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Tiwony se raconte tune par tune Tiwony se raconte tune par tune
25/11/14 - Auteur(s) : Nounours , Photos : Franck Blanquin

Tiwony a sorti ce 24 novembre son nouvel album très attendu, « Roots Rebel », avec dix-sept titres qui forment un projet musical abouti et de grande qualité, annoncé par le single « Ma Colline ». Parcours de l’album, tune par tune, en compagnie de l’artiste !


« Papiyon La »


C’est un hommage à mon île, la Guadeloupe. J’utilise la symbolique de sa forme de papillon, qui représente ma façon de bouger avec mon île partout où je vais. En faisant le bilan de ma carrière , je me suis rendu compte que ce papillon a été mon moteur et que ces repères en Guadeloupe dont je parle dans le son ont contribué à ce que je suis aujourd’hui : quand j’allais écouter les gwo ka sur la Place de la Victoire, les baignades avec les potes à la rivière Corossol, la première fois que j’ai pris le micro dans le ghetto de Boissard, les freestyles à la cité avec les potes d’Influence Sound … Je n’avais pas encore fait de chanson qui parlait de ça. C’est aussi pour dire aux guadeloupéens que même si je n’y vis plus depuis un moment, je pense à eux et à l’île, et je suis fier de la représenter partout où je passe. 
Pour le travail sur le morceau, je me suis entouré d’amis d’enfance, notamment Michel Mado, pianiste virtuose très reconnu en Guadeloupe. J’avais d’abord posé ce son sur un riddim jamaïcain, et en l’entendant, Michel m’a tout de suite proposé de composer la musique pour ce titre car il lui plaisait. Il m’a concocté une belle musique et on a fait aussi appel à Philippe D’Huy, lui aussi un musicien virtuose qui nous a quittés récemment, paix à son âme, et à Dédé Saint-Prix. La musique habille bien le texte. Je voulais vraiment une couleur originale, avec l’esprit roots, mais pas forcément du reggae comme on l’entend toujours. C’est aussi ça que j’ai voulu avec cet album, du roots sous toutes ces formes. Là, c’est mon roots de la Guadeloupe.

Dans la chanson, tu dis que tu es un ambassadeur du reggae.  Quelle est la place du reggae en Guadeloupe aujourd’hui ?
Déjà, c’est dans le sens « l’un des ambassadeurs », parce que ce serait prétentieux de ma part de dire que je suis l’ambassadeur du reggae en Guadeloupe !  Avec le temps effectivement, je me retrouve à être l’un des arbres qui cache la forêt, parce qu’il y a un riche vivier d’artistes et de talents qui mériteraient tous d’être dans la lumière. Il manque beaucoup de structures pour vraiment faire en sorte que cette scène puisse se développer comme il se doit. On voit  de bons résultats chaque fois qu’il y a un cadre favorable pour qu’un artiste de l’île puisse s’exprimer : on a vu des frères comme Admiral T, Saïk, Missié Sadik, Keros-n … Il y en a pas mal qui arrivent à porter le flambeau et il y en a d’autres derrière. La situation évolue, ça prend du temps mais je reste confiant. Il y a une dynamique qu’il faut encourager, l’idée est aussi de pouvoir représenter ce papillon, faire savoir qu’il y a de belles choses à partager et beaucoup de talents à découvrir.


« Roots Rebel »


J’appartiens à cette famille de rebelles contre l’injustice, tout comme des grands frères comme Bob l’ont chanté. D’ailleurs, le refrain est un clin d’œil à « Soul Rebel ». Aujourd’hui, on comprend mieux ce qu’il nous disait, parce qu’on le vit et le ressent. Le fil conducteur de mon travail est de dénoncer et revendiquer des choses, et d’envoyer un message d’élévation des consciences, à l’heure où on est gavés par les médias qui filtrent et formatent l’information comme ils veulent. Sans vouloir jouer le Calimero, j’ai été « victime » de boycott frontal ou subliminal, par rapport à mon message et mon engagement, parce que j’ai décidé d’être du côté des sans-voix, des démunis, des laissés pour compte. De toute façon, c’est pour eux que je chante, je ne cours pas après la gloire ou le star system. La reconnaissance de mon travail est que le message passe.  Je me sens investi de cette mission, et c’est ce qui m’a amené à faire du reggae. Des textes comme « Peuples du monde » de Tonton David ont été pour moi un éveil de conscience qui m’a fait du bien. A mon tour, j’ai envie de transmettre ça, ne pas laisser la lumière sous la table mais la mettre dessus pour qu’elle puisse être visible de tous.



