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Keny Arkana Un autre monde est possible Keny Arkana Un autre monde est possible
24/11/16 - Auteur(s) : Sacha Grondeau

Elle est la fille du vent, la voix des insoumis et des sans-grades, une lueur d’espoir pour les amateurs de bonne musique consciente et sans compromis. Elle aurait pu faire du reggae, elle porte haut les valeurs du rap. Son dernier EP a été la bonne nouvelle de ce milieu d’année. Rencontre avec une femme qui compte.

Reggae.fr  : La sortie en mai dernier de ton EP État d’urgence était plutôt inattendue…
Keny Arkana  : L’automne dernier, j’étais en train de préparer L’Esquisse 3 et l’album, j’avançais sur ces deux projets et puis je les ai mis un peu en stand-by par rapport aux évènements de novembre. J’ai écrit État d’urgence entre novembre et janvier, le temps de recevoir des prods… Au départ je voulais le sortir avant la fin du premier état d’urgence le 26 février mais j’ai été un peu retardée. La démarche de ce projet découle de l’urgence de proposer un autre discours que la pensée dominante emplie de haine, de communautarisme, de flips divers et variés…  Et de rappeler humblement quelques vérités autour de valeurs comme la paix et l’humanité, tout en dénonçant la politique conquistador de notre époque et les médias complices de cette politique dominatrice.




A la première écoute de ton EP, on sent que sur ce projet, ton discours s’incarne davantage à travers le prisme de l’unité, plutôt que dans la contestation frontale avec le système.
Aujourd’hui, pour moi, c’est contestataire que parler de notre unité. J’ai l’impression que la politique actuelle suit celle du 11 septembre  : ultra-liberticide, ultra-sécuritaire. Je pense que le gouvernement joue de ce jeu de division, de guerre et de violence. Autant il y a 10 ans les gens étaient un peu dans une léthargie, une inertie où il y avait besoin un peu de réveiller les masses, autant aujourd’hui je pense que trop se positionner dans la violence et la rage ça ne fait que creuser les divisions et jouer le jeu du gouvernement. C’est presque hyper subversif de parler de paix et d’unité à une époque où on se replie dans du communautarisme, autant à l’échelle nationale que mondiale, et où le libéralisme est passé à une étape supérieure. J’ai toujours senti qu’en France, par rapport à d’autres pays où j’ai pu voyager, il n’y a tellement pas d’unité et qu’aller trop loin dans la révolution, c’est partir en guerre civile. Je l’ai toujours senti, en France il y a ce terreau-là et avec les années ça va en empirant. Je n’ai pas envie de jouer ce jeu-là, même si je conserve une rage et une violence, ce n’est pas ce que j’ai envie de mettre en avant et dans le cœur des gens.



Il y a une certaine similarité avec le reggae, qui est considéré comme une musique contestataire mais dont les messages véhiculés d’unité et de paix contrastent avec les codes «  mainstream  » de la rébellion.
Le meilleur exemple que j’ai de gens qui vivent leur lutte et qui sont autonomes, ce sont les zapatistes. Ça fait 10 ans que je vais les voir et j’ai passé un an avec eux en 2014. Il n’y a pas un peuple aussi uni qu’eux, prônant la paix, l’unité, aussi bienveillant avec cette sensibilité, et pourtant ils sont en lutte. On parle de rebelles, mais ça fait 20 ans qu’ils vivent leur autonomie. Alors si être rebelle, c’est faire sa crise d’adolescence ou aller faire le nerveux devant ses collègues quand y a du flic, moi je ne crois pas à cette solution-là. La France a toujours été cynique face aux messages de paix, en mode «  ouais c’est sympa les bisounours  », sauf qu’aujourd’hui la France s’est mangée des balles et un petit retour de flammes, alors qu’elle bombarde des pays depuis dix ans. Et je crois que quand tu goûtes vraiment à la guerre et que tu vis une violence sanguinaire, tu te rends compte que certaines valeurs qui étaient peut-être un peu lointaines pour toi comme la paix ne sont finalement pas si légères que ça. La naïveté n’est un défaut qu’en France, les zapatistes pourraient être qualifiés de gros naïfs, mais ils la vivent leur utopie. Le peuple palestinien a un cœur énorme qui parle de paix… Les gens qui connaissent vraiment la guerre ne vont pas sous-estimer la paix et ne vont pas prendre ça comme quelque chose de naïf. Je sais qu’on ma toujours critiquée sur une certaine forme de naïveté, même à l’époque où je faisais des morceaux plus rageurs. Si je te parlais de mon vécu, tu te rendrais compte qu’à neuf ans déjà je n’étais plus naïve, je suis dehors depuis que je suis petite et j’ai vu le pire de l’humain. Mais ce n’est pas ce que j’ai envie de booster comme émotion. Je ne suis pas une politicienne mais une artiste, je rentre dans le cœur des gens et j’ai envie de leur faire du bien. Sans prétention, si je peux offrir une petite onde de guérison ou de paix, je trouve que c’est précieux. Après, je ne fais pas non plus du Chantal Goya  ! Je pointe quand même du doigt de vraies choses.



