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Une Histoire du Reggae-Dancehall Lokal Une Histoire du Reggae-Dancehall Lokal
10/07/15 - Auteur(s) : Nounours avec Sacha ; Photo On The Roots

La Jamaïque est la patrie du reggae, les Caraïbes son jardin d’Eden. La Guadeloupe et la Martinique ont donc tout naturellement été une terre d’accueil musicale bienveillante pour le mouvement Reggae. La graine musicale a été plantée dans les années 70 et elle a poussé pour donner naissance à un magnifique arbre solide, robuste, inspiré : le reggae local. Petit frère du reggae originel, le reggae local s’est approprié le style de musique jamaïcain et y a ajouté des influences linguistiques créoles et françaises,  des thématiques propres aux territoires d’outre-mer et aux déracinés métropolitains, et des inspirations musicales mélangeant influences caribéennes et françaises. Il s’est ainsi construit une identité forte et affirmée.

Le reggae local par son originalité, le talent de ses artistes, son énergie a trouvé sa place et a réussi à exister à part entière, soutenu dès la fin des années 90 par des médias militants comme reggae.fr qui a produit les premiers reportages vidéos de ces artistes emblématiques. Malheureusement comme souvent avec les mouvements underground, la presse et la radio mainstream ne parlent pas du tout de ce style prolifique, ou si peu. Le public, lui, existe, adhère et suit son actualité portée par des artistes talentueux et déterminés.

Aujourd’hui, Admiral T, Yaniss Odua, Sael, Tiwony, Daddy Mory, Saik, Straika D., Kalash en sont parmi les représentants les plus reconnus, mais ils sont aussi les arbres qui cachent la forêt immense des talents de ces territoires d’outre-mer qui méritaient un nouveau zoom de notre part. Nous ne pourrons évidemment pas être exhaustifs tant le mouvement est immense et les talents nombreux, mais nous allons vous raconter non pas l’Histoire mais une histoire du reggae-dancehall local à travers différentes périodes clés de ce mouvement et de ses acteurs.

Run it !!!


UN ARBRE AUX MULTIPLES RACINES : L’ECOLE DES SOUND SYSTEMS


La Guadeloupe et la Martinique ont adopté petit à petit la musique reine du grand frère jamaïcain, et toutes ses déclinaisons : roots, lovers, dub et dancehall. Le sound system va être un formidable vecteur de diffusion du reggae, puis par extension des artistes locaux.
A la fin des années 80, la déferlante dancehall jamaïcain s’étend ainsi rapidement et débarque dans les Antilles Françaises, où le zouk règne alors sur les dancefloors. Le dancehall devient rapidement populaire chez les jeunes, qui, comme avec le rap pour les métropolitains, y trouvent un moyen d’expression : la scène locale s’affirme. Si les premiers artistes sont évidemment influencés par le style jamaïcain, ils trouvent rapidement leur propre identité, renforcée par l’utilisation du créole. L’émergence de ces artistes est indissociable du développement des sound-systems aux Antilles et en France, dont l’histoire s’entremêle puisque bon nombre d’artistes feront la navette entre les Antilles et la métropole au cours de leur carrière.

Parmi les pionniers, l’incontournable Daddy Yod a inspiré toute une génération (il fait d’ailleurs son grand retour en 2015 avec un nouvel album attendu dans le courant de l’année).  Il débute au milieu des années 80 au sein de la Youthman Unity Academy – qui accueillera des artistes tels que Pablo Master, Supa John ou Princess Erika, et rencontre son premier succès avec Faut pas taper la doudou sur son album Redoutable sorti en 1990. Il explose l’année suivante avec Delbor, classique ultime issu de son deuxième album. Il coréalisera d’ailleurs en 2009 le documentaire Il était une fois… Raggamuffin qui revient de façon intéressante sur les débuts du reggae-dancehall en France.



Du côté de la Martinique, il faut tout de suite parler de Don Miguel, producteur et fondateur du premier label franco-antillais spécialisé reggae-dancehall, le désormais mythique Don’s Music, toujours actif 20 ans plus tard ! Au début des années 1990, il produit Daddy Harry (R.I.P) pour deux albums qui fonctionnent bien, puis le collectif Ruff Neg (composé de Matinda, Pleen Pyroman, Ras Daniel et Kulu Ganja). En 1994, il crée Don’s Music et sort  la compilation  Dancehall party : Silence qui contient quelques classiques : Pleen Pyroman, qui s ‘appelle à l’époque Daddy Pleen, y pose un titre mémorable contre la pédophilie  Ne touche pas à ta fille, et Lord Kossity y est révélé avec le tube Vanessa teinté de zouk. Le label sortira plusieurs compilations importantes, et on peut déjà y retrouver à l’époque le cousin de Daddy Harry, un certain Little Yaniss, qui deviendra Yaniss Odua. On découvre également Saël sur la compilation Dancehall News en 1996.

