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Legal Shot - Interview légale Legal Shot - Interview légale
01/02/17 - Auteur(s) : Propos recueillis par Ju-Lion ; Pics : A. Sanchez & K. Buret

Plus de 15 ans d'activisme, une box de dubplates profonde comme l'océan et l'une des sonos les plus performantes d'Europe. Legal Shot s'est construit au fur et à mesure d'un travail acharné. Et le travail paye. Aujourd'hui l'un des sound systems les plus actifs de France, la team opère sur tous les tableaux. Organisation, sonorisation, clashes, production, émission de radio... Et bientôt la gestion d'une nouvelle salle à Rennes, leur fief, en association avec d'autres sound systems. Le Claps ouvrira ses portes dans le courant de l'année et une soirée de soutien est organisée ce week-end à l'occasion du 23ème Nantes Dub Club. L'occasion était toute trouvée pour vous révéler un entretien fleuve avec quatre des cinq membres actifs du crew. Dub ou pas dub ? Sono ou pas sono ? Clash ou pas clash ? Polak, Matty Dread, Paco et Ben nous disent tout !

Commençons par présenter l’équipe Legal Shot.

Polak : L’équipe est composée de cinq co-propriétaires. Matty Dread qui est le selector et MC, Paco qui est l’ingénieur live du sound system, Electro Phil qui est notre ingénieur studio et qui s’occupe de la construction du sound system, Ben à l’administratif et moi-même Polak qui suis également selector et MC. Et on n’oublie pas Carlos notre roadie ! On a aussi un membre plus récent, Norris King, qui représente Legal Shot en Asie puisqu’il habite à Manille aux Philippines, un endroit où les gens commencent tout juste à découvrir le reggae et le dancehall. Et c’est vraiment en train d’exploser puisque Norris est mobilisé parfois plusieurs soirs par semaine pour jouer.

Depuis quand existe vraiment Legal Shot ?
Polak :  Sous le nom de Legal Shot, l’aventure a commencé en 2000. On se connaissait déjà un peu tous avant et on faisait déjà de la musique, mais on n’avait pas encore créé de collectif au sens propre du terme. On collectionnait des disques, on était fans de reggae, dancehall et rub-a-dub.
Paco : Je pense que c’est Electro Phil le premier à avoir commencé à collectionner des disques. Il était un gros fan de Mad Professor et c’est par là qu’on a commencé à découvrir le reggae. Puis on s’est intéressés au new roots, au rub-a-dub, au dancehall... Nous on aime vraiment tous les styles de reggae qui existent. C’est peut-être la particularité de Legal Shot.



La sono était-elle là dès le début de l’aventure Legal Shot ?
Paco : On a toujours eu pour objectif de se doter de notre propre sono. Mais au début, on s’est simplement acheté des enceintes. Quand on a vraiment commencé sous le nom Legal Shot, on louait des Turbo Sound pour sonoriser des rave-parties, ce genre d’évènements. Car on a toujours aimé jouer 72 heures d’affilée avec des selectors qui s’enchaînent sans dormir ! Puis Phil a commencé à se renseigner et je pense qu’il a construit les deux premiers caissons en 2002. On a joué avec ça pendant deux ans jusqu’en 2004 où on a construit nos premiers scoopers. En 2004, on en a construit quatre, l’année suivante quatre supplémentaires, tout en s’équipant en bas-médiums en haut-médiums et tout ce qui va avec en parallèle.
Polak : Pour résumer, on a toujours eu notre équipement. Au début c’était beaucoup plus petit bien sûr et on n’utilisait pas exactement la même technologie qu’aujourd’hui, mais dès 2000 on avait déjà nos propres retours, nos propres satellites et nos propres petits caissons. On a mis un peu de temps avant d’avoir la sono sous la forme qu’on connaît aujourd’hui, mais ça a toujours été notre objectif d’avancer dans ce sens-là. Et pour la petite histoire, nos premiers caissons en forme toboggan, on les a sortis le 21 juin 2004 pour la Fête de la Musique à Rennes.

