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Taïro : Taïro : 'Reggae français' tune par tune
22/12/16 - Auteur(s) : Propos recueillis par Sacha Grondeau

Défendre le reggae français n'est pas chose aisée. Malgré le succès grandissant de certains artistes, notre musique préférée reste marginalisée, boycottée des médias traditionnels et souffre de quelques clichés dont elle a du mal à se défaire. Taïro a mis les pieds dans le plat cette année avec son album sobrement intitulé Reggae français. Le chanteur assume jusqu'au bout son style et porte fièrement les couleurs du reggae hexagonal avec 13 titres résolument francophones. Il revient avec nous en détail sur chaque morceau de ce bel opus !


Reggae français


Reggae.fr : Avec ce morceau, tu présentes et tu revendiques un style à part entière. Qu'est-ce qui caractérise pour toi le reggae français ?
Taïro : C'est évidemment la langue française qui le caractérise et forcément ce qui est raconté dans les chansons aussi. La vie des Parisiens n'est pas la même que celle des habitants de Kingston donc les thématiques sont un peu différentes. Dans le reggae jamaïcain, il y a une récurrence dans l'écriture. Rares sont les artistes jamaïcains qui se différencient des autres par leur écriture. C'est d'ailleurs pour ça que Sizzla est sorti du lot car à ses débuts, il avait vraiment un style d'écriture bien à lui. En France, j'ai l'impression qu'il y a vraiment des personnalités qui s’expriment à travers l'écriture. Il y a une identité chez Danakil, une identité chez Max Livio, chez Kenyon etc. J'espère que j'ai ça moi aussi. Ce morceau-là il a une vraie histoire. En fait, j'ai un très bon ami qui ne suit pas vraiment ma carrière. Il sait un peu ce que je fais, mais il ne s'y intéresse pas plus que ça parce que ce n'est pas son délire. Il m'a d'ailleurs toujours dit : « C'est sympa ce que tu fais, mais ce n'est pas très novateur. » Puis, il est venu me voir jouer à L'Olympia et en sortant il m'a dit : « C'est marrant, maintenant j'ai compris ce que tu faisais. Tu devrais faire une chanson qui s'appelle Reggae français. » Il s'est même proposé pour l'écrire avec moi et c'est ce qu'on a fait. Il s'appelle Matthieu Béringer, il est crédité sur l'album. C'est un pote du collège, il n'a rien à voir avec la musique, il est prof de tennis. Moi sur cet album, j'avais envie de partager l'écriture avec d'autres personnes, qu'elles soient auteur ou pas. J'avais envie de rafraîchir mon écriture, de proposer d'autres façons d'écrire, d'avoir quelque chose de plus neuf. Et j'avais surtout envie de représenter ce reggae français, car je trouve qu'il n'y a pas beaucoup de soldats. Même s'il y a beaucoup de gens qui le défendent musicalement, il n'est pas identifié comme un style à part entière. Et j'avais aussi envie de dire qu'il faut qu'on assume ce que l'on est. On n'a pas à avoir honte d'être Français. On n'a pas non plus à être fier puisque de toute façon on ne choisit pas où l'on naît. Mais nous sommes ce que nous sommes et il ne faut pas avoir peur de l'assumer. Et j'ai l'impression qu'il y a toujours eu une tendance qui consiste à vouloir ressembler à un Jamaïcain quand on fait du reggae. Moi je pense que ce n'est pas nécessaire. Ça ne veut pas dire non plus qu'il faut voler la culture jamaïcaine et se l'approprier en disant que le reggae doit être franco-français. La musique et la culture en générale sont des ponts qui peuvent lier des gens très éloignés. On peut être Français et adorer cette musique qui est faîte à des milliers de kilomètres par des gens qui n'ont pas la même couleur de peau que toi, pas les mêmes origines, pas la même culture.


Bon vieux temps


Est-ce que le reggae c'était mieux avant ?
Je ne sais pas. Ça dépend des styles je pense. Le problème c'est que Marley a mis la barre tellement haute... En tout cas, par rapport à son époque. Après, il y a des artistes de reggae qui sont arrivés après lui et qui ont fait des trucs incroyables. En fait, je ne dirais pas que c'était mieux avant et ce morceau ne dit pas ça d'ailleurs. C'est plus pour se souvenir d'une autre époque, s'y replonger et avoir le plaisir d'y repenser.


Rendez-vous


Cette chanson nous emmène au cœur du couple, une des thématiques que tu affectionnes particulièrement n'est-ce pas ?
En fait, l'inspiration de cette chanson vient vraiment de la mélodie. Quand j'ai trouvé cette mélodie, je savais qu'elle devait raconter quelque chose de cet ordre-là. Au départ, je voulais même essayé d'échapper à cette thématique que j'ai déjà abordée plusieurs fois. Pour être honnête, au début je voulais m'adresser aux terroristes pour leur dire : « venez on se parle ». Mais en fait c'était trop difficile d'être juste et subtil. Je ne voulais pas qu'on croie que j'excuse ce qui s'est passé. Donc je suis revenu à l'idée de départ que m'avait inspiré la mélodie ; c'est-à-dire une déchirure, des gens qui sont en train de s'éloigner. Et quand j'ai abandonné l'idée des terroristes, la chanson m'est venue extrêmement rapidement.


