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Max Romeo, retour aux sources (itw #2) Max Romeo, retour aux sources (itw #2)
13/11/13 - Auteur(s) : Propos recueillis par Greg Wallet et Ju-Lion; photos Ju-Lion

On continue notre entretien inédit avec Max Romeo, dont vous pouvez lire la première partie ici.

Reggae.fr: Revenons un peu sur le morceau «  Wet Dream  » qui est devenu un très grand hit, comme vous l'avez dit.
Max Romeo: Je crois qu'un élan de folie a traversé mon esprit quand j'ai pensé à ce sujet de chanson et que j'en ai parlé à Bunny Lee. Il pensait que c'était une bonne idée puisque personne ne chantait ce genre de choses. Je n'étais même pas sûr de vouloir faire cette chanson, car j'étais timide et je n'osais pas parler de sexe. Mais Striker m'a un peu forcé et m'a dit de le faire car il était sûr que ça allait marcher. Je l'ai fait et Bunny l'a emmené en Angleterre où la chanson est sortie chez Pama Records. Ils l'ont joué une fois à la BBC et des Jamaïcains ont appelé pour leur dire qu'ils ne pouvaient pas passer cette chanson car elle était trop suggestive. «  Lie down gal, let me push it up  » (ndlr  : Allonge toi fille et laisse moi te chevaucher.) Et on a eu un succès immédiat. Les skinheads ont tout de suite accroché. C'est comme s'ils attendaient une chanson comme celle-là. Ils incarnaient la jeunesse qui se rebellait contre un système dont ils se sentaient victimes. Ils voyaient en cette chanson une façon de se rendre détestables aux yeux d'une certaine catégorie de la société donc ils l'ont adopté. Et je pense que c'est un peu grâce à eux que «  Wet Dream  » est devenue si connue. C'était comme un hymne pour les skinheads à l'époque. Et c'est toujours le cas, car je rencontre encore des jeunes gens qui se présentent à moi comme des skinheads en me disant que leurs parents avaient le disque de «  Wet Dream  ». Alors ils me demandent de la jouer sur scène et je le fais, même si ça ne correspond plus du tout à mon style. Je l'ai encore jouée la semaine dernière en Angleterre, car des dizaines de skinheads criaient «  On veut Wet Dream  ! On veut Wet Dream  !  » (rires)



Vous avez fait quelques autres chansons un peu portées sur le sexe ...
Oui, en fait il y a tout un album qui reprend toute cette période entre 1969 et 1972 avec des titres comme «  I Love Pum Pum  » et «  Softie Cellar  ». Il s'appelle «  Banned And Censored  ». Il y a encore des gens qui l'écoutent, mais je ne chante plus ces chansons sur scène, car ça ne me correspond plus. C'était ma période de folie, aujourd'hui je vis dans une réalité plus sérieuse.

Peut-on dire que ces chansons sont les ancêtres du slackness qui est apparu dans les années 80 et qui est toujours très populaire aujourd'hui en Jamaïque  ?
Oui je pense. Beaucoup de personnes ont déjà dit ça et je ne vais pas le nier, car quand j'ai enregistré ces chansons, rien de pareil n'avait été fait auparavant. Je ne me sens ni fier ni honteux d'avoir fait. Ça reste dans le passé pour moi, mais je crois que ça a ouvert des portes à d'autres artistes. Je crois même que Vybz Kartel a dit que je l'avais influencé dans le domaine des chansons sexuelles.


«  Le reggae ne changera jamais, il restera le reggae dans l'esprit des gens. Tout comme le rock'n roll  »


Au début des années 70, vous vous êtes donc tourné vers le reggae conscient et rasta. Comment avez-vous effectué ce revirement après toutes ces chansons grivoises  ?
C'est parfois dur d'expliquer les choses que je fais. Car je ne crois pas être motivé uniquement par moi-même ou par mon esprit. Je pense être motivé par celui pour qui je travaille, Jah Tout Puissant, cette boule de feu dans le ciel qui se lève le matin et se couche le soir. C'est là que je puise mon inspiration, c'est ce que je vénère, c'est mon Dieu. Vous l'appelez «  Soleil  », je l'appelle «  Dieu  ». Sans lui, rien ne vivrait sur Terre. Sans le soleil, on ne vit pas, les arbres ne vivent pas, même les fourmis qui rampent sur le sol ne seraient pas là. C'est le donneur de vie.



Et comment êtes-vous devenu rasta  ?
J'ai été influencé par un de mes oncles auprès duquel j'ai passé le plus clair de ma jeunesse. Il est mort aujourd'hui. Que son âme repose en paix. Mais il était comme un père pour moi. Il m'a appris la vie. Quand j'ai fui mes parents, j'ai passé beaucoup de temps auprès de lui et il m'a beaucoup aidé. C'était un rasta convaincu et il vivait selon des principes forts. J'aimais cette idée. Je crois que c'est à la fin de l'année 1962 que je me suis converti à cette foi. Si on peut l'appeler comme ça, car ce n'est pas vraiment une religion, c'est un style de vie. J'ai donc changé ma façon de vivre et j'en suis heureux.

