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Tiken Jah Fakoly - Interview Tiken Jah Fakoly - Interview
25/05/14 - Auteur(s) : Ju-Lion avec LN

Cela faisait quatre ans que Tiken Jah Fakoly était absent des bacs. Quatre années pendant lesquelles il s'est posé, s'est lancé dans un projet d'agriculture et a soigneusement travaillé son nouvel album que l'on retrouvera chez nous à partir du 2 juin. L'Ivoirien lance un « Dernier Appel » à son peuple africain, comme si la situation semblait devenir réellement critique. En tout cas, l'homme ne perd pas espoir, il continue son combat, fier et infatigable, et surtout persuadé que son continent se dirige vers des jours meilleurs. A quelques semaines de la sortie de son nouvel album, il nous reçoit à l'EMB Sannois où il travaille son nouveau show avec ses musiciens. On le retrouve détendu, serein, mais définitivement prêt à en découdre ! Embarquement immédiat pour Africa.

Reggae.fr: « Dernier Appel » est le titre de ton nouvel album. On sent une certaine urgence dans ce titre, contrairement aux appels que tu faisais dans tes précédents albums où tu semblais attendre une sagesse et une réflexion de la part des Africains...
Tiken Jah Fakoly: Oui, je pense qu'il y a urgence. Il y a urgence à se réveiller, à mettre les enfants à l'école, à se mettre au travail, à faire de l’agriculture pour être autosuffisant sur le plan alimentaire. Il y a urgence à tous les niveaux. Le message de ce nouvel album va quand même dans le même sens que « African Revolution ». C'est l'éducation et l'éveil des consciences qui sont au centre de tout. Tant que le combat n'est pas gagné, il est important d'appeler à la mobilisation autour du continent africain et de l'unité. C'est ça qui permettra à l'Afrique de gagner des combats. Tant que les pays africains resteront dans leur coin, ils ne pourront rien contre l'Union Européenne ou les États-Unis.



Dans la chanson « Le Prix Du Paradis », tu reprends l'idée de Peter Tosh qui disait « tout le monde veut aller au paradis, mais personne n'est prêt à mourir ». Quel est vraiment le prix du paradis pour toi ?
Le prix du paradis c'est l'unité et le rassemblement pour les mêmes objectifs, c'est-à-dire donner à l'Afrique la place qu'elle mérite. Ça ne peut pas se faire sans qu'on en paye le prix. Il faut mener des combats dans nos pays et surtout ne pas attendre que quelque chose tombe du ciel. Je me suis beaucoup renseigné sur l'histoire des pays stables et démocratiques et il faut savoir que eux aussi sont passés par des coups d’État et par des guerres. Aujourd'hui, quand on voit les réfugiés sur le bord des routes en Centrafrique, on les pointe des doigts en disant que ces choses-là n'arrivent qu'aux Africains. Mais si on remonte 100 ans en arrière, il y avait des réfugiés sur les routes de France. Nous sommes dans un processus qui prend du temps et l'important c'est que nous réalisions que le combat ne peut être mené que par nous-mêmes. Personne ne viendra changer les choses à notre place.

As-tu été inspiré par les révolutions du printemps arabe où les peuples se sont justement levés eux-mêmes pour obtenir un changement ?
Bien sûr que ça m'a inspiré. Ça m'a surtout amené à réfléchir. Mais les révolutions arabes, on ne sait pas trop ce que va devenir aujourd'hui. Je pense que les Tunisiens sont sur la bonne route. Car quand on fait une révolution, il y a tout un processus après pour arriver à la stabilité totale et à la véritable démocratie. Mais les Égyptiens ont pris le pouvoir par la force militaire pour le donner aux civils. Puis les civils ont redonné le pouvoir aux militaires... Je ne sais pas comment ça va évoluer, mais en tout cas je pense que nous n'avons pas besoin de révolutions de ce genre. Le monde a changé et les moyens de communication ont évolué. On n'a pas besoin de se taper dessus pour changer les choses. Ce dont on a besoin c'est un rassemblement et surtout, il faut se mobiliser pour aller voter quand il y a des élections. Et une fois qu'un président est élu, il faut lui faire confiance et le respecter. Bien sûr il faut critiquer ce qui ne va pas, mais il faut rester derrière lui pour qu'il aille nous défendre. Aujourd'hui, j'appelle les Africains à respecter les institutions et à soutenir leurs présidents. Car une fois qu'un président sait qu'il a tout son peuple derrière lui, il peut prendre le risque d'aller poser des questions aux États-Unis et à l'Union Européenne, et il peut prendre le risque de fixer les prix de nos matières premières. C'est cette révolution-là qui doit être mise en marche aujourd'hui.


