Reggae Party Tour
14/11/20 au 28/11/20
Patrice - Interview Patrice - Interview
17/03/14 - Auteur(s) : Jenni Bik ; Photos : Delphine Degache

Le public l'a sacré meilleur album roots aux Victoires du Reggae 2014, "The Rising Of The Son" sorti en septembre 2013 cartonne !  La tournée de Patrice continue de plus belle et nous avons profité de son passage à Saint-Etienne le 15 février 2014 pour nous entretenir avec l'artiste. « Aujourd’hui est un jour spécial, vous savez pourquoi ? Parce que hier n’existe pas, demain n’existe pas. » C’est ainsi que commence la rencontre avec Patrice. Un artiste humble et vraiment en cohésion avec sa philosophie de la vie. 

Patrice : "Everyday is good because of being alive !" Il faut vivre le moment présent. Il faut choisir d’être POUR quelque chose plus que contre.  



Reggae.fr : Pour ton dernier album "The Rising of The Son" (ndlr : jeu de mots avec "Sun"), quel message as-tu voulu faire passer ?
Patrice: Cet album parle de la renaissance. Je voulais que l’on ressente le printemps, comme un nouveau jour, quelque chose de nouveau. Pour moi, le printemps c’est la meilleure saison ! (rires) Parce que pendant l’hiver, tout est gris et froid et on oublie qu’après, il y a le printemps. Et quand il arrive, c’est comme une surprise. Le premier jour du printemps … on entend les oiseaux, on sent l’odeur du printemps. Je voulais que l’album ressemble à ca. 

Et bien, tu as réussi !
(Il sourit) Merci !


"Peut-être qu'il faut changer le concept des concerts ?"

Avec ce nouvel album, tu as créé un nouveau  concept, celui de faire des concerts au lever du soleil. Comment as-tu vécu l’expérience ?
C’est une belle expérience de faire un concert très tôt le matin. Les gens sont là avec des croissants, du chocolat chaud, des fois quelqu’un vient, il te donne un croissant ou à boire… C'est une façon de partager un moment et après tout le monde fait son truc. Les gens font leur vies, et moi aussi, mais commencer la journée comme ca c’est mortel ! Et en fait, tout le monde a le temps. C’est tôt... Y’a rien à faire ! (rires) Et aussi quand le soleil se lève, c’est juste…c’est juste BEAU. Ca commence un peu dans la pénombre, il n’y a pas beaucoup de lumière, et après le soleil, qui annonce le jour qui commence. C’est vraiment, très spécial…

Tu conseilles donc aux autres musiciens de faire des concerts aussi le matin?
Bien sûr ! A tout le monde ! Peut-être qu’il faut changer le concept des concerts?

Loin de l’industrie musicale, tu sembles mettre un point d’honneur à faire ta musique à ta manière ?
J’aime bien faire des choses, trouver des façons de faire des choses modernes mais aussi intemporelles en même temps. Et j’ai un style particulier, un style cool. J’essaie de faire des choses cool. Pas juste beau ou moche, mais cool-beau, cool-moche…




"Je pense qu'il y a trop de musique, trop d'artistes!" 


Cool-classe ?
Cool-classe, oui aussi(rires). Même les actions de promo viennent d’un endroit artistique. Ce n’est pas juste du marketing, c’est pour faire quelque chose de nouveau, parce que je pense qu’il y a trop de musique.  Il y a trop d’artistes ! Ahah ! Ce n’est pas gentil de dire ça mais, tout le monde est artiste aujourd’hui et je pense que tout le monde veut être artiste c’est vrai. Mais je parle d’être artiste sur scène, qui va en tournée, qui veut vendre des disques etc. Et euh…Il y’a beaucoup trop de gens. Si on fait des choses qui ne sont pas intéressantes, ou des choses qui ne sont pas vraiment nécessaires, déjà faites et dont personne ne va se souvenir dans un mois ou deux, je pense que ce n’est pas nécessaire de les faire juste pour exister. Si moi, je n’ai rien à ajouter à la musique, la culture ou plutôt l’histoire de la musique, je préfère ne rien faire…

Tu voyais déjà les choses comme ça quand tu as débuté dans la musique ?
Euh, je n’avais pas vraiment de concept au début. J’ai juste fait ce que j’ai aimé et après… Oui, heureusement, les gens ont apprécié et j’ai continué. Mais à l’époque, ce que je faisais, il n’y avait personne d’autre qui le faisait… Mes potes faisaient du Hip Hop,  et quelques fois, moi je faisais des concerts  en première partie de groupes de hip hop. Il y avait des gens qui ne me regardaient même pas, je voyais juste le dos des gens. (rires) Il y a une photo où il y a une fille qui tourne sa tête derrière son épaule et qui a l’air de se dire « C’est qui lui ? Qu’est ce qu’il fait sur scène ? Pourquoi il fait ca ? ».
Mais heureusement il y avait les Fugees, avec Lauryn Hill, et j’ai pu faire les premières parties de sa tournée. Et là, les gens ont compris parce que c’était un peu dans la même direction. Mais  sinon, il n’y avait vraiment personne qui jouait… quelque chose entre du folk et du reggae…Oui, je pense que j’ai toujours été un peu différent. J’ai voulu être sincère, rester moi-même, avec ce que je pense… parce que je veux que ça marche. Moi, je veux avoir du succès, mais avec des bonnes choses. 


"Si moi je n'ai rien à ajouter à la musique, à la culture et à l'Histoire de la musique, je préfère ne rien faire..." 



Et à ton tour, comme Lauryn Hill l’a fait pour toi, tu aides les jeunes artistes?
Exactement, et je suis très fier qu’il y ait des artistes qui font leur parcours, qui sont des vrais artistes, et que je peux aider un peu.