Ce titre éponyme est l’occasion d’évoquer l’album de manière plus générale. Pourquoi as-tu choisi de faire un album 100% reggae, concept qui s’est beaucoup vu dernièrement ?
C’est un concept que je voulais lancer depuis longtemps, j’avais un peu peur parce que j’ai toujours été très polyvalent et j’aime bien les rythmes un peu speed du dancehall et du hip-hop, j’ai grandi dans cette école-là. Ça fait 3 ans que je bosse dessus, donc on n’a pas attendu que Busy Signal sorte son album reggae (rires) ! Avec mon expérience et ma maturité, j’ai senti qu’il était temps, et j’en ai fait l’amorce sur tous mes projets : mon premier titre en solo était « Jah Béni Yo », puis il y a eu « Priyé Jah », « L’union fait la force », « Jamais le mal » avec Féfé, « Faut qu’on soit forts » avec Straïka D, « Mon continent » et j’en passe… Tous mes morceaux reggae ont été des moments forts dans ma carrière, je suis et j'ai toujours été un artiste reggae, et que je fasse un album 100% roots ou plus éclectique, l’état d’esprit reste le même. Pour « Roots Rebel », j’ai décidé d’opter pour une formule live 100% acoustique à la différence de mes autres projets. J’étais déjà sur cet album quand « Cité Soleil » est sorti en 2011. J’hésitais à sortir un des deux, puis finalement j’ai continué à le travailler, à le peaufiner, à  chercher des couleurs atypiques avec des arrangements de l’Afrique, des Antilles et de la Jamaïque pour créer une alchimie qui m’est propre.

Peux-tu nous parler du travail avec Mael Studio et de 7 Seals Records ainsi que ton rôle au sein du label ?
C’est un peu avec Mael Studio que l’aventure a commencé. Nico m’a proposé de participer à des  sessions live qu’ils enregistraient avec Richacha, et de quelques titres faits comme ça à la vibe, on est partis sur un projet. On a décidé de faire ça sans rush, parce que je voulais une autre approche au niveau mélodique, et sur la manière de poser la voix. Sur cet album, je chante plus que je ne toaste donc j’ai pris plus de temps, ça m’a permis de parfaire ma technique vocale.
Pour 7 Seals, c’est un concept qu’on a monté avec Herbie il y a environ 3 ans. Le nom fait référence aux sept sceaux et résume bien notre volonté de faire péter les frontières, de se libérer de toutes les chaînes physiques ou mentales et de faire les choses en toute liberté d’âme et d’esprit. A travers mes déplacements dans plein de pays, j’ai rencontré un tas d’artistes aussi talentueux les uns que les autres, et 7 Seals Records est comme une vitrine qui veut montrer le reggae sous toutes ses facettes, et dans différentes langues. On big up tous les frères qui contribuent et qui nous donnent la force. On a travaillé sur l’album de Jah Defender, il y a eu deux one riddims, et on a donc travaillé sur mon album. On bosse aussi sur le projet de Typical Féfé et avec des frères comme Difanga, Apollo J, Straïka D… En plus d’avoir un concept établi, c’est aussi une famille, on travaille avec tous les frères qui sont dans le même état d’esprit que nous et veulent continuer à développer notre mouvement et faire en sorte qu’il soit éternel.



« L’or sort de la boue »


C’est une symbolique qui se rapproche de la fleur du lotus, j’en parlais beaucoup avec mon père qui est bouddhiste, à  savoir que le meilleur se cache parfois derrière les choses qui brillent le moins. Et souvent, on cherche la force loin, mais elle est simplement en nous, donc c’est du conditionnement, une pensée positive sur laquelle on s’axe et se concentre chaque jour de notre vie. Ce n’est pas évident, c’est dur, il y a les épreuves du quotidien et le système dans lequel on est, mais c’est ça être soldat, c’est faire face à toutes ces adversités. Notre force est mentale, et c’est au niveau du cœur qu’il faut se forger. C’est comme l’or, on le cherche dans la boue, on creuse, on trouve des petites pépites, et ces petites pépites deviennent des lingots.


