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Danakil en tournée

Danakil se raconte, tune par tune Danakil se raconte, tune par tune
24/02/14 - Auteur(s) : LN ; Photos : ©Julie Arnoux, ©Lisou

Le nouvel opus « Entre les lignes » sort enfin et s'inscrit dans la continuité de l'histoire de Danakil. On y retrouve des textes engagés et conscients parlant de l'actualité comme peu sont capables de le faire. La richesse est aussi présente au niveau des compositions musicales (lire la chronique ici).

On vous propose, en ce jour de sortie, de parcourir chaque titre de l'album avec Balik (chanteur lead) et Mathieu aka Das (saxophoniste et manager du groupe). 

Danakil se raconte, tune par tune.


« Poupées Russes »


Balik : J'avais le refrain de cette chanson depuis bien un an dans la tête et je l'avais même noté sur un calepin. Dans le processus de recherche des thèmes pour l'album, je voulais vraiment des thèmes universels. Je me posais la question de savoir ce qui allait parler à tout le monde. Qu'est-ce qu'on s'est tous demandé ? Qu'est-ce qu'on a tous eu comme fantasme ? Je cherchais donc un fantasme et ressenti universel. Un jour, j'ai eu un coup de fil du groupe pour me demander de travailler sur une chanson qu'on devait faire avec Don Carlos. J'ai reçu le riddim, qui nous plaisait à tous, et en l'écoutant j'ai repensé à ces petites lignes que j'avais écrites et cette mélodie. J'ai gratté autour de ce thème, j'ai repris le refrain et cherché un couplet. Entre temps, pour des raisons de timing on n'a pas pu faire le featuring avec Don Carlos. Quoi qu'il en soit j'avais bossé le morceau comme une combinaison, et c'est pour ça qu'on a gardé le refrain en anglais, et qu'il m'a paru naturel de le faire avec Natty Jean. Du coup c'est devenu un morceau franco-wolof sur un thème qui se chante vraiment à deux, avec l'idée qu'on a peut-être tous eu, totalement utopique, de mettre sa vie et son existence entre parenthèses pendant un laps de temps et naître dans la peau d'un autre ailleurs, que ce soit une femme sur un autre continent, un homme d'Etat dans tel pays ou un paysan dans un autre par exemple. Les poupées russes représentent bien cette idée. Et cela a un vrai sens de chanter ce morceau avec Natty Jean.

Reggae.fr : En parlant de Natty Jean, il fait pleinement partie de Danakil. C'est devenu une évidence.
Balik
 : C'est clair qu'on s'est jamais posé la question. A partir du moment où le premier pas avait été franchi et qu'il était venu pour une première tournée en France, on vivait au jour le jour. On a sorti son premier album, sans même se demander si on allait sortir le deuxième car en fait on le savait déjà et on est même en train de le préparer. Donc il mène sa carrière solo parallèlement mais jusqu'à ce que la vie en décide autrement il n'y a pas débat sur le fait qu'il soit pleinement dans l'équipe !

Pour revenir au morceau, comment avez- vous travaillé sur sa composition musicale ?
Das
: Pour moi le riddim de « Poupées Russes » est un des plus forts de l'album. C'est l'occasion d'ailleurs d'expliquer comment s'est fait l'album car pour la première fois, on s'est retrouvé avec notre chanteur à des milliers de kilomètres donc on a bossé de manière assez originale avec Balik au Mali et nous en France. On a fait énormément de riddims entre nous, entre musiciens, dans notre local de répétition. Petit à petit, on a maquetté, et on envoyait tout ça par internet. On a échangé de manière assez permanente sur une trentaine de riddims pour pouvoir les sélectionner et en faire le choix final, selon ses inspirations et nos aspirations.
Ce riddim des « Poupées Russes » faisait partie de ceux qu'on affectionnait tous et où il se passait vraiment quelque chose mais où on a quand même pas mal galéré. Jusqu'à un mois, un mois et demi avant l'enregistrement on n'était pas sûr que la chanson voie le jour car c'était un chantier ! A la base c'était une chanson assez complexe dans sa structure mais au final on l'a beaucoup épurée pour qu'elle marche bien.

Balik 
: De mon côté, j'ai jamais eu de doute sur le fait que cette chanson serait sur l'album ! Je connaissais bien le ressenti de Das mais je savais qu'elle y serait.


