Reggae Party Tour
14/11/20 au 28/11/20
Sizzla - Interview Sizzla - Interview
28/01/15 - Auteur(s) : Ju Lion

C'était l'un des évènements de la fin 2014. Sizzla revenait fouler le sol français, plus d'un an après sa prestation plus que remarquée au Garance Reggae Festival, que certains avaient perçu comme un retour au sommet après des concerts en demi-teintes lors des précédentes tournées. Kalonji est effectivement venu confirmer qu'il reste l'un des meilleurs performers du reggae moderne sur scène. Le leader de la génération new roots nous a reçus dans sa chambre d'hôtel après un concert à Montpellier particulièrement bouillant. C'est un artiste détendu et accessible que nous avons rencontré, loin de l'image qu'il donnait encore quelques années auparavant. Retour avec lui sur son dernier album « Nuh Worry Uself », ses passions, son évincement du Sting et sa vision actuelle du reggae.

Reggae.fr : Tu viens de faire une tournée en Europe pour promouvoir ton dernier album. Peux-tu nous en parler ?
Sizzla : Cette tournée est là pour unifier tout le monde. On a choisi de la nommer « Nuh Worry Uself » car pour sortir de la crise qui touche le monde en ce moment, il faut de la joie, de l'amour, du respect pour soi-même et pour les autres. Il faut être naturel et généreux, c'est la seule manière de nous entraider. Cette tournée s'appelle Nuh Worry Uself Tour 2014 pour promouvoir l'album du même nom, mais surtout pour rencontrer et saluer les gens.

Peux-tu nous parler de l'album ?
Cet album a été produit par John John. J'ai travaillé dessus pendant un bon moment que ce soit en studio ou ailleurs pour écrire les textes. Les riddims ont été bien choisis, on a pris notre temps pour vraiment avoir de bonnes chansons. Cet album a une âme et j'encourage tout le monde à s'en procurer une copie. « Nuh Worry Uself », j'en suis fier.

Revenons sur le titre de l'album. Si tu l'appelles « Nuh Worry Uself » cela veut dire que les gens s'inquiètent à propos de quelque chose. Est-ce que Sizzla aussi s'inquiète de temps en temps ?
Non pas vraiment. Mais au plus profond de mon esprit, je me préoccupe de beaucoup de choses. Mais s'inquiéter ne sert à rien pour résoudre un problème. Il faut réfléchir. Donc je m'efforce de ne pas m'inquiéter, surtout à cette période de ma vie. Quand j'ai un problème, j'essaye d'unifier les gens et de méditer à plusieurs reprises sur le sujet. Je ne me stresse pas, mais je médite profondément pour trouver le meilleur moyen de se débarrasser du problème. La chanson « Nuh Worry Uself » sert à rassurer les gens sur ce qui se passe, leur situation, les expériences qu'ils traversent, les problèmes et la pression qu'ils rencontrent à cause du système. On sait qu'il y a des enfants sans toits, que les gens travaillent 7 jours sur 7 sans pouvoir payer leurs factures. Donc j'ai choisi cette chanson pour le titre de l'album et de la tournée. Mais nous faisons des concerts plus pour rencontrer les gens, car ce sont eux ma préoccupation. Je cherche toujours à rencontrer et saluer les gens car cet album est à eux. Les chansons expriment leurs sentiments et on ne peut pas connaître les sentiments des gens si on ne va pas à leur rencontre.

Donc Sizzla ne s'inquiète jamais ?
Je ne m'inquiète de rien. Car si tu t'inquiètes tu seras triste le lendemain matin. Pourquoi s'inquiéter quand on peut prier ? Je préfère prier. Mais je suis préoccupé.


