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Interview - Strictly Morgan Heritage Interview - Strictly Morgan Heritage
26/05/15 - Auteur(s) : Ju-Lion ; Photos : Courtoisie de Morgan Heritage

Un nouvel album de Morgan Heritage est toujours attendu par les amateurs de reggae. Le nouveau Strictly Roots arrive chez nous début juin et on sait déjà que les fans ne seront pas déçus. La famille royale du reggae donne dans ce qu'elle sait faire : du reggae moderne et conscient teinté d'influences musicales aussi variées qu'appropriées. Il va falloir attendre un peu avant de les retrouver sur scène en France pour défendre ce nouvel opus, mais Reggae.fr vous fait patienter avec cet entretien réalisé par téléphone avec Mojo Morgan en direct de Miami !

Reggae.fr : Strictly Roots est le dixième album studio de Morgan Heritage. Avez-vous préparé quelque chose de spécial pour l'occasion ?

Mojo Morgan : Non, on n'a rien fait de spécial. On a juste essayé de faire de la bonne musique qui plaise aux gens et je crois qu'on y est arrivé. L'album est déjà sorti aux États-Unis et il est très bien accueilli. On est resté deux semaines en tête des charts reggae Billboard donc c'est plutôt une réussite. On a hâte que les Européens le découvrent maintenant.

L'album s'appelle Strictly Roots. Pourquoi ce choix alors qu'il ne s'agit pas d'un album 100 % reggae roots ?
Quand on parle de roots, on parle des racines d'un individu. Nous sommes nés à Brooklyn et avons grandi à Springfield aux États-Unis, mais nos parents sont Jamaïcains. Nos racines sont en Jamaïque et en Afrique. Vos racines à vous sont en France ou dans un autre pays. Tous les hommes de cette planète ont des racines quelque part, peu importe où ils habitent. Nous, on a décidé de mettre en lumière nos racines qui viennent de la musique jamaïcaine. Si on dit Strictly Roots, c'est parce que quand vous écoutez notre album, vous avec accès à une large palette qui représente la musique jamaïcaine et toutes les influences qu'elle a eues sur les autres styles comme la pop, le ska-punk, le hip-hop ou le dubstep. Toutes ces musiques ont été influencées par le reggae et notre but à nous était de les ramener à leurs racines.

Vous n'avez pas peur que les auditeurs s'attendent à un album 100 % roots et qu'ils soient déçus en découvrant la modernité de cet album ?
Le truc c'est que le reggae doit évoluer. Toutes les musiques ont évolué et le reggae doit aussi le faire. Le mot roots a du sens pour nous comme je viens de vous l'expliquer. Prenez le dubstep par exemple. Il vient du dub qui lui-même vient du reggae. Le dub n'est rien de plus qu'un morceau de reggae roots sur lequel on ajoute des effets. Quand ils ont créé le dubstep, ils ont pris notre musique pour la mélanger avec de la dance et de la musique electro. Comment pouvez-vous me dire que cela ne vient pas de la musique roots ? Donc ça a du sens d'appeler notre album Strictly Roots.

A propos du roots justement, sur votre précédent album, vous chantiez le retour de la musique roots and culture. Vous pensiez qu'elle était partie ?

On pensait qu'il n'y avait pas un bon équilibre en tout cas. C'est aussi pour ça que l'on a appelé notre nouveau label Cool To Be Conscious (CTBC). Car tu n'as pas besoin d'être spirituel pour être conscient. Être conscient ça veut dire être avisé sur tout ce qui t'entoure et être capable de créer un équilibre avec tout ça. Tout abus est nocif. Il faut un équilibre. Quand on chantait « It's the return of roots and culture », on ne parlait pas de l'aspect musical. On s'intéressait aux racines et aux cultures des gens. Notre nouvel album est effectivement la continuité de ce message. On veut dire aux gens qu'il est important de retourner vers ses racines. Car si tu ne sais pas d'où tu viens, tu ne sauras pas quelle direction prendre dans la vie.



