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Tiken Jah Fakoly - Interview Racines Tiken Jah Fakoly - Interview Racines
07/10/15 - Auteur(s) : Ju-Lion

Difficile de passer à côté de Racines, l'album de reprises de Tiken Jah Fakoly, l'un des évènements de cette rentrée musicale 2015. On ne s'y attendait pas et on accueille avec plaisir cette surprise de la part de l'Ivoirien qui avait sans doute besoin de se renouveler. Tiken était de passage à Paris pour les répétitions de son nouveau show et Reggae.fr a profité d'un break pour rencontrer l'artiste dans un hôtel de la capitale. Vous pouvez aussi visionner une partie de cet entretien dans un reportage vidéo haut en couleurs où le chanteur s'essaye au sound system dans les rues de Paris...

Reggae.fr : Tu viens de sortir un album de reprises. Peux-tu nous expliquer pourquoi ce choix à ce moment de ta carrière et pourquoi ce titre Racines ?

Tiken Jah Fakoly : J'ai décidé de rendre hommage à des classiques du reggae qui ont bercé mon adolescence et j'ai choisi les morceaux en fonction de leurs messages. Je voulais que cela reste d'actualité. Par exemple Get Up Stand Up c'est encore d'actualité. Is It Because I'm Black aussi car on voit toujours aujourd'hui des policiers blancs tirer sur des noirs aux Etats-Unis. Et pourtant c'est une chanson de 1968 ! J'avais besoin de refaire passer ces messages et j'aurais pu le faire à ma manière, mais c'était tellement bien bit à l'époque qu'on ne pouvait pas mieux dire aujourd'hui. C'est pour ça que j'ai fait des reprises. Et le titre Racines fait référence à une prophétie de Bob Marley qui disait que le reggae retournera un jour à sa source. Et en général, quand les Jamaïcains parlent de source, ils parlent de l'Afrique. C'est pour ça qu'on a ajouté des instruments traditionnels africains sur ces reprises. Et ça a tout de suite collé. Si ça colle, ça veut dire que la vraie source du reggae c'est bien l'Afrique. Même s'il a été créé en Jamaïque, le reggae fait partie des musiques africaines.

Dans un précédent interview, tu avais déjà fait référence à cette prophétie de Bob Marley selon laquelle le reggae retournera en Afrique. Est-ce que cette idée d'album de reprises africanisées te trotte dans la tête de puis longtemps ?
Non. J'ai pensé à faire cet album il y a peu. Dans ma carrière, j'ai rarement fait des reprises car je préférais avoir mon propre style plutôt que de copier les autres. Les seules reprises que j'ai faites jusqu'ici c'était English Man In New York de Sting que j'ai transformé en Africain à Paris et War Inna Babylon de Max Romeo que j'ai fait avec Patrice et Nneka. Mais si j'ai décidé de quand même me mettre aux reprises, c'est parce que les messages de ces vieilles chansons sont encore d'actualité. J'insiste là-dessus. Le titre le plus récent qui figure sur l'album c'est celui de Buju Banton. C'est le seul qui date de ma génération. Tous les autres sont sortis il y a trente ou quarante ans.



Et ce concept de reprises était-il un moyen pour toi de te renouveler, de sortir un peu de tes complaintes africaines qui sont ta marque de fabrique depuis tant d’années ?
Chacun a sa manière de voir les choses. Si parmi ceux qui m'écoutent et qui suivent ma carrière il y en a qui pensent ça, ils ont le droit. C'est vrai que pendant des années, je n'ai chanté que sur l'Afrique et que cela fait office de break, mais ce n'était pas mon but. Car je continue de parler de l'Afrique à travers ces chansons. Get Up Stand Up peut très bien faire référence à la situation au Burkina Faso où des gens se battent pour leurs droits. Je sais que Zimbabwe mérite aussi d'être chanté aujourd'hui parce que Mugabe n'a pas respecté ses engagements. Il faut transmettre ces messages à toutes les générations.


"Le reggae est une musique de combat et je ne suis pas là pour rigoler."