Ce concept de naïveté a beaucoup été utilisé pour décrédibiliser les artistes qui ont apporté leur soutien au mouvement Nuit Debout. Ils ont été accusés de sombrer dans une naïveté bourgeoise ou post-hippie. Ton opinion sur Nuit Debout  ?
Je suis allée sur place, je trouve que c’est beau. Après, le cynique traitera toujours de naïf celui qui rêve et qui essaye de changer les choses.  Des mouvements comme Nuit Debout ou Les Indignés sont une nouvelle forme de lutte qu’il n y avait pas il y a 10 ans. A l’époque, la lutte consistait encore à se greffer à un syndicat ou à un parti politique un peu subversif. Il y avait toujours ce truc de donner notre petit pouvoir à un leader. Depuis quelques années on assiste à une nouvelle forme d’organisation horizontale, qui existe déjà dans d’autres pays et notamment en Amérique du Sud. On fait des assemblées populaires, on prend du temps pour parler, s’exprimer, écouter l’autre et essayer de prendre en considération les points de vue de chacun. A l’époque de La rage du peuple, on prônait ça et on a essayé de nous récupérer mille fois en nous disant qu’on n’avait pas trop le choix, qu’il fallait forcément se greffer à un parti ou à un syndicat pour prendre de l’ampleur. C’est très positif que cette nouvelle forme de lutte arrive en Occident, malgré les maladresses des débuts. On ne pouvait rien changer avec les outils que Babylone nous avait donnés.

En parallèle, les mouvements identitaires, communautaires, voire haineux sont de retour en force et ils ont l’air beaucoup plus puissants et fédérateurs.
Oui, c’est un peu pour ça que j’ai choisi d’opter pour ce thème. Comme je disais, pour moi la France possède ce terreau de guerre civile. Il y a trop de France différentes. Toutes ces «  Frances  » ne sont pas prêtes à s’unir et c’est important d’ouvrir le dialogue. Ces mouvements plus positifs, plus ouverts le permettent. Il ne faut pas semer l’exclusion avec ces gens, beaucoup sont en recherche d’eux-mêmes. Un humain n’est pas figé, il faut garder l’ouverture et le dialogue même avec nos «  ennemis  ». Au final il s’agit juste d’idéologies et ces gens peuvent changer. A la base, on est tous des humains, aspirant plus ou moins à la même chose. Et comprendre la blessure de l’autre, c’est important.



