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Devi Reed

Beenie Man - Interview Beenie Man - Interview
24/10/14 - Auteur(s) : Nounours & Ju Lion, Photos : Franck Blanquin

Beenie Man était LA star des festival reggae européens cet été. Programmé dans la quasi-totalité des évènements du genre, il a ainsi confirmé à ceux qui en doutaient encore qu'il est toujours le Roi du Dancehall. Malgré des performances scéniques qui ne font pas l'unanimité, il reste dans le cœur des programmateurs et du public, n'en déplaise à ses détracteurs. Un personnage attachant, exubérant et définitivement fier de son parcours. Quand nous le rencontrons à son hôtel au Garance Reggae Festival, l'idée d'un interview ne l'enchante pas. Mais voyant son ami Errol Dunkley se prêter à l'exercice, il se détend et joue le jeu, aidé par quelques gouttes de vin rouge qui lui délient la langue. Après vous avoir livré quelques extraits dans notre reportage vidéo, voici l'intégralité de notre rencontre avec le King, conscient d'être le King !

Reggae.fr : Te voilà de retour en France...
Beenie Man : J'aime la France. J'y viens depuis 1994 et je rencontre toujours des gens très sympas. Je crois que les Français aiment bien ma musique. C'est normal car je suis le Roi du dancehall.

Ressens-tu une différence entre les publics jamaïcain et européen ?
Chacun aime la musique à sa manière. Les Européens n'aiment pas le dancehall de la même façon que les Jamaïcains. Les Jamaïcains aiment le dancehall car c'est leur musique. Les Européens l'aiment car ils n'en ont jamais assez. C'est différent. Quand il s'agit d'aimer la musique, les Européens l'apprécient d'une façon différente. Je ne dirais pas qu'ils l'aiment plus que nous, mais c'est différent. Nous, on a du reggae et du dancehall 7 jours sur 7 toute l'année. J'aime beaucoup les fans européens car ils apprécient vraiment la musique. Je ne me sens pas pareil quand je travaille en Europe ou en Jamaïque. Car en Jamaïque, il faut être pertinent pour rester sur le devant de la scène. Si tu n'as rien à dire, la Jamaïque ne s'intéresse pas à toi. Mais, que tu sois pertinent ou pas en Jamaïque, tant que tu es une superstar en Europe, on s'intéressera toujours à toi. C'est aussi ça que j'aime avec l'Europe.

Tu prévois un album pour bientôt, mais tu as récemment sorti un EP. Pourquoi sortir un EP avant un album ? C'est une nouvelle stratégie ?
Non, c'est juste que je n'avais pas encore de titre pour l'album et je voulais faire patienter les fans. Maintenant, on a le titre de l'album. Il s'appelle « Unstoppable ». Il va sortir cette année. Le single « Unstoppable » est en feat avec John Legend. C'est un wicked tune ! Le genre de musique que tu ne peux pas palper, le genre de musique que tu as toujours attendue mais que tu n'as encore jamais entendue.

Est-ce qu'il y aura des titres reggae comme beaucoup d'artistes dancehall l'ont fait récemment, Busy Signal, Mr Vegas, Shaggy... ?
Oui, j'ai fait ça aussi. J'ai même fait quasiment un album avec que des morceaux reggae pour bien choisir ceux que je mettrai sur cet album. Ça va être un très bon album.



Tu n'as pas sorti d'album depuis au moins 8 ans, mais tu as toujours autant de succès. Comment expliques-tu cela ?
Je sors des singles qui deviennent tous N°1. Tant que tu fais ça, tu as du succès. Tu n'as pas besoin de sortir un album quand tu es une star depuis 22 ans. Tu as juste besoin d'ajouter une ou deux chansons à ton catalogue de temps en temps. Ça suffit.


« Pour rester le Roi, il faut soi-même définir la tendance. »


Comment as-tu adapté ta musique entre les années 90 et aujourd'hui ?
C'est de la musique. Je suis le Roi du dancehall. Comment crois-tu qu'on devienne le Roi du dancehall sans créer soi-même les évolutions ? Deux générations sont arrivées après moi. Pour rester le Roi, il faut soi-même définir la tendance. Si tu fais ça, tout le monde te suit. Quand j'ai fait « Back it, Back it, Backit up gyal, Cock it, Cock it, Cock it up gyal » ou « Jiggle up yuh body and shake up yuh aaaaaass, Every man a watch it... » Je suis le premier à avoir chanté ça et tout le monde m'a suivi. Pareil, quand j'ai fait « Mi neva inna way dem inna, Mi ever clean », tout le monde a fait des chansons « clean », comme Mavado : « Clean everyday me wake up... » Tu inspires les autres. Tu lances la mode, tu influes sur la création de la musique. C'est comme ça que tu la contrôles.