Parle nous un peu des invités de marque qui sont sur cet album...
J'ai invité quelques icônes du roots que j'admire. Il y a U-Roy. C'est quelqu'un que je connais bien. Il figurait déjà sur mon album Françafrique et j'ai aussi fait un titre sur un de ses albums. Il y a aussi Max Romeo. Lui je ne le connaissais pas personnellement et je ne l'avais même jamais vu en concert. Et il y a aussi Ken Boothe. Sans doute mon meilleur souvenir de l'album. Je l'avais vu en concert à Paris au Cabaret Sauvage, mais je n'avais jamais eu l'occasion de le rencontrer. Et l'ambiance avec lui était spéciale car il aime beaucoup l'Afrique. Il n'est jamais allé en Afrique, mais ça fait partie de ses rêves. Et il était très heureux et très honoré d'être invité par un artiste africain. Il n'a pas arrêté de dire qu'il était trop content de participer à cet album et il était fier de savoir que sa voix aille en Afrique. Quand il a fini d'enregistrer, il ne voulait même plus rentrer chez lui et on a discuté pendant des heures. Ça a été une rencontre assez chaleureuse.

Parmi ces invités prestigieux, il y a une petite jeune qui s'est glissée n'est-ce pas ?
Oui. Jah9. Avec elle aussi c'était spécial. En fait c'est elle qui est venue vers moi. Pendant que j'enregistrais à Tuff Gong, quelqu'un appelle au studio et me dit qu'il y a une artiste de reggae roots qui voudrait me rencontrer. Elle est venue et j'étais surpris de voir qu'elle me connaissait et qu'elle connaissait mon message et mes actions en Afrique pour l'éveil des consciences, la construction d'écoles et tout ça. J'ai été touché par son intérêt pour mes actions humanitaires. On a beaucoup discuté et elle voulait que je lui donne le contact du Président de la diaspora africaine à Paris pour le rencontrer pendant sa tournée française. On a beaucoup sympathisé et quand elle est partie, j'ai demandé à mon directeur artistique si on ne pouvait pas lui proposer un titre. On a pensé que Fade Away collerait bien. Voilà comment s'est passée la rencontre. C'est une dame très sage et très engagée pour l'Afrique. Elle a envie de visiter l'Afrique et je crois qu'elle doit aller au Kenya bientôt donc je suis content pour elle.

C'est toi qui lui a proposé ce titre ou vous l'avez choisi ensemble ?

Non, on ne lui a pas laissé le choix. C'était sur ce titre que je voulais l'entendre. Et c'est bien tombé puisqu'elle m'a avoué que c'était l'un de ses morceaux préférés. Elle est venue, elle a écrit quelques paroles puis elle a enregistré tout de suite. En trente minutes c'était plié.

Est-ce que tu la connaissais avant et as-tu entendu parler du mouvement Reggae Revival dont elle fait partie en Jamaïque ?
Je ne la connaissais pas du tout et on n'a pas tellement parlé de musique avec elle. On a parlé uniquement de l'Afrique. C'est elle qui voulait ça. Elle me posait beaucoup de questions. Elle n'a jamais parlé d'elle. Après l'avoir rencontrée, j'ai été écouté sa musique et j'ai beaucoup aimé. Mais je n'ai pas entendu parler du mouvement Reggae Revival.

C'est un mouvement composé de jeune artistes comme Chronixx ou Protoje qui remettent le roots sur le devant de la scène. Tu n'en as pas eu vent en Jamaïque ?
Non pas du tout. Quand j'étais en Jamaïque, je n'entendais que du dancehall à la radio. Peut-être que Irie FM passait de temps en temps quelques titres roots, mais pas tout le temps. J'ai tout de même l'impression que le reggae roots est en baisse en Jamaïque. Mais c'est bien que la nouvelle génération comme Chronixx et Jah9 retournent au roots comme ça. Je pense que ça va faire du bien à la Jamaïque. En tout cas si les artistes reprennent aussi le message du roots et pas seulement la musique. Il faut que le message politique et sociétal aille avec.


"Alpha Blondy a joué un rôle très important dans l'arrivée du reggae en Afrique."