Dans l’EP tu dis «  le but de l’humanité, c’est le bonheur  ».  Mais à la base, rien ne dit que l’homme est bon ou mauvais…
En tout cas, les peuples premiers sont bons, ainsi que tous ceux qui n’ont pas été formatés à l’égoïsme ou au rapport de force…  Attends, nous à trois ans on est à l’école, et on nous apprend à être le premier ou le dernier  ! On t’apprend déjà à être dans l‘adversité. Quand tu voyages un peu et que tu vois d’autres peuples plus à l’écart du système, franchement tu hallucines, ça donne de l’espoir en l’humanité. J’ai tout dans mon vécu qui pourrait me faire dire que l’humain, c’est mort. Quitte à lutter, lutte pour les animaux,  pour les arbres, pour la forêt, pour ce que tu veux, mais l’humain c’est mort. Mais je sais qu’au fond l’humain est capable du pire mais aussi du meilleur, et ça va dépendre du regard qu’on lui porte. Même la pire des personnes, si tu arrives à la regarder avec un regard de lumière, tu appelleras sa lumière. Nous sommes tous  blessés, et nos blessures nous rendent égoïstes et engendrent une soif de pouvoir, un manque de reconnaissance, de considération… On est très puérils en Occident. Si j’écoute mon moi profond, bien sûr  je désespère de l’humanité, j’ai la haine et je me dis qu’on est vraiment le cancer de la planète. Ce n’est quand même pas ce que j’ai envie de proposer dans ma musique, parce que j’ai une responsabilité en tant qu’artiste. 


Il y a dix ans, tu ne te serais pas dirigée aussi facilement vers cette forme d’apaisement.
La musique peut soigner ton cœur comme elle peut te le briser, c’est de l’art invisible, de la magie. L’artiste a une responsabilité, j’en suis consciente depuis mes débuts. J’ai pu faire plein de textes hyper dépressifs, presque suicidaires, mais jamais je ne les donnerai aux gens. Je n’ai pas eu une vie facile et j’aurais de quoi écrire des trucs vraiment noirs. Des fois, je les porte encore en moi mais ce n’est pas ça que j’ai choisi de proposer. J’ai envie de tendre vers quelque chose d’autre. Dans une France où les gens sont cyniques, égoïstes, haineux, envieux, condescendants, j’ai envie de prôner autre chose. Et il y aura toujours des gens au cœur pur et un peu ouverts qui comprendront ça.  Tu sais, on dit que le cœur a besoin de se briser pour grandir, et des fois je crois qu’il n’y a que les gens qui ont morflé qui peuvent comprendre la valeur de l’espoir, de l’amour et de l’humanité. Ce n’est pas grave, je n’en veux pas aux gens qui n’ont pas morflé et qui ont d’autres valeurs.  Je ne veux pas me fermer au dialogue, même avec un facho je préfère parler et essayer de trouver un truc sur lequel on se rejoint pour pouvoir se dire qu’on n’est pas si différents, on n’est que des humains.



C’est bien de t’entendre positive. Ce qui se passe dans le monde ne pousse pas non plus à l’optimisme...
Autant d’un point de vue individuel que collectif, l’humain a besoin d’aller dans le pire pour retourner dans le meilleur, au plus profond de sa connerie pour graver dans son ADN les mots «  plus jamais  ». On a besoin d’aller au fond de notre obscurité pour étouffer… C’est parce que le monde part de plus en plus en couille qu’il y a de plus en plus de gens conscients qui se disent que ce n'est plus possible. Les gens sont moins bêtes au sujet des politiques et des médias… Par exemple, l’épisode de la grippe A en 2009 m’avait bien fait rire. Ils avaient fait de grosses campagnes comme quoi c’était dangereux et qu’il fallait se faire vacciner, ils en avaient fait des tonnes, une véritable propagande  ! Elle n’a pas marché, peu de gens y ont été et ils ont dû jeter la moitié des vaccins. Il y aurait eu la même chose il y a 25 ans, tout le monde y aurait été, tellement les gens étaient persuadés que la télévision dit la vérité et que les politiques sont là pour les protéger.