« Mali Mali »


Balik : Le hasard a fait que je suis allé vivre à Bamako en 2012, pile au début du conflit armé dans le nord. Il y a en Afrique ce qu'on appelle le grain, c'est-à-dire que les gens se mettent sous les arbres, devant les portails, un peu partout dans la rue et discutent. C'est la palabre comme on dit tu vois. Cela dure des journées et des nuits entières. Il se trouve que devant chez moi il y a un énorme grain, et qu'à ce moment-là, dans la vie quotidienne du pays, il n'y avait plus que ce sujet là à la bouche de tout le monde. Surtout que tout le monde a un ami ou de la famille dans le nord, à Tombouctou ou à Gao. Du coup cette chanson, c'est le relai de tout ce que j'ai entendu, de ce que j'ai cru comprendre, des rancunes envers le pouvoir politique central, de la conjonction de tous les faits qui ont mené le pays à cette situation. J'ai rien inventé. J'ai essayé de compiler tout ce que je percevais, en tenant compte non seulement des analyses des locaux, mais aussi des analyses d'expatriés, car j'étais pas mal dans le milieu des ONG à un moment, et ma femme travaille à l'Unicef. Lorsque la team a commencé à m'envoyer des riddims, c'était en janvier 2013, au moment de l'intervention des troupes françaises, et c'était un moment où moi-même je n'arrivais pas à parler d'autres choses que de ça. On était tous pris là-dedans.
Le refrain existait déjà. Il avait été créé pour un featuring avec un groupe de reggae ivoirien pour un événement organisé par Radio Libre ici. Et le hasard a fait que je pouvais tout à fait reprendre le refrain sur ce riddim. Mais ce morceau n'est pas fataliste. Il commence avec l'espoir et je veux y montrer que les Maliens ne sont pas là à pleurer sur leur sort et qu'ils ne se laissent pas faire. Beaucoup de Maliens ne sont ni pour le Président renversé, ni pour celui qui renverse le Président, ni pour les islamistes dans le nord. Et c'est pour ça que j'évoque dans la chanson le fait que tous ces hommes de pouvoir (ceux qui trichent avec les lois ou la foi) traitent le pays « comme si le peuple n'avait que faire de son sort ». 
 
Du côté des musiciens Das, est-ce que vous aviez imaginé que ce riddim deviendrait cette chanson ? Est-ce que vous avez parfois des idées de thèmes inspirant la création des riddims ?
Das
 : En fait toutes les configurations sont envisageables et ont été expérimentées. Sur cet album là, on n'avait pas en tête ces thèmes quand les riddims ont été créés. Après, il y a des riddims comme « Hypocrites » et « Mali Mali » qu'on a eu le temps de roder avec Balik et même de jouer un peu sur scène l'été dernier sur certains festivals. Moi ce que je trouve intéressant dans « Mali Mali », c'est le côté ouvert, joyeux, majeur de la musique, donc assez positif, qui contraste avec le caractère grave des paroles. Je trouve le décalage intéressant, notamment avec le riff de cuivre un peu groovy à la fin.


« Le Rêve »





Das : Pour la petite anecdote, c'est une chanson dont le texte vient, comme pas mal de nos morceaux, du projet hip hop de Balik qui verra le jour un de ces quatre.
Balik : La version hip hop de ce morceau sortira un jour, car c'est en fait la version originale de celui qui se trouve sur l'album.
Das : Je me souviens un jour, on était dans le tour bus, Balik nous fait écouter ce morceau, et la qualité du texte m'a tellement frappée que je l'ai saoulé pendant quelques temps pour qu'on arrive à en faire une version reggae.
Balik : Et moi je ne voulais pas.

Pourquoi tu ne voulais pas ? C'est un de nos morceaux préférés et peut être le plus riche musicalement avec plusieurs phases et styles différents.
Balik : Pour la garder en exclu sur mon projet hip hop !
Das : Voilà ! Et je l'ai soudoyé, je dirai pas comment ! On a ensuite essayé toute une série de riddims. On est passé par beaucoup de phases au niveau de la musique. C'est une des chansons les plus produites de l'album et jusqu'au mix on a fait des modifications, qui sont vraiment importantes car notamment le refrain, où intervient Julie en espagnol, ne ressemblait pas du tout à ça. Je te rejoins sur le fait que c'est certainement un des morceaux les plus travaillés et un de mes préférés aussi.

