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Sinsemilia se raconte tune par tune Sinsemilia se raconte tune par tune
18/03/15 - Auteur(s) : LN ; Photos : Odysseie

« Un autre monde est possible » est le nouvel album de Sinsemilia à paraître le 24 mars chez Soulbeats Records. Plus reggae que jamais, plus travaillé que jamais et avec toujours autant de générosité envers son public et d'amour entre ses membres, le nouvel opus DU groupe vétéran de reggae français se révèle particulièrement touchant, tant par la force de l'optimisme qu'il dégage que par le dur reflet de la réalité qu'il propose. Ce contraste saisissant se retrouve à la fois dans les atmosphères sonores tantôt sombres, tantôt plus légères, et dans les textes de Mike, tantôt chantés par Riké, tantôt posés ou parlés par lui-même. Les amateurs et fidèles de la première heure en seront fans. Les autres seront conquis.
Pour tenter d'approcher et d'appréhender au mieux cet album, nous avons proposé une interview « tune par tune » exceptionnelle à Mike. Profitez de cette lecture avant même de découvrir tous les sons d'« Un autre monde est possible ». Vous y trouverez des infos non contenues dans le livret de l'album !


« Flashback »


C’est un des derniers morceaux composés pour cet album, dont on a étalé le travail sur plusieurs périodes. On entrait en studio dès qu’on avait 3 ou 4 titres de prêts et dont on était contents, tout en continuant à composer les autres morceaux. Un jour en studio, Nono notre guitariste me fait écouter un battement de guitare avec ce beat qui m’a parlé direct, et la mélodie m’est venue. Ce morceau,  c’est nous, c’est notre histoire. A la base je voulais plutôt faire attention à ne pas parler de nous, mais finalement le morceau qui ouvre l’album le fait. Bon bah, comme ça au moins c’est fait (rires) ! On a bossé ce morceau à l’Ile Maurice où Riké avait une date en solo. Les gens passaient leur journée à la plage et nous on était les deux seuls connards à passer une semaine enfermés dans la chambre d’hôtel à maquetter des mélodies (rires) ! Le premier couplet parle de nos débuts et de ceux qui nous ont influencés, donc il y a plein de clins d’œil à des artistes reggae, parce que le reggae a changé nos vies et c’est vraiment ce qu’on aime, sans cette musique-là on n’aurait pas fait de musique. Sur le deuxième couplet, on fait référence à des morceaux à nous, parce qu’à un moment notre histoire prenait tellement de place qu’on n’avait plus besoin de s’accrocher à nos références.  La difficulté a été de raconter les 25 ans de notre histoire en seulement trois couplets, et on a vécu tellement de choses merveilleuses ensemble. Le clip est sorti et les retours sont très bons, les gens sont contents, ils retrouvent du vrai Sinsé. Et contrairement à ce que certains peuvent se dire, on ne règle pas des comptes, on réaffirme simplement ce qu’on est.


« L’espoir »


Ce texte a un an et en le relisant à la lumière d’évènements récents, il y a quand même beaucoup de phrases qui font écho à ce que l’on vit en ce moment malheureusement. On peut facilement tomber d’accord sur le fait qu’on vive globalement dans un monde de merde et qu’on aurait toutes les raisons d’être dépressifs ou en tout cas plus qu’anxieux. J’écris facilement des morceaux sombres, mais là vu la période, c’était hors de question, alors ça parle d’aller chercher des lueurs d’espoir ailleurs, là où il est, même dans des petites choses, des sourires. C’est la démarche de tout l’album, aller puiser l’espoir là où il existe encore. Bon, on ne va pas chanter « faites tourner les serviettes » non plus, mais on fait gaffe à ne pas être trop sombre. La musique de ce morceau n’est en plus pas si enjouée que ça, ça crée un certain contraste qui rappelle que malgré tout ça, il reste l’espoir.


