Danakil en tournée
06/10/17 au 16/12/17
Yaniss Odua en tournée
30/09/17 au 16/12/17

Marc Salomon

Danakil en tournée

Yaniss en tournée

Neg Marrons - Interview Valeur sûre Neg Marrons - Interview Valeur sûre
02/05/16 - Auteur(s) : Photos et propos recueillis par Franck Blanquin

Le duo mythique de Garges-Sarcelles est de retour avec son nouvel album Valeur sûre, dans les bacs depuis le 8 avril. L'occasion pour Reggae.fr d'aller à la rencontre de Jacky et Ben-J, toujours aussi professionnels et passionnés, trop souvent présentés comme des rappeurs, mais véritables soldats du reggae !

Reggae.fr : Votre nouvel album est sorti le 8 avril. Pourquoi l'avoir appelé Valeur sûre ?
Ben-J : Valeur sûre fait référence à nos supporters, ceux que l’on croise sur les tournées, ou même dans la rue au quotidien. Ils nous font souvent ce type de remarque : «  Ah, vous êtes des valeurs sûres, quand on vous voit sur scène, vous mouillez le maillot, on n’est jamais déçus ! Revenez les anciens, vous avez fait des classiques, vous êtes des valeurs sûres ! ». On s’est interrogés un peu sur cette notion et on s’est dit que ce serait pas mal d’appeler l’album comme ça. Cette notion est aussi en rapport avec toutes les valeurs qui nous animent et contribuent à notre bien-être, et aux valeurs qu’on transmet à nos enfants ou à nos proches : le respect, la foi, l’amour…

Comment avez-vous travaillé avec Dawala, fondateur de Wati B qui coproduit cet album ?
Jacky : Dawala est avant tout un ami de longue date. On a voulu associer nos deux forces pour mener à bien ce projet, qui sort en indépendant.  Au-delà de l’aspect artistique, c’est aussi une manière de promouvoir l’unité : des mecs de différents quartiers qui se réunissent. Dawala vient du 19ème à Paris et nous on vient du 95. Le message est qu’on peut faire des choses et travailler ensemble sans être du même quartier.



Cela a toujours été votre principe de fonctionnement sur quasiment tous vos projets…
Jacky : Oui, et c’est d’autant plus important en cette période où dans la musique urbaine l’aspect clash est beaucoup mis en avant. Je pense que c’est bien de le souligner, même au niveau des médias, où dès qu’il s’agit de parler de clash ça fait les gros titres, mais quand des gens savent s’unir et travailler ensemble on n'en parle pas assez, alors que ça reste un exemple pour les jeunes.

Et pourquoi avoir choisi de sortir cet album en indépendant ?
Ben-J : Après le dernier album, Les liens sacrés, on s’est séparés de notre maison de disques. On s’est demandés si on recherchait un nouveau label ou si on faisait d’abord l’album pour voir ensuite avec qui le sortir. On a choisi la deuxième option. On a quasiment fini l’album et on a ensuite cherché le meilleur partenaire. On a reçu des propositions diverses et variées mais on a finalement opté pour la solution de la distribution. Le plus gros du travail était fait et aujourd’hui avec la conjoncture et l’expérience qu’on a, on peut mettre en place nous-mêmes les équipes nécessaires pour bien faire le travail sur le disque.
Jacky : On ne s’est pas entendus avec les majors, donc plutôt que de faire une collaboration à contrecœur ou d’aller signer un contrat qui ne nous convenait pas, on  a préféré rester totalement libres et faire ce qu’on avait à faire. C’est notre cinquième album et tous les projets précédents ont été faits avec des gros partenaires, notamment Sony Music. Pour nous, c’est une nouvelle expérience. C’est vrai qu’il y a plus de contraintes et de difficultés, mais au bout la victoire est plus belle.



Le premier extrait, Fast Food Music, sonne d’ailleurs comme une critique vive de l'industrie musicale actuelle...
Jacky : C’est notre état d’esprit. Dans le music game on a toujours eu cet état d’esprit de clash et de compèt’. On a des morceaux ego trip ou clash dans tous nos albums. C’est vrai que celui-ci sonne différemment parce qu’on dirait qu’il est visé, ciblé, alors qu’on tire juste dans le tas. On dit que la musique faite aujourd’hui ne nous convient pas forcément, surtout au niveau lyrics. On trouve que la jeunesse actuelle s’intéresse plus à la forme qu’au fond alors qu’on est d’une génération qui aime quand on sait jouer avec les mots et quand des messages sont mis en avant. On dit aussi que finalement le côté artistique est délaissé par ces gens qui sont un peu décisionnaires comme certaines maisons de disques ou certains medias qui mettent en avant plutôt le buzz que la qualité artistique. C’est sur tout ça qu’on met le doigt et Fast Food Music est adressé à tous ces gens qui finalement négligent cet art et pensent plus au business.