Tu as récemment critiqué la scène dancehall dans un interview en Jamaïque...
Je n'ai pas critiqué la scène dancehall...

Mais tu t'en es pris à Elephant Man et Ninjaman qui n'ont pas vraiment apprécié...
Je m'en fous ! Je n'ai pas critiqué la scène dancehall toute entière. Je vais vous expliquer ce qui s'est passé. C'est comme si pendant l'interview qu'on est en train de faire, tu me parles d'un artiste en me disant : « Que penses-tu de lui ? Ça fait longtemps qu'on n'a pas entendu parler de lui. » Qu'est-ce que tu veux que je réponde ? C'est déjà très embarrassant comme situation. Qu'est-ce que tu veux que je dise ? Je ne l'ai pas entendu depuis longtemps non plus. Suis-je sensé être le porte-parole des autres artistes ? Non. Je ne travaille pas pour eux. Ils ne me payent pas pour que je les défende devant les journalistes. Ce n'est pas mon rôle. Cette histoire est stupide.

OK. Revenons à tes débuts alors. Tu n'avais que 10 ans quand Bunny Lee a produit ton premier album...

Oui. J'ai commencé la musique en pleurant le jour où je suis né. Puis, j’ai fait de la musique plus sérieusement quand j'ai commencé à parler, à l'âge de 3 ans. Dès que j'ai commencé à dire des mots autres que Papa et Maman ou « Gougou Gaga » (rires). C'est à partir de mes 3 ans que j'ai commencé à chanter, car j'étais un enfant bègue. Chaque mot mettait 10 minutes à sortir de ma bouche. Et le chant m'a aidé. Puis je suis devenu professionnel à l'âge de 5 ans. C'est là que j'ai commencé à faire des concerts et des concours de deejay. J'ai fait ma première télé à l'âge de 8 ans. J'ai enregistré mon premier album à 9 ans et il est sorti à mes 10 ans. Le reste fait partie de l'Histoire.


« On a créé Shocking Vibes Productions car tout le monde dans notre entourage devenait gangster. »


Au début des années 90, tu as travaillé avec Patrick Roberts et vous avez monté ensemble le label Shocking Vibes...
Oui, il y avait moi, Patrick Roberts et Little Kirk, mon frère, qui s'appelle Kirk Davis aujourd'hui. On a créé Shocking Vibes Productions car tout le monde dans notre entourage devenait gangster. Et moi aussi, je commençais à mal tourner, il fallait qu'on fasse quelque chose. Pourtant on avait plein d'artistes, de paroliers, de deejays, de chanteurs dans notre entourage qui ne voulaient pas mal tourner, mais on devait s'en sortir. Donc on a créé Shocking Vibes pour sauver des vies et c'est vraiment ce qu'on a fait. On a commencé avec Little Kirk, c'était lui notre artiste principal à cette époque. Moi je ne chantais pas car j'étais impliqué dans d'autres affaires dont je ne veux pas parler (rires). J'étais en charge de ramener de l'argent pour faire vivre le label. C'était les débuts et on galérait. Jusqu'en 1988 quand l'ouragan Gilbert s'est abattu sur la Jamaïque. Juste après on a sorti une reprise reggae de « Man In The Mirror » de Michael Jackson par Little Kirk. Puis il y a eu Lovindeer qui chantait « Wild Gilbert » à propos de l'ouragan et enfin Little Lenny qui a fait « Gun Inna Baggy » et c'est là que le succès a commencé pour Shocking Vibes. Nous sommes reconnaissants du soutien du public à partir de cette période.

Tu es vague sur ta façon de ramener de l'argent dans le label. On ne va pas te demander ce tu faisais, mais on se doute bien que ça ne devait pas être très légal...

Il n'y a rien d'illégal dans le fait de protéger sa communauté. Ce sont les outils que tu utilises pour le faire qui sont illégaux (rires).

Tes chansons « Who Am I » et « Girls Dem sugar » sont devenues des classiques qui ont traversé les époques. Pensais-tu à cela quand tu les as enregistrées ?
J'essaye de faire des chansons qui ne durent pas que trois mois dans la tête des gens. Au lieu de faire 25 chansons, j'en fais 1.