« Warning »


Il y a une forte référence à l’écologie et au mur dans lequel on fonce par rapport à certaines choses, mais je ne voulais pas d’un morceau clairement écolo au premier degré, puisque nous-mêmes sommes loin d’être irréprochables à ce niveau-là. Je voulais quand même évoquer le sujet et le morceau est construit comme une comptine d’enfant avec le dernier mot de chaque phrase qui correspond au premier de la suivante. Ça amène à parler de choses largement préoccupantes de manière ludique mais sans enfoncer de portes ouvertes, juste avec cet enchaînement de phrases entremêlées, une sorte de confusion qui rappelle un peu le tourbillon dans lequel on se retrouve à vivre parfois. J’ai conscience que ce morceau n’est pas le plus clair de l’album (rires) ! A noter qu’il y a un sample de Tosh au milieu du refrain. Il y a plein de petits clins d’œil comme ça aux références majeures du reggae sur tout l’album, on le faisait moins avant mais là on s’est fait plaisir. Et j'en profite pour big up Fatbabs qui nous a fait les scratchs sur les samples avec toute sa gentillesse habituelle alors qu'il était en pleine tournée avec Nâaman.


«  Reggae Addicts Connection » feat Balik , Komlan et Bouchkour, Naâman, et Yaniss Odua


On est très potes avec Dub Inc depuis un moment, on a collaboré plusieurs fois et on se retrouve ensemble sur scène dès qu’on peut avec plaisir. Pour Danakil, on se connaissait peu jusqu’à que je sois accueilli une semaine chez Balik quand il vivait au Mali. J’y ai passé une superbe semaine et ça a vraiment créé des liens, c’est une très belle rencontre. Je travaille avec Nâaman qui est signé en édition chez moi (ndlr : Echopord) même si je ne le dis pas trop parce qu’il fait son chemin et n’a pas beaucoup besoin de moi, mais il y a un vrai lien. Et Yaniss, j’adore ce qu’il fait ! On avait collaboré sur un titre de Maxxo, For the Next Generation, j’avais adoré la session studio avec lui (ndlr : session studio à voir ou revoir ici) et je sais que c’est quelqu’un de bien, non seulement talentueux mais aussi terriblement humble ! J’avais vraiment envie de rassembler trois générations de mecs qui font du reggae en France, et donc y a nous malheureusement en mode papys (rires), ensuite la génération suivante avec Dub Inc, Yaniss et Danakil qui ne sont pas si loin, puis la troisième génération avec Nâaman. C’est cool de rassembler trois générations avec des parcours différents mais qui se réunissent autour du même amour pour cette musique. Pour l’enregistrement, ça a été un peu compliqué de composer avec les emplois du temps de tarés de chacun, mais je voulais vraiment qu’on enregistre tous ensemble. On a réussi, et ça a été une superbe journée avec plein de bonnes vibes, on s’est bien marrés tout en travaillant sérieusement. Il n’y a pas un mec qui était là pour faire mieux que les autres, tout le monde était là pour que le morceau soit bien et avec une vraie envie de faire un bon truc ensemble. C'est quelque chose qui n'aurait pas été possible de faire il y a 20 ans il me semble dans le reggae en France. Le clip arrive avec des images du studio, vous verrez qu’on s’est régalé ! Le défi maintenant, ça va être de réussir à nous réunir pour le faire sur scène !


« L’lluminé »


On en croise plein des illuminés, dans le bon sens du terme. C’est Riké qui chante cette chanson, c’est fait pour lui ! Au début, j’avais écrit à la première personne puis j’ai changé, pour bien dire à tous ces « illuminés » que si certains les raisonnent, nous on leur dit qu’ils n’ont pas tort d’être ce qu’ils sont. Être un illuminé, c’est avoir envie de croire en ses rêves et les défendre. On a joué ce titre sur scène et à chaque fois je rappelle qu’il y a 25 ans, on était dans un local avec nos bérets vert jaune rouge et on disait qu’on voulait faire du reggae. Oui, on était vraiment une bande d’illuminés mais heureusement qu’on l’a été parce que 25 ans après on est là et on fait du reggae ! J’assume le côté illuminé et j’encourage ceux qui le sont à le rester.