Tu nous parles de votre label CTBC. C'est le premier album que vous sortez sur ce label. L'avez-vous créé spécialement pour l'occasion ?

Oui. Dès qu'on a commencé à travailler sur cet album, on a su qu'on allait fonctionner comme ça. On voulait créer un concept tout entier autour de l'album et le label en faisait partie. Quand on a fait les premiers morceaux, on a vite compris la tournure que les choses allaient prendre. On voulait être universels. C'est pour ça qu'on a invité des artistes du monde entier, car le reggae n'est plus exclusivement jamaïcain aujourd'hui. C'est une musique mondiale. Il y a Gentleman en Allemagne, Alborosie en Italie, Gappy Ranks en Angleterre, Fire Ball au Japon, Katchafire en Nouvelle-Zélande, J-Boog à Hawaï, SOJA & Rebelution aux Etats-Unis... Ce concept d'universalité, on veut le développer avec notre propre structure.

Et y a-t-il une raison particulière qui vous a poussés à sortir un album par vous-mêmes ?
On voulait juste s'assurer que notre musique arrive bien dans les oreilles de nos fans. Car on s'est rendus compte qu'après toutes ces années avec VP Records, malgré l'excellent travail que nous avons fait ensemble, on n'arrivait toujours pas à atteindre tous nos fans correctement. On a voulu essayer une nouvelle façon de sortir notre musique. Et ça a plutôt l'air de marcher puisque nous avons atteint la première place du Billboard la semaine de la sortie. On ne sait pas ce que ça va donner par la suite, l'album est encore tout jeune, mais ça démarre plutôt bien. Cela prend du temps de faire connaître un album à ses fans, car nous n'avons pas les mêmes budgets publicitaires que les artistes mainstream de la musique pop. On fait ça en underground et je crois qu'on se débrouille plutôt bien.

Quels avantages et inconvénients voyez-vous à être indépendants ?

Ça force à être plus créatifs dans l'approche marketing de ce qu'on fait. Et surtout, ça nous laisse plus libres dans nos décisions. Mais c'est aussi plus difficile de trouver de l'argent pour mener à bien son projet et on ne peut plus se reposer sur les responsabilités d'autres personnes. Aujourd'hui, si la promotion de notre musique n'est pas bien assurée, on ne peut pas blâmer VP, Sony ou Universal. Nous sommes les seuls responsables. Ça nous oblige donc à être plus concentrés qu'avant sur l'aspect business.

Avez-vous prévu de produire d'autres artistes sur ce nouveau label ?
Oui bien sûr ! On veut propager cette vibes conscious le plus possible. On sait que le reggae est un bon véhicule pour ça, mais on s'intéresse aussi à d'autres styles qui attirent peut-être plus de monde. En tout cas, on a hâte de vous faire découvrir de nouveaux artistes. On va même sortir des titres avec nos propres enfants dont Jemere Morgan que vous connaissez déjà, le fils de Gramps.



Vous avez travaillé avec plusieurs producteurs sur ce nouvel album (Seani B, Shane Brown, DJ Frass...) et parmi eux le duo français Bost & Bim n'est-ce pas ?
Oui. Ce sont nos frères depuis une dizaine d'années. On aime beaucoup travailler avec eux, ils sont très créatifs. Ils ont réussi à capter l'essence de la musique jamaïcaine en la complexifiant. C'est-à-dire qu'au début, le reggae était très simple. Les Jamaïcains créaient des boucles de quatre ou huit mesures et après ils mettaient des effets différents sur chaque boucle pour varier la musique, mais en fait c'était toujours la même boucle qui tournait. Bost & Bim ne travaillent pas comme ça la plupart du temps. Ils ont une véritable approche créative du reggae. Sur cet album, ils ont travaillé sur Rise And Fall et Wanna Be Loved.