« International Repatriation » featuring Takana Zion


J’apprécie le travail du frère Takana depuis longtemps. On s’est rencontré une fois dans un train, on allait au même sound system, on a bien sympathisé et on s’est reconnus comme des frères appartenant au même mouvement et voulant défendre les mêmes causes. On a tout de suite commencé à parler de terrains en Afrique, de constructions pour les jeunes là-bas, et on est d’ailleurs encore sur ces projets aujourd’hui. On a tissé des liens au fil des années, on s’est revus à Paris, et aussi en Guinée où il m’a invité chez lui, on a passé des moments très forts là-bas. Du coup, il était logique qu’on fasse de la musique ensemble, et on a travaillé avec d’autres frères de Guinée comme Apollo J, Singleton et Baba Samba.
Pour « International Repatriation », je voulais qu’on fasse un morceau qui parle de ce mouvement de rapatriement qui a toujours été un fil conducteur dans le mouvement Rastafari. Il était important pour moi d’en parler avec un frère comme Takana qui est sur place. On essaye de trouver notre place dans des métropoles qui ont du mal à nous accepter, tu arrives sur le continent le plus beau, le plus riche et le plus convoité de la Terre et on te dit tout de suite « Bienvenue chez toi ! », c’est encore mieux que tout ce qu’on t’avait dit, que tout ce que tu avais entendu dans les chansons ! J’appelle tous mes frères antillais et de la diaspora, qui ont souvent des a priori non fondés et une image de cette Afrique miséreuse et endolorie où rien ne va plus que les médias véhiculent, à aller voir sur place. Tout est en développement, effectivement il y a souvent des fléaux qui naissent, mais pour moi ce sont des programmes pensés, voulus… Parti pris mais je le dis, ça c’est « Roots Rebel » aussi (rires) ! Il faut aller voir ce que cette Mama Africa a à nous apporter comme énergie et comme repère identitaire. C’est une manière de se réconcilier avec nous-mêmes, parfois un peu perdus. Je ne dis pas à tout le monde de rentrer en Afrique, mais de renouer avec cette africanité. Ça nous permettra de mieux composer les uns avec les autres et de casser ces complexités, qu’elles soient de supériorité ou d’infériorité.


« Air Pur »


C’est un hommage à cette mère nature, qui nous fait tant de bien et qu’on ne respecte pas toujours, qu’on salit, qu’on renie, qu’on veut façonner à notre manière. Quand on est dans des grandes métropoles, on se rend compte de l’importance que ça a de pouvoir être en harmonie avec cet air pur, avec ces éléments vivants qui communiquent avec nous. On ne prend pas toujours le temps de les écouter, de s’asseoir et de méditer avec eux, qui nous donnent ce fameux oxygène, ce souffle de vie. Tout le monde, peu importe son appartenance sociale, est en quête de ce bien-être, et travaille dur pour finalement dans bien des cas s’offrir un petit moment au vert. Ce titre est aussi une projection personnelle, par rapport à des lieux que j’ai visité qui m’ont fait du bien, où j’ai pu voir des chevaux à la place des voitures, des arbres à la place des murs … J’ai senti que cette vie peut me convenir et me plairait vraiment.


« Afreeka Unite » featuring Bunny Rugs


Bunny Rugs nous a quittés il y a quelques mois, paix à son âme. On ne s’est malheureusement pas rencontrés pour ce titre, qu’on a pourtant tous les deux enregistré en France. Il enregistrait son album au Mael Studio avec Guillaume Bougard, qui a produit pas mal de projets avec Third World, Bunny Rugs, Sly & Robbie … Il a senti une très bonne vibe dans le studio, il a demandé à Nico de lui sortir un riddim pour poser une petite inspiration. Il leur a ensuite dit de faire ce qu’ils voulaient avec, de trouver un artiste qui veut faire une combinaison. Nico a pensé directement à moi, par rapport à mon amour et mon engagement pour l’Afrique. Je suis honoré d’avoir Bunny Rugs sur le morceau, véritable légende du reggae ! C’est l’une de ses dernières chansons et c’est un très beau message qu’il nous laisse. Le morceau parle de cette unité africaine globale qui ne concerne pas uniquement la diaspora noire mais toute l’humanité. Pour moi, l’Afrique est le cœur du monde et donne à manger à tout le monde, de l’huile qu’on consomme au chocolat qu’on boit tous les matins en passant par les différents composants de nos smartphones et nos ordinateurs…  Et c’est pour ça qu’elle est tant convoitée. Elle nous donne déjà naturellement, et on lui prend de force aussi, alors à  un moment, renvoyons-lui aussi ce qu’elle nous donne et honorons-la !