Vous disiez que vous aviez commencé dans les rave-parties ?
Polak : Oui effectivement. Étant Rennois et la région bretonne étant un terrain fertile aux évènements de musique electronique, on s’est greffés à pas mal d’évènement de ce genre. C’était un espace où l’on pouvait jouer sans contraintes d’horaires et sans limites de décibels ! Donc ça nous plaisait beaucoup. On pouvait s’exprimer pleinement et jouer des choses qu’on n’avait pas forcément le temps de jouer dans des sessions beaucoup plus courtes. La plupart du temps on était programmés pour des DJ sets assez réduits alors que pendant les rave-parties, comme c’était des évènements qui duraient souvent plusieurs jours, les selectors de Legal Shot pouvaient se permettre de jouer pendant des heures et des heures et d’aller chercher bien profond dans leurs boxes.
Matty Dread : C'est vrai qu'on a fait un paquet de soirées illégales mais on a arrêté en 2001, suite à une soirée techno où ça s'est mal fini. La sono s'est fait saisir. On l'a récupérée quelques semaines après mais depuis on s'est dit ça ne valait plus le coup de prendre des risques. Mais c'est vrai qu'à la base il n'y avait que le mouvement techno qui était vraiment précurseur dans le délire des sound-systems. Je pense même que c'est ce mouvement qui a vraiment participé au développement de la culture sound system en France. Des Anglais comme les Spiral Tribe, quand ils se sont plus ou moins fait virer d’Angleterre ils sont arrivés en France et ça a créé un gros mouvement. Ensuite on a eu les grosses teufs à 30 000 personnes sans flyages, juste avec l'infoline. C'était incroyable. Nous on se sent héritiers de cette culture même si musicalement ça n'a rien à voir bien sûr.


"On aime et on adore le dub mais on n’est pas un dub sound"


Où en est la sono aujourd’hui et quelles difficultés avez-vous rencontrées ?
Matty Dread : On a la chance d'avoir un ingénieur qui a conçu le son, les boxes et qui a surtout conçu notre pré-ampli. ElectroPhil et Paco ont fait un travail de fou. On est super contents, depuis quelques années on arrive à avoir un son puissant. C'est une bataille pour tous les sound systems. Mais il faut être persévérant. Il faut avoir une équipe stable. Tu ne peux pas avoir un sound system si tu n'as pas de crew. C'est la base. Aba Shanti il est peut-être seul à jouer mais derrière tu as 5 gars qui bossent dur. Il faut gérer l'aspect technique, l'aspect sélection, le coté promotion... Au début il faut faire ses propres soirées pour se faire connaître et ça peut être une difficulté. C'est beaucoup de taff. Au niveau technique ça ne s'arrête jamais. Un jour tu te dis que ta sono sonne bien mais tu as toujours envie que ça sonne mieux. C'est un perpétuel réinvestissement et ça coûte de l'argent.
Paco : Après 15 ans de travail acharné partagé entre Phil, Ben et moi, nous avons aujourd’hui trois colonnes de quatre basses. Le plus dur au début c’était d’apprendre soi-même à construire son équipement. A l’époque, sur internet il n’y avait pas de sites spécialisés avec des fiches techniques ou des tutoriels. Du coup, c’est Abubakar de Zion Gate qui nous a permis d’aller regarder sa sono pour voir comment c’était fait. On lui fait d'ailleurs un grand big up pour ça !
Polak : Il y a effectivement les difficultés d’ordre technique, mais il y a aussi les finances. Il nous a fallu sortir beaucoup d’argent pendant ces 15 années car c’est une industrie où l’on teste et on casse énormément de matériel. On remplace et on innove dans cesse.
Paco : Aujourd’hui, on a atteint un modèle qui nous plaît, mais c’est vrai qu’on est en constante évolution. Les technologies changent et nos oreilles aussi d’ailleurs. Parfois, on se dit qu’on aimerait bien améliorer tel ou tel aspect du sound system en fonction de nos goûts.

Envisagez-vous de la faire grossir aussi ?
Paco : Non je pense qu’on est bien comme ça. Ça pose plusieurs problèmes de vouloir faire grossir sa sono. Déjà il faut la stocker. Par exemple quand on déplace les trois colonnes, on est obligés de venir avec deux camions qui consomment 20 litres/100. Quand tu dois traverser la France ou l’Europe, ça coûte énormément d’argent. On respecte beaucoup les sounds comme Blackboard qui ont 24 scoops. Mais en fait, ils ne la sortent au complet qu’une fois par an pendant le Rototom. Donc nous on est déjà satisfaits de ce qu’on a.



