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Protoje - Interview Protoje - Interview
03/04/15 - Auteur(s) : Nounours

Alors qu'il vient de débuter une tournée effrénée, Reggae.fr a pu de nouveau rencontrer l'artiste reggae désormais incontournable, Protoje. L'occasion évidemment de discuter de sa nouvelle sortie, l'excellent "Ancient Future", disponible depuis le 10 mars sur le label Baco Records. Rencontre :

Reggae.fr : Le titre de ton nouvel album "Ancient Future" reflète bien ton travail et ton goût pour « faire du neuf avec du vieux »…

Protoje : Chacun a un but différent avec sa musique. Personnellement, je me vois comme un pont entre les générations. Je veux faire découvrir à ma génération des morceaux qu’elle ne connaît pas forcément, et transmettre à la génération suivante l’Histoire de cette musique.  L’Histoire était ma matière préférée à l’école, j’aime préserver le passé et le faire connaître aux gens.

Tu as travaillé sur cet album avec Winta James de Ovastand Entertainement, comment vous êtes-vous rencontrés et comment s’est passée cette collaboration ?
Winta était fan de moi (rires) ! Je plaisante. En tout cas, il aime ma musique et ce que je fais. Il avait des idées et voulait travailler sur une production de ce type, mais avec un artiste qui soit sur la même longueur d’ondes que lui. Quand on s’est rencontrés, on a tout de suite su que c’était le cas, on avait la même énergie, non seulement musicalement mais aussi spirituellement. On a commencé à travailler ensemble et on a réalisé qu’on avait vraiment une bonne connexion, ce qui nous a naturellement amenés à faire encore plus de musique, jusqu’à ce que je propose de faire un album. Et on l’a fait !



Comment as-tu choisi les nombreux samples présents sur l’album ?

Tout le projet était basé sur des samples, c’est vraiment le cœur de l’album. J’en ai choisi certains, comme pour "Bubblin". Pour "Answer to your name", c’est un producteur anglais qui m’avait envoyé ça il y a longtemps.  Et Winta a proposé la plupart des autres. J’ai voulu rendre hommage à cette musique et à certains des artistes qui m’ont influencé.

En parlant de “Bubblin”, c’est un ganja tune qui …

Le dernier ! Ce sera mon dernier ganja tune !

Pourquoi ?!
Ça me saoule un peu, je veux chanter sur d’autres sujets. Le truc de la marijuana, c’est bon c’est dépassé … Les gens devraient passer à autre chose, pas forcément dans le sens où il ne faut plus chanter sur le sujet, mais arrêter de faire campagne pour sa légalisation…

Et bien justement, en février dernier une nouvelle loi jamaïcaine a rendu la consommation pour usage religieux légale… Qu’en penses-tu ?

Je ne vois pas pourquoi ça devrait être légal pour « usage religieux » puisque tout d’abord, comment définit-on qui est un rasta et qui a donc le droit de fumer ? Et ça peut mener à beaucoup de confusion, entre un rasta qui n’a pas de locks, ou une personne avec des locks qui n’est pas rasta … Si c’est légal pour un groupe de personnes, ça doit l’être pour tout le monde, je n’aime pas les lois qui divisent.

Ton titre "Criminal" est plein de références historiques, peux-tu nous en parler ? Et d’ailleurs, est-ce bien "A Song" de Pablo Moses qui est samplé ? 

Il y a deux samples sur ce morceau en fait, celui de Pablo Moses et "General" de Ini Kamoze.  Les samples m’ont donné envie de parler de l’époque où les originaux sont sortis, ou en tout cas du passé. Je parle du meurtre de Peter Tosh en septembre 1987, de l’arrestation de Leonard Howell en 1930 à cause d’une photo de Sa Majesté, de la visite en Jamaïque de Sa Majesté en 1966, de Dutty Bookman qui est allé en Haïti et a lancé la Révolution, de l’assassinat de Walter Rodney … J’en parle en musique pour que les gens puissent s’intéresser à ces sujets et faire des recherches. Sur ce titre, je mets l’accent sur le fait que toutes ces personnes ont été traitées comme des criminels, Peter Tosh a été enfermé, Dutty Bookman était un esclave, Walter Rodney a été banni de Jamaïque, Sa Majesté a dû vivre en exil … Mais il faut se demander qui étaient les vrais criminels…

Selon toi, est-il nécessaire pour faire du reggae d’avoir soi-même fait face à des thèmes souvent évoqués comme la pauvreté, la souffrance …
Non, il faut simplement avoir de l’empathie pour les autres. Ne pas avoir fait l’expérience de quelque chose ne veut absolument pas dire que tu ne peux pas le comprendre ou le ressentir. Il y a beaucoup de gens qui n’ont pas traversé ces choses-là et pourtant… Par exemple, Che Guevara a reçu une très bonne éducation et n’a pas du tout eu à faire face à certains problèmes, mais il s’est quand même battu pour ceux qui souffraient. Il faut donc avoir de l’empathie, avoir de la compréhension pour les autres et être capable de l’exprimer. Et puis, tu n’es pas obligé de chanter la difficulté de grandir dans un ghetto pour être entendu. Tu peux toucher et inspirer les gens du ghetto avec d’autres sujets.

