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Scars Scars 'Plus aucun doute'
01/07/14 - Auteur(s) : LN

Le nom de Scars circule dans le milieu reggae en France depuis de nombreux mois et dans la région du Havre depuis plusieurs années. Il apparaît aujourd'hui de plus en plus sur les affiches de concerts aux quatre coins de l'hexagone et il vient de sortir son premier album, "Plus Aucun Doute", un album frais plein de promesses, avec des featurings astucieux et amicaux. Scars nous y dévoile ses talents, ses émotions et sa vision de la vie sur des vibes aussi bien dancehall,  reggae ou hip hop. Entretien plus qu'intéressant avec cet artiste havrais qui n'en est en réalité pas à son coup d'essai:

Reggae.fr: "Plus aucun doute" est le titre ton premier album et aussi un des morceaux de l'album. Tu es actif depuis bien longtemps dans le milieu musical et on a du mal à croire que tu aies pu avoir des doutes ! C'est un titre qui en dit donc long sur ton parcours et ton état d'esprit…
Scars: Ce titre est né il y a presque 2 ans, une fois mes 9 ans d'étude terminées. Cette période coïncide avec ma rencontre avec Zoé,  jeune femme talentueuse avec qui on a décidé de travailler ensemble et qui m'a permis de signer chez Couleur Music Publishing peu de temps après. Ayant assuré mes arrières avec un métier indépendant qui me laisse une pleine liberté sur mes horaires, je me suis dit que je pouvais enfin me consacrer à fond à la musique, ma passion depuis ma plus tendre jeunesse.
La 2ème raison est liée au fait qu'après un EP avec mon groupe de Ragga/Hiphop "L'F.I.J" en 2006, 6 mixtapes entre 2006 et 2011, une mixtape en commun avec DEF et un street album en 2012, il était enfin temps de sortir un "vrai" album. Les doutes sont liés au fait que l'industrie du disque n'est plus du tout ce qu'elle était. Ado, j'ai vu l' âge d'or du rap en France. Quand beaucoup de groupes faisaient des disques d'or à 100.000 exemplaires et non 50.000 comme maintenant. De même dans le reggae, avec des artistes comme Pierpoljak par exemple. Du coup, je ne me voyais pas sortir un disque sans avoir "un buzz" suffisant pour que commercialement cela ait un sens. De plus, quand je testais des choses musicalement parlant, je me disais "au pire, c'est pas pour un album, alors tentons le coup !" Et un jour, Naâman, qui est un ami depuis plusieurs années, m'a dit : " Scars, tu ne crois pas qu'il est temps que tu sortes un vrai album ?". C'est cette franchise que j'aime dans notre amitié et que je retrouve également chez Zoé.

Ce titre est posé sur le No Doubt Riddim de Dub Inc. Pour le reste de l'album, avec qui as-tu travaillé en termes de production des instrus ?
J ai travaillé avec Moker pour la partie ragga/hiphop, Augusta Massive (un producteur italien) et Selecta BLS pour le dancehall, Moolood en plus de Dub Inc pour le reggae et j'ai posé sur des ridais originaux créés et enregistrés en studio sur mesure. Par exemple, le premier extrait de l'album, "Ma jeunesse est malade", a été composé en studio par différents musiciens comme Richacha, Rastea, Valès... Un vrai plus et une sacré expérience pour moi, habitué au riddim pratiquement 100% créé par programmation !

Combien de temps as-tu mis pour réaliser cet album eu final ?
En tout, l'album aura mis un an et demi avant de sortir. Couleur Music Publishing m'a signé un contrat pour produire cet album en décembre 2012. Ils m'ont emmené deux mois après au Dig Studio où travaille notamment Dj Fun (l'ancien Dj et fondateur du Saïan Supa Crew et l' actuel Dj de Féfé). C'est d'ailleurs lui qui a mixé mon album. J'ai tout de suite été mis à l'aise notamment par Little Dan qui travaille aussi au studio. J'ai écrit les textes, écouter des ridais, puis j'ai enregistré 14 titres, tout ça s'étalant sur 6 mois.
S'en est suivi une période de mix et d'enregistrement des featurings pendant quelques mois. J'ai eu la chance de bénéficier de l'expérience de Dan et Fun sans oublier Biggy qui m'a enregistré. Mes producteurs, Zoé et mon Selecta (Selecta Antwan) m'ont également beaucoup conseillé sur la réalisation de l'album. La période la plus longue a finalement été la mise en place de l'album et de la communication autour de moi et de cet album, car je ne me mens pas, même si j'ai une certaine notoriété dans ma région Normande et un peu en France, cela reste très insuffisant sur un plan marketing.