Que pensez-vous de cette fameuse course à la puissance qui existe dans le milieu sound system ?
Paco : Depuis le début c’est comme ça (rires).
Ben : Au début c’est un peu ce qu’on recherche quand on a un manque de connaissance. Quand on commence à construire un sound system, on a tous envie de jouer plus fort, mais au fur et à mesure, on se rend compte que ce n’est pas forcément la solution. Nous on a compris qu’il valait mieux privilégier la qualité à la quantité. Une fois qu’on a atteint un certain nombre de scoops, on préfère travailler sur l’amélioration du matériel, que ce soit les amplis, les enceintes ou travailler sur différentes fréquences.
Matty Dread : C'est sûr qu'il faut soigner aussi bien la qualité que la puissance. Mais il faut aussi accorder de l'importance à tes sélections et à ta façon de jouer. Nous on est super fans d'Aba Shanti par exemple, parce que l'animation et les sélections sont énormes, pour ce qu'il dégage, mais aussi parce qu'il a un son super propre. Ce qui est difficile à obtenir ce n'est pas la basse, ce sont des médiums et des aigus de bonne qualité. C'est le nerf de la guerre.

Aujourd’hui, les sound systems artisanaux comme vous sont souvent associés au mot “dub” en France alors qu’ils ne jouent pas forcément que du dub dans leurs sélections. Comment expliquez-vous ce phénomène ?
Polak : Je pense que la France est un des rares pays où l’on fait jouer des live-acts dub sur des sonos artisanales. En France, ça a commencé avec des crews comme High Tone ou Improvisators Dub qui s’étaient dotés de leurs propres systèmes de sonorisation sur lesquels ils donnaient des prestations live. Ils ramenaient une partie de leur studio en soirée. C’est une tradition qui est restée et qui est encore très populaire en France. Je pense que ce mouvement peut expliquer cette utilisation quasi-systématique du mot dub quand on parle de sound system artisanal. C’est vrai que en ce qui concerne Legal Shot c’est un peu particulier, car on ne se limite absolument pas au dub. On joue tout ce qui s’apparente au reggae au sens large. La seule chose qu’on ne joue pas c’est peut-être ce qu’on pourrait appeler le dancehall hardcore ou jiggy. Encore que le terme dancehall hardcore évolue avec le temps. À l’époque ça pouvait désigner des gros rub-a-dub décapants et ça bien sûr on en joue beaucoup chez Legal Shot.
Ben : Il y a peut-être aussi le phénomène des free parties justement. Cette culture du sound system elle est arrivée en France par le mouvement techno et les gros collectifs comme les Spiral Tribe. C’est un mouvement qui n’existe quasiment plus aujourd’hui à cause du renforcement des législations, mais du coup il y a sûrement une partie du public de ces soirées-là qui s’est tourné vers les sound systems reggae et je pense qu’ils ont une approche plus tournée vers le dub puisque c’est une musique instrumentale qui se rapproche beaucoup de l’electro.
Polak : Je crois aussi qu’on associe aujourd’hui le succès des soirées sound systems au succès du dub en tant que musique qui date d’un peu plus longtemps. La musique de King Tubby’s ou Scientist a toujours beaucoup plu en France de par le fait qu’il s’agisse d’une musique instrumentale sans paroles. Quand la France a commencé à découvrir le dub dans les années 90, il n’y avait pas beaucoup de monde qui comprenait l'anglais et je crois que le fait qu’il n’y ait pas de paroles a contribué au succès du dub. Y compris par la suite quand on a commencé à avoir accès à des styles de dub plus modernes comme ceux d’Aba Shanti I ou Jonah Dan, puis les crews français dont j’ai parlé avant et toute la scène lyonnaise qui a été extrêmement populaire dans les années 90.



Même si vous ne jouez pas que du dub, on sent que c’est un terme qui vous tient aussi à cœur puisque vous avez imposé la marque Dub Me Crazy avec des soirées et une émission de radio...