« Aujourd'hui, on n'a pas besoin de se taper dessus pour changer les choses »


As-tu été aussi inspiré par les événements au Mali ou les élections pour le moins chaotiques en Côte d'Ivoire pour cet album ?
Tout ça nous inspire évidemment. Au Mali, les islamistes on semé la terreur et les Occidentaux sont intervenus, comme d'ailleurs nos ancêtres étaient intervenus quand la France était attaquée à l'époque. Les Africains ont toujours été aux côtés de la France durant ses guerres. Le fait que la France soit venue aider le Mali est une bonne chose. C'est une action qu'on a beaucoup saluée en Afrique, même si on sait que la France avait aussi ses intérêts dans cette histoire. C'était important pour elle de venir combattre ces gens qui sont aussi en Afghanistan ou en Irak. La situation de la Côte d'Ivoire c'était différent. Le perdant des élections n'a pas eu la sagesse d'esprit de reconnaître sa défaite. Il aurait fallu qu'il l'accepte pour changer le cours de l'histoire. Mais il en a été autrement et ça a fait beaucoup de morts. Aujourd'hui, on essaye de réparer ces séquelles mais ce n'est pas évident. Le processus de réconciliation est en marche en Côte d'Ivoire, il y a des hauts et des bas. Mais je souhaite que tous les Ivoiriens y mettent du leur pour retrouver la paix et la stabilité totale.

Depuis toutes ces années, tu n'as toujours chanté que pour défendre l'Afrique. C'est le combat de ta vie, on le sait. Mais serait-il possible de t'entendre chanter sur d'autres sujets un jour ?
En chantant pour l'Afrique, je touche d'autres parties du monde aussi. Je prends l'exemple de la Crimée et de l'Ukraine aujourd'hui. Cette histoire prouve que le monde est vraiment partagé. C'est un peu ce que je racontais dans « Plus Rien Ne M’étonne » quand je disais « Ils ont partagé le monde ». C'est le rôle du reggae de chanter pour les sans-voix et je pense qu'il n'y a pas qu'en Afrique qu'il y a des sans-voix.



N'as-tu pas peur de te répéter un peu en chantant toujours sur le même thème ? Par exemple sur ce nouvel album, tu reprends en partie les paroles de « Ça Va Faire Mal » sur le titre « L'Afrique ».
Je ne pense pas non. En effet, il y a une répétition dans le refrain, mais quand on écoute les couplets du morceau, ça apporte un nouveau message. Et de toute façon, tant qu'un combat n'est pas gagné, il faut continuer à dire ce qu'on a sur le cœur.


« Aujourd'hui, j'appelle les Africains à respecter les institutions et à soutenir leurs présidents »


Comment as-tu réalisé cet album ?
J'ai travaillé avec mes musiciens habituels, les Djelys, ceux que vous voyez sur scène avec moi. On a commencé l’enregistrement aux Studios Ferber à Paris et ensuite on a rajouté tous les instruments traditionnels africains à Bamako. Il y a une dizaine d'instruments africains répartis sur différents titres. Et le mixage de l'album a été fait à Londres. Tout ça nous a pris presque un an.



C'est un album international en fait !
Si on veut oui. Mais je mets l'accent avant tout sur les instruments africains qui apportent un vrai plus au reggae. On ne sera jamais aussi bon que les Jamaïcains pour faire du reggae. Par contre, on peut apporter une couleur africaine au reggae. Bob Marley lui-même l'a dit. Il a dit : « Un jour le reggae reviendra en Afrique et à ce moment-là, il prendra sa vraie dimension. » J'ai l'impression aujourd'hui que cette prophétie de Bob Marley s'est concrétisée. Moi mon but, c'est de créer du reggae africain. C'est-à-dire que dès la première écoute, tu sais d'où ça vient. Je parle bien du côté musical ici, car le message doit rester le même : un message de justice, de paix, d'égalité et d'éveil des consciences.