Un étranger


As-tu voulu faire écho à l'actualité en France où le sentiment de rejet de l'autre est en progression ?
Quand j'ai commencé à écrire cette chanson, je ne savais pas si j'allais simplement parler des gens qui sont de l'autre côté du périph parisien, qui en fait font partie de Paris et qui se retrouvent néanmoins comme des étrangers quand ils se baladent dans la ville, ou si j'allais ouvrir la thématique de façon plus large. Donc j'ai appelé Merlot pour co-écrire ce morceau. En France, aujourd'hui, le mot « étranger » est devenu péjoratif. Je trouve ça étonnant, parce qu'on ne devrait pas avoir peur d'un étranger, on devrait juste être intéressé et se demander quelle est son histoire. Je voulais me mettre à la place de ces gens qui parfois ne font que traverser le périph, ou parfois font des milliers de kilomètres parce que c'est trop difficile de survivre là où ils sont. Je voulais me mettre dans leur peau mais sans en faire des victimes, car il faut tellement de courage pour quitter l'endroit où tu es né, où tu as grandi, pour aller reconstruire ta vie ailleurs parce que tu n'as pas le choix. En fait, ces gens-là ont beaucoup de force et je trouve qu'on devrait même les accueillir avec des applaudissements plutôt qu'avec des huées ou des « rentre chez toi ».


Nouvelle vie


Là on voit bien que même en racontant une expérience personnelle, tu arrives à y mettre une dimension qui parle à tout le monde. Mais est-ce que toi tu as vraiment envie d'une nouvelle vie ?
On a tous envie de changer de temps en temps parce qu'il y a toujours quelque chose qui ne va pas dans nos vies. Parfois c'est plus difficile pour certains que pour d'autres, il faut bien le reconnaître, mais je pense que tout le monde a ce fantasme d'une vie rêvée et à la fois possible. Cette chanson elle veut aussi dire que des fois on se projette un peu trop loin sans se rendre compte de ce qu'on a à portée de main. Toutes ces petites choses qui sont devenues la routine et qu'on n'apprécie plus autant. Dans cette chanson, le mec en a marre de son boulot donc il se barre, après il en a marre de sa femme, donc il la quitte, et à la fin, il se rend compte qu'il est seul et il commence à se faire chier.


Changer




C'est un peu le même thème. Là encore, on se rend compte que des situations individuelles peuvent avoir une portée universelle...
Moi je suis fatigué de ce monde, de cette société ou de cette force qui essaye de nous séparer les uns des autres. J'ai l'impression qu'on nous pousse tous à avoir des objectifs individualistes. C'est vraiment devenu « chacun pour soi ». J'ai un vrai rejet de ce truc-là en ce moment. Mais je sais aussi que c'est nous qui formons cette société. C'est nous qui consommons, c'est nous qui voulons gagner plus d'argent. Quand je vois ce qu'il se passe au Gabon aujourd'hui où la France fait plus ou moins preuve d'ingérence, je me dis que si nous on se permet de dire à un pays comme le Gabon ce qu'il doit faire ou pas, nous sommes obligés d'avoir une politique extérieure irréprochable. Il faut que nos sociétés occidentales arrêtent de s'enrichir sur le dos de petits pays qui ne perçoivent même pas le fruit de leurs richesses. Il faut que ça change ! Ce n'est pas un hasard s'il y a des pays très riches et d'autres très pauvres. Il y a des relations complètement déséquilibrées et ça doit changer. Et c'est à nous de pousser nos entreprises et nos politiques à amener ce changement.


Champion ft. Treesha


Comment s'est passée la rencontre avec Treesha ?
J'ai connu Treesha via I-Nity du lable Undisputed Records qui a produit un album d'elle l'année dernière. J'avais adoré cet album et j'avais croisé Treesha plusieurs fois sur la route car elle fait les chœurs de Gentleman. J'avais déjà écrit le refrain et mon couplet de la chanson et je voulais partager ce morceau avec une fille. Au début, je cherchais une chanteuse française, mais ce titre correspondait tellement à la voix de Treesha que je lui ai proposé à elle.