Paco : C’est sûr. Comme je le disais tout à l’heure, on a été sensibilisés à la musique de Mad Professor par Electro Phil ; or, le premier album de Mad Professor s’appelle Dub Me Crazy. On lui rend hommage à travers le nom de notre émission de radio bien sûr et quand on a décidé il y a cinq ou six ans de jouer plus avec notre sono, on s’est mis à organiser des soirées et on a gardé ce nom-là. Mad Professor est vraiment une de nos fondations incontournables.
Polak : C’est vrai qu’on a saigné la discographie de Mad Professor. On est tous des grands fans au sein de Legal Shot. Je crois même qu’Electro Phil possède toutes les séries Dub Me Crazy et il y en a plusieurs dizaines croyez-moi. D’ailleurs je conseille à tout le monde d’écouter le volume 1. C’est vraiment une grande référence pour nous et je pense qu’il peut plaire à tout le monde, jeunes, moins jeunes, selectors ou simples amateurs de musique.


"Legal Shot ne cessera jamais de voicer des specials de guerre"


Beaucoup d'amateurs de sound system de France vous ont découvert sur la scène clash et juggling qui est plutôt éloignée du mouvement dub. Comment s’est fait le lien ?
Polak : On a vraiment commencé en écoutant du dub puisque c’est Mad Professor qui nous a fascinés le premier. Après, on a découvert King Tubby’s et Scientist et on s’est rendus compte que leurs morceaux étaient en fait des dubs d’instrumentaux utilisés par des chanteurs. Donc on s’est mis à écouter les artistes qui posaient sur les dubs qu’on aimait. C’est là qu’on a découvert Hugh Mundell, Michael Rose, Don Carlos, Barrington Levy, Barry Brown, Lacksley Castell, Junior Reid etc. Puis comme on s’est intéressés aux voix jamaïcaines, on a voulu écouter les artistes contemporains. Donc on a vite aimé le new roots avec Sizzla et tous les artistes des années 90.
Paco : Il faut dire qu’on a vécu avec notre époque. On suivait la musique qui sortait à l’époque. Et bien sûr qu’on a adoré les séries new roots à rallonge du début des années 2000. On s’entraînait à mixer, à enchaîner les disques.
Polak : On a tout découvert très vite en fait. La découverte de Mad Professor et du dub nous a offert une espèce de formation accélérée de la musique jamaïcaine. En moins de deux ans, on est passés du dub au rub-a-dub, puis au new roots et ensuite au ska et au rocksteady puisqu’on s’est aperçus aussi que beaucoup de riddims des années 90 étaient des réadaptations de morceaux des années 60-70.
Paco : On a aussi été beaucoup de fois au Carnaval de Notting Hill où on a vu des sounds jouer tous ces styles de musique dans une même session. On a pris des grosses claques dub aussi à chaque Carnaval. Donc oui on aime et on adore le dub mais on n’est pas un dub sound.


Est-ce que vous avez délaissé la partie clash/juggling aujourd’hui ?
Paco : Ah ! Sûrement pas ! N’est-ce pas Polak ? (rires)
Polak : Pas du tout ! Effectivement il y a deux orientations dans le sound. La majorité des copropriétaires sont énormément pris par la gestion, les déplacements, l’organisation et la logistique de notre système. Moi-même dès que je peux m’atteler à quelle que tâche que ce soit pour contribuer à ce qu’on joue au maximum sur notre sono, je m’y atèle. Mais je ne délaisserai personnellement jamais la partie clash et juggling. Legal Shot ne cessera jamais de voicer des specials de guerre, en tout cas tant que j’en ferai partie. Si on a l’impression qu’on a mis ça de côté, c’est uniquement par ce qu’il n’y a pas assez d’actualité clash en France, à mon grand regret d’ailleurs. Legal Shot est prêt à s’investir et à faire partie intégrante de toute initiative qui visera à réhausser le business des clashes en France.

Est-ce que vous seriez prêt à organiser vous-mêmes des clashes ?
Polak : Le problème c’est qu’on ne peut pas avoir d’autre position que celle de participant. Le clash est un milieu très complexe. On peut faire beaucoup d’efforts sur notre cachet, sur le fait de ne pas sortir la sono, on peut aussi réduire le nombre de personnes qui se déplacent, mais on ne peut pas à la fois organiser et participer à un clash. Malheureusement.



Pourquoi ne voit-on pas Legal Shot dans des gros clashes internationaux ?
Polak : Tout simplement parce qu’on ne nous l’a jamais proposé. On n’est pas du style à faire des appels du pied ou à se mettre à genoux devant un organisateur. Chaque chose en son temps. Je suis persuadé que le meilleur reste à venir et si on continue de travailler sérieusement et humblement, je pense que le téléphone sonnera un jour. Ça n’arrivera peut-être jamais, mais on y croit. Legal Shot est un sound qui sait se défendre et tant que je serai actif, Legal Shot sera également un sound de guerre.