Les paroles en espagnol étaient déjà dans ta version originale Balik?
Balik : Oui elles y étaient déjà et l'idée de les faire chanter par quelqu'un c'est une idée qu'on avait eu avec Das. Le refrain dans ma version n'a rien à voir avec celle-ci. Et quand on a fait écouter le morceau à Julie, on ne lui a pas fait entendre la façon dont je chantais moi-même le refrain, afin qu'elle y apporte son truc pleinement. Du coup c'est intéressant car le refrain sur la version hip hop c'est le bol d'air de la chanson, il est hyper chanté, avec des cœurs, une guitare espagnole et tout, alors que les couplets sont très rappés. Ce morceau avait donc un vraie personnalité dans le refrain et moi jusqu'à la fin je ne savais pas si on avait raison de le faire. Julie est venue, elle a posé sa voix, elle a mis une super vibe. Aujourd'hui, personne ne regrette d'avoir fait ce choix.

Et Julie ne sera pas avec vous sur la tournée ?
Balik : Non c'est pas possible mais ça fait clairement partie des challenges live que j'adore ! Il va forcément se passer un truc sur le refrain.

Maintenant que tu nous as raconté la genèse du morceau et le fait qu'il en existe une version hip hop, on imagine quelque chose à la Cypress Hill avec la vibe latino !

Balik : C'est marrant que tu dises ça car on a repris les versions chœurs en studio avec Manjul ici à Bamako, et lui m'a littéralement cité Cypress Hill pour guider mon backing vocal sur le refrain.

Tu parles de Manjul et justement quel a été son rôle sur l'album ? Car après tous les allers-retours entre vous, vous avez fait pas mal de répétitions et vous avez enregistré l'album dans un studio à l'Entre-Deux-Mers en Aquitaine. Ensuite les pistes sont donc parties à Bamako chez Manjul ?
Balik : On a travaillé les chœurs chez Manjul avec cinq choristes différents, de même que les percussions et les instruments africains additionnels. C'était génial comme en plus j'habitais là-bas, de travailler avec lui 3 semaines dans le studio, posés, pour faire tout ça ....


« Hypocrites »




Balik : Ce morceau traite d'un thème assez classique dans le reggae music. En même temps, tout à l'heure je te parlais de ma recherche d'universalité dans les textes et effectivement on a tous autour de nous quelques personnes qui nous ralentissent ! Pour faire ce morceau, j'ai pensé à ma femme dans son boulot, à ma mère dans son boulot, à moi-même dans ce que je fais. Et nous, dans la musique, si on regarde le nombre de fois où on nous a bavé dessus, on nous a traités de blanc-becs alors qu'on n'avait rien demandé à personne ! Moi j'étais là à me dire « mais qu'est-ce que tu me parles de mes cheveux moi je te parle de musique ! ».... Sans parler du nombre de gens qui te manquent de respect pendant des années et que tu vois venir vers toi quand ils comprennent que tu es incontournable pour leur média ou leur milieu, et qu'ils te font des courbettes... Et tu rigoles... Mais tu dis rien et tu joues leur jeu mais tu sais qui c'est tu vois ! Et au-delà de notre propre histoire on en a tous des hypocrites comme ça. D'ailleurs sur scène les quelques fois où on a joué ce morceau, je m'amusais à dire au public de bien avoir en tête son hypocrite et de chanter avec nous !

Das : Pour le premier extrait de l'album qu'on dévoilerait, on voulait revenir avec un titre fidèle à nous-mêmes, autant au niveau de la musique que du schéma du morceau et des paroles. C'était aussi l'occasion d'adresser un message à certains.
J'en profite pour dire, même si ça n'a rien à voir avec le titre parce que ce n'est pas de l'hypocrisie en tant que telle, mais plutôt du boycott du reggae français, alors qu'on est au tout début de la promo de l'album en ce moment même, que l'on constate qu'on n'est vraiment pas du tout considéré par certains médias, notamment ceux du petit microcosme parisien, qui jouent le jeu à fond pour des groupes de rock qui ne ramènent pas le 10ème de notre public en salles de concert, et qui croient tout connaître de la musique et veulent faire la pluie et le beau temps sur le paysage audiovisuel et radiophonique français. Le simple fait de dire reggae et reggae français, entraine un refus des programmateurs dans des émissions (et je parle pas des émissions en prime time mais de petites émissions musicales par exemple) où on pourrait avoir toute notre place. Evidemment il nous reste le live qui est très important pour nous mais on nous bloque clairement l'accès à un public de masse qui ne se déplace pas forcément en festival.