« Un autre monde est possible » feat Tiken Jah Fakoly


J’ai écrit une grande partie de ce texte avec l’instru qui tournait dans l’Ipad à l’aéroport d’Alger où j’étais coincé sept heures avant d’arriver au Mali. J’allais justement voir Tiken, dont on est très proches. La première tournée qu’il a faite en France, c’était en première partie de Sinsemilia, et j’ai écrit plusieurs fois pour lui. Ça fait longtemps qu’on avait envie d’un truc ensemble mais on ne voulait pas faire un titre juste comme ça. Là, je trouvais qu’avoir le point de vue d’un Africain sur ce thème était pertinent, et les mots du deuxième couplet raisonnent encore plus de la bouche de Tiken. On n’a pas cherché à avoir le Tiken que tout le monde connaît.  Je lui ai demandé de parler plutôt que de chanter, on pose un constat, on pose des mots. D’ailleurs pour ce côté « parlé », Riké me pousse beaucoup à poser ma voix comme ça. Et comme pour plusieurs titres, c’est parti d’un truc de Riké. Il avait fait une instru avec cette basse et des violons et j’ai aimé l’atmosphère. Il y a un clin d’œil à Sun is Shining et un solo de guitare qui rappelle Concrete Jungle. Ce morceau donne son nom a l'album. Le titre de l’album, c’est ce qu’on choisit en dernier quand il est fini. On a hésité, il aurait pu s’appeler « L’espoir », mais « Un autre monde est possible », c’est aussi de l’espoir et ça correspond à ce qu’on exprime dans cet album.


 «  Gift »


On avait déjà des lyrics sur cette instru, qu’on a retravaillé ensuite. Le texte était en français et ne m’éclatait pas, mais l’instru me plaisait beaucoup et j’avais quelques mélodies en anglais depuis plus de dix ans. Je me suis dit « J’ai conscience de notre accent, qu’est ce que je fais ? ». Je l’ai chanté au local et ça a plu aux autres, surtout sur la façon dont je lâche la voix, donc je me suis dit « allez je le fais, oui je vais le faire avec mon accent anglais et il doit bien y avoir deux bonnes fautes mais j’ai essayé de faire au mieux alors merde » (rires) ! Celui qui veut comprendre comprendra, celui qui veut se moquer se moquera … J’étais à deux doigts de ne pas le mettre, jusqu’à la dernière minute j’ai hésité mais je l’ai gardé parce que je trouve que malgré tout, dans la musicalité globale, c'est un morceau qui s’insère bien dans l’album. Je parle d’amour mais plus généralement j’y exprime le fait qu’on a qu’une vie et qu’il faut vivre des trucs vrais. Je n’ai rien révolutionné dans la philosophie (rires) mais on n’a qu’une vie, ne la perdons pas en mensonges à nous-mêmes ou aux autres, il faut vivre des trucs vrais.


« Tu n’es qu’une m… »


Ça devait être un interlude de 30 secondes, mais l’interlude a duré (rires) ! A la base, le son est écrit en référence à Depardieu. C’était un moyen souriant d’exprimer ce qu’on a ressenti lorsque le début du texte est né, en regardant la Nuit du Zapping à la télévision, il y avait un passage sur Depardieu qui se pavanait avec Poutine, et la seule phrase qui m’est venue, c’est ça : « T’es vraiment qu’une merde ». Il y en a plein d’autres aussi, des mecs qui présentent bien avec des belles situations et des comportements qui donnent envie de leur dire ça. C’est un morceau où on ne se prend pas trop au sérieux non plus, parce que des morceaux sérieux contre l’extrême droite ou le capitalisme, on en a fait plein. Là on ne voulait être ni moralisateur ni inquisiteur, mais on voulait un morceau où on se marre et on a même recréé l’ambiance d’un bar. Ce qui était un interlude est devenu un morceau spécial, mais un morceau.