On ressent une belle influence caribéenne sur  "Comme au premier jour", que ce soit au niveau de la compo et de la vibe au chant. Peux-tu nous parler de la manière dont tu as travaillé ce titre ?
Mon premier sound system (Lion Fury Sound System) était un sound 100% afro-caribéen du Havre grâce auquel j'ai vraiment pu découvrir le dancehall antillais et jamaïcain, avec notamment un de mes mentors Sila Disaya. Il faut bien comprendre que le Havre est un grand port français et que les sourds à l'époque étaient réservés presque exclusivement aux antillais et aux africains, aussi bien pour les chanteurs que pour le public. C'est mon agilité en fast style qui a fait ma petite réputation et m'a permis d'intégrer ce sound. J'ai donc eu cette influence caribéenne dans ma musique depuis longtemps et j ai eu la chance de signer dans une production composée de plusieurs antillais travaillant avec beaucoup d'artistes de musiques traditionnelles antillaises et pas exclusivement reggae. Grâce à leurs relations, j'ai pu rencontrer Jean-Marc Guiose qui a travaillé notamment avec Tonton David et qui m'a offert ce magnifique riddim. Il a été rejoué en partie au studio et j'ai écrit les paroles sans méthode particulière. Je ne voulais pas faire du lover sur ce riddim qui pourtant s'y prêtait. J'ai donc plutôt aborder le thème de la mort qui me tenait particulièrement à cœur, tout en restant positif grâce à la musique accompagnant mon texte.

Et justement niveau lyrics, comment ça se passe ? Tu t'inspires des riddims ou tu écris tous les jours ?
À vrai dire les deux (rires). J'écris tous les jours, mais toujours sur des riddims. Parfois je change de riddim en adaptant les textes, mais le plus souvent, je reste sur le riddim sur lequel j ai écrit. Pour l'homogénéité d'un morceau, je trouve ça mieux.

"Amis Amour Amante" et "Faya Anthem" sont plus dancehall / digitaux. Peux tu nous parler de ces titres ?
En fait, étant fan de hip hop et ragga/hip hop et posant depuis très longtemps sur ce type d'intrus - je pense notamment à ma cover de Niggas In Paris "Laissez nous passer"), c'est tout naturellement que "Faya Anthem", "Phoenix" avec Dragon Davy ou encore "De là que tout part" avec Médine et Def ont intégré l'album. Des morceaux comme "Ami/Amante/Amour", "Déterminé" et "Donne moi" avec Daddy Mory sont des morceaux dancehall pur et dur et j'aime les sonorités digitales pour ce genre de riddim. J'aime cette dualité entre musiciens en studio et programmation digitale sur un même album. À l' instar d'un artiste comme Kenyon,  j'aime poser aussi bien sur du reggae, du hip hop que sur du dancehall, mon premier amour depuis que je suis en solo. Je ne pourrais pas sacrifier un de ces trois styles musicaux et chacun possédant énormément de variantes et la possibilité de cross over, ça offre un sacré panel de morceaux différents.

Tu chantes en français majoritairement. Beaucoup de nouveaux venus choisissent l'anglais pour s'exprimer. Qu'en penses-tu ?
Je pense que cela est lié à mes influences. J'aime énormément le dancehall et le reggae jamaïcain et grâce à ma grande sœur, j'ai aussi bien écouté Bob Marley, LKJ, Burning Spear, Gladiators, que NTM, IAM et surtout Raggasonic. C'est par goût et par amour de la langue française que j'ai eu envie d'écrire et de chanter en français. Ma mère étant prof de français, je pense qu'elle m'a transmis cette passion pour cette langue. Ne maîtrisant pas bien l'anglais et ayant un mauvais accent, je ne me suis jamais posé la question de chanter en anglais (rires). Cela dit, des gens comme Naâman, Biga Ranx, Mardjenal ou Jr Yellam le font très bien et sans les envier, je trouve génial ce qu'ils font.

Naâman est justement présent sur l'album. Comment s'est faite cette collaboration ?
J'ai invité mon poto Naâman, car on se connaît depuis longtemps et vu qu'on a déjà fait plusieurs morceaux ensemble, il était logique qu'on en fasse un spécial pour mon premier album. On a retourné les sourds de Seine-Maritime ensemble depuis notre rencontre et c'est une vraie complicité que j'ai avec lui, en studio comme sur scène.