Par exemple Selah Sue ?
Oui, Selah Sue, quand je l’ai rencontré j’ai vu son talent et aussi son esprit. Je lui ai dit que je voulais bien l’aider dans son succès… Pas un succès comme les autres, Selah Sue c’est un vrai succès parce qu’elle a fait un premier album qui lui permet d’aller n’importe où. Tout est ouvert, elle n’est pas limitée, pas mise dans une boite. C’est un album vraiment éclectique, progressif et ouvert. Elle a la liberté de faire tout ce qu’elle veut. Et son succès n’était  pas basé sur un single. Ca c’est aussi un problème pour l’artiste, parce qu’après il faut faire une chanson aussi bien, sinon  c’est oublié. Et  pour moi ça ce n’est pas le vrai succès. Selah Sue c’est un vrai succès. Je  suis vraiment fier d’avoir eu la possibilité de travailler avec un talent comme ça. Même, avant c’était Nneka qui était sur mes premières parties, ce fut sa première tournée…  




Quels sont les featurings qui t’ont le plus marqué ?
Cody Chessnut par exemple c’est un de mes artistes préférés. C’était comme un rêve de travailler avec lui. Parce que j’adore son premier album. Oui, c’était juste que j’avais envie de le faire, et si on veut quelque chose on peut le faire.

Tu as aussi collaboré avec Tony Allen (ex batteur de Fela Kuti) ?
Tony Allen ! Yes ! Il n’est pas sur l’album, mais on a fait pas mal de choses ensemble et on a peut être un projet pour le futur. Lui, pour moi c’est le meilleur !  Le meilleur… vivant. En fait, c’est lui qui a inventé l’afro beat ! Ce n’est même pas Fela, c’est lui ! Parce que c’est lui qui a créé ce groupe, et aussi quand il chante, il est … juste incroyable, waow ! Il est « Up there with Fela ».  Moi je le mets là-haut (il met sa main au dessus de sa tête) avec Fela, à côté !

Tu es en couple avec Ayo, une grande artiste elle aussi. A  quoi ressemble la vie de couple entre deux artistes ?
C’est comme toutes les relations. Je pense que dans toutes les façons de vivre une relation il y a des bons et des moins bons côtés. Bien sûr, c’est difficile de créer un plan qui marche pour tout le monde. Parce qu’on a beaucoup de choses à faire, mais si on veut on peut. Et après il y a aussi des périodes où on est avec nos enfants.  Beaucoup… même plus que des gens qui font un travail dit  « normal ».  Oui, c’est plus facile. Parce qu’on se comprend, on comprend la vie de l’autre. 



L'interview est interrompue : place au live ! Nous retrouvons le même  Patrice qui arpente la scène dans un élan de générosité. Il se donne à fond, rallie l’ensemble du public à sa cause en toute  simplicité. L’envie d’un réel partage est omniprésente. Le voilà qui demande à son public « Y’a-t-il une chanson que vous aimeriez que je chante ? ». A ses côtés, « les meilleurs musiciens du monde » dixit Patrice. Des musiciens multifonctions comme on en fait peu. Prenez par exemple Sou,  le bassiste qui chante, danse, et sourit en même temps qu’il swingue sur  sa basse à cinq cordes. Ou encore Kwame Yeboah, qui groove entre clavier et percussions sans perdre une goutte de rythme. Nous retrouvons Patrice à la fin de son concert.


Alors comment c’était ce soir ?
C’était super, toute l’équipe est super contente. Y’avait une ambiance de fou !

On a l’impression d’avoir plusieurs concerts en un seul. Tantôt on se croirait dans un concert rock des années 70, ensuite au caranaval de Trinidad, puis dans un sound system jamaicain…
Et en acoustique  aussi ! Et oui, parce que moi j’aime plusieurs choses, plusieurs styles de musique. Je ne peux pas faire une seule chose. En fait, je n’aime pas les concerts qui sont juste faits d’une même chose  tout le long. Parce que ca me fatigue. Ça peut être bien aussi, mais moi, je ne suis pas comme ça. Quelquefois, je me sens bien, quelquefois, je me sens un peu plus comme ci ou comme ca, et je mets tout ca dans mon concert. Il y a des moments où c’est calme, où c’est juste moi et ma guitare. Il y a des moments où c’est complètement fou et il y a des drums et des batteries et tout ! On est dans le public, comme au carnaval de Trinidad. Et quelquefois, oui, je prends la guitare électrique et je fais des solos de guitare (rires). Tout ça c'est des choses que j’aime. Il n’y a pas un concept, à partir du moment où les choses sont bonnes, c’est tout ce qu’il me faut. 




L’important, c’est que tu te fasses plaisir ?

Ouais ! Et je partage ce plaisir avec le public.

Tu crées vraiment un effet de surprise quand tes musiciens et toi arrivent pour chanter dans le public.
Oui ! Tout le monde regarde la scène et après on arrive par derrière… Ça fait un moment qu’on fait ça. Et il faut un moment comme ça dans un concert, où c’est une vraie union entre le public et le chanteur, ça fait partie de notre culture aussi. Pour moi, c’est ça la musique à la base, c’est vraiment être au même niveau… J’aime raconter l’histoire de la musique. Et je pense que c’est comme ça que la musique a commencé… Drums en premier, c’est la genèse. Après, c’est le chant, tous ensemble. Je pense que la musique à la base ce n’était pas : un chanteur et tout le monde le regarde. Mais c’est plutôt, on fait quelque chose ensemble… UNITY, l’unité !

Retrouvez des extraits vidéo de cette interview réalisée par Jenni Bik de SAGV pour reggae.fr :


http://www.patrice.net/
http://twitter.com/patricemusic
http://www.youtube.com/user/Patriceofficiel

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