Dans les étoiles


On sent qu'il y a une double lecture. A quelle expérience fais-tu référence ?
Il y a un peu une double lecture en effet. C'est un morceau que j'ai écrit avec Céo. Je lui ai soumis mes idées en yaourt et lui il est parti sur une idée de voyage sentimental. Il a écrit de son côté et après on s'est retrouvés et on a réajusté la thématique et la façon dont ça pouvait se dérouler. Il m'a aussi proposé des flots et au début des couplets, je me rapproche du rap. Je trouvais ça intéressant, parce que ça m'obligeait à poser un chant plus intimiste que démonstratif et ça correspondait bien au thème de la chanson. Mais le chant évolue au fur et à mesure. Plus le morceau avance, plus ma voix porte. La double lecture, c'est la comparaison entre l'amour et les drogues. L'amour peut créer cette sensation de planer et quand on est dedans, on se sépare du monde, on n'est plus du tout dans la réalité.


Danse


Qu'as-tu voulu exprimer avec ce morceau ?
C'est une chanson sur la mort. C'est pour dire que de toute façon elle viendra te chercher un moment donné, que tu t'y attendes ou pas, que tu sois malade ou en bonne santé, que tu sois riche ou pauvre. Donc danse et profite de la vie et de chaque jour comme si c'était le dernier parce que de toute façon on va tous y passer.


Rastaman chante


Quelle est ta relation avec rasta et la religion de manière générale ?
C'est une chanson pour dire qu'on a besoin des rastas qui chantent du reggae et qui défendent des valeurs. C'est ce que je dis dans les couplets : « Tes mots et ta voix sont un médicament contre ces balles qui sifflent à nos tympans. » C'est une manière de m'encourager moi-même à continuer dans cette voie, mais c'est surtout une mise en abîme : c'est moi qui suis dans le public et qui regarde ce rastaman que je ne suis pas forcément et à qui j'ai envie de dire : « on est derrière toi, vas-y donne nous de la force. » Je ne suis pas un rasta à fond. J'essaye de manger de moins de moins de viande, mais ça m'arrive d'en manger. Je connais l'histoire de Sélassié, mais je ne sais pas s'il est le représentant de Dieu sur terre ou pas. Je ne suis même pas tout à fait d'accord avec l'idée de Dieu que se font les hommes. Mais il y a énormément de choses qui me lient au rastafarisme dans l'idée de ce qu'est un homme libre par exemple ou dans la façon dont on considère la nature. Sans être rasta, il y a beaucoup de choses qui résonnent en moi dans ces croyances.


Jet Lag


C'est un morceau très dense qui aborde beaucoup de sujets, mais on sent que tu es moins sérieux que d'habitude...
Je pense qu'en fait c'est la forme qui rend cette chanson plus légère. C'est vrai que le refrain est très léger : « Je crois que je suis en jet lag, je suis resté perché dans les nuages. » Mais les couplets sont un peu aiguisés, ils sont un peu durs avec le monde du hip-hop notamment. Je fais un peu un rejet de l'imagerie egotrip. J'ai du mal à comprendre qu'en tant qu'artiste on puisse dire qu'on est le meilleur. Je n'aime pas trop l’auto-congratulation. J'avais envie avec ce morceau de dire qu'il ne faut pas faire de la musique pour s'attribuer des médailles à soi-même. C'est avant tout un plaisir et aussi une proposition artistique qui ne sera pas forcément comprise et acceptée par tous.


La vie c'est dur


Le message est clair, mais il y a quand même de la positivité dans le texte n'est-ce pas ?
En fait ce morceau s'adresse à mon hypothétique futur enfant. Je n'ai pas encore d'enfant, c'est pour ça que je dis « c'est pour toi qui viendra, prends ton temps, tu verras ce monde-là est à toi, il t'attend, il est un peu froid un peu grand, mais il t'attend. » C'est une manière de le mettre en garde, de lui dire « tu verras c'est dur, mais ça vaut le coup ». C'est aussi simple que ça.


Avec le temps


On y voit une référence à Léo Ferret. Est-ce la cas ?
Un peu oui. Mais c'était surtout pour faire une référence à la chanson française en général, en écho au titre de l'album, Reggae français. J'aurais aussi pu l'appeler Sans argent puisque c'est une autre partie du refrain, mais j'ai choisi Avec le temps pour le clin d’œil. L'autre jour j'ai regardé un reportage sur Francis Cabrel, et même si je le connaissais, je n'avais pas idée à quel point c'était un auteur aussi talentueux. Je n'avais pas saisi la qualité de ses textes parce que sa musique ne m'attirait pas spécialement. Mais je trouve que Cabrel c'est un peu le Marley français (rires). La comparaison peut paraître bizarre, mais je le pense vraiment. Tout ça pour dire que je puise mon inspiration dans de multiples cultures et que la chanson française est très intéressante. Il y a beaucoup de belles choses et il ne faut pas hésiter à s'en nourrir.

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commentaires
le 29/12/16 par brigadier masamba
c'est tout simplement le prince du reggae francophone j'assueme ce que j'ecris.

2.0/5 (20 votes)

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