Rototom Sunsplash
12/08/17 au 19/08/17
No Logo Festival
11/08/17 au 13/08/17
Reggae Sun Ska 2017
04/08/17 au 06/08/17
Devi Reed en tournée
01/07/17 au 29/10/17

Rototom

Devi Reed

Alborosie - Interview Alborosie - Interview
20/05/16 - Auteur(s) : Propos recueillis par Ju-Lion

Le trés attendu nouvel album d'Alborosie vient tout juste de sortir en digital (VP Records). Il sera disponible en CD dès le 3 juin et en vinyle à compter du 8 juin. Freedom & Fyah se révèle, sans surprise, un album d'une grande qualité de production, fournissant son lot de collaborations de choc et exposant le talent intact du plus jamaïcain des Italiens ! Rencontre avec l'artiste :

Reggae.fr  : Comment te sens-tu à quelques jours de la sortie de ton nouvel album ?
Alborosie  : Bien  ! J’ai beaucoup travaillé sur cet album, ça a été long, alors d’arriver finalement à la sortie et le faire découvrir au monde, ça fait du bien  !

Cet album sonne moins vintage que les précédents…
Oui, parfois il faut changer un peu, on ne peut pas faire la même chose tout le temps. Des fois tu as besoin de changement, tu mets un nouveau t-shirt, tu te coupes les cheveux… Je ne me coupe pas les cheveux moi (rires), alors je change un peu ma musique. C’est toujours du Alborosie, je reste moi-même. C’est un album très uniforme, les morceaux sonnent de façon très similaire. Il y a quand même une vibe vintage, par exemple sur Zion Youth ou sur Everything avec Puppa Avril, tu sens cet ingrédient vintage qui a toujours été dans ma musique. Mais comme je n’ai pas voulu me répéter, j’y ai ajouté une touche de dancehall et de dub.

L’intro du pasteur est très forte. Qui est-ce  ? Est-ce son propre sermon ou un texte écrit pour lui  ?
C’est marrant parce qu’en fait, c’est le sermon du baptême de mon fils. Ce sont les mots qui sont sortis de la bouche du pasteur, qui ne connait pourtant ni ma vie ni celle de mon fils. Je trouve ces mots très puissants et j’ai décidé de les ajouter à l’album comme une bénédiction pour mon fils et pour les gens. Chaque fois que ce CD va être joué dans la voiture ou les haut-parleurs de quelqu’un, la bénédiction va l’entourer lui et ses proches. C’est une prière qu’on envoie au monde.



On dirait quand même qu’il te décrit en quelque sorte…
C’est vrai que si on ne sait pas, on peut penser qu’il parle de moi mais ce n’est pas le cas.

Sur ton album, on retrouve plusieurs invités notamment les Roots Radics. Quel a été leur rôle sur le titre Everything  ? Ils ont composé ou juste joué  ?
On a composé ensemble avec Flabba. Et sur ce morceau, il y a Puppa Avril qui est un ancien deejay des années 80. Les Roots Radics n’ont fait que ce titre sur cet album, mais Flabba et moi travaillons beaucoup ensemble. En fait, j’ai même un album entier de prêt, Alborosie and The Roots Radics, qu’on sortira plus tard cette année. On a enregistré avec les membres originaux du groupe, sauf pour le piano car le claviériste est mort il y a un moment alors on a ajouté des musiciens. Mais le batteur Style Scott, paix à son âme, est bien dessus. On a enregistré tout ça de son vivant.


"Je suis nostalgique de cette période où les Buju, Luciano, Sizzla, Capleton étaient en force."


Et pour les autres titres, tu as encore tout fait tout seul comme sur tes précédents albums  ?   
Oui, j’ai joué la batterie, la basse, tout… Je suis un producteur, je travaille essentiellement tout seul, mais pour cet album en particulier j’ai voulu faire entrer d’autres producteurs dans mon monde. L’un d’eux est Winta James de Ovastand. Il était mon claviériste au sein du Shengen Clan sur les premières tournées. On a une longue histoire, c’est un frère. Je suis content que ça marche bien pour lui, et je l’ai invité pour bénir ce projet. Sinon, c’est principalement de la coproduction.  Pour Fly 420, c’est Madaski d’Africa Unite qui a coproduit, il est très bon pour tout ce qui est électro et dubstep. Pour le morceau dancehall, Judgement, j’ai été aidé par un excellent producteur montant en Italie.

L’invité féminine, Sugus, a une voix très juvénile et à la fois masculine… Et pourtant elle n'est pas si jeune. C'est quelqu'un de spécial pour toi n'est-ce pas ?
Je suis d’Italie mais j’ai toute une famille en Jamaïque. Et elle, on pourrait dire que c’est ma grand-mère jamaïcaine (rires)  ! Elle était choriste dans les années 70, elle avait même sorti des titres à l’époque. Elle vient de cet âge d’or, et elle a une voix unique. J’ai enregistré pas mal de trucs avec elle, et je me suis dit qu’il fallait qu’elle soit sur cet album. Ce qu’elle apporte, avec son vibrato si prononcé, ça me rappelle cette époque et j’aime vraiment cette vibe. Elle a près de 70 ans, elle ne peut pas vraiment se produire sur scène ou quoi, mais j’ai pas mal de sons avec elle. Rien n'est encore sorti, mais on y travaille.