“Who Knows” avec Chronixx a été l’un des big tunes de 2014. Comment ce titre est-il né ?
C’était une idée de Winta, qui a écrit le refrain. En fait, j’ai chanté le refrain en premier sur une démo. Mais après on s’est dit qu’il nous fallait Chronixx dessus. Il a mis sa propre touche et c’est un artiste vraiment brillant donc il a fait monter le level du morceau d’un cran encore ! On s’entend vraiment bien et il y a un moment qu’on voulait faire un son ensemble, et on en parle tout le temps, donc ça ne sera pas le dernier ! 

On espère bien ! T’attendais-tu à un tel succès ?
Oui ! La première fois que je l’ai entendu, bien longtemps avant que cet album ne sorte, j’ai dit à Winta que ce serait le premier single de l’album. J’étais sûr que ce serait un hit, je l’ai senti, donc ça ne m’a pas surpris du tout.



Tes deux premiers albums avaient été produits par Don Corleon. Sur ce nouvel album, on entend vraiment un Protoje plus libre. Était-il trop directif ?
Oh, non (rires) ! C’était juste une relation créative différente de celle que j’ai avec Winta. Don est un producteur établi qui sait exactement ce qu’il veut et quel type de son il veut créer. Pour cet album, il s’agit davantage du son que MOI je veux créer. J’ai eu le dernier mot sur pas mal de choses, parfois c’était Winta, et on a pu travailler comme ça. Aussi, le fait que je travaille avec mon propre label et que je suis mon propre producteur exécutif pour la première fois me donne une plus grande liberté créative, donc oui en ce sens je suis plus libre, mais c’est juste parce que c’est différent.

Sur les réseaux sociaux parfois on peut voir que tu te plains du manque de visibilité du reggae dans les medias jamaïcains… Le dancehall occupe-t-il toute la place auprès du public ?
Moi, je me plains (rires) ? Non, ce n’est pas vraiment à cause du dancehall. C’est la négativité qui est plus plébiscitée. Les médias écrivent un tas d’articles pour dire à quel point le reggae va mal, mais ne le mettent pas en avant quand il va bien. Mais récemment, The Gleaner a écrit un article sur moi et le fait que je sois n°1 sur Itunes avec ce nouvel album, et je l’ai reposté et les ai remerciés pour ça.

Ce nouvel album a beaucoup d’influences hip-hop. Tu en écoutes beaucoup ?
Oui, carrément ! J’ai grandi avec du hip-hop, tous mes flows et mes rythmes sont basés sur du hip-hop, que j’applique sur du reggae, mais mon style est vraiment inspiré par le hip-hop, c’est clair !

Tu penses que le mélange des styles est un bon moyen pour la musique jamaïcaine de se développer encore davantage et d’élargir son public ?
Bien sûr. C’est pour ça que Bob Marley mélangeait toutes ces musiques venues des Etats-Unis (RnB, soul, blues…) à la musique jamaïcaine. La majorité de la musique jamaïcaine des années 60 et 70 a des inspirations venues d’ailleurs. Coxsone allait à Cuba et entendait ce qui s’y jouait, il rentrait et le faisait jouer à des bands jamaïcains en version reggae : c’est comme ça que le ska est né. Et si on prend le rub-a-dub, qui a été en Amérique et qui est devenu le hip-hop… La musique doit être libre, on ne doit pas s’arrêter à un style. Je me considère comme une personne de Jamaïque qui fait de la musique. Dans son sens le plus général.

Tu es en tournée actuellement, avec beaucoup de concerts prévus … Pour ceux qui ne t’ont jamais vu sur scène, peux-tu décrire un show de Protoje ?
Oui, on a plein, plein, plein de concerts prévus (rires) ! Regarde (il montre une liste de dates sur deux feuilles) ! Un show de Protoje, c’est énormément d’énergie, très spirituel, et très interactif. J’inclus beaucoup le public, j’aime cette connexion avec les gens et j’aime voir la joie que la musique leur procure.

Un dernier mot pour tes fans ?
Continuez à diffuser la musique, continuez à vous aimer les uns les autres et souvenez-vous que chacun veut juste vivre sa vie et trouver la paix. A bientôt !

 

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