Comment avez-vous choisi les invités de cet album (Passi, Dry, Tato, Wayne Beckford, Purple Star) ?
Jacky : C’est la famille. Pour la plupart ce sont des gens qui gravitent autour de nous, à part pour Wayne Beckford.  A la base, on l’avait sollicité plutôt pour un riddim. Lui et son équipe ont donc produit Fonce, puis il nous a proposé une idée de refrain et on a apprécié la mélodie qu’il a amenée. Passi, c’est la famille Secteur Ä. On enregistre dans le même bâtiment. A chaque fois il passait nous voir et on lui faisait écouter différents titres. Il a beaucoup apprécié La monnaie 3.0 et on lui a proposé de poser dessus avec nous. Tato, présente sur le titre Madiba, est une chanteuse sud-africaine. On avait repéré sa voix à la suite du concours Trace Music Star en Afrique du Sud, où elle était arrivée seconde ou troisième. Son style colle bien à ce morceau, et en rendant hommage à Madiba on voulait aussi avoir un refrain avec une sonorité sud-africaine. Il y a aussi la jeune artiste Eloïsha sur Night Club.


"Beaucoup d’artistes préfèrent plutôt se lamenter et glorifier la misère. On va dans le sens contraire."


Vous vous êtes toujours attachés à faire de la musique positive, et on l'entend encore sur cet album. Pourquoi est-ce important pour vous ?
Ben-J : Tout n’est pas positif, alors je dirais plutôt qu'on fait du son optimiste. Il y a encore beaucoup d’interrogations, même si c’est vrai que depuis nos premiers titres on a toujours cherché à encourager la jeunesse, à la booster, à tenir un discours qui éveille et donne de l’espoir. Ça fait partie de notre mental, on sait par expérience qu’on peut partir de rien et finalement s’imposer, devenir quelqu’un, aller au bout de ses ambitions même si l’on vient d’un milieu qui n'est pas des plus favorables. Notre discours va dans ce sens-là aussi parce qu’on sait que beaucoup d’artistes préfèrent plutôt se lamenter et glorifier la misère. On va dans le sens contraire. 
Jacky : Voir le verre à moitié plein plutôt qu’à moitié vide.

Le monde bouge
dresse un portrait assez sombre du monde actuel. Vous pensez que ça va de plus en plus mal ?

Jacky : En faisant ce titre, on n’était pas dans l’optique de faire un constat ni négatif ni positif, juste un constat de ces 20-30 dernières années. On n’a pas l’impression qu’il soit sombre, même s’il fait référence à des catastrophes naturelles ou des décès, il y a aussi des choses plus positives. Dans le refrain, on dit « le monde va de plus en plus vite », c’est une réalité. Même si certaines choses font qu’on peut être nostalgiques, on est plutôt dans l’optique de se dire qu’il faut savoir évoluer avec son temps. C’est une nostalgie qui nous fait avancer, on ne reste pas fixés sur le passé, on va de l’avant. On est devenu des pères de famille donc on essaye d’envisager l’avenir avec un regard positif.  Même si le monde actuel est de plus en plus compliqué et qu'on peut avoir du mal à se projeter, on se dit qu’il faut essayer d’être un maximum optimiste pour nos enfants et  les générations à venir.



Cet album contient une nouvelle fois une grosse dose de reggae, mélangé à du rap et d'autres influences. On vous a souvent présenté comme des rappeurs, où vous situez-vous ?
Ben-J : On s’est toujours considérés comme des artistes reggae. Après on peut y associer le hip-hop, donc reggae/hip-hop pour ceux qui veulent (rires) ! Mais on n’a jamais eu la prétention d’être des rappeurs, nous on est plutôt dans le toast, dans le chant parfois. Notre musique est essentiellement reggae, et les gens qui nous ont bien écoutés savent que le cœur de nos albums est souvent reggae. Après, effectivement, différentes sonorités s’y ajoutent, des influences afro, rap… On élargit un peu.