Comme tu l'as dit, le reggae est la musique des sans-voix. Penses-tu que le fait d'avoir traversé des souffrances peut être un moteur pour faire du reggae ?
Certainement. Mais je ne pense pas qu'il soit nécessaire d'avoir souffert pour faire du reggae. On peut aussi voir d'autres gens souffrir. Ce n'est pas parce qu'on n'est pas né dans un ghetto qu'on n'a pas le droit de faire du reggae. Aujourd'hui, ceux qui font du reggae en France doivent parler de ce que la majorité des Français ont envie d'exprimer sans avoir la possibilité de le faire. On peut être né dans le XVIème arrondissement de Paris et comprendre les problèmes des gens des ghettos en France.

Comment crées-tu tes chansons ?
J'ai des moments d'inspiration qui me traversent de temps en temps. En général ça commence par les mélodies et les textes viennent ensuite. Il m'arrive aussi d'écrire juste des refrains et de demander des couplets à quelqu'un d'autre. J'ai pas mal travaillé avec Magyd Cherfi sur les albums précédents, et sur ce nouvel album, il y a Mike de Sinsemilia qui a signé quelques couplets.


« C'est le rôle du reggae de chanter pour les sans-voix et je pense qu'il n'y a pas qu'en Afrique qu'il y a des sans-voix »


Sur ce nouvel album, tu nous livres une version acoustique du morceau « Tata », qui était présent sur l'album « Cours d'Histoire ». Pourquoi avoir refait ce titre ?
J'ai décidé de reprendre ce titre car il a beaucoup de succès en Afrique. Et je sais que les gens l'apprécient ici aussi. On ne l'a joué qu'une ou deux fois sur scène en Europe, mais j'ai constaté qu'il se passait quelque chose quand on le jouait. C'est un morceau en hommage à la mère de ma fille qui a beaucoup souffert pour moi. Elle m'a attendu plus de dix ans, mais on n'a jamais pu se marier car moi je n'étais pas prêt. Elle a été mariée à quelqu'un d'autre sous la pression des parents... Elle a eu raison de vivre son propre parcours de toute façon car je n'étais pas prêt. Aujourd'hui elle n'est plus de ce monde, mais elle est très importante pour moi car je sais qu'elle a traversé des situations très difficiles en m'attendant. Cette femme a vraiment souffert pour moi. Et le jour où on m'a annoncé son décès, j'ai eu cette inspiration-là. Elle s'appelait Tata.



C'est un morceau très personnel comme tu en fais rarement en fait...
Exactement. C'est vrai, ce n'est pas mon genre. Mais c'était ma manière de lui rendre hommage.

Parle-nous du titre « Dakoro ». Même si on ne comprend pas les paroles, on a l'impression que tu transmets un sentiment de fierté dans ce titre...
C'est un peu ça oui. J'explique aux jeunes que l'avenir se situe en Afrique et qu'un jour, même les occidentaux voudront venir en Afrique car il y a le soleil et il y a de la place pour faire des choses. Ce que je dis c'est qu'ici en Occident, tout est presque fait. Alors qu'en Afrique, tout reste à faire. Donc cette chanson c'est l'histoire d'une personne âgée qui donne des conseils à son fils : « Ce n'est pas la peine d'aller en Europe. Reste ici car tout le monde voudra venir ici. » Ce qu'on appelle « Dakoro » en fait, c'est la parole d'une ancienne bouche qui rentre dans une oreille neuve.


« Un jour, même les occidentaux voudront venir en Afrique »


La version africaine de l'album comporte plus de titres que la version européenne. Pourquoi ce choix ?
En fait, il y a des chansons qui font passer des messages qui ne sont pas forcément utiles ici.  Il y a par exemple un titre sur l'importance de l'éducation dans un pays en voie de développement. Je ne pense pas que c'est moi qui vais venir dire aux Français que l'école est importante. C'est déjà ancré dans la culture française. Et de toute façon aujourd'hui, avec internet il n'y a plus de frontières. Donc même ceux qui n'ont pas acheté l'album africain pourront entendre ces titres sur le net.

