'ai toujours sauvé ma peau. Je fuyais toujours dès que les choses commençaient à mal tourner (rires).


«  J'ai le plus grand nombre de chansons interdites de l'histoire de la musique  »


Et comment exprimiez-vous votre frustration de jeune homme si vous n'étiez pas un rude boy  ?
Avec mes chansons. Je m’exprimais en écrivant et en chantant. J'ai le plus grand nombre de chansons interdites de l'histoire de la musique. A l'époque en Jamaïque, j'écrivais une chanson, je l'enregistrais et je l'envoyais aux radios. Puis, je rencontrais un panel de professionnels à qui je devais expliquer les paroles. Et s'ils étaient satisfaits, s'ils pensaient que c'était diffusable selon leurs critères, j'obtenais quelques passages radio. Mais le plus souvent c'était  : «  Inadapté à la radio  ». C'est comme ça que j'évacuais ma colère, avec un stylo.



Était-ce devenu un objectif pour vous d'être banni des radios  ?
C'est clair que lorsqu'une chanson est interdite, elle se vend mieux. «  Macabee Version  » a été mon premier titre révolutionnaire, il a été banni et c'est devenu un gros hit. «  Wet Dream  » a été joué une fois sur la BBC avant d'être interdit et c'est devenu un gros hit. Parfois, la censure aide la chanson.

Après avoir quitté Ken Lack et Caltone Records, vous avez collaboré avec Bunny Lee. Comment l'avez-vous rencontré  ?
Quand j'ai rencontré Bunny Lee, il était employé dans un garage, United Motors. Le bureau de Ken Lack avec qui je bossais était près de ce garage et Bunny venait souvent nous voir à l'heure du déjeuner. Il se trouve que Ken Lack a contribué à l'achat des bandes pour la première session de Bunny Lee. Duke Reid lui avait offert du temps de studio gratuit à Treasure Isle et Tommy McCook et son groupe lui ont fait quelques riddims. C'est comme ça qu'il a commencé. Il a eu beaucoup de chance car il a obtenu un hit avec Roy Shirley  : «  Music Field  ». C'était son premier hit et il n'a plus reculé depuis. J'étais à ses côtés dès le début et j'ai toujours beaucoup de respect pour lui.



Quelles sont ses qualités en tant que producteur  ?
Il est très motivé et très joyeux. Il n'avait jamais la mine triste. Ce n'est pas un grand parolier, mais il avait souvent de bonnes idées et il nous les donnait pour qu'on puisse construire une chanson autour. Il nous laissait aussi une bonne marge de manœuvre, on pouvait improviser, choisir nos propres lignes de basse. On travaillait à la vibe. Et ça c'était vraiment bien.

C'est vrai que c'est lui qui vous a donné le nom de Max Romeo  ?
Il m'a encouragé à l'utiliser comme nom de scène, mais ce n'est pas lui qui me l'a donné. C'est une drôle d'histoire qui est à l'origine de mon nom, à propos d'une fille. Je draguais une fille et son père est passé devant nous le matin en allant au boulot à vélo. Et quand il est rentré du travail le soir, j'étais toujours au même droit en train de parler à sa fille. Il y avait plusieurs gars dans les parages et son père a dit  : «  Tu es resté au même endroit toute la journée avec la même fille. Tu es un Roméo ou quoi  ?  » C'est comme ça que ce nom est venu. Et Bunny Lee m'a encouragé à utiliser mon vrai nom Max en y ajoutant Romeo. Et ça a marché.


«  Freddie McGregor a commencé à chanter quand il était enfant.  Je mettais des palettes de bière sur scène pour qu'il puisse atteindre le micro quand il faisait des concerts  »