Comment te situes-tu par rapport à la scène reggae française en général, et en particulier la nouvelle scène composée d'artistes pré-cités comme Naâman, Mardjenal, Jr Yellam, Volodia etc ?
Je considère faire pleinement partie de cette nouvelle génération ! Je me sens très inspiré par mes grand frères comme Raggasonic, Yaniss Odua, Nuttea, Soundkaïl ou encore Tonton David, mais je ne suis pas de cette génération. On se connaît tous avec Naâman, Mardjenal, Maya Vibes, Jr Yellam, Volodia, Biga Ranx etc... Bien sûr, certains ont une toute autre notoriété maintenant, mais mis à part Biga qui est connu de tous depuis longtemps, je me suis rendu compte qu'on avait presque tous le même parcours. Initialement connu dans notre coin, puis dans notre région, puis aux yeux et oreilles de tous notamment grâce aux réseaux sociaux et YouTube, mais surtout grâce à des médias comme vous ! À l'époque, Naâman a crée le concept Reggae Town à Dieppe chez lui pour faire connaître les artistes de la région dont Def et moi. Avec son accord, j'ai ramené le concept à Rouen et alors que très peu de gens connaissaient les artistes dont tu parles, on a ramené 500 personnes avec un plateau qui feraient sûrement le double maintenant vu la carrière de chacun !

En référence à "Ma Jeunesse Est Malade", qu'est-ce qui pourrait constituer une solution pour cette jeunesse à ton avis ? L'école et l'éducation peuvent-elles avoir un plus grand pouvoir que celui qu'on leur donne déjà ?
Je pense que l'éducation est la clé, mais que celle-ci ne passe pas nécessairement par l'école. Pour des gens comme moi, ça a été un cadre et une ligne de conduite, mais avec certaines limites. Je respecte les leaders et j'ai certains guides et exemples dans ma vie, mais j'ai toujours détesté les abus d'autorité notamment de la part de certains profs.
Et bien que la théorie soit indispensable, je reste persuadé que la pratique et l'enseignement empirique de la vie reste la meilleure école, comme le dit mon pote Mardjenal dans son morceau "No Diploma" notamment. L'éducation passe également énormément par ce qui est transmis par nos parents. Attention, je ne dis pas que l'école n'est pas utile, je dis simplement qu'aussi utile soit elle, elle n'est pas suffisante pour une bonne éducation. Je ne pense pas avoir de solution à proposer, je laisse ça aux politiciens. Toutefois, je tire la sonnette d'alarme devant certain de nos comportements qui ne font pas honneur à nos parents.
Certes les mœurs et la société évoluent, mais je pense qu' on va parfois trop loin. Mais plutôt que nous moraliser, je préfère trouver des explications. Il suffit de voir certaines personnes que l'on est censé prendre comme exemple ou de regarder ce qui passe à la télé pour comprendre un peu mieux pourquoi ma jeunesse, dont je fais partie, est malade. Et nous sommes loin d'être guéris, mais on se soigne grâce à la musique notamment.



Tu écumes les scènes depuis de nombreuses années, tu es notamment passé par le hip hop et garde des liens forts avec cette musique. Raconte-nous ces liens forts et ta collab avec Medine et Def ?
Comme je te le disais, j'ai beaucoup été influencé par le hip hop initialement. NTM, Assassin, mais surtout IAM et le rap marseillais en général ont bercé mon adolescence. De même, La Boussole (l'équipe de Médine à l'époque) était emblématique chez moi au Havre et m'a donné envie d'écrire mes premiers textes. J'ai d'ailleurs été rappeur pendant les premières années où je me suis mis à écrire. Puis il y a eu Soundkaïl, autre claque musicale majeure dans ma vie puisque mêlant ragga et hip hop. J'apprenais les paroles de Dragon Davy et aiguisait mon flow grâce au livret de son album (rires).
Def est mon ami et partenaire de scène de longue date. On a réalisé une mixtape ensemble "Déjà Arrivé". C'est un rappeur du Havre de la nouvelle génération, très talentueux. Sur toutes les dates que j'ai dans la région, il est avec moi sur scène et réciproquement. On partage ensemble bien plus que de la musique ! Je l'ai invité sur le morceau "De là que tout part". J'ai invité également sur ce morceau Médine que je connais bien et qui représente ce que j'aime dans le rap français. Textes engagés, intelligents et intelligibles, plein de références et avec un flow puissant tout en maniant rimes et punchlines. D'autre part, il est selon moi le meilleur représentant de ma ville du Havre. J'ai aussi invité Dragon Davy de Soundkaïl sur un autre morceau, car il représente une de mes plus grandes influence musicale. On est devenu ami depuis qu'il vit au Havre. Il aurait été impensable qu'il ne soit pas présent sur l album !