« Entre les lignes »


Balik : Je trouve que c'est un titre qui résume bien l'identité du groupe. On a toujours fait des efforts au niveau des textes où on essaye de ne pas dire trop de conneries et d'intéresser les gens. « Entre les lignes », c'est un bon terme générique pour exprimer tout ça.

Das : Sur ce morceau, c'est la première fois de leur carrière que les Twinkle Brothers font un featuring sur un album. On en profite pour faire un gros big up à Jérôme Levasseur d'Arka Productions, qui est un passionné de musique reggae et qui a toujours fait venir des mecs et artistes improbables, que personne ne prend le risque de faire tourner (comme les Black Roots, les Misty in Roots etc). C'est lui qui nous a arrangé le plan avec les Twinkle. C'était une journée complètement mystique dans le froid parisien. A un moment on a cru que ça ne pourrait pas se faire car il y avait des petits problèmes de tempo mais le professionnalisme de notre ingénieur du son a permis de mettre le morceau « aux normes Twinkle Brothers ». On a passé une super après-midi à les voir enregistrer. Ils ont d'ailleurs enregistré en même temps, par couche, le temps de plusieurs prises sur 1h30 ou 2h. Leur travail sur les hamonies vocales et leur puissance nous a enchantés. 


« Les Signes »


Balik : Vraiment je te le redis sur tout l'album, j'étais sur cette recherche de thèmes qui allaient parler aux gens. Mon idée sur cette chanson, c'est le refrain. J'ai en tête des choses qui me sont arrivées, pas rationnelles et que je ne raconterai pas. C'est de ces expériences-là, un peu magiques, un peu mystiques ou qui ressortent de la superstition, que m'est venu le refrain. Et en plus on a tous cette tendance à interpréter les signes. Et ça m'a amené, pour les couplets, à faire ma chanson dans le même délire que « Quitter Paname » ou « Mon Ile », où la positivité est très présente. Cette chanson parle à tous, qu'on soit croyant ou athée, on lève tous un jour les yeux au ciel !


« Mahatma »


Balik : Là je fais parler Gandhi en 2014 comme s'il était encore vivant. J'ai beaucoup lu sur Gandhi et même avant de lire j'avais été aimanté par le personnage, exactement comme pour Mandela ou Marley, pour des raisons différentes. J'ai lu une super biographie de Jacques Attali intitulé « Gandhi ou l'éveil des humiliés » mais j'avais déjà écrit la chanson. J'avais même déjà évoqué Gandhi dans le morceau « Les hommes de la paix », un portrait croisé avec Yitzhak Rabin. Avec le temps je n'ai plus voulu chanter cette dernière chanson car j'ai poussé mes recherches et je me suis rendu compte que ce dernier, malgré sa participation aux accords de paix, avait quand même un passé qui ne méritait peut-être pas qu'on l'appelle homme de paix. Par contre Gandhi, ça reste un personnage magistral, incontournable comme il n'en existe peut-être pas d'autres et tout ce qui touche à ce mec-là me fascine. Il mériterait bien plus qu'une chanson, il mériterait un album, mais ça embêterait les gens au bout d'un moment (rires).
Das : Sur la musique, c'est un des riddims les plus roots de l'album et ça représente aussi une des avancées de cet album au niveau de la production car on a commencé, pour la première fois, à y introduire des éléments digitaux, au niveau des sons de batterie par exemple, et cela marche bien sur un morceau hypnotique et planant comme celui-ci. Il fait aussi partie de mes morceaux préférés.