Y a-t-il des sounds contre qui vous rêveriez de clasher ?
Polak : J’ai envie de dire tous les sounds français car le milieu du clash a besoin d’être relancé en ce moment. Il faudrait qu’il y ait des clashes tout le temps. Je pense aussi qu’il y a pas mal de petites histoires entre certains sounds qui auraient pu se régler de manière musicale plutôt que sur les réseaux sociaux. On a la chance dans ce milieu musical d’avoir cette discipline qui permet de régler les conflits en musique de manière intelligente. J’aimerais voir des clashes tous les mois en France. Je sais que le territoire français est rempli de sounds préparés à ça avec des specials de qualité, des animateurs qui savent faire le travail et qui savent tuer des sounds. Legal Shot est vraiment prêt à affronter tous les sounds de France qu’ils soient connus ou pas. Heartical, Soul Stereo, 220, Irie Crew ou même Irie Ites s’il le faut... Sans vouloir manquer de respect à personne, on big up tous les sounds qui continuent d’enregistrer des dubplates et qui entretiennent ce business.

Et au niveau international, vous vous verriez bien opposés à qui ?
Polak : Ce serait peut-être présomptueux de ma part de citer des sounds internationaux que j’aimerais affronter, toutefois, on en a déjà discuté avec toute l’équipe de Legal Shot et on pense que le meilleur moyen pour nous de se faire connaître à l’international dans le milieu du soundclash serait d’affronter un sound lui aussi doté de son système de sonorisation et de ses specials. Et on sait qu’en Angleterre c’est encore une tradition qui perdure. Donc on aimerait bien affronter un sound anglais comme ça le clash porterait à la fois sur la qualité de la sono et la qualité des dubplates.

Quel est votre meilleur souvenir en clash ?
Polak : J’ai envie de dire chaque victoire. Sans vouloir chercher dans ma mémoire trop longtemps, j’ai été très content de ma victoire au Paris brûle-t-il vol. 2 en mai 2016 à Paris. Big Up Drum Sound pour l'orga et tous les sounds participants d’ailleurs.

Et votre pire souvenir en clash ?
Polak : Par opposition toutes les défaites. J’aurais vraiment aimé gagner contre 220 Sound au Reggae Champion Arena en 2008 à Paris. Mais ça reste un souvenir parmi d’autres. Je n’ai pas vraiment de regrets. Mon seul grand regret c’est qu’il n’y ait pas plus de clashes pour qu’on puisse plus gagner et plus perdre.


La culture sound system au sens reggae du terme ne s’est pas tout de suite développée avec les sonos artisanales en France. Les sounds juggling ont eu beaucoup de succès fin 90 début 2000. Aujourd’hui, avec le succès de ce mouvement artisanal affilié au dub, il y a un débat sono/pas sono qui s’est installé. Qu’en pensez-vous ?
Paco :  Je pense qu’on est tous d’accord pour dire que si tu associes le terme “sound system” à ton nom d’artiste, de selector ou de crew, tu es obligé d’avoir des boxes. Si tu n’as pas de sono à toi, tu es un simple selector. Posséder un sound system c’est une masse de travail tellement énorme, qu’il faut entre guillemets mériter ce nom. Quand tu es un sound system, tu portes tes boxes, tu charges le camion, tu te tapes 800 bornes, tu dors très peu... Un selector, il arrive, il pose ses disques, il fait un aller-retour à l’hôtel et c’est réglé. Ça n’a rien de péjoratif ce que je dis. Mais c’est juste pour montrer l’importance du mot “sound system” et le travail que cela représente.
Polak : Nous on pense que c’est une tradition à respecter. On n’a absolument aucun problème avec les sounds qui décident de ne pas investir là-dedans. On sait aussi ce que ça coûte d’acheter des dubplates et on a conscience que c’est parfois difficile de faire les deux. Mais c’est vrai que le terme “sound system” est clair : “système de sonorisation”. Donc n’importe quel crew qui utilise ce terme, quelle que soit la musique qu’il joue, se doit de posséder son équipement.