Bost & Bim ne sont pas les seuls Français et Européens talentueux en matière de reggae. Beaucoup de jeunes producteurs sont aujourd'hui plébiscités par les artistes jamaïcains. Penses-tu que la France ou l'Europe soient les nouveaux lieux du reggae ?
La France et l'Europe ont réussi à créer du reggae en lui ôtant ses frontières. Je ne dirais que ce sont les nouveaux pays du reggae, car La Mecque reste La Mecque. La Jamaïque sera toujours le pays du reggae. Mais je pense vraiment que ce sont les pays d'Europe qui sont les meilleurs quand il s'agit de créer du reggae qui va au-delà de ce système de boucle à huit mesures.



Parlons un peu des featurings présents sur l'album. Jo Mersa Marley par exemple...

Jo Mersa est le fils de Stephen Marley. Stephen est notre frère. Ça fait de Jo notre neveu (rires). On l'a vu grandir. On se côtoie beaucoup aux Etats-Unis avec la famille Marley et on a vu Jo Mersa évoluer depuis ses premiers bidouillages sur les boîtes à rythme jusqu'à aujourd'hui. Maintenant il fait partie des jeunes artistes qui émergent sur la scène reggae internationale et nous sommes très fiers de lui. Quand on a travaillé sur l'album, on a voulu inviter des artistes réellement proches de nous. Des gens avec qui nous avons une vraie relation. Et Jo Mersa en fait partie. Tout comme Chronixx et les autres.

Vous avez choisi vos featurings par affinités, mais étiez-vous tous unanimes au sein de Morgan Heritage ?
Oui. La sélection s'est faite avec tout le monde. Comme sur tout ce que l'on crée ensemble d'ailleurs. Morgan Heritage est une entité. Nous sommes un collectif. On respecte tous les opinions des uns et des autres. Chacun a ses propres goûts musicaux c'est vrai, mais c'est ce qui fait de nous ce que nous sommes, car on contribue tous à cette entité qu'est Morgan Heritage. Ce n'est pas ce que l'un ou l'autre aime, mais la totalité de ce qu'on aime tous qui fait l'identité du groupe.

Toi qui es un grand fan de rock et de heavy metal, n'avais-tu pas envie d'inviter quelques artistes ?
Non, pas cette fois. Comme je l'ai dit, on choisit des artistes qui nous plaisent à tous et que l'on connaît vraiment bien. Mais on a déjà collaboré avec un groupe rock. Les musiciens de Good Charlotte jouent sur notre morceau Jump Around sur l'album Three In One. On les avait rencontrés sur une tournée organisée par Vans aux États-Unis et on avait vraiment sympathisé avec eux donc c'était logique pour nous tous de les inviter. Mais sur cet album, je n'ai trouvé aucun titre qui aurait pu correspondre à un style plus rock ou metal, donc je n'ai rien proposé. Mais je sais que si je le faisais, tous les membres du groupe seraient d'accord avec moi.

Tu parlais de Chronixx tout à l'heure puisqu’il figure aussi sur votre album. C'est un peu lui la coqueluche du moment. Il a été invité sur les albums d'artistes déjà reconnus comme Shaggy, Lutan Fyah et aujourd'hui vous. La stratégie des artistes a-t-elle changé ? Avant c'était les jeunes artistes qui invitaient les stars sur leurs albums pour se faire connaître. On dirait que c'est l'inverse aujourd'hui...
C'est ce qui est bien aussi dans la musique. Cette nouvelle génération d'artistes est en train de toucher une nouvelle génération de fans. Alors, en tant qu'artiste établi, si tu veux aussi toucher cette base de fans, c'est important pour toi de collaborer avec les jeunes artistes. Ces gars-là ont des fans qui ne nous connaissent pas, il faut le savoir.

Et que penses-tu du reste de la génération Reggae Revival ?

Reggae Revival ? Je n'aime pas du tout ce nom, car ça suppose que le reggae était mort. Mais je soutiens clairement cette jeune génération qui porte fièrement le flambeau du reggae. Jah9, Kabaka Pyramid, Protoje, Jesse Royal, Chronixx, Iba Mahr...  Tous les membres de Morgan Heritage aiment et soutiennent ces jeunes. Parce qu'ils travaillent bien et ça veut dire que le reggae est entre de bonnes mains pendant au moins les vingt prochaines années.