Dans Zion Youth, tu fais référence à Buju, et tu l’imites même.
Oui, j’ai lâché un petit gimmick pour la vibe. Je rends hommage aux vétérans qui ont créé un style, et tracé le chemin pour nous, la nouvelle génération. Buju était la voix de la Jamaïque dans les années 90. Il a des titres qui ont très bien marché et qui font partie intégrante de mon expérience en Jamaïque.


"J'ai un album entier de prêt, Alborosie and The Roots Radics, qu’on sortira plus tard cette année."


Penses-tu que le talent peut lui permettre d’être pardonné  ?
Le talent n’a rien à voir avec la vie privée. Je ne juge personne car je ne veux pas être jugé moi-même. Tu ne te retrouves pas dans une situation par hasard, il y a toujours une raison. Tout le monde a du linge sale à laver en privé, personne n’est parfait, un homme n’est rien qu’un homme. Je respecte sa musique, je ne m’occupe pas de sa vie personnelle.

Tu envisagerais une collaboration quand il sera libre ?
Je n’ai jamais travaillé avec lui alors pourquoi pas, j’aimerais bien.

Penses-tu qu’il manque à la musique jamaïcaine depuis son incarcération  ?
Pour moi, et je crois aussi pour beaucoup de personnes en Europe, on est nostalgique de cette période où les Buju, Luciano, Sizzla, Capleton étaient en force. Ces artistes avaient vraiment une tonalité, et je crois que la Jamaïque l’a un peu perdue maintenant. Le genre de voix rauques à la Buju, Shabba, avec cette agressivité. Je me rappelle quand j’étais jeune en Italie, je me disais que je ne pourrais jamais chanter comme ces types (rires) ! C’est ce son, cette signature caractéristique des jamaïcains à l’époque qui me manque. Aujourd’hui, tout sonne fluet et joli. C’est bien quand même d’écouter ça, mais cette raucité me manque.
 


Revenons à ton album. Dans Cry, tu chantes "I Cry for my people everyday" (je pleure pour mon peuple tous les jours). Tu es né et a grandi en Italie mais tu as émigré en Jamaïque. De quel est peuple parles-tu  ?
Tout le monde. Je pleure pour les Italiens qui souffrent, pour les Jamaïcains, les habitants du Tiers-Monde, des ghettos… Mon peuple est ma famille, et ma famille est grande. Elle est partout dans le monde. Mes fans sont ma famille. Je me produis beaucoup en Amérique du Sud, au Brésil, en Argentine… Les gens y sont très militants, particulièrement au Brésil. En Jamaïque, je suis quotidiennement entouré de pauvreté. Ce que je veux dire dans cette chanson, c’est que je ne peux pas me lever un matin et me sentir heureux. Ce serait égoïste. Je ne peux pas être heureux tant que le monde va mal. C’est pour ça que je fais du reggae. Mes pensées vont chaque jour à ceux qui souffrent.


 "J’ai choisi la Jamaïque car spirituellement c’est un bon endroit pour vivre. La Jamaïque n’est pas un marché pour moi."


Tu y parles de meurtres. Tu le vis vraiment au quotidien  ? Où vis-tu exactement à Kingston  ?
Uptown, Downtown, ça n’a pas d’importance. Je vis à Kingston en Jamaïque alors je vois ces situations tout autour de moi. Je suis là, sur le terrain. Qu’est-ce que tu me demandes au juste  ? Si j’ai vu des choses directement, si j’ai vu des morts de mes yeux  ? Je vis ici depuis vingt ans (rires)  ! Les gens ont parfois cette idée qu’une personne comme moi est à l’abri dans un joli quartier… Mais il suffit de faire un pas pour être dans un ghetto. La Jamaïque c’est ça, tu peux avoir une jolie maison, tu auras toujours un ghetto à côté. Tu es exposé. Tu ne peux pas vivre en Jamaïque et ne pas être confronté à la Jamaïque, c’est impossible. Alors tu dois pleurer pour les gens. Personnellement, je contribue à la vie de beaucoup de personnes. De ma poche, tous les jours. J’aide des gens dans le ghetto ou à la campagne. Tu ne peux pas vivre ici et ne pas aider, il faut toujours partager son pain. Si tu ne fais pas ça, tu ne vivras pas longtemps en Jamaïque.