Toujours en Martinique, le groupe Metal Sound a largement contribué à populariser le genre sur l’île. Un des membres du groupe, Skanky, débute au sein du même sound-system que Mc Janick, le Digital Hi-Fi. Avec Guy Al Mc et Prince Radical, ils forment Metal Sound au début des années 90 et rencontrent un gros succès ponctué de tubes : Jenn fi ou douss, Joli jenn fi, Dj au top, dont certains aux textes engagés comme Joue pas avec le crack.  Guy’Al Mc produit d’ailleurs en 1993 une compilation Ragga Sun Hit n°1 sur laquelle Straïka D, une de ses découvertes, pose ses deux premiers titres Fam Ruff, et Trop de Makrel avec ses camarades du Yich Madinina Crew. La belle nouvelle est que Guy’Al Mc nous livre cette année son nouvel album, Comme d'habitude, déjà disponible !



Une autre figure historique de la scène reggae local est Mc Janik, cité comme référence par beaucoup et qui a enregistré son premier album en Jamaïque, plus précisément à Waterhouse chez King Jammys, rien que ça ! Il ne passera qu’une courte partie de sa carrière en Martinique et se fera connaître en métropole grâce à son titre Natty Princess sur la compilation Rap Attitude Vol 2 en 1992.  Les deux volumes de cette compilation mythique du rap français sont d’ailleurs importants. On est encore loin de la frilosité contemporaine par rapport au reggae, et ces compilations produites par Virgin accueillent des artistes du milieu et leur permet de se faire connaître : Daddy Yod avec Rock en Zonzon, Tonton David avec Peuples du monde, mais aussi Saï Saï et Raggasonic. En métropole, le dancehall (dit ‘ragga’) et le rap entretiendront d’ailleurs pendant longtemps des relations étroites qui donneront lieu à plusieurs collaborations entre leurs acteurs.

A la fin des années 90, un groupe voit le jour : Jacky, Ben-J et Jamatik forment les Neg Marrons, capital ragga-dancehall du collectif de rap Secteur Ä. S’ils seront souvent à situer plutôt du côté du rap, on leur sera éternellement reconnaissants d’avoir fait raisonner partout leur hit Le Bilan en 2000, qui sample le Truth and Rights Riddim !

Et si Don Miguel et le collectif Ruff Neg donnent le ton en Martinique, en Guadeloupe il s’agira entre autres du label et collectif d’artistes Karukera Sound System (KSS) qui va participer à la structuration de la scène reggae locale. Actif depuis 1994 et emmené par Brother Jimmy, le KSS va jouer un rôle essentiel dans le développement du dancehall sur l’île et comptera dans ses rangs Oliver Stone, Ti Bob, Lovy Jam, Little Espion, Kurtis, et bien sûr Admiral T qui sort en 1998 son premier titre, le mythique Rapid sur le premier album du collectif.



En Guadeloupe également, l’incontournable Tiwony fait lui aussi ses débuts à l’école des sound-systems : il fonde en 1993 le Influence Sound, aux côtés notamment de Kultcha B qu’on retrouvera des années plus tard au sein du Washintone Crew. Tiwony se rend ensuite en métropole, où il sera remarqué  avec son Pas de Timinik et collaborera à plusieurs reprises avec des artistes du rap français.  A la même époque, Typical Féfé fabrique sa réputation au sein des sound-systems parisiens puis rentre en Guadeloupe où il enregistre des big tunes pour le KSS et Don’s Music : Il sauve, Burning Out ou encore J’ai pas 100 balles. Sa rencontre avec Tiwony fera naître le concept « Double Trouble » devenu légendaire… Les deux artistes enchaineront big tune sur big tune et écraseront tous les riddims sur lesquels ils apparaitront au début des années 2000.

Toujours côté sound-systems, l’un de ceux qui jouera un rôle éminent est le High Fight International, qui deviendra le Stand Tall à partir de 1993. Des artistes comme Tonton David, Nuttea ou Typical Féfé y font leurs débuts. MC Janik y passera également et Daddy Morry viendra compléter la formation. Ce dernier rencontre Big Red en sound-system et ils formeront le groupe Raggasonic, qui aura le succès qu’on lui connait : deux albums entrés dans la légende du reggae français. Ils poursuivront leur carrière solo et resteront toujours assez actifs, mais il faudra attendre 2012 pour les voir à nouveau réunis sur un nouvel album.