Chronixx a l'air d'être celui qui sort le mieux son épingle du jeu. Il est sur toutes les lèvres. Il y a un véritable buzz qui se crée autour de lui. Pourquoi lui plus que les autres selon toi ?

Je crois que Chronixx a trouvé son groove plus rapidement que les autres, tant au niveau des paroles que des mélodies. Ces artistes sont encore tous très jeunes et ils sont en train de développer leur style, leur identité et leurs prestations sur scène. Il y en a toujours qui se développent plus vite que les autres et je crois que Chronixx est le premier à avoir trouvé son propre style. Protoje est sur la bonne voix aussi. On s'en est bien rendu compte sur son dernier album. Mais il lui a quand même fallu trois albums pour en arriver où il est aujourd'hui, alors que Chronixx n'a pour l'instant sorti qu'un EP. Il n'a même pas sorti d'album encore !

C'est pourtant l'un des plus jeune de la bande. Il n'a même pas 23 ans !
C'est vrai, mais c'est celui qui a la plus longue expérience dans la musique je pense. Pendant que Protoje et les autres allaient à l'école, Chronixx était déjà en studio en train de faire de la musique et d'écrire des chansons pour d'autres artistes. Il a développé son talent à l'abri des projecteurs pendant toutes ces années. Quand il a commencé à enregistrer, tout ce milieu ne lui était pas inconnu. Il était déjà prêt. C'est sans doute ce qui explique qu'il a rapidement convaincu les gens.



Parlons un peu de certaines chansons de l'album. Le premier single est Perform And Done pour lequel vous avez tourné un clip...
Oui. Le message de cette chanson c'est de croire en soi. Il faut être confiant. Et ça s'adresse spécialement aux femmes parce que nous avons besoin de plus de femmes confiantes dans notre société. Dans notre clip, on a utilisé la danse pour exprimer cette confiance en soi. On l'a fait car cela fait partie de notre culture aussi. C'est vrai que nous ne sommes pas des artistes dancehall qui chantent sur le sexe et tout ça. Ce n'est pas ce que nous représentons, mais ça fait partie de nous quand même puisque nous avons des origines jamaïcaines que nous aimons afficher. On apprécie de voir des filles qui dansent de manière sexy dans les sound systems. Aucun homme ne peut être insensible à ça (rires). Et c'est une façon pour une femme de montrer son assurance, donc on les encourage à faire ça.



Et le titre So Amazing avec J-Boog, Jemere Morgan et Gil Sharone. C'est une chanson très pop. Croyez-vous qu'elle va plaire aux fans de Morgan Heritage ?
Tous les fans de Morgan Heritage qui aiment la pop aimeront cette chanson (rires). C'est quand même bizarre qu'à chaque fois qu'on explore un autre style, les gens se posent des questions. Si No Doubt fait une chanson un peu reggae, tout le monde va dire : « Oh vous avez entendu ? No Doubt fait du reggae ! Génial ! » Alors que quand c'est Morgan Heritage qui fait de la pop, on entend plutôt : « Ah, ils ont viré commercial ». C'est la vie. On ne peut pas plaire à tout le monde.

La chanson Why Dem Come Around parle une nouvelle fois des hypocrites. C'est un thème que l'on retrouve souvent dans le reggae n'est-ce pas ?
Oui c'est vrai. Parce que ça fait partie de la réalité. Déjà à l'époque de l'Empire Romain, Jules César a été trahi et poignardé par ses associés les plus proches. Le reggae est comme un journal quotidien. Il dépeint la réalité. Et les hypocrites font partie de la vie de chacun. Ils sont là depuis la nuit des temps et ils seront encore là longtemps. Donc il faut mettre en garde tout le monde à ce sujet.

On attend maintenant de vous voir sur scène pour nous présenter ce nouvel album. Une tournée de prévue ?

Yes I ! On va faire une tournée chez vous en octobre et novembre et on emmènera avec nous J-Boog et Jemere Morgan. Et je crois bien qu'il y a un gros concert prévu à Paris avec Alpha Blondy. Voilà une info exclusive !

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