« Ne Touche Pas »


Das : La grille d'accord de ce morceau m'a été inspirée par un morceau qui sort de nulle part, que j'avais entendu avec Tom-Tom (ndlr : trompettiste) un jour où on rentrait d'une projection du film « La Route des Songes » à la Coopérative de Mai à Clermont-Ferrand (ndlr : DVD Danakil ON AIR à La Cigale) et j'avais adoré une partie de cette grille. Lors d'une répétition, alors que c'est un truc que je ne fais jamais en tant que saxophoniste, j'ai dit aux gars de partir sur cette grille. Très vite, il s'est passé quelque chose entre nous au niveau de la musique, on a trouvé un groove inhabituel, même à la limite du ska. Au final, c'est un morceau qui tranche complètement avec le reste de l'album car c'est le seul où on est up-tempo dirons-nous. Et dès que Natty et Balik ont posé leur voix, avec le riff de cuivre en plus dessus, on a eu une chanson originale.

Balik : Je me souviens au sujet de ce morceau, que c'était à un moment où Natty Jean était venu passé 10 jours chez moi à Bamako. On bossait tous les jours pour l'album, on était sur ma terrasse assis à écouter les riddims. C'est lui qui est parti direct sur ce qui est devenu le refrain avec « Ne touche pas etc » et je me suis dit que j'allais lui répondre en me mettant dans le personnage de celui à qui il chante « Ne touche pas » justement. Autour de ce refrain, tout s'est articulé. On était pris dans ce petit jeu donc dès qu'il y en a un qui écrivait quatre phrases, il les chantait à l'autre, le riddim tournait pendant des heures sur la terrasse et c'est comme ça qu'on l'a vraiment écrit face à face, en live ensemble. C'est une façon originale d'aborder un thème en me faisant un peu passer pour un con dans le jeu de rôle mais c'est marrant au final et ça fait réfléchir. Ici j'ai beaucoup lu d'écrits d'Amadou Hampâté Bâ, écrivain et ethnologue malien et aujourd'hui même je finissais le 2ème tome de ses mémoires où il raconte toute l'époque coloniale entre 1920 et 1935. Il explique toute l'ambiguité de la situation, qu'évidemment la colonisation avaient de gros vices, mais qu'à la fois elle avait permis certaines choses, comme le langage commun. Attention, je ne suis pas en train de dire qu'il y a des effets positifs à la colonisation. J'ai cependant pensé à ses écrits quand j'écrivais moi-même mes parties de cette chanson car je ne suis pas complètement peau de vache dans mon rôle, il y a un côté ambigu, comme dans les rapports entre l'Afrique et l'Occident qui ont l'air comme ça de ne pas être agressifs mais qui sont extrêmement violents au fond.


« L'Or noir »


Balik : Pour ce morceau, j'ai rien inventé. Je suis tombé sur un reportage un jour, qui était très saisissant, sur Arte (ndlr : reportage « Nigéria, la malédiction de l'or noir », à voir ou à revoir en cliquant ici). C'était bien avant l'album. L'idée du morceau c'est une bande originale de ce reportage. Il faut que tout le monde voit ce doc qui parle de l'extraction de pétrole et des problèmes causés par les torchères, car l'extraction de pétrole génère des gaz que les sociétés pétrolières brûlent tout simplement dans l'air, et ça fait 40 ans que ça dure ! Il n'y a pas un mot dans cette chanson qui n'est pas dans le reportage. Je l'ai écrite à la première personne car justement dans le docu il y a un narrateur qu'on suit.

« Nigéria, la malédiction de l'or noir »













Das : Et ce qui est scandaleux en plus et qu'on apprend dans ce reportage, c'est que ce gaz que les sociétés pétrolières jugent inutile et qu'elles brûlent au détriment de l'environnement et de l'impact sanitaire, pourrait assurer une grande partie de la consommation d'énergie sur tout le continent africain.


« We Drop » featuring Harrison ‘Professor’ Stafford & Marcus Urani (Groundation)


Balik : Le riddim de ce morceau a été créé après la tournée qu'on avait fait avec Groundation. On avait mangé 2 heures de Groundation par jour pendant 2 ou 3 semaines. On avait parlé d'une collaboration ensemble adossés au tour bus à Amsterdam au Melkweg et c'est né comme ça. C'est bien notre section basse-batterie qui a créé et joue le morceau mais on sent bien l'influence et le côté planant Groundation dessus. Thierry et Boris n'ont pas fait ce riddim pour le proposer à Groundation mais quand est venue la question de leur en proposer un pour l'album, c'était naturel de leur proposer celui-ci. Pour une fois j'ai voulu le faire en anglais. Il y a quelques années j'avais posé un genre de dubplate pour un collectif de potes. Ce n'est pas moi qui avais écrit le texte et la première phrase c'était « we drop our worries at the gate » et j'avais trouvé cette phrase géniale. Et sur cette musique, il se trouve que cette phrase m'est revenue. J'ai donc commencé un truc là-dessus et tout vient de là. On laisse les problèmes à la porte. Ils vont bien nous attendre jusqu'à ce qu'on trouve un moyen de mieux groover ! C'est une chanson légère et l'anglais permet ça plus facilement que le français. Je me suis bien amusé car l'anglais t'ouvre des portes mélodiques différentes et je chante dessus comme je n'aurais pas pu chanter un morceau en français.