Quel est le meilleur souvenir de ta carrière ?
Le jour où j'ai compris que j'étais une superstar. J'étais à une fête, mais je n'étais pas là pour chanter. Il y avait beaucoup de monde, les gens s'amusaient et d'un coup, le selecta a joué un de mes morceaux. Les gens sont devenus dingues. Ça criait « Pam Pam ! » dans tous les sens. Je n'imaginais pas que l'on puisse apprécier ma musique à ce point. Surtout que ce n'était pas mon activité principale à cette époque. J'avais une autre vie si vous voyez ce que je veux dire, en rapport avec ce que je vous disais tout à l'heure pour ramener de l'argent au label. Je n'aime pas trop parler de cette période, désolé. Mais quand j'ai compris que les gens aimaient ma musique, ça m'a aidé.


« Bounty Killer et moi sommes plus amis que n'importe qui d'autre. »


Tu as fait de nombreux clashes contre Bounty Killer et cela a contribué à votre popularité à tous les deux. Êtes -vous vraiment en mauvais termes ?
Non, on ne l'a jamais été. Nous sommes des frères. Comme tu l'as dit, ces clashes nous ont servis. Bounty Killer et moi sommes plus amis que n'importe qui d'autre. On ne se parle jamais, on n'a pas besoin de ça pour être amis (rires).

Tu as adopté le mouvement rastafari...
Non je suis né rasta. Ce n'est pas pareil !



OK. Tu es né rasta, mais tu fais beaucoup de chansons sur les filles sexy et les armes. Est-ce vraiment compatible ?
Non ce n'est pas compatible. Le problème est que les rastas sont des guerriers. On doit se battre pour nos droits, pour nos principes. Rappelez-vous que nous avons été des esclaves africains, donc on a dû se battre pour tout. Nous sommes des guerriers, automatiquement. Le mode de vie rasta, c'est trouver un équilibre pour maintenir le calme et la positivité malgré la dureté de la vie en Jamaïque.  Je suis né dans une famille éthiopienne orthodoxe. Mon grand-père était le président de la fédération éthiopienne orthodoxe en Éthiopie. Il est venu de l’Éthiopie jusqu'en Jamaïque pour construire une famille. J'en suis le descendant et je dois l’honorer. Je ne me suis jamais laissé pousser les locks tant que je ne savais pas me contenir et rester stable. De même que je ne suis pas devenu végétarien du jour au lendemain, car je vivais dans une famille qui mangeait de la viande. Je ne pouvais pas imposer mes envies tant que je n'étais pas capable de m'assumer financièrement. Une fois que j'étais capable de nourrir moi-même ma famille, j'ai pu soumettre mes règles et mon régime. Cette façon de vivre et de manger sainement, je l'impose à ma famille car je veux prendre soin d'eux. C'est dans leur intérêt.

Ça ne répond pas trop à notre question...
Mais je dis ce que j'ai envie de dire. Je n'ai pas envie de répondre à cette question.

Très bien. On comprend. Mais il faut que tu comprennes que les Français sont parfois choqués de voir un rasta qui parle des filles et des armes aussi facilement. Ça nous paraît un peu contradictoire.
OK. Donc je vais répondre à ta question. Les rastas sont des humains comme tout le monde. Nous sommes rastas et nous vivons en Jamaïque où la vie des gangsters est notre réalité. On chante ce qu'on voit. Les belles filles sexy sont là, on en parle dans nos chansons. Les hommes armés qui tirent sont là tous les jours. Je ne voulais pas parler de ça, mais... vous m'y obligez. Moi en tant que rasta, si je vois une jolie fille, que je la regarde et que je ne chante pas à propos d'elle, ça n'a pas de sens. Regardez le nouvel artiste qui fait sensation en Jamaïque, Chronixx. Il ne veut pas chanter des paroles qui disent que les filles sont sexy et qu'elles ont des beaux culs, alors il chante « Smile for me Jamaica ». Mais dans le clip, il est avec une jolie fille en bikini sur la plage. C'est de ça qu'on parle ! Les rastas aiment les femmes, qu'est-ce que vous croyez ? Pourquoi croyez-vous qu'on a autant d'enfants ? C'est pour ça que je ne voulais pas répondre à cette question. C'est une question trop rhétorique.

Pour ceux qui ne t'ont jamais vu en concert, peux-tu leur décrire un de tes shows ?
Il faut venir c'est tout ! Je peux vous parler du show des autres, car je les vois, mais je ne peux pas parler de mon show à moi. Par exemple hier soir, j'ai regardé le concert de Capleton au Garance Reggae Festival et c'était un super concert. Je pense même qu'il s'est donné à fond parce que j'étais là. Quand il se retournait, il me voyait sur le côté de la scène et il en remettait une couche juste après.

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