Enfin, on ne peut passer sous silence le Ragga Dub Band, devenu par la suite le collectif Ragga Dub Force, l’un des plus anciens backing band et sound-systems parisiens qui a travaillé, dès 1987, avec les plus grands artistes de la scène et produit plusieurs compilations, dont la mythique Ragga Dub Force. Toujours en activité, le collectif fêtait ses 25 ans en 2013 lors d’une soirée mémorable.


LA GRAINE POUSSE ET FLEURIT


Les fondations vont se solidifier, les bases du « local » sont posées, et le terrain est favorable : le public est demandeur, l’ère n’est pas encore au numérique, et même si la scène est riche en artistes, elle n’est pas encore saturée. En revanche, on vit sans le savoir les plus belles années des sound-systems antillais, certains rencontrant des difficultés tant il est difficile de manager ce type de structure en totale indépendance. La plupart des sounds historiques se concentreront alors essentiellement sur leur activité de label. 

L’un des plus actifs de cette belle période est bien sûr Blackwarell, né après la séparation de l’Influence Sound et qui réunissait Black Kimbo, Original B, Tiwony, Luzdi et Typical Féfé. Avec un stock réputé de dubplates d’artistes antillais, le sound remporte le championnat de France des sound-systems en 2003, face à un autre sound guadeloupéen, Arawak Sound (qui remporte le Championnat en 2005). Créé en 1999, l’Arawak Sound était composé du frère d’Admiral T, Dj Jerry, et de Lauren B et possédait naturellement des solides dubplates d’Admiral et de la scène reggae local.

A cette période, il y a encore une grande place pour la musique positive et consciente, dans la continuité des années 90.  Ces messages seront véhiculés par des artistes comme Straika D. Typical Féfé, Tiwony, Yaniss Odua, Pleen, Saël, Valley, Yeahman C…

En 2001,  Saël invite plusieurs artistes sur son premier album Sael & Friends produit par Don’s Music : Valley, Kulu, Lieutenant, Pleen Pyroman. L’album fait un véritable carton et une tournée mémorable  est organisée. Yaniss Odua marque aussi les esprits avec l’album Yon Pa Yon en 2002 qui contient le désormais classique La Caraïbe.



La même année,  Féfé Typical et Tiwony (Double Trouble) sortent l’incontournable Double Trouble Express qui mêle habilement reggae, dancehall et rap et contient son lot de classiques Cours Fils, Une Pensée, etc... Cet opus devient directement incontournable pour les amateurs de reggae local.

Quelques années plus tard, toujours dans un souci d’indépendance et d’autonomie, Dalton, Matinda, Straïka D et Yaniss Odua créent le label Legalize Hits, et sortent leur premier album High Tunes réunissant onze titres des artistes.


DE MULTIPLES FRUITS ET FLEURS : L’HISTOIRE EN COMPILATIONS 


Certains s’accordent à dire que cette époque est l’âge d’or du reggae-dancehall local. Il est facile de s’en convaincre en écoutant toutes les compilations sorties entre 2000 et 2005 environ. Ces albums ou mixtapes, qui réunissaient régulièrement la crème des artistes locaux, sont reconnus comme de véritables références par les fans et témoignent d’une scène reggae-dancehall antillaise bourgeonnante pleine d’énergie, d’envie et de talents.

Les trois volumes de Ghetto Raid produits par le label de Skanky (Metal Sound) feront l’unanimité. Sur le premier volume sorti en 2001, on note la présence d’Opak et Binok, les deux compères du duo martiniquais Papa Tank, avec Sound Boy. Papa Tank a explosé avec le tube To to to en 1999 et est resté très actif et populaire pendant plusieurs années, présent sur beaucoup de compilations.

En 2002, c’est Kickilla Records qui crée l’évènement avec Killa Session qui s’impose tout de suite comme un classique. Les artistes se déchainent sur des riddims impeccables de Mister Francky.  Straïka D livre l’inoubliable An Mission nou yé, et Tiwony brûle les sorciers sur le terrible Main A Yo Sal, posé sur le R2D2 riddim - qui aura droit à son double CD. Et que dire de Pull Up de Typical Féfé ? Lourd et classique.