Et vous suivez la scène reggae ?
Ben-J : On suit tout ce qui sort, on écoute tout ce qui se fait, en tout cas en Jamaïque et en Angleterre. Au niveau du reggae français, on essaye de regarder un peu ce qui se fait sur la nouvelle scène mais ça ne bouge pas énormément.
Jacky : C’est surtout qu’il y a des choses, mais qui ne nous parlent pas plus que ça…

Quelle a été votre relation au reggae ?
Ben-J : Elle a commencé dès le plus jeune âge avec les parents qui écoutaient Bob Marley, Peter Tosh, Jimmy Cliff… On a grandi ensuite avec du Steel Pulse, Third World, tous ces groupes foundation. Et puis à partir du début des années 90, on a beaucoup fréquenté les sound-systems donc on a vraiment évolué avec cette culture reggae. 



Vous avez d’ailleurs fait vos débuts avec le collectif Ragga Dub Force.

Ben-J : Oui. Il y avait un grand de notre quartier qui était rasta – il s’appelle Ravage, je lui fais un petit clin d’œil au passage – qui était très proche de Ragga Dub Force.  C’est lui, avec un autre grand, Jean-Marc – paix à son âme – qui nous a traînés en premier dans les sound-systems. On était jeunes, on était même pas majeurs. On a découvert un univers nouveau, très underground avec une énergie positive, du gros son, des selectas qui passaient les derniers 45 tours jamaïcains, des deejays qui toastaient… Il y avait vraiment une énergie folle ! On était en sound-system tous les week-ends, et on a donc rencontré le Ragga Dub Force, qui faisait partie des sound-systems n°1 à Paris. Ce sont les premiers à nous avoir donné notre chance, on a pu s’exprimer dans les sound-systems parce qu’ils nous ont permis de le faire à chaque fois, ils nous ont toujours tendu le micro et ont toujours été là pour nous. Ils nous ont ensuite mis leur studio à disposition, où on a taffé notre première maquette. Notre premier single, La Monnaie, est né de cette collaboration. Ce sont eux qui l'ont produit.

On voit d'ailleurs des images de votre participation à leur soirée d'anniversaire au Cabaret Sauvage en janvier 2016 dans le clip de J'arrive comme je suis. Pouvez-vous nous parler de ce titre ?

Jacky : Le morceau a été coécrit avec Mr Toma. Je trouve que c’est une belle présentation pour un beau retour. Le message va dans le sens des Neg Marrons. « On ne sait pas abandonner ». Ça fait des années qu’on est là, on aurait pu à un moment flancher ou avoir envie de déposer les gants, mais ce n’est pas dans notre état d’esprit. Même si le chemin de la musique comme on aime la faire est aujourd’hui beaucoup plus compliqué, on ne connaît pas l’abandon, on n’a pas envie de lâcher. On pense qu’on a encore des messages à délivrer, des vibes à faire passer. C’est tout ça ce titre : une forme d’intro, d’egotrip, de présentation, qui donne le ton et l’humeur des Neg Marrons en 2016.



Vous n’avez pourtant jamais eu peur d’exprimer les doutes, comme par exemple sur votre album précédent avec Y a des jours.
Jacky : Bien sûr ! On reste des hommes, avec nos forces et nos faiblesses. Parfois tu as moins la motivation, tu doutes, tu te remets en question, mais malgré les doutes et les baisses de régime, on arrive toujours à reprendre le dessus. C’est aussi ça la force de notre binôme, on est là pour se rebooster.
Ben-J : Je trouve, sans passer de la pommade à Jacky (rires), qu’il y a un titre sur cet album, Fonce, où il a bien développé ce thème. Je le recommande.
Jacky : La dernière fois que j’ai eu un doute, enfin plutôt une appréhension, c’est pour la soirée de lancement de cet album. C’était une forme de retour à Paris, on allait faire des morceaux qu’on ne maîtrisait pas encore. Au final, c’était un gros show, explosion totale ! Mais ce sont aussi ces doutes-là qui font le charme. Si on était sûrs de nous à chaque fois, en mode robot sans aucune émotion, ce serait sans intérêt.



Votre plus gros succès, Le Bilan, sample un classique du reggae, le Truth and Rights Riddim. Quels sont vos morceaux préférés sur ce riddim ?
Ben-J : Johnny Osbourne ! Puis bien plus tard, il y a eu celui de Richie Spice aussi.

Quels autres riddims souhaiteriez-vous reprendre ?
Jacky : On en avait repris déjà plein de Studio One sur l’album Rue Case-Nègre. On fonctionnait beaucoup sur cette base à l’époque. Après, même en live tous les riddims classiques comme le Sleng Teng, le Stalag, le Punnany, on peut poser dessus à tout moment pour des freestyles ! Sur cet album, on reprend juste un peu la voix de Junior Reid sur Fast Food Music, mais on n’est pas l’abri de reposer sur des standards jamaïcains.