« Je ne cherche pas à faire un N°1 quand je fais une chanson […] Tous les morceaux de Sizzla sont des N°1 ! »


Comme tu nous l'as dit, sur cet album tu as travaillé avec John John, le fils de King Jammy's. Peux-tu nous parler de votre collaboration ?
John John est un bon producteur depuis longtemps. Il a produit des hits de Lady Saw ou Bounty Killer donc il est un producteur expérimenté et la rencontre avec Sizzla a été gigantesque et dynamique. On a médité sur le Très Haut Jah, sur la condition des gens et John John constatait souvent qu'il y avait trop de problèmes dans le monde comme la famine et ces choses-là. Il fallait qu'on fasse des chansons à propos de ça. On a été en studio et on s'est laissé aller entre frères. On n'a pas essayé de prévoir le futur, nous ne sommes ni des voyants ni des magiciens. On aime juste être naturels et parler de nos expériences, de ce qu'on a appris, de ce qui se passe dans le monde. Car on est conscients de ce qui se passe. On regarde la télé, on lit les journaux, on va parfois sur le net, car c'est important de s'informer sur ce qui se passer en dehors de chez soi, sur la planète. John John et moi on s'est rassemblés pour faire cet album, car on connaît la vie. Nous sommes des artistes musiciens expérimentés et nous avons des enfants. Personnellement j'ai 8 enfants donc je suis conscient des problèmes d'aujourd'hui.

Tu as une fois de plus utilisé des recuts sur cet album, comme le « Money Money » d'Horace Andy par exemple. C'est une pratique très courante dans le reggae, quelque chose de culturel. Sais-tu d'où ça vient ?
Car la musique est vie, la musique est amour, la musique est âme, la musique est unité. La musique est un langage universel, elle réunit les gens, elle est cette énergie qui attire les choses les unes envers les autres. Tels sont les principes de la musique, tels sont les principes de musiciens. Ça fait partie de notre culture de se mettre en valeur les uns les autres. On veut montrer au monde que nous ne sommes pas égoïstes. Quand quelqu'un crée un nouveau riddim qui sonne bien, on l'apprécie et on en fait la promotion. Car on se promeut les uns les autres. Les Jamaïcains aiment la bonne musique. Parfois c'est une juste une vibration. Par exemple une vieille chanson peut te faire penser à quelque chose d'actuel, alors tu veux utiliser le riddim et en faire un morceau aussi. Ce n'est pas un problème. Les droits d'édition reviennent à ceux qui l'ont créé et c'est tant mieux. J'aime utiliser des vieux riddims car ça ramène les vibrations d'antan à aujourd'hui et ça nous aide aussi à nous souvenir de grands musiciens.



Il paraît que tu aimes particulièrement enregistrer quand tu es tournée...
Non c'est juste une pratique habituelle pour moi. Pas seulement quand je suis en tournée. J'ai cette habitude de toujours vouloir enregistrer. J'aime tellement ça. Quand je n'enregistre pas, j'ai l'impression qu'il me manque quelque chose, comme si je dormais alors que le monde m'était tout ouvert. Je ne m'arrête jamais d'enregistrer. Si les studios n'existaient pas, je crois que vous n'auriez jamais entendu parler de Sizzla.

Enregistres-tu au cours de la présente tournée ?
Oui bien sûr, j'ai déjà fait 5 ou 6 chansons pendant cette tournée. J'aime rentrer en Jamaïque et dire que j'ai fait ces chansons en Europe. C'est ma façon de vivre ma passion pour la musique. Si on me propose d'aller en Russie, je voudrais enregistrer au moins 3 titres en Russie. Quand je les écoute, je les trouve belles. Et mes amis de Judgement Yard aiment ça aussi. Parfois ils me disent : « Je n'ai jamais entendu cette chanson, où l'as-tu enregistrée ? » Et je réponds que je l'ai faite en tournée. C'est une vibration qui vient de l'endroit où tu es au moment où tu y es. Tu t'inspires de l'atmosphère, tu regardes par la fenêtre, tu arrives à l'aéroport, tu rencontres des gens... ça te donne une vibration particulière et tu utilises tout ça pour en faire une chanson et tu te dis : « Je n'oublierai jamais cette tournée, car c'est là que j'ai fait cette chanson. »


« Je ne m'inquiète de rien. Pourquoi s'inquiéter quand on peut prier ? »


Y a-t-il des titres N°1 de Sizzla qui ont été enregistrés en France ?
Tous les morceaux de Sizzla sont des N°1 ! Tu vois ? Je ne me soucie pas de faire des hits. Je pense plus au message que je transmets. J'essaye de faire de la musique avec un message et de donner des bonnes vibrations. La musique permet vraiment de guérir des gens dans le monde. Certaines personnes s'éloignent du mal quand elles entendent des chansons conscientes. Je ne cherche pas à faire un N°1 quand je fais une chanson, il y a déjà tellement d'artistes qui se battent pour la première place. Je leur laisse volontiers. Je fais de la musique par amour parce que c'est ma passion. Ce sont les fans, les DJs et l'industrie musicale qui placent les morceaux en position de N°1. Moi je me contente de faire les chansons.