Sur l'album on retrouve deux reprises de Burning Spear et deux de Bob Marley. Pourquoi ?
Ce sont les deux artistes que j'ai le plus écoutés tout simplement. Quand j'étais jeune, je vivais dans un petit village sans électricité et mon père m'avait acheté un lecteur K7 parce que j'avais bien travaillé à l'école. Je me baladais dans mon village avec ce lecteur et j'écoutais tout le temps Burning Spear et Bob Marley. Ce sont les deux artistes qui m'ont le plus inspiré.

Il paraît que tu as toujours été plus Burning Spear que Bob Marley...
C'est vrai. J'ai encore plus écouté Burning Spear que Bob Marley. Il y a une raison à ça. C'est parce que j'aimais beaucoup l'histoire, et Burning Spear était très attaché à l'histoire. Il parlait beaucoup de l'esclavage et de Marcus Garvey. Il n'a jamais fait un album sans parler de Marcus Garvey. Et moi je m'intéressais beaucoup aux leaders noirs qui ont joué un rôle très important dans l'émancipation des noirs dans le monde entier. Et même en Afrique. Je pense que les dirigeants africains se sont réveillés quand ils ont commencé à voyager et qu'ils ont rencontré les membres de la diaspora. C'est la diaspora qui a déclenché les premières réactions au niveau de la lutte pour l'indépendance.


"Je ne fais pas partie d'un club de soutien de Buju Banton, mais  j'estime qu'il a droit à une deuxième chance."


Parmi toutes ces reprises de classiques jamaïcains, nous avons relevé deux intrus. Tu vois lesquels ?
Je pense que c'est Brigadier Sabari d'Alpha Blondy et Hills And Valleys de Buju Banton.

Tout à fait. Pourquoi avoir fait une reprise d'Alpha alors que le concept de ton album était de reprendre des titres jamaïcains ?
Alpha Blondy a joué un rôle très important dans l'arrivée du reggae en Afrique. Avant la sortie de Brigadier Sabari, nous on pensait que le reggae ne pouvait se chanter qu'en anglais. Même moi, j'ai commencé à chanter tout jeune avant qu'Alpha ne soit connu internationalement et j'avais des chansons dans ma langue maternelle mais j'avais honte de les chanter. Mais quand Alpha a fait Brigadier Sabari en Dioula, je me suis dit qu'il n'y avait pas de raison d'avoir honte. Donc faire cet album Racines sans mettre une reprise d'Alpha ça aurait été une injustice.



Et pourquoi Buju ?
Cet artiste fait partie de ceux qui ont marqué la Jamaïque et tous les amateurs de reggae. Même si aujourd'hui il est dans la merde, il ne faut pas oublier ce qu'il a apporté au reggae.

Et tu n'as pas peur que les gens qui t'écoutent sans connaître vraiment le reggae jamaïcain découvrent les erreurs de parcours de Buju Banton comme l'homophobie et le trafic de cocaïne ?

Non. Et de toute façon, si on me critique vis-à-vis de cela, j'assumerai à ce moment-là. Je pense que le travail fait avant l'incident du trafic de cocaïne est plus important. Je ne fais aucun lien entre ce travail et son actualité. Hills And Valleys est un titre sorti il y a longtemps et moi-même j'ai déjà rencontré Buju chez lui en Jamaïque. C'est quelqu'un qui m'a beaucoup marqué et on s'était même promis de faire un titre ensemble. Et puis quand j'étais prêt à l'inviter sur un titre, il m'avait demandé 15 000 dollars. Mais cela ne m'empêche pas de respecter cet homme et plus particulièrement cette chanson. Je pense qu'il faut dissocier le travail d'un homme et sa personnalité en tant qu'humain. Personne n'est à l'abri de faire des erreurs. Je suis persuadé que le jour où Buju sortira de prison, il évitera de refaire les même erreurs. S'il sort et qu'il replonge, on le critiquera d'avantage, mais s'il présente ses excuses et qu'il embrasse un autre chemin, on pourra lui donner une chance de se rattraper. Pour moi c'est important.