Sur vos précédents albums vous avez travaillé avec des pointures du reggae (Ruff Cut, Tyrone Downie, Sly & Robbie), comment ça s'est passé ? Quels sont les différences principales dans la façon de travailler avec le milieu du rap ?

Ben-J : Dans le rap, le travail est essentiellement digital, c’est différent. Pour cet album, on a voulu travailler avec des jeunes pour obtenir des sonorités très modernes, tout en apportant notre expérience et notre touche classique. C’est cette alchimie qu’on voulait apporter et quand j’entends Fast Food Music ou J’arrive comme je suis, je trouve qu’on a vraiment réussi à trouver le bon mélange entre hip-hop et reggae. Dans le reggae, on retrouve différentes façons de travailler. Tyrone aime bien quand tu viens avec ta mélodie pour broder autour, trouver les accords qui vont bien, faire tout l’habillage. Avec Sly & Robbie, qui ont travaillé sur nos deux albums précédents, on arrive avec des maquettes et ils optimisent tout en live, soit en rejouant ou en reprogrammant la batterie ou la ligne de basse…
Jacky : Travailler avec ces grands messieurs a forcément été enrichissant. Ce sont des grands noms de la musique. Tyrone Downie, clavier de Bob Marley, à chaque fois qu’il met les doigts sur son clavier tu as envie de tout garder (rires) !  Il nous a beaucoup conseillés sur la manière de chanter, de se poser, ça a été quelqu’un de très impliqué. Ça a été impressionnant de travailler avec lui, tout comme avec Sly & Robbie. Quand on est allés en Jamaïque pour bosser avec eux, on était impressionnés, mais quelque part eux aussi étaient impressionnés de voir qu’on était des jeunes avec une identité, une couleur musicale qui savent où ils veulent aller. Il y a tout de suite eu un respect qui s’est installé, ils ne nous ont pas pris pour des petits Français qui viennent pour imiter les Jamaïcains, c’est quelque chose qui nous a beaucoup plu. Ça reste des grands moments de notre carrière.

Et avec quel(s) artiste(s) reggae aimeriez-vous travailler ?
Jacky : (il réfléchit) Damian Marley. Et Capleton.
Ben-J : Ce que j’aime chez Damian c’est cette fraîcheur, cette énergie d’aujourd’hui combinée à un flow vintage, old-school. Et il a aussi ce côté hip-hop qu’on aime.



Vous allez rapidement défendre cet album sur scène. Comment décririez-vous un concert des Neg Marrons ?
Ben-J : De l’énergie, un esprit festif et du live avec des musiciens.
Jacky : On ne va pas se mentir, c’est explosif ! Dans le sens où quand on monte sur scène, c’est vraiment pour transmettre notre énergie et donner le maximum. On part du principe qu’il n’y a pas de mauvais public, il n'y a que des mauvais artistes. Si tu te retrouves dans une salle, que les gens sont venus pour toi et qu’il ne se passe rien, c’est toi qui n’as pas fait le boulot. A partir du moment où on monte sur scène et qu’on sait que les gens sont venus nous voir, c’est vraiment pour donner le meilleur de nous-mêmes. Ceux qui viennent nous voir pour la première fois repartent un peu sur le cul généralement. Ils ne s’imaginent pas qu’il puisse y avoir une telle ambiance. Même nous, conscients de notre potentiel, on est malgré tout étonnés à chaque concert de voir jusqu’où les décibels peuvent grimper.

Un dernier mot pour nos lecteurs ?
Jacky : Continuez à nous soutenir, et si vous voulez des bonnes vibes : allez chopper l’album !
Ben-J : Et rendez vous sur les routes, dans vos villes !

publicité
commentaires
... aucun commentaire ...

1.6/5 (49 votes)

  • Currently 4.00/5
4.0/5 Evaluation Reggae.fr
Neg Marrons

Tout le monde connaît le Secteur A qui a vu l’éclosion des rappeurs Passi, Stomy Bugsy ...
09/04/16 - Reggae français

Neg Marrons : J'arrive comme je suis

Jacky et Ben'J ne savent pas abandonner ! Ils le clament haut et fort ...
27/01/16 - Clip

On fait le bilan avec Nèg'Marrons

La rentrée arrive et pour l'occasion on vous propose une interview en mode "On ...
30/08/14 - Reportage

Reggae Radio