« Larmes d’Or »


Balik : Mon interprétation, telle que je l'ai écrite, n'est qu'une des interprétations qu'on peut avoir de cette chanson. Elle est très vaste ! Mais le contexte de son écriture s'est fait la nuit, alors que j'étais en vacances en famille dans un camping. J'allais près d'une rivière tranquille fumer mon spliff quand tout le monde dormait, pour méditer et réfléchir. J'étais donc assis, sous les étoiles et j'avais dans mon lecteur mp3 une chanson super planante. J'ai écrit ce que je voyais et ressentais. C'est à la fois une introspection sur ce que je ressentais dans ma vie à ce moment-là, où tout s'agitait autour de moi, et à la fois une description de ce que je voyais les nuits au bord de cette rivière.
Das : Ce morceau contient le refrain le plus fort de l'album.
Balik : Faudra penser à la manière dont on le jouera en live. Je l'ai chanté il y a quelques jours lors d'un petit concert à Bamako avec une section de choristes et c'était génial.


« Fool on the Hill »


Balik : C'est une reprise d'une chanson des Beatles, chantée par Paul McCartney. Mathieu peut bien raconter pourquoi elle est sur l'album.
Das : A la base, c'est une commande d'un producteur brésilien, dont d'ailleurs on n'a jamais eu de nouvelles, mais qui a quand même sorti le titre sur le volume 2 d'une compilation en hommage aux Beatles, en mode reggae. Dans chaque pays il a demandé à un groupe ou un artiste de reprendre un titre. Il y a pas mal d'autres chansons qu'on aurait aimé reprendre avant celle-là mais elles étaient déjà toutes prises et au final c'est notre guitariste Dus qui nous a suggéré de reprendre celle-là et on s'est bien amusé à le faire. On doit adresser un gros big up à Manjul sur cette chanson qui, sur les arrangements de cuivres et percussions, a une grosse part de responsabilité dans le résultat final que j'aime beaucoup. J'aime en particulier les choeurs de Manjul et Bishop sur ce morceau. Et comme on l'avait enregistré avant l'album, c'est en entendant ces choeurs que j'ai eu envie de leur demander de travailler aussi leurs voix sur d'autres chansons d' « Entre les lignes ».


« Outro »


Balik : Avec Dus notre guitariste pendant la dernière tournée on se disait que ce serait marrant de faire un truc un peu dans un esprit ballade. On avait cherché en répétition plein de fois à faire une chose simple, avec juste une guitare, mais on n'avait pas vraiment trouvé. Et puis est arrivé un moment où on avait déjà largement assez de chansons pour l'album mais on s'est remis à penser à cette idée avec Dus et il a enregistré une boucle à la guitare sur une mélodie que je lui ai proposée. Ce fut un processus de création de morceau totalement atypique par rapport aux autres, sur le tard, sur la fin des sessions. Et c'est même la seule chanson de l'album dont la voix définitive que j'ai posée a été enregistrée seul dans ma piaule à Bamako, tout le reste ayant été enregistré dans les studios pro mais comme on avait passé la deadline et que le concept me tenait à cœur, j'avais envie de faire ça. Le batteur a aussi fait une boucle de sa rythmique. Chacun a fait son truc et j'ai écrit ma chanson tranquille chez moi. Et parce que je me sentais bien, j'ai commencé à dire quelques trucs en plus à la fin de la chanson et on a tout gardé pour fermer l'album avec ce morceau. Même les choeurs je les ai faits tout seul, car je sortais de chez Manjul qui m'en avait beaucoup appris là-dessus et j'ai rajouté des claquements de doigts, des bruits de ciseaux pour rajouter un peu de rythmes etc... L'équipe a pas mal retravaillé le morceau quand même, et je l'ai mal vécu à un moment mais, et ça fera sûrement plaisir à Das que je le dise, finalement j'ai clairement manqué de recul et avec le temps je me rends compte qu'ils ont eu raison d'en faire ce qu'elle est devenue.