Vous avez fait quelques chansons aux commentaires sociaux forts comme «  War Inna Babylon  »...
Le reggae est une musique protestataire. Les gens écoutent du reggae pour entendre ce qui se passe dans le monde. Quand tu écoutes du reggae, tu es alerté sur des sujets que tu ne connais pas. «  War Inna Babylon  » n'était pas à propos d'une chose ou d'un endroit en particulier. C'était sur le mécontentement du peuple à propos de plein de choses dans le monde. Un peu comme les soulèvements que l'on a vus en Syrie, en Egypte, en Irak, en Iran ou en Afghanistan. Cette chanson était en fait une prise de conscience sur ce qui allait arriver dans le monde. C'était comme une prophétie. Quand je dis «  le barbier n'aime pas le policier  », ça veut dire  : «  le chrétien n'aime pas le musulman   et vice versa  ». Tout ça va causer une guerre à Babylone et c'est ce qui arrive maintenant. C'est une prophétie.




Et vous avez une autre chanson avec la même mélodie, «  Fire Fe De Vatican  »...
Cette chanson m'a causé beaucoup de soucis à Rome, mais j'ai réussi à m'en sortir. La première fois que j'ai joué à Rome, il y avait un camion relié à 60 stations de radio italiennes qui m'attendait. Ils étaient là pour me poser une seule question. Ils voulaient savoir ce que je voulais dire avec ces mots, «  Fire fe de Vatican and blood fe de Pope  » (ndlr  : Du feu sur le Vatican et du sang pour le Pape). Je leur ai expliqué. «  J'utilise les mêmes mots que vous. Les mêmes mots romains. Pour être sanctifié, tu dois être lavé par le sang et pour être purifié, tu dois traverser le feu.  » Je leur ai fait prendre conscience que le Vatican était la ville la plus riche du monde et que malgré ça, on voyait des gens dormir dehors sur des cartons. Je ne trouvais pas ça normal et j'ai donc pensé que cette ville avait besoin d'être sanctifiée et purifiée avec le feu et le sang. Ça n'avait rien de littéral. Bien sûr que je ne prônais pas la destruction de Rome. Ils ont compris et ils ont accepté mon explication. Et ça m'a même rendu plus populaire en Italie je crois (rires).


«  Vybz Kartel a dit que je l'avais influencé dans le domaine des chansons sexuelles  »



Votre titre «  Let The Power Fall  » est devenu l'hymne de campagne du PNP. L'implication politique était plutôt rare chez les rastas. Vous aviez de réelles convictions en soutenant le PNP  ?
Non, en fait j'aimais bien les idées de Michael Manley. J'aimais les causes qu'il défendait. C'est pour ça que je leur ai donné l'autorisation. Ils avaient pour projet de faire une série de concerts à travers l'île pour inciter les gens à voter pour eux. Ils appelaient ça le Bandwagon. Ils voulaient un hymne pour leur mouvement qui était basé sur le pouvoir. Ils ont pensé à ma chanson «  Let The Power  Fall », juste parce que le titre comportait le mot «  power  ». Ils m'ont demandé mon avis et j'ai dit  : «  Pourquoi pas  ?  » C'est devenu l'hymne de leur campagne et j'ai participé à la tournée de concerts. On a touché beaucoup de monde et ça a marché puisque Michael Manley a gagné les élections. Je me suis toujours reconnu dans ces idées.





Mais il a dû vous décevoir puisque vous avez fait plus tard la chanson «  No Joshua No  » (ndlr  : Joshua était le surnom de Michale Manley)
C'est exact. Deux ans après son élection, il n'avait toujours pas fait la moindre action pour tenir ses promesses. Et les gens m'avaient associé à lui à cause de la chanson. Donc on a commencé à m'aborder dans la rue en me disant  : «  Hey. Tu nous avais dit de voter PNP pour devenir libre. On l'a fait, mais où est notre liberté  ?  » J'ai donc décidé d'écrire cette chanson pour m'adresser à Manley directement. «  You took them out of bondage and they thank you for it. You sung them songs of love and they try to sing with it. But now in the desert, are you battered and bruised. They think they are forsaken, they think they have been used.  » Je crois que Michael Manley a aimé cette chanson, car il m'a félicité une fois. Je sais qu'il l'avait en cassette dans sa voiture. Mais il m'a dit d'arrêter d'écrire des chansons politiques car les Jamaïcains m'écoutaient vraiment. N’empêche que tout un tas d'actions sociales ont été menées par le gouvernement après cette chanson. Il y a eu le JAMAL par exemple (Jamaican Movement for the Advancement of Literacy), un programme d'éducation. Cette chanson a mis Manley devant le fait accompli et ça l'a obligé à réagir.