Tu enregistres souvent plusieurs chansons à propos du même sujet. Tu nous avais expliqué lors d'un précédent interview que c'était pour toucher différentes générations et on l'a bien compris. Mais ton message a-t-il évolué depuis tes débuts ? As-tu quelque chose de nouveau à dire ou ressens-tu encore le besoin de te répéter ?
Comme le dit Marcus Garvey, un bon leader a toujours quelque chose à dire. Tu dois jouer le rôle d'un pense-bête pour rappeler aux jeunes d'aujourd'hui d'où ils viennent. La Terre est à tout le monde. Nous sommes tous nés libres et égaux, mais il y a des gens qui dérivent. C'est pourquoi nous sommes obligés d'avoir des lois. Le fait de répéter quelques paroles et quelques sujets c'est juste pour vous rappeler de ne pas vous éloigner du chemin de départ. Quand vous avez soif, la première chose à laquelle vous pensez c'est au liquide. C'est quelque chose de naturel. De même, vous vivez grâce à l'énergie solaire, mais ça vous arrive de vous plaindre parce que vous avez trop chaud ou trop froid. Mais en fait, vous devez rester reconnaissants envers la création. Vous comprenez ?
Il y a toujours quelque chose à dire, et il y a toujours quelque chose de différent comparé à ce que vous avez déjà dit. Ce que je veux dire au monde aujourd'hui c'est que nous devons nous respecter plus et nous devons arrêter de nous entre-tuer. On n'a pas besoin de ça. Des millions de gens ont déjà perdu leurs vies juste pour un bout de terre, à cause de la stupide ambition des dirigeants du monde. Ces gens laissent des enfants mourir dans d'atroces guerres. On dirait que nous sommes des enfants qui se battent pour des bonbons. Mais nous sommes des adultes et nous devons changer et nous aimer les uns les autres. Ce sont les plus riches qui se battent. Ils sont millionnaires et ils continuent de se battre. Pourquoi ? Ils ne partagent pas, ils sont avares. Si vous êtes trop riches et que vous ne savez pas quoi faire de votre argent, aidez les pauvres. C'est pour ça que nous devons faire beaucoup de chansons. Pour faire passer le message. C'est pour ça qu'on se répète parfois. Toutes ces guerres, ces meurtres, ces viols, c'est à cause de Babylon qui crée beaucoup de souffrance. Rien n'arrive par accident. Les gouvernements planifient tout ça stratégiquement. Donc le peuple doit se construire lui-même, s'éduquer lui-même, on doit penser plus à l'agriculture. Il faut arrêter de se dire qu'on trouve tout dans un supermarché. Où trouverez-vous à manger quand il y aura une émeute ou une pénurie? Il faut avoir l'intelligence de se dire que nous devons planter notre propre nourriture. Il faut arrêter d'être dépendants des autres. Il faut vivre par soi-même. C'est pour ça que je fais plusieurs chansons sur le même sujet, car en fin de compte, ce dont nous avons besoin c'est de manger, boire et prier. Combien de personnes se retrouvent dans l'ennui depuis qu'ils sont millionnaires ? Ils finissent par se rendre compte que tout ce dont ils besoin c'est de l'amour. Ce sont des êtres humains comme les autres.

Tu as été banni du Sting par les organisateurs après ta dernière prestation là-bas en 2013. Comment as-tu réagi ?
Ce n'est rien. Ce n'est pas la première fois que des entreprises qui sponsorisent un événement obligent des organisateurs à bannir Sizzla. Ce n'est pas un problème pour moi. Je brûle mon propre feu, ils ont bien le droit de brûler le leur.
[NDLR :, A ce moment-là de l'interview, un manager nous fait signe de couper court...]