Bonus « The Voice Feat. Ky-Mani Marley »


Ndlr : Ce morceau peut être téléchargé en cas de commande de l'album sur iTunes. Il est aussi disponible sur la version vinyle de l'album.

Das : Avec Ky-Mani ça s'est passé d'une façon complètement mystique. On l'a rencontré au Printemps de Bourges en 2012 et on savait que le lendemain on le recroiserait au Festival Les Insolents. Donc la veille à Bourges on le rencontre, et on lui a même fait écouter une version de notre chanson « Marley » en anglais. C'était un moment assez étrange et incroyable dans son tour bus. Le lendemain en Bretagne à Lorient, on s'est tous retrouvé dans un hôtel sur une zone industrielle, on a bricolé un studio dans la chambre en retournant le lit, on a mis le matelas contre le mur etc et on a enregistré comme ça la chanson en 2 ou 3 heures avec lui dans la chambre d'hôtel. On a terminé 30 minutes avant qu'il monte sur scène pour faire son show, auquel on a pu assister ... Deux jours inoubliables avec lui.
Balik
 : A l'époque j'avais maquetté la chanson avec ma partie en anglais. Quand l'idée est venue d'en faire un morceau à trois avec Natty Jean et Ky-Mani Marley, c'est devenu un morceau français, anglais et wolof. J'ai repris l'esprit de mon couplet en français. D'où ce morceau très atypique par rapport à notre manière de faire. Cette chanson a une histoire à part, ce qui explique qu'elle ne soit pas sur le cd. Note que Natty sur ce morceau, dans sa partie en wolof, chante qu'on ne peut échapper à soi-même et à sa personnalité et que c'est en étant simple et vrai avec soi-même qu'on est heureux.


Bonus « Libre et Seul »


Ndlr : Ce morceau est disponible sur la version vinyle de l'album.

Balik : Celle-là de chanson je crois qu'elle est aussi barrée ou encore plus que « Larmes d'Or » (rires). Ce qui m'a intéressé c'est ce titre. Car la liberté évoque quelque chose de positif alors que la solitude c'est pas terrible. Pourtant pour être libre il faut être seul. Je crois que c'est une chanson que j'ai écrite phrase par phrase sans trop savoir où j'allais. Elle est vieille en plus, elle fait partie des chansons que j'avais commencé à écrire en arrivant au Mali. Mais je ne saurais pas trop comment l'expliquer. Le refrain lui m'est venu plus tard, quand on a tourné en Californie. Chacun y trouvera son interprétation. Comme je te le disais au début, j'ai vraiment essayé de penser à ce qui nous touche tous, à une certaine universalité.

L'album est disponible ici.

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commentaires
le 24/02/14 par JP7110
Comme prévu, on est le 24 Février et ça fais plaisir de pouvoir lire "DANAKIL SE RACONTE, TUNE PAR TUNE". Bien sympa et surtout très informatif. Merci à Balik, Das et reggae.fr... L'album est lourd, un projet musical de grande qualité. Pour moi, "Entre les lignes" est une réussite. Big up à Danakil... One love.
le 26/02/14 par Cybilee
super interview vraiment intéressant !! enfin du contenu quon lire tranquillement et découvrir les artistes avec ce quils ont à dire :) big up et longue vie aux Danakil !!!!!!
le 06/03/14 par fab69
Bonjour, Perso, je n'accroche pas vraiment avec le reggae français même si je dois reconnaitre que musicalement ça tourne pas mal dans pas mal de groupe mais dès qu'il chante en français ça me saoule, je trouve que celà sonne faux. Enfin, chacun ses goûts, je préfère largement le reggae chanter en anglais voir en africain, il y quelquechose de plus authentique. Danakil bof
le 06/03/14 par mrolivier
l'interview est mad ! merci reggae.fr ! et le reggae français est au top ! c'est grâce à notre scène que le reggae en général est si fort en france ! ne l'oublions pas !

2.5/5 (57 votes)

  • Currently 4.00/5
4.0/5 Evaluation Reggae.fr
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