Tu fais partie des artistes qui le soutiennent et qui appellent à sa libération ?
Non je ne veux pas aller jusque là. Je ne fais pas partie d'un club de soutien. Pour moi la cocaïne c'est quelque chose de grave. Rasta est déjà affilié à la ganja qui fait moins de mal que la cocaïne. Faire du trafic de cocaïne alors que l'on est un exemple pour la jeunesse, c'est très mauvais. Donc je ne le soutiens pas, mais je le redis, s'il purge sa peine et qu'il se repentit, j'estime qu'il a droit à une deuxième chance comme tout le monde. Si tu te trompes et que tu reconnais ta bêtise, normalement tout le monde doit te pardonner.


"Même si le reggae a été créé en Jamaïque, il fait partie des musiques africaines."


L'album rassemble onze titres. Si tu avais dû en choisir un douzième ce serait lequel ?
Il devait y avoir un douzième. Ça devait être The Harder They Come de Jimmy Cliff, mais on ne l'a pas mis parce qu'on trouve qu'on ne l'a pas réussi et on ne voulait pas décevoir les fans.

Justement, on trouve que tu as plutôt bien réussi ces reprises alors que beaucoup n'étaient pas faciles à interpréter. Est-ce que cela a été dur pour toi ?
Je l'avoue, toutes les chansons ont été difficiles pour moi. Les reprises et les improvisations ce n'est pas mon fort. Mais je me suis lancé un défi et il fallait le réussir. Mais je dirais quand même qu'il manque une personne à l'appel sur cet album, c'est Lucky Dube. Et je m'engage à chanter un de ses titres lors de la tournée qui accompagnera cet album.



Est-ce qu'on pourrait imaginer qu'une tournée se prépare avec quelques-uns des invités de l'album ?
On y travaille. Je ne vais pas donner ma parole car rien n'est fait encore, mais on aimerait bien oui. Le problème maintenant c'est d'arriver à faire correspondre les emplois du temps de tout le monde.

On t'a vu parcourir les rues de Paris en sound system pour faire la promotion de cet album. Tu apprécies la culture sound system ?
Je dois avouer que ce n'est pas trop mon truc. C'était la première fois que je faisais ça, mais j'avais envie de relever le défi. Moi je n'ai pas connu les sound systems à Abidjan. Ça ne fait pas partie de ma culture. Même s'il y a des gens qui en organisent en Côte d'Ivoire, ça n'a jamais été aussi populaire que les concerts live. Le premier sound system auquel j'ai assisté c'était en France à Paris. On m'a invité, j'y suis allé mais j'y ai juste assisté. Je n'ai pas pris le micro parce que je ne le sentais pas. Je suis allé six fois en Jamaïque et on m'a proposé d'aller à des sound systems plein de fois, mais comme j'étais là pour le boulot, je n'y suis jamais allé. J'étais toujours trop fatigué.



Pour finir, un petit mot sur la pochette de l'album où tu arbores encore une mine très grave. On ne te voit jamais sourire finalement...
Le reggae est une musique de combat. Sur cette pochette je représente le guerrier mandingue et je ne suis pas là pour rigoler. Le message que l'on fait passer n'a rien à voir avec la rigolade. Vous savez si Bob Marley a pris une balle c'est qu'il y avait une raison. Si il avait chanté du zouk, je ne pense pas que quelqu'un aurait débarqué chez lui pour essayer de le tuer lui et son entourage. J'ai été confronté à des situations tendues moi aussi. Dernièrement on avait un concert au Congo. Quand on est arrivés, on a été refoulés à l'aéroport alors que nos visas étaient en règle. On nous a remis dans le même avion pour retourner en Europe. Si on a été traités de la sorte c'est que le gouvernement devait avoir peur de quelque chose. Nous sommes des soldats au service de Jah Rastafari et je crois qu'on arrive dans une période où l'Afrique se réveille et les artistes ont un rôle très important. Donc il faut savoir rester sérieux. Mais sinon je sais m'éclater en privé (rires).

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commentaires
le 07/10/15 par Kapoy
Moi je dis que je suis trop cotent de cet album même si je ne comprends l'anglais. Et que ton objectif reste le même pour ton destin,tu es un bon soldat pour ton peuple. Merci tiken jah fakoly. J'aime tes messsages.

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