Il faut aussi compter sur le label Mek It Happen, créé en 2000 par Crucial L. et Psycho, le frère de Lord Kossity, qui sort en 2002 la série mythique du Savage Riddim ainsi que son remix le Horse Ride, qui rencontrent un succès fulgurant et marque au fer rouge le dancehall lokal. Le succès est tel qu’une version jamaïcaine sortira en 2003, avec notamment Sizzla, Anthony B ou encore Red Rat. Mek It Happen continuera ensuite à marquer l’Histoire, avec entre autres le Aaxxia riddim puis le Axx’Dem en 2006.



Chez Don’s Music,  après deux premiers volumes dédié aux jamaïcains, la compilation 2 hardcore vol. 3 accueille des artistes locaux : Daddy Mory, Saik, Admiral T et Yaniss Odua posent sur le Creepers Riddim et leurs sons sont des classiques instantanés.  On se souvient aussi avec émotion du Dancehall Clash vol 1 de Dj Halan et son fameux  Hum riddim.

Les mixtapes encore plus underground feront elles aussi un tabac et resteront dans toutes les mémoires. Les  Tune Afta Tune rassemblent la scène locale et démontrent toute sa force. Le deuxième volume de Dj Scientifik sorti en 2004 amène son lot de classiques : parmi eux Bun Pedophil de Admiral T , Retour de Flammes de SamX , sans oublier Saïk et son Bomboklat. Ce dernier, jeune protégé d’Admiral T et alors âgé de 16 ans seulement, crée en 2004 avec Ocsen et SamX le Genesiz Crew, dans lequel on retrouve aussi des artistes comme Young Chang MC et Methi’s. L’année suivante, ils sortent la mythique Teworist Mixtape, sur laquelle les membres du crew se font entendre aux côtés du gratin de la scène locale. On y retrouve le titre L’école de Saïk, et l’artiste féminine Barone est elle aussi au rendez-vous.

On se souvient aussi des interventions de Big Jay et de tout le crew Jah Clean Vybz qui sévissait depuis Montpellier. Difficile d’être exhaustif et il serait trop long de tout citer, mais à n’en pas douter l’underground local se portait plus que bien.


LES GRANDES REUSSITES COMMERCIALES


Si ces styles musicaux souffrent d’un manque de visibilité sur les grands médias, certains artistes réussiront de véritables coups de poker et parviendront à les rendre plus populaires.

Après ses débuts avec les pionniers martiniquais, Lord Kossity part pour la métropole, à Paris, où il sera très proche du milieu hip-hop – on retrouvera d’ailleurs sa voix rauque sur l’un des tubes du rap français, Ma Benz de NTM en 1998. En 2001, son album The Real Don est un gros succès, il remporte même la Victoire de la Musique du « meilleur album reggae-ragga ».  Sa musique n’est pas travestie, l’album est résolument dancehall et on y retrouve des rythmiques connues comme les riddims Bookshelf ou Filthy.  Le dernier son de l’album Corps et âmes est carrément reggae, posé sur le riddim Little Bit A Everything de Kickin !  Son album suivant, Booming System, enregistré à Kingston,  accueille des invités comme Shaggy, Vybz Kartel, Elephant Man ou Chico. Son titre avec ce dernier, Hey Sexy Wow, sera un gros succès et connaîtra les joies de la diffusion nationale. 

Le vétéran Nuttea, figure incontournable de la scène underground, a lui aussi connu son heure de gloire avec son album Un Signe du temps. Ce gros succès de 2001 le propulse au rang de véritable star en France avec les singles Elle te rend dingue, hit qui tourne en boucle en radio et en télé, et Trop Peu de temps qui met une reprise de Get To Love In Time de Dennis Brown en tête des charts français, exploit impensable aujourd’hui !

L’une des plus belles réussites est signée Christy Campbell, plus connu sous le nom d’Admiral T. Il assoit sa place de leader de la scène locale en 2002 avec En gwadada, véritable hymne qui dresse un portrait réaliste de l’île. L’année suivante, sa carrière prend un virage définitif avec le chef-d’œuvre Mozaik Kreyol, sorti chez Don’s Music. L’album crée la surprise : il n’est pas du tout destiné au grand public, mais il bouleverse tellement le milieu que ses retombées vont bien au-delà. Début 2004, il est invité par Lilian Thuram sur le plateau de Drucker sur France 2 pour interpréter Rev An Mwen, titre sublime qui allie savamment les richesses de la culture guadeloupéenne et du reggae. Peu de temps après, il fait fureur au Garance Reggae Festival à Paris, se montrant bien plus convaincant que la tête d’affiche Sean Paul.