« Ma Colline »


J’exprime un ras-le-bol du gavage sociétal, de la consommation à outrance et du fait qu’on nous fasse bouffer tout et n’importe quoi, des champs maintenant contrôlés par des grands groupes et lobbys... Aujourd’hui, tout est sous contrôle, donc je ressens l’envie de quitter ce contrôle et de pouvoir vivre en autosuffisance, sans compter sur le système puisqu’on sait que Dieu nous a tout donné dans la terre. Je vois des frères qui vivent très bien en harmonie avec, ils se nourrissent de ce qu’ils plantent et ont de l’énergie solaire, c’est le futur aussi. On se plaint du système, mais il y a d’autres cadres, des endroits où se sentir mieux, même si on n’a peut-être pas tout le confort matériel proposé par le système, mais aux dépens de quoi ? D’une vie où on est épuisé au quotidien, stressé, déprimé ? Avec l’âge, j’ai envie de pouvoir me lever le matin dans un endroit paisible, avec les animaux, le soleil, faire ma musique sans stress, sans forcément me couper du monde, mais dans mon havre de paix. J’ai envie de me poser sur ma colline.


« Avec Du Love» featuring Typical Féfé & Straika D


Avec Typical Féfé et Straïka D, que je connais depuis des décennies, on a une connexion extra-musicale. Nous sommes des frères qui veillons les uns sur les autres. C’est la famille, vraiment ! Le premier morceau qu’on avait fait ensemble il y a dix ans, « Faut qu’on soit forts », avait eu énormément de retours très positifs et a fait du bien aux gens qui l’ont écouté. On a voulu réitérer l’expérience, et c’est « Avec du love ». Le morceau de Bob Marley « Forever loving jah » nous a inspiré le riddim donc on est partis sur le thème de l’amour et ça nous est venu naturellement, on ne s’est pas posé de question. Avec l’amour, les portes s’ouvrent beaucoup plus facilement, les choses sont plus simples, et le bien-être que chacun recherche est plus accessible à partir du moment où l’on cultive ce love, même si ce n’est pas facile tous les jours. C’est bien d’immortaliser ce genre de message, pour que chaque fois qu’on l’écoute, ça nous recadre, parce qu’on ne reste que des Hommes… Alors l’écouter et pouvoir se dire « Yes I, ça va le faire ! » et se rappeler que malgré les soucis et les colères, les petites choses comme le sourire de nos enfants, un ami qui nous envoie un big up, une bonne vibe, un arc en ciel, peut vite changer notre état d’esprit.

Et on pourra sûrement les retrouver parmi tes invités pour ton concert du 3 décembre…
Peut-être, je leur demanderai (rires) ! En tout cas, j’ai hâte de jouer les chansons de l’album en live, avec d’autres sons qui ne sont pas dessus et voir l’alchimie de tout ça sur scène. On prépare ça bien comme il faut, ça va être différent de ce qu’on a pu faire auparavant et on espère que les massives seront présents, on vous attend nombreux et on vous prépare ça aux petits oignons !


« Chak Moman »


On court dans tous les sens et on ne prend pas le temps d’apprécier les petites choses. On essaye toujours de repousser les échéances, de remettre à demain, et finalement on passe à côté de belles choses et des plus beaux moments de notre vie. C’est en appréciant chaque seconde et chaque vibration qu’on ressent que notre vie prend vraiment un sens. Chaque moment est une bénédiction, ce don que Dieu nous a donné qui est la vie, alors il faut l’apprécier, parce qu’au final on se rend compte que toute notre vie on s’est plaint et on a couru après un idéal qu’on a peut-être pas pu atteindre ou qu’on a atteint à bout de souffle, esclaves du travail.  C’est un morceau pour nous donner de la force tous les matins et nous rappeler d’apprécier chaque moment. Peu importe les galères, la vie continue, il ne faut pas prendre les choses à la légère mais pas les dramatiser non plus et se dire que chaque question à sa réponse, chaque problème à sa solution, donc vivons !