« Barre toi »


J’entends beaucoup dans le milieu reggae la formule « Equal Rights » pour tout le monde, mais apparemment ça ne concerne peut-être pas les femmes, ça m’a toujours laissé perplexe … On avait déjà traité des droits des femmes sur un morceau en 2000, Née Elle, et il y avait quelques lignes sur les violences faites aux femmes. Là, on voulait vraiment reparler de ces violences parce que les statistiques en France sont incroyables, une femme meurt tous les deux jours ! C’est hallucinant, et on devrait en entendre parler davantage mais c'est pas le cas, donc ça me semblait évident de refaire un morceau. Le texte est très court et très simple mais ça a été le plus dur à écrire.


« We Miss Them »


Je voulais aborder ce thème. Des hommes comme Mandela, Coluche, L’Abbé Pierre manquent à la nouvelle génération. Ce sont des exemples indiscutables qui faisaient l’unanimité par leur cause, ce qu’ils étaient et défendaient. Ils étaient de vrais repères et des exemples. Aujourd’hui, on leur donne qui comme exemples ? Les héros de la télé réalité ? Dieudonné qui sème la confusion ? On avait Coluche, aujourd’hui ils ont Bigard… je schématise mais l’idée c’est ça. Mon seul regret sur ce titre est de l’avoir fait en anglais. Je l’avais commencé en français, mais musicalement certains trucs ne fonctionnaient pas. A noter sur ce morceau, un featuring musical de mon père à l'harmonica.


« Respire »


J’adore ce morceau, il est particulier. C’est parti de la grille de piano de Riké, c’est un vieil instru à lui que j’ai entendu pour la première fois il y a 4 ou 5 ans. Je me disais qu’un jour j’écrirai dessus parce que je l’adore mais il fallait trouver un truc qui colle à l’atmosphère. Une fois chez lui, j’ai écrit le premier couplet assez sombre, c’est tout moi quand j’écris – parce que je ne suis pas comme ça dans la vie - qui se marie super bien à la musique. Un autre jour, je discutais avec Riké au téléphone et il me disait qu’en ce moment il avait un grand besoin de trucs vrais, d’aller vers l’autre, de reprendre des nouvelles de personnes mais pas en surface, d’avoir de vrais échanges. Quand on a raccroché, j’avais les autres couplets dans la demi-heure. Ce qu’il a exprimé m’a inspiré. On a mis ce titre à la fin parce qu’au milieu il faisait trop OVNI ! Sur scène, il donne des frissons…

On a vraiment beaucoup travaillé sur cet album, peut-être même plus que sur tous les précédents.
Au final je pense que c'est notre meilleur album depuis Résistances  avec un vrai retour au reggae à la sinsé dont on avait vraiment envie. D’ailleurs, si on sort cet album chez Soulbeats malgré le fait que j’ai mon label indépendant, c'est parce que c'est un label capable de comprendre et de défendre notre reggae, et aussi parce que j’avais vraiment envie de me consacrer à Sinsemilia en tant qu’artiste, de juste penser au côté artistique. Je suis très content de collaborer avec Soulbeats, ils savent de quoi on parle, ils sont à l’écoute, ils respectent nos choix, on se comprend sur ce qu’on veut et ça me permet de passer mon temps à me concentrer sur la musique.

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commentaires
le 22/04/15 par Zopelartisto Lagrosseradio !
Top article !!
le 10/05/15 par ElviDo
Pas mal l'album, sa présentation live aussi nice. Après je trouve que c'est peut être un peu moins inspiré que d'autres skeuds qu'ils ont sorti.

2.3/5 (32 votes)

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