Il n’en fallait pas moins pour qu'Universal Music décide de signer le guadeloupéen, et une réédition de son album sort en 2004, agrémenté de featurings avec des artistes connus du grand public. Depuis, Admiral T a fait un beau parcours. Tout en continuant à rester actif dans l’underground, il a sorti 3 autres albums, réussissant toujours à trouver un compromis et à convaincre tous les publics sans porter atteinte à la qualité de sa musique. Ses nombreux concerts créent à chaque fois l’évènement et son énergie débordante est toujours acclamée. Dix ans plus tard, celui qui a sorti en décembre dernier son cinquième opus, I Am Christy Campbell, reste un des chefs de file de la scène antillaise et s’est imposé comme un acteur majeur de sa génération qui a apporté une contribution énorme. Avec Mozaik Kreyol, Admiral T avait en tout cas pavé la voie à d’autres artistes. Celui à avoir réussi à s’être engouffré dans cette brèche, c’est Krys.

Originaire de Guadeloupe, Krys a fait ses débuts à 15 ans avec le Black Micky Crew et passe lui aussi par la case sound-systems. De connexion en connexion, il se retrouve au studio Kickilla et apparaît sur la compilation R2D2 en 2002. Il sera très aimé du public underground grâce à des hits qu’il sème sur plusieurs compilations, comme An Vlé An Gal ou Mouvman La. Un maxi 10 titres arrive en 2004 et finit de convaincre : il est sacré Révélation de l’année par Nrj Antilles. En 2006, son premier album K-rysmatik sort et divise le public, certains titres jugés trop commerciaux. Ses choix artistiques seront en effet souvent critiqués par les puristes, ce qui ne l’empêchera pas de continuer une carrière bien remplie et surtout de créer le label Step Out. Parmi les artistes du label, on retrouve Colonel Reyel, lui aussi pur produit de l’underground ayant évolué au sein du Septentrional Crew, qui a connu un énorme succès avec le hit Celui - qui a fait grincer des dents les nostalgiques de la bonne époque des freestyles de Châtelet. Chez Step Out, on trouve en tout cas les fers-de-lance de la nouvelle génération, dont les artistes martiniquais X-Man et Kalash

Kalash a débuté sa carrière en 2003 et ses nombreuses années passées à évoluer dans l’ombre de l’underground lui auront permis de développer son style et d’aiguiser son talent.  Son premier gros succès sera Pran pié, collaboration avec Lieutenant extrait de son premier album paru en 2010. Les hits s’enchaînent depuis, avec notamment Laisse Brûler, dont le clip a rapidement atteint le million de vues sur Youtube, a eu le droit à son remix avec Admiral T et Capleton. Kalash vient d’ailleurs de signer en major et on attend de voir ce que cela va donner.


LA SCENE ACTUELLE


Et aujourd’hui, où en est-on ? L’impact d’Internet sur l’industrie musicale n’a pas épargné le milieu et il est devenu de plus en plus difficile de se faire entendre, même si certains artistes, dont Admiral T et Kalash précédemment cités, tirent leur épingle du jeu. Aussi, comme chez les jamaïcains, la tendance à se réunir en crews  est moins importante qu’auparavant et le manque d’unité s’en est parfois fait ressentir, en tout cas pour le dancehall. Les goûts d’une partie du public ont changé, favorisant le dancehall léger et festif.  Le public est aussi plus clairement divisé, et certains artistes voulant atteindre un public plus large essaient de toucher celui dit « tropical », qui fréquente les boîtes de nuit plutôt que les sound-systems.

Les artistes qui ont enflammé la décennie précédente sont pour la plupart toujours actifs. Certains préfèrent désormais le trap, courant musical issu du hip-hop qui a le vent en poupe en Guadeloupe. L’île montre d’ailleurs depuis longtemps une affinité forte avec le hip-hop, avec une scène locale bien développée depuis longtemps (Fuckly, Riddla, Washintone Crew…). D’autres allient les deux, comme Keros-n, qui rencontre un gros succès avec son crew Jutsu. 

Saïk est l’un des guadeloupéens qui continuent de porter le flambeau du reggae-dancehall. Artiste incontournable et respecté de l’underground, il sort son premier album Face à la réalité en 2007. Cette véritable bombe lui permet d’acquérir une notoriété plus importante et lui ouvre des portes. On y retrouve notamment Rich é pov, Oblijé Nou Bun, et An Ba Soley en feat avec Methi’S. Son album Second Souffle sorti en 2013 puisera ses influences dans d’autres styles, mais en conservant toujours une identité caribéenne et un noyau reggae-dancehall solide.