Et la fameuse reprise de « War Inna Babylon », avec Patrice et Nneka, sera-t-elle sur l'album ?
Oui elle y sera mais certainement sans la partie « Give Peace A Chance » de John Lennon. Car on a quelques problèmes actuellement pour les autorisations. Mais ça c'est le boulot de la maison de disques.

Patrice et Nneka partagent également un autre titre chacun avec toi. Comment les as-tu choisis ?
Patrice, on s'est croisés plusieurs fois sur des concerts et on s'apprécie mutuellement depuis longtemps. Je lui ai proposé un titre et il a naturellement accepté. D'ailleurs, il a fait ça super bien. Et Nneka, c'est un peu pareil. On s'est croisés sur des concerts et j'ai remarqué que ses messages étaient toujours très engagés. Ça me plaisait beaucoup du coup je l'ai invitée sur « Human Thing ».



Alpha Blondy est aussi de la partie. Ce n'est pas la première fois que vous chantez ensemble, mais on sait qu'il y a eu des querelles entre vous deux auparavant. Était-ce pour apaiser les tensions que vous vous êtes à nouveau retrouvés ?
C'est surtout un symbole d'unité. Notre pays, la Côte d'Ivoire, est actuellement en voie de réconciliation et on a décidé d'y apporter notre contribution. On s'était d'abord retrouver sur l'album d'Alpha sur un titre qui s'appelait simplement « Réconciliation ». Mais on avait envie de prouver encore que notre réconciliation est bien concrète. Cette fois on a fait une chanson qui s'appelle « Diaspora » dans laquelle on rappelle à toute la diaspora africaine le rôle de leurs ancêtres jusqu'à l'indépendance des pays africains. C'est la diaspora qui a donné du courage aux leaders africains qui ont réclamé l'indépendance. On aimerait bien que la diaspora d'aujourd'hui joue ce même rôle. Quand ils viennent en Afrique, il faudrait qu'ils ne viennent pas seulement construire des maisons ou investir de l'argent. Il faudrait qu'ils amènent aussi des idées et qu'ils parlent à la jeunesse pour leur expliquer l'importance du vote et ces choses-là.


« Alpha Blondy et moi avions envie de prouver encore que notre réconciliation est bien concrète »


Quels ont été les grands moments de l'enregistrement de cet album ?
Moi ce que je retiens le plus c'est toute la partie à Bamako où on a enregistré avec les instruments traditionnels. On a utilisé des instruments très différents et parfois, on ne savait même pas si ça allait coller avec le reggae. On a fait venir un joueur de n'goni, la petite kora, qui nous a proposé un autre instrument en fer habituellement utilisé par les femmes dans les mariages. Et ça a donné un son original.



Jusqu'ici, tous tes albums ont été disques d'or. Est-ce pour toi un signe que le message passe bien ?
Oui, j'ai l'impression qu'on m'écoute. Ça fait plaisir. Ça veut dire qu'on ne prêche pas dans le désert. Mais en même temps, ça veut dire qu'on doit faire attention à ce qu'on dit (rires).

Si tu n'étais pas chanteur, que ferais-tu dans la vie ?
Agriculteur. Car un homme qui n'a pas mangé ne peut pas prier et il ne peut pas aller travailler. L'agriculture c'est la base de tout. C'est pour ça que j'encourage tous les agriculteurs. Ils doivent être fiers d'eux, car ce sont eux qui nourrissent les gens des grandes villes depuis leurs tous petits villages. Je suis moi-même un peu agriculteur aujourd'hui, car j'ai fait un champ dans mon village. En 2013, j'ai fait 15 hectares de riz dans mon village. Je n'avais pas toujours le temps de m'en occuper, mais il y avait des gens sur le terrain pour moi. Si je n'étais pas chanteur, c'est sûr je serais agriculteur.

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