« Déjà écrit » featuring Goldee


L’idée du morceau est née par rapport à un moment fort que je vivais et que j’avais envie de retranscrire. Pour moi, chaque relation amoureuse est déjà écrite, rien ne se fait au hasard. J’avais envie d’aborder ça de manière très posée, et que n’importe quel couple se sente concerné en écoutant cette chanson, qui parle aussi de compréhension, de partage, de patience, tous ces paramètres qui font qu’un couple est solide. Goldee est une artiste de la scène martiniquaise que j’apprécie beaucoup, on se connaissait déjà et une fois on s’est croisés dans le métro et je lui ai parlé de ce thème qui pouvait bien coller avec sa voix mielleuse. Elle a kiffé le concept, s’en est bien imprégnée et je trouve qu’elle a fait une très belle performance sur le titre. Mon chant sur ce titre a été une question d’émotion, j’avais cette envie de légèreté. J’ai travaillé sur ce titre avec Cisko, comme pour « Avec du Love » et « Armée de Jah ». Il m’a pas mal aidé sur cet album, sur des prises de voix, la direction vocale, la réalisation, il m’a même fait faire des chœurs, je ne savais même pas que je pouvais faire des chœurs (rires) !  Il fait partie de la team de ceux qui ont vraiment contribué à donner à cet album la couleur que je voulais et m’ont fait sortir le meilleur de moi-même.



« Plis Espwa » featuring Joëlle Ursull


Joëlle Ursull est une grande sœur qu’on suit depuis tout jeunes qui nous a représentés à grande échelle. Elle a toujours été un porte-voix et a toujours appelé à fédérer les peuples et revendiquer cette fierté africaine. On a essayé avec cette chanson d’apporter notre pierre à l’édifice car c’est un sujet qui nous touche directement. “Plus d’espoir” : c’est ce que l’on veut pour nos petits frères et petites sœurs, pour notre île, et pour l’humanité, actuellement très belliqueuse, à grande comme à petite échelle. La Guadeloupe a été qualifiée de département le plus violent de France, la Martinique suit de près, et j’ai l’impression que c’est le reflet de ce qui se passe dans le monde entier. Il y a une recrudescence de violence, tout le monde est aigri et vex, on ne prend plus le temps de vivre, de s’aimer, et d’apprécier cette vie. Il est important de rappeler aux frères et sœurs qu’on est en train de se détruire et de jouer le jeu de Babylon. Ne les laissons pas nous robotiser, nous lobotomiser dans cette spirale violente. Il ne faut pas tomber dans le piège du système. Il faut profiter de la vie, voir les choses de manière plus positive et essayer de faire de belles choses ensemble. Dédé Saint-Prix nous a donné une belle couleur de percussions sur ce morceau avec le son du gwo ka, qui souligne bien que ce texte m’a été inspiré par une situation singulière, celle de mon île de la Guadeloupe, même si je pense à plein d’autres endroits aussi.


« La Paille »


Un petit clin d’œil à mes détracteurs, à tous ceux qui s’occupent de tes problèmes ou attendent de te voir chuter pour remuer le couteau dans la plaie, au lieu de s’occuper de leurs propres soucis.  Je ne suis pas le seul à vivre ça, à voir des gens me mettre des bâtons dans les roues… C’est mon petit coup de gueule, une façon d’extérioriser ça et de balayer en une chanson des choses qui auraient pu m’atteindre ou me déstabiliser.


« Chase Me Away » featuring Turbulence


Avec Turbulence, on a bien sympathisé durant une tournée commune en France. C’est un grand frère du reggae qui a une sacrée technique vocale, qu’on a beaucoup écouté et qui nous a influencés. C’est lui qui a trouvé le thème, ça m’a fait rigoler mais surtout ça m’a parlé direct !  Le morceau parle de la vie d’artiste et de la difficulté d’allier vie conjugale et vie professionnelle. On est souvent sollicités, et c’est dur de mettre en place une relation de confiance à long terme. J’ai eu moi-même à faire face à quelques échecs à cause de ça mais bon, c’est la vie. On a eu envie d’en parler et c’est une manière aussi de se remettre en question et de se dire qu’il faut faire plus attention et mieux gérer cet équilibre.