Young Chanc Mc a lui aussi réussi  à imposer des hits dancehall mais il sera stoppé en pleine ascension lorsqu’il est incarcéré en octobre 2013. D’autres sorties notables récentes sont l’excellent album A Kè Wouvè de Misié Sadik, et le récent Danjérèz de l’artiste féminine Swé.

Du côté de la Martinique, le dancehall ne faiblit pas même s'il s'inscrit dans un style bien particulier, adulé ou critiqué. Des producteurs locaux comme PSK Music ou Mafio House se montrent très actifs et donnent au public ce qu’il veut : des compositions au style souvent relativement minimaliste et reconnaissable instantanément, taillées sur mesure pour la nouvelle génération d’artistes, emmenée par SaaTurn et Politik Nai, et bien fournie : Sorrow, Panik J, Danthology, Toupi, Sorrow, Taï J, Elji, Missié Kako, ou encore le jeune Ti Blica …





Cette  nouvelle génération vient compléter les rangs de la scène dancehall « Made In Madinina » toujours active et déjà très riche. Si Kalash, X-Man et Lieutenant ont déjà été cités, il faut aussi mentionner Mighty Ki La, avec plus de dix ans de carrière au compteur et dont le troisième et excellent album K-raktère est sorti en 2013, et Paille, artiste talentueux et revendicatif qui sortait en 2007 un album dont on s’est difficilement remis, Mots pour Maux.

Dans tout ça, E.sy Kennenga fait figure d’OVNI, mais si ce chanteur martiniquais extrêmement talentueux ne se colle pas d’étiquette et travaille un style bien à lui, il puise aussi ses influences dans le dancehall et le reggae.  

Et côté reggae, au fait ? Les artistes d’il y a dix ans, voire plus, sont toujours là. Ils ne trouvent pas toujours facilement les moyens de toucher un public large, dans cette nouvelle configuration médiatique, mais ce sont des travailleurs acharnés et passionnés. Le reggae local est toujours de qualité, et la qualité sait se faire reconnaître, en témoigne notamment Yaniss Odua et son Moment Idéal. L’album est paru en 2013 et le single Rouge, Jaune, Vert est vite devenu un classique, tout comme Chalawa posé sur le Génération H Riddim et qui figure sur la réédition de l’album en 2014.
On peut de la même manière toujours compter sur Tiwony. Après l’excellent Cité Soleil en 2011 et Difé Lyrikal en 2012, l’artiste nous livrait à la fin de l'année dernière un album 100% reggae, Roots Rebel.



Straïka D continue également sa route pour le plus grand bonheur de nos oreilles. Après avoir écrasé le Bella Ciao Riddim en début d’année, il nous a livré à l’été 2014 l’EP Dj de Profession et son « Ragga Anthem ». Sa carrière est déjà bien remplie mais rien ne semble pouvoir arrêter l’inspiration de ce chanteur talentueux. Aucun doute, Straïka est toujours en forme, vivement l’album !  
2014 fut manifestement une année bénie. Typical Féfé faisait son retour sur ce même Bella Ciao Riddim avec un big tune au clip revendicatif, et on se réjouit de savoir qu’il nous prépare un nouveau projet !



Un autre vétéran, Daddy Yod, sortira son prochain album pour 2015 et amorçait déjà son retour en 2014 avec un remix de son hit Delbor avec Daly et Politik Nai, et le mélange des générations est toujours de bon augure.

Le remix de Rouge, Jaune, Vert est quant à lui une vraie bouffée d’air frais qui réunit une bonne partie des acteurs majeurs de la scène : Féfé Typical, Tiwony, Straïka D, Mc Janik, Saël, Nuttea …  Valley de son côté sera de retour pour la rentrée, de même que Daddy Mory toujours aussi actif dans l’underground.

A n’en pas douter, la scène « locale » a encore de beaux jours devant elle !

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commentaires
le 14/08/15 par corto972
Je tiens à saluer la qualité du travail journalistique de ou des auteurs de cette article. C'est après avoir écouté "BANDO" de KALASH que par curiosité j'ai recherché les articles de presse sur la scène du Dancehall Lokal et je n'ai malheureusement trouvé que très peu de cette qualité. Encore une fois merci à vous les frères !!!

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