«  Lee Perry est un génie [...] Il est plus sain d'esprit que moi »



En 1973, vous avez rejoint Lee Perry dans son Black Ark Studio. Parlez-nous de votre collaboration.
Oh  ! Ma rencontre avec Lee Perry a été un moment marquant dans ma vie. Un tournant dans l'évolution de ma carrière. Selon moi, Lee Perry est un génie. Je ne connais personne d'autre capable de gagner de l'argent en se faisant passer pour un fou. Il a gagné des millions en passant pour un fou alors qu'il ne l'est pas. Lee Perry est plus sain d'esprit que moi (rires). C'était génial de travailler avec lui au Black Ark Studio. Il fait de la musique à partir de rien. C'est juste un génie. Je pense que «  War Inna Babylon  » est le meilleur projet que j'ai jamais fait. Mais en termes de business ça ne s'est pas bien passé. Lee et moi nous étions déclarés comme coproducteurs de l'album. Mais il y avait des choses sur lesquelles je n'étais pas d'accord, donc j'ai refusé de m'accorder avec lui. Et aujourd'hui, j'attends toujours mes droits d'auteur de la part de Universal, Phonogram Records et Island Records, qui étaient les trois principales maisons de disque à distribuer l'album «  War Inna Babylon  ». C'est terrible.

Vous avez créé vos propres labels et votre propre sound system n'est-ce pas ?
Oui. Romax est le premier label que j'ai monté, mais je n'ai pas fait grand chose dessus. C'est Winston Riley des Techniques qui l'utilisait pour sortir ses productions. Du coup, j'ai créé un autre label qui s'appelait Charmax. J'ai choisi ce nom en mélangeant le nom de ma femme et le mien. Pour ce qui est des sound systems. J'avais un petit sound qui s'appelait Romax Hi-Fi. Mais je l'ai cédé à des amis quand j'ai quitté la Jamaïque pour faire une tournée en Angleterre en 1969. Aujourd'hui, j'ai un plus gros sound system qui s'appelle Satta Vibes, mais il ne joue pas beaucoup car les sound systems ne se portent pas très bien en Jamaïque en ce moment à cause du durcissement de la loi sur les nuisances sonores. Du coup, on l'utilise principalement pour faire des karaokés sur une base de loisirs que je possède.

Quelle est votre opinion sur l'évolution actuelle de la musique jamaïcaine  ?
Je dirais que les artistes ont besoin de revenir en arrière. Aujourd'hui, j'ai l’impression qu'ils font marche arrière dans le mauvais sens. Ce qu'ils font est insensé et ça n'intéresse personne. Je passe plus de temps à l'étranger que dans mon pays et je n'entends parler de ces artistes nulle part dans le monde. Aujourd'hui, il ne se passe rien en termes de musique en Jamaïque.

Pourtant, le public européen semble réjoui par la nouvelle génération d'artistes roots qui incarnent le renouveau du reggae comme Protoje, Chronixx ou Raging Fyah...
OK. Je crois que là c'est moi qui ai besoin de revenir en arrière sur ce que j'ai dit (rires). Il y a en effet cette jeune génération qui s'écarte de la tendance dancehall et des chansons violentes et sexuelles. J'aime beaucoup Chronixx. J'aime aussi Iba Mahr. C'est d'ailleurs chez moi qu'il a enregistré son premier morceau. Ces artistes-là ont déjà effectué ce retour en arrière dont je parle. Et j'espère que ça va se maintenir. Il y a aussi Lymie Murray. Ce mec est un super chanteur, mais on n'entend pas parler de lui car il est effacé par la mode du Boom Boom.

Donc l'engouement que l'on voit en Europe pour ces artistes n'est pas le même en Jamaïque  ?
Ils ne sont pas connus comme ils le méritent. Mais c'est comme ça depuis très longtemps en Jamaïque. Les artistes roots ne sont pas populaires. Luciano par exemple, il se bat encore aujourd'hui pour être reconnu comme un artiste important du reggae. Ils l'ont fait joué au Sting, mais ça s'est mal passé, car ce n'était pas son public. Le Sting est un concert dancehall. Je n'irai jamais joué là-bas, même pour 10 millions de dollars (rires). Le public du Sting ne veut pas entendre des chansons sur Rastafari. Ils veulent entendre des paroles sur le sexe et les armes.

Aujourd'hui, vous êtes accompagné par vos fils en tournée. Selon vous, ils font bien ce travail de retour aux fondations de la musique  ?
Tout à fait. Ils sont 100  % roots and culture. C'est leur grande sœur qui leur écrit les paroles et la musique. Moi je les laisse travailler. Je les recadre juste de temps en temps quand il y a besoin, mais ils se débrouillent plutôt bien.

Lire la première partie de cette entrevue ici.

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