Quel est ton souvenir le plus marquant du processus de réalisation de l'album?
Il y en a de nombreux, notamment l'enregistrement des featurings, ou également quand Kalash m'a big up après avoir entendu "Déterminé". Mon meilleur souvenir reste l'enregistrement du morceau "Donne moi" avec Daddy Mory. Non seulement c'est un artiste que j'écoute depuis ma plus tendre enfance, mais en plus il y avait une super ambiance dans le studio, pas mal de monde et de très bonnes choses à fumer et à boire  (rires). En effet, la fin de l'enregistrement de ce morceau coïncidait avec la fin de l'album, donc on a fêté ça tous ensemble comme il se devait.

Tu viens du Havre et vis à Rouen, comment tu situes cette région dans le paysage reggae français ?
Il y a beaucoup de reggae/dancehall antillais au Havre tandis qu'à Rouen, c'est surtout des artistes reggae comme Vagabon (un de mes mentors), La Familia, Color Island, Jamdown sans oublier tous les artistes du R2G dont je fais partie et les sourd systèmes dont le mien Terminal Sound.
À Rouen, il y a aussi des très bon groupes dub comme Steppin Forward et Blackboard Jungle. Sur Dieppe, on a Naâman et plein d artistes tout aussi talentueux ! En Basse Normandie, on a un des meilleurs Sound System français à mes yeux, Duss Ova aka 220 Sound, Dub Livity et un vivier d'artistes de qualité. On a une région très riche et encore, je ne connais pas tout le monde. Depuis plusieurs années, on œuvre avec Terminal Sound et Irie Sound pour organiser des concerts et des soirées club qui ont accueilli presque toute la scène reggae/dancehall francophone et antillaise, ainsi que de nombreux jamaïcains comme Konshens, Aidonia, Gyptian, Chronixx... Depuis un an, on travaille avec Volume qui produit des concerts comme ceux de Barrington Levy, Lutan Fyah & Jah Mason et le Rouen Reggae Town XXL.

Le Rouen Reggae Town s'est déroulé en mai dernier avec une affiche de ouf dont tu faisais partie. Raconte nous un peu cette expérience qui a l'air d'avoir été mad !
C était totalement fou !! Réussir à ramener ce concept d'un petit bar de la région à un Zénith et que les gens répondent présents, c'était incroyable ! Les artistes, dont je faisais partie, se connaissent bien, ce qui a permis une super ambiance et un freestyle anthologique avec quasi tous les artistes présents sur le line up ce soir là ! Le public était déchaîné, car pour bon nombre, ils suivent nos soirées Terminal Sound. Notre réussite ce soir là, c était en majorité grâce à eux ! Volume, qui a produit la soirée, nous a apporté son expérience et on a travaillé intelligemment en associant nos savoirs.
D'un point de vu personnel, chanter à domicile devant plus de 2000 personnes, dont beaucoup de proches, qui reprennent tes paroles, allument leurs briquets et font entendre leur voix à n'en plus finir, c était juste magique ! On remet ça l'année prochaine, car l'objectif est de pérenniser les Rouen Reggae Town à la manière d'un festival.

Que peut-on te souhaiter pour cette sortie et l'avenir ?
J'espère que ce premier album avec ces 3 styles reggae, dancehall, hip hop que sont les miens sera apprécié du public et de mes pairs. J'espère qu'il m'ouvrira d'autres portes et qu'il me permettra de jouer encore plus, devant encore plus de gens et avec des line up encore plus fou ! Cette sortie, c'est un rêve de gosse que je savoure, mais je vois cet album comme un moyen et non une fin. Le premier d'une longue série je l'espère et une étape pour aller encore plus loin, encore plus haut, toujours entourer des miens.
Ce qu'on peut me souhaiter ? Que tout ça se réalise et de continuer à réaliser mes rêves. Même mieux que ça, que tous mes potes de cette nouvelle génération y arrivent et qu'on évolue toujours dans la même unité que depuis les premières soirées Reggae Town. J'ai d ailleurs un projet musical en tête pour entériner et concrétiser cet état d' esprit entre nous tous, à suivre …

Big Up Scars !

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