« Ti Fwé an nou »


Le titre signifie « Nos petits frères ». C’est un hommage à nos petits frères en Afrique, que j’ai rarement entendu se plaindre de leurs conditions matérielles. Je les ai sentis plein de vie, de joie, de dynamisme, de force et d’engouement, contrairement aux gens qui vivent dans les pays qu’on appelle plus « développés », où on se plaint de tout alors qu’on ne manque de rien. Malgré le pillage, malgré toute la désinformation qui se fait autour de l’Afrique, les gens ne marchent pas courbés mais la tête haute, ils sont debout et ils sont forts. On devrait prendre exemple sur eux, pour lever un peu la tête et arrêter de se plaindre alors qu’on a toutes les aides et assistanat imaginables dans les grandes métropoles.


« Rue du Castel »


La première fois où j’ai été à Gorée, j’ai bien sûr visité la Maison des Esclaves, ça m’a touché… Mais j’ai vu un aspect de l’île dont on m’avait peu parlé, j’ai trouvé une vraie vie, des frères, des sœurs, des parents adoptifs carrément ! J’ai donc eu envie de faire une petite carte postale de cette Ile de Gorée et en parler sous un angle plus positif, plutôt que de ressasser encore son histoire liée à l’esclavage, dont on parle et dont on continuera de parler, mais les gens qui y vivent ont peut-être envie qu’on leur parle d’autre chose, du futur, des perspectives de développement …  La voix qu’on entend est une voix de griot, celle de Seydina, qui travaille avec Daara J. Manjul a fait les arrangements et sublimé le morceau avec de la Kora et des instruments propres à l’Afrique comme des tambours à eaux, qui synthétisent bien la chanson et invitent au voyage. On a l’impression d’y aller et on peut déjà s’y sentir bien !



« Big Up »


Les deux derniers morceaux, « Big Up » et « Armée de Jah », sont des bonus qui étaient disponibles dès la précommande sur Itunes, puis ensuite uniquement sur le CD. On avait déjà une trame par rapport à l’album et ces morceaux s’y sont greffés après mais j’estime qu’ils ont leur place sur ce projet. J’avais déjà sorti « Big Up » en single pour Bost & Bim. C’est un hommage à tous ces papas du reggae francophone et international qui m’ont inspiré et donné envie de prendre le micro. Je parle aussi bien d’artistes que d’animateurs radio, de sound-systems, de deejays… J’aurais pu aussi parler des médias. A tous ces gens qui ont permis que ce mouvement et que des artistes comme moi puissent exister, je tenais à faire un big up ! 

Que penses-tu à propos du fait que le reggae en France souffre d'un manque de visibilité au niveau des grands médias nationaux ?
Au fil des années, on s’est rendu compte que le peuple est notre plus gros média. La scène reggae a continué à grossir et la France est devenue un pôle incontournable pour le reggae international. Partout où je passe, tout le monde veut venir chanter en France ! C’est vrai qu’il y a un manque de moyens, mais on a toujours été dans la crise, le reggae c’est le porte-parole de la crise même (rires) ! La persistance, la résistance, l’acharnement et la foi ont fait que cette musique existe, et avec les nouveaux moyens de communication comme Internet, on peut avoir aujourd’hui des millions de vues sans passer par aucun gros média ni être signé en major, il y a des gros festivals partout … Et je ne pense pas que cela va s’arrêter. Bob l’avait dit, « reggae music is ever livin’ ever sure », c’est une musique éternelle.


« Armée de Jah »


Cisko m’a fait écouter cette version acoustique jouée par Kubix à la guitare, qu’il a aussi utilisée sur un projet avec Taïro et qui devait être un one riddim. Le son m’a inspiré une vibe tout de suite. « Armée de Jah » est un morceau qui s’adresse à tous les gens qui avancent avec la foi, peu importe leur appartenance spirituelle, rastas ou pas, mais qui ont cette fois en le Divin. Tout le monde sent cette énergie fédératrice autour de Jah, qu’on soit musulman, catholique, bouddhiste … L’Armée de Jah, c’est l’armée de tous les enfants de Dieu, ces gens de foi qui se battent tous les jours sans lâcher l’affaire, qui ont foi en cette vie et en tout ce que Dieu leur a donné, et qui avancent avec ça en sachant que c’est précieux.

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