Tu es en Jamaïque depuis longtemps. Comment ta musique est-elle acceptée ?
Je n’ai pas vraiment besoin d’être exposé en Jamaïque. C’est chez moi, je traîne en tongues, je n’ai pas besoin d’être soigné comme dans un clip. Si je le voulais, ça ne me prendrait pas longtemps  : je connais tout le monde et tout le monde me connait dans l’industrie musicale, et même les gens. Kingston Town avait été n°1 ici, tout comme Blessings avec Etana. Ce n’est pas la question. J’ai choisi la Jamaïque car spirituellement c’est un bon endroit pour vivre. La Jamaïque n’est pas un marché pour moi. Je veux juste être tranquille, aller au supermarché, à la pêche… Je n’ai pas besoin d’effervescence.  Quand tu voyages aux quatre coins du monde, il te faut un endroit que tu appelles maison, et où tu peux enlever le masque et où personne ne te met de pression.



C’est pour cela qu’on ne te voit pas souvent en concert en Jamaïque ?
Il faut aussi se souvenir d’une chose : ma musique ne marche pas vraiment en Jamaïque. Je fais du rub-a-dub, la Jamaïque n’est plus un pays fan de rub-a-dub. Si j’envoie ma musique aux médias, ils vont me répondre que ce n’est pas vraiment le type de musique qu’ils jouent. L’année dernière, j’ai chanté au Rebel Salute. Où pourrais-je aller d’autre  ? Le Sting ? Le Sumfest (rires) ? La Jamaïque est différente maintenant. C’est le dancehall/pop/hip-hop qui domine. Je t’ai dit que je connaissais tout le monde. Quand je vais voir des selectors comme Boom Boom ou Foota Hype et que je leur demande de jouer ma chanson, elle sera jouée pendant le warm-up, au début de la soirée. Ce ne sera jamais en pleine nuit, quand tout le monde veut entendre du dancehall. Ce n’est pas grave, c’est cool. C’est ça la Jamaïque.


"J’aide des gens dans le ghetto ou à la campagne. Tu ne peux pas vivre ici et ne pas aider, il faut toujours partager son pain."


Et en tant qu’artiste blanc, as-tu l’impression qu’il y a toujours des Jamaïcains qui pensent que les blancs s’approprient et même volent leur culture  ?
Oh oui, tous les jours ! Je regardais la télé hier, un artiste blanc en Jamaïque était interviewé et on lui posait cette question sur le fait que les Européens s’approprient la culture. A chaque fois que je donne une interview en Jamaïque ou que la personne qui pose les questions est jamaïcaine, j’y ai droit. Avec Gentleman, on a été les premiers, alors ils aiment particulièrement aborder ce sujet avec moi. Selon moi, c’est stupide et très naïf. C’est comme si un rappeur américain se pointait en France et vous disait  : «   Hey les mecs, arrêtez de rapper, c’est ma musique, rendez-la moi  ». Ou qu’un Italien interdisait l’utilisation des gammes puisque ça a été créé par un Italien…



Pourquoi ne parles-tu pas de ton expérience personnelle en tant que migrant dans tes chansons ?
Parce que je ne le vis pas comme un problème. Personne ne vient me poser de question ni me pointer du doigt. Si tu viens parler à quelqu’un comme moi de vol de culture, ça n’a pas de sens, ça ne me concerne pas. Mon groupe est de Jamaïque, j’emploie 15 personnes depuis 2006, et les gens savent aussi que j’aide beaucoup ici. Mon fils est jamaïcain, mon fils est noir. Ça ne me concerne vraiment pas. Après, à la limite je pourrais comprendre ce type de réaction envers les Européens qui parlent en patois et chantent en patois, du moins essaient, sans n’avoir jamais mis les pieds en Jamaïque. Sinon, toutes mes chansons ont quelque chose de personnel. Si tu écoutes ma musique, tu peux l’entendre.

Dans le clip de Rocky Road, on te voit en tant que père mais aussi grand-père...
Pour l’instant je n’ai qu’un fils, il a deux ans. La vie est un cycle. A Kingston, on médite pas mal sur la vie, en se posant avec une bière et un spliff. Donc la vie est un cycle, d’abord tu apprends à marcher, puis à parler. Tout est nouveau autour de toi. Tu vas à l’école. Ta mère te surveille, puis un jour tu deviens toi-même père, puis grand-père. Le temps passe vite, il ne faut pas le gâcher.

Merci beaucoup pour cette interview.
Une dernière chose : ne perdons pas de temps avec des divisions. Ce dont le reggae a besoin aujourd’hui, c’est que l’on concentre nos efforts à faire avancer le mouvement. Le reggae est planétaire, et j’invite chacun à œuvrer pour l’unité dans le reggae. C’est ce que j’ai toujours fait. One Love, respect et unité  !

publicité
commentaires
... aucun commentaire ...

3.1/5 (30 votes)

  • Currently 4.00/5
4.0/5 Evaluation Reggae.fr
Alborosie

Le coeur du reggae est la Jamaïque, mais cette musique est ouverte à tous, ...
09/03/15 - Roots

Alborosie 'Living Dread'

Double hommage pour Alborosie dans son nouveau single Living Dread, faisant ainsi référence aux ...
04/08/17 - Clip

Puppa Albo - interview Freedom & Fyah

Alborosie foulera de nouveau les scènes françaises dans les prochains jours (Beauvais le 10/11, ...
08/11/16 - Reportage

Reggae Radio