On a l'impression que tu as tout de même changé un peu. Tu es connu comme quelqu'un de difficile à contacter, à approcher. Aujourd'hui, on te voit prendre du temps avec tes fans, répondre aux interviews... Es-tu plus approchable qu'avant ?
Non je suis toujours le même. C'est juste que vous les Européens comprenez mieux les préceptes de Sa Majesté. Je ne souhaite pas empêcher les gens de venir à moi, mais il y a certains principes à respecter. Parfois, certaines personnes deviennent trop familières avec moi et ils oublient de me respecter. Nous vivons dans un monde dangereux. On ne sait jamais ce qui peut arriver, ce que les gens ont derrière la tête. Les gens aiment Sizzla, mais ce n'est pas pour ça que je vais venir dans une ville et rencontrer tout le monde sans qu'il n'y ait une certaine sécurité. Ça ne se passe pas comme ça. La musique est un métier et ça fait partie du métier que de se déplacer avec une équipe qui me protège de certaines agressions.



Que veut réellement dire ton nom Sizzla Kalonji ?

Kalonji est un mot swahili qui signifie « victorieux ». Je me suis donné moi-même ce nom après avoir lu un livre swahili. J'aime tout simplement ce mot donc je me suis donné ce nom. Quand on me demande mon nom je réponds Kalonji. Et Sizzla incarne la passion, le feu qui brûle. C'est comme quand tu ravives un feu sous une casserole d'huile bouillante, tu obtiens ce son de grésillement. C'est cette vibration. Je suis quelqu'un d'excité, de passionné, d'affectueux, quelqu'un de fervent ! Donc je dirais que Sizzla est une personne fervente et victorieuse.

Pour finir, que penses-tu du mouvement Reggae Revival ?
Reggae Revival ? Je n'ai jamais entendu parler de ça. Ça sonne bien comme nom. Tu parles de Chronixx et tous ces jeunes ? Je ne connaissais pas ce terme Reggae Revival, mais je suis conscient de tout ce que font ces jeunes. Honnêtement, on en entend parler, donc si c'était mort, on n'en aurait pas entendu parler. Vous voyez ? Le reggae ne peut pas mourir. Il n'y a rien à ressusciter, ça a déjà été fait des années auparavant. Mais je comprends pourquoi ils utilisent ce terme, car Babylon essaye d'éteindre le reggae. Car c'est une musique qui se bat contre la corruption. Ils essayent de maudire le reggae. Même les grandes entreprises qui sponsorisent le reggae essayent de faire taire les artistes reggae car nous disons la vérité. Mais on se fout de votre argent ou de votre pouvoir, on s'intéresse au bien-être des gens. Je comprends le mouvement Reggae Revival et je le soutiens, mais qu'ils ne disent pas que le reggae ou le dancehall étaient morts. Ce n'est pas vrai !

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commentaires
le 02/02/15 par Steph
Pas de commentaire par rapport à l'interview, par contre j'hallucine vraiment sur votre intro !! J'ai fait une dizaine de concerts de Kalonji depuis 2005 et son passage aux Eurockéennes (eh oui ! lol), et honnêtement son concert au Garance est le pire que j'ai vu ! OK tout est question de goût, mais là quand même...
le 03/02/15 par Ju-Lion
C'est bien pour ça que c'est précisé : "que CERTAINS avaient perçu comme un retour au sommet" ! Nous sommes bien conscients que le show de Sizzla au Garance 2013 a laissé des réactions partagées. Mais ce qui est sûr, c'est que ça faisait longtemps qu'on ne l'avait pas vu en Europe avec une telle énergie et une telle présence, et ça tout le monde était d'accord pour le dire ! Après, c'est son chant qui a en a laissé CERTAINS perplexes...
le 03/02/15 par Steph
Oui c'est vrai que je n'avais pas percuté sur cette nuance... Nice interview en tout cas... ;)
le 13/02/15 par ff
Grand fan de sizzla je trouve que meme si cela fait parti du personnage il se la "pete" pas mal dans certains propos. En ce qui concerne son dernier passage en france au cabaret sauvage j'ai trouvé le concert assez expéditif et de mauvaise qualité mais tout le monde n'est pas d'accord avec ca :) je le préferais à l'élysée montmarte ;)
le 02/01/20 par Charlie Dont Surf
Si il était moins prétentieux et plus tolérant avec les homosexuels il serait vraiment top enfin il a de bonnes idées.

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