Pouvez-vous décrire l'industrie musicale jamaïcaine à l'époque  ?
A l'époque, c'était génial. Il n'y avait que deux stations de radio, donc une place importante était accordée aux sound systems qui étaient notre voie de diffusion principale. Il y en avait plein. Ça a commencé avec Sir Coxsone, Duke Reid et tous les autres. Ces gars-là ont monté leurs studios pour alimenter leurs sound systems. Coxsone avait l'habitude d'aller à la Nouvelle Orléans pour acheter les nouveautés R&B et il revenait en Jamaïque et faisait refaire ces morceaux par les Wailers, les Gaylads, Delroy Wislon... Ils refaisaient les morceaux R&B en rocksteady. Parfois, les gens croyaient que c'étaient eux qui avaient écrit les chansons, mais c'étaient juste des reprises. L'époque du vinyle était la meilleure. On pouvait savoir si on avait du succès avec les vinyles alors que les CDs peuvent se graver et s'échanger illégalement. Mais quand quelqu'un t'achetait 100 copies de ton vinyle, ça mettait la lumière sur toi. Tu étais content, car tu voyais que le disque se diffusait. Un autre gars en achetait 500 et tu voyais l'évolution. Maintenant avec les CDs et les téléchargements, ce n'est plus pareil. Avec ce système, je dois attendre une année pour savoir combien j'ai vendu. Pendant cette année, je fais comment pour soutenir et produire de jeunes artistes  ? Je ne peux pas. Tout est devenu pourri. L'industrie musicale en Jamaïque n'existe plus. Il y avait aussi une autre chose à mon époque, c'est que les DJs des radios n'avaient pas le droit de produire. Aujourd'hui, il y a beaucoup plus de radios en Jamaïque, peut-être 12 ou 14, et la plupart des titres qui sont joués sont produits par les DJs eux-mêmes, alors qu'ils ne connaissent rien à la production. Donc on se heurte à un espèce de barrage de produits merdiques. Les radios jouent toutes le même type de riddims commerciaux et ce sont le DJs eux-mêmes qui ont produit les morceaux qu'ils jouent. Donc ça fausse le système de distribution. Je n'appelle plus ça une industrie.



Comme vous nous l'avez dit, vous avez commencé en tant que distributeur de disques. Connaissez-vous d'autres artistes qui ont le même parcours  ?
Oui. Lee Perry. Il faisait la même chose que moi, on se croisait souvent. Lui, il bossait pour Dynamic Sounds et moi pour Ken Lack et Bunny Lee. Beaucoup d'artistes ont commencé comme ça. Nicki Thomas a fait ça aussi pour Joe Gibbs.

Delroy Wilson aussi n'est-ce pas  ?
Non, Delroy a commencé à chanter quand il était enfant. Tout comme Dennis Brown et Freddie McGregor. Je mettais des palettes de bière sur scène pour que Freddie puisse atteindre le micro quand il faisait des concerts (rires).

Vous avez traversé toutes les évolutions de la musique jamaïcaine n'est-ce pas  ?
Oui. Je n'ai pas vraiment fait de ska en tant qu'artiste car je n'avais pas encore accès aux studios à cette période. Mais j'ai fait du rocksteady. «  I'll Buy You A Rainbow  », mon premier disque, était du rocksteady. Et ensuite, j'ai fait du reggae roots qui est pour moi la dernière évolution significative de la musique jamaïcaine. Le dancehall est un dérivé du hip-hop, je n'en parle même pas. Je suis resté dans le reggae, car c'est LA musique que les gens ont accepté. Le reggae ne changera jamais, il restera le reggae dans l'esprit des gens. Tout comme le rock'n roll.


«  Je crois bien que c'est moi qui ai commencé la révolution rasta dans la musique  »


Expliquez-nous la transition entre early reggae et reggae roots.
Le early reggae, c'était juste après le rocksteady, mais les artistes chantaient encore des chansons d'amour. Des artistes comme Ken Boothe, John Holt et les Paragons chantaient «  Darling I love you  ». Je ne veux pas dire que je suis le premier, mais je crois bien que c'est moi qui ai commencé la révolution rasta dans la musique. La première chanson que j'ai faite dans ce sens était «  Macabee Version  », qui est un titre profondément rasta. A cette époque, Bob Marley ne chantait pas encore du roots, il chantait des trucs sur les flingues et les rude-boys façon rocksteady. Je ne veux pas vous donner de fausse information, mais je suis quasiment sûr que c'est après «  Macabee Version  » qu'il y a commencé à avoir toutes ces chanson rastas. Mis à part Count Ossie. Il a toujours organisé des sessions rastas avec des percussionnistes, mais ils n'enregistraient pas beaucoup, ils étaient des musiciens de live qui faisaient des concerts.


 


La suite de cet entretien à lire ici
N'oubliez pas d'aller voir l'artiste en live. Il est en tournée actuellement avec ses fils:
11 Novembre 2013 - REIMS (FR) - LE K
12 Novembre 2013 - RIS ORANGIS - Le Plan
13 Novembre 2013 - PARIS - CABARET SAUVAGE
14 Novembre 2013 - BEAUVAIS - Picardie Mouv

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