Pour revenir à ton EP, peux-tu nous parler de la chanson  Une seule Humanité  ?
Il s’agit du dernier morceau, et tous les derniers morceaux de mes projets sont souvent une ouverture spirituelle et un retour à soi-même, à une paix intérieure. Nos différences sont une richesse, tu t’imagines si on était tous pareils, de la même culture, habillés pareil… Je me suis toujours dit que si un jour je rencontrais un martien, je serais trop contente de lui dire que je viens de la Terre  ! Ma planète est riche en cultures, en traditions, c’est magnifique  ! Chacun peut garder sa couleur singulière en faisant partie de cette grande famille, l’un n’empêche pas l’autre. Il faut guérir les blessures de l’Humanité, les neuf siècles d’inquisition, les quatre siècles d’esclavage, les génocides… Au bout d’un moment, il faut poser les choses pour guérir. Ce n’est pas possible pour l’instant car ça existe encore finalement, sous d’autres formes.

Présente nous Effort de paix.
La spiritualité est importante, elle t’apprend à être humble et défonce ton ego. Je fais chanter des enfants à la fin, c’était important pour moi que ce soit des enfants qui le disent. «C’est si simple la paix, moi je veux bien commencer, juste un sourire pour apaiser ta plaie, un regard complice pour te rappeler l’humanité  ». La paix n’est pas facile, mais c’est simple, un enfant de 3 ans est capable de la comprendre.



Le monde des enfants peut pourtant être violent lui aussi…
Encore une fois, dans d’autres pays, ce n’est pas comme ça. Un enfant subit des frustrations dès son plus jeune âge, on lui dit «  ah fais pas ça, touche pas ça  »…  On fout les enfants à l’école dès 3 ans pendant huit heures par jour, ils en voient le bout après leur diplôme bien des années après et ils n’ont jamais leur expérience personnelle de vie, c’est  : assieds-toi, bouge pas, écoute, ta gueule  ! C’est hyper violent  ! Les enfants ressemblent aux adultes d’aujourd’hui, puérils et égoïstes, mais ce n’est pas une loi absolue, ce n’est pas partout pareil. Au Mexique, les prises électriques sont au moins à 1m50 du sol dans les habitations. En France, le premier stress au sein de ton propre logement par rapport à ton gamin, ça va être les prises. Tout est fait pour qu’on soit en stress. Certains disent que les chiens sont méchants, ça dépend des maîtres qu’ils ont  ! En Occident soi-disant civilisée, les gamins remettent tout en question et foutent tout en l’air entre 13 et 17 ans, les parents mettent les grands-parents en maison de retraite et les laissent crever. Excuse-moi mais on peut se demander qui sont les civilisés et qui sont les sauvages  ! Ça n’existe pas ailleurs, les anciens sont précieux. On reconnaît une civilisation à comment elle traite ses vieux et ses morts. Ici, si tu ne payes pas le loyer de la pierre tombale de ton grand-père, ils le foutent à la fosse commune.

Qui a produit De quoi es-tu si sûr  ?
Les arrangements, le scratch et la réalisation ont été faits par DRK, mon DJ depuis 2011-2012. Il a aussi assuré la production exécutive de l’EP. Ça me paraissait important de faire un thème autour de l’humain et de ses suffisances. L’humain est hyper limité, il ne cherche plus sa croissance intérieure. Pourtant, tous les jours on apprend, on grandit et on peut tirer les leçons de nos expériences et de nos erreurs. Je rappelle que tu as beau être dans tes suffisances, l’univers lui-même s’expand chaque jour.

L’EP «  État d’urgence  » est disponible ici à prix libre : https://www.etat-durgence.com/

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commentaires
le 25/11/16 par Micke
Excellent article, il est très important de partager cette vision du monde, du système, les mots me manquent tellement je suis touché par cet EP (et cet artiste depuis longtemps)....merci pour ce partage, réaliste qui NE peux mettre un coeur en parenthèse. Le fait que se soit une Femme qui porte ses valeurs apportent une dimension encore plus "deep", Il n'y en a pas deux et j'en suis triste. You're a twinkle star. Un grand grand merci. Give meny thanks.

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