En plus de quinze ans d’existence, vous avez vu évoluer le milieu des sounds et notamment le business des dubplates. Comment a-t-il évolué pour vous. Est-ce plus facile aujourd’hui d’obtenir un dubplate ?
Polak : D’un côté c’est plus facile en ce qui concerne l’accès aux artistes. Il y a beaucoup plus de brokers, c’est-à-dire des personnes qui organisent des sessions à distance en réunissant des commandes pour que les clients puissent profiter de prix plus intéressants. Mais le développement d’internet a aussi permis plus d’arnaques. C’est un business où il n’y a pas de tribunal de commerce. Tout est payé en liquide donc on s’expose à certains risques quand on travaille avec des intermédiaires qu’on ne connaît pas. L’autre inconvénient pour moi avec le développement d’internet et des sessions à distance réside dans le fait qu’il devient de plus en plus difficile d’être original, d’obtenir des dubs que personne n’a et d’avoir accès à des artistes que les autres sounds n’ont pas.

Comment faîtes-vous face à ça ? Avez-vous évolué dans vos façons d’enregistrer vos dubplates ? Que ce soit au niveau technique ou dans vos choix artistiques ?
Polak : Oui forcément puisqu’on en connaît un peu plus chaque jour sur les discographies des artistes, sur les riddims, sur les lyrics. Il faut savoir aussi qu’on travaille avec D&H pour le mixage de nos dubs. Et même s’ils ont toujours fait de l’excellent travail, leur marge de progression a été énorme donc on a forcément progressé avec et grâce à eux. Après pour ce qui est de l’enregistrement, on travaille avec plein de studios différents.

Vous n’avez pas votre propre studio ?
Polak : On en a eu un pendant longtemps mais on a dû laisser ça de côté un moment. On est en train de le remonter tranquillement.

Ça ne vous pose donc pas de problème d’enregistrer des dubplates par correspondance ?
Polak : Non absolument pas. Tous les cas de figure sont possibles. Si Legal Shot a besoin d’un dub précis pour une occasion particulière, on se donne les moyens de l’obtenir. Il est certain que c’est toujours mieux d’être présent pour partager une vibes, pour discuter du tarif et pour obtenir exactement ce qu’on veut en terme de lyrics. Mais je ne blâmerai jamais les sounds qui ont recours à des brokers ou intermédiaires. Nous on l’a déjà fait et on le refera.



Quand vous enregistrez des dubplates, vous pensez toujours au clash ?
Polak : En fait, ça dépend du selector. Quand Matty décide de voicer un special, il le fait de plus en plus d’une autre manière. Il est un peu moins intéressé par le clash ces derniers temps. Mais quand c’est moi, oui c’est toujours le cas. Je n’enregistre que des dubplates de guerre !
Paco : Aujourd’hui les dubs que Matty cutte, c’est souvent sur nos productions. On s’est lancés dans la création de riddims il y a cinq ans à peu près et donc on fait pas mal de dubplates en mode simple dédicace et bonnes vibes sans avoir pour objectif de tuer des sounds.

Ça ne vous dérange pas d’enregistrer autant de dubplates de clash alors que vous ne participez pas souvent à des compétitions ?
Polak : C’est un investissement. Après, si on enregistre des dubplates c’est avant tout pour faire plaisir au public et leur faire découvrir une culture. Donc ça ne me dérange pas de jouer des clash lyrics dans une soirée régulière. On possède de véritables trésors. On en a même encore plein en stock qu’on n’a jamais joués en soirée. Étant donné qu’il n’y a pas beaucoup de clashes en ce moment, on se concentre sur le booking du sound dans diverses soirées. Et comme on a de plus en plus de visibilité en ce moment, on donne tout ce qu’on peut pour faire plaisir à notre public et leur offrir quelque chose de différent à chaque fois. Et tout ça passe aussi par nos specials. Je pense que le public de Legal Shot est maintenant suffisamment mûr pour comprendre qu’en soirée régulière on n’est pas dans le cadre d’un clash. Quand on joue nos specials de guerre, le public rennais et breton réagit toujours pour le côté représentatif du territoire, et en ce qui concerne le reste du public, je crois qu’il a compris qu’il s’agissait de notre trésor musical le plus précieux.

Quels sont à chacun vos trois dubplate préférés ?
Paco : Je commencerais par Willi Williams, No One Can Stop Us. Après ça sera Shinehead sur le Java Riddim, parce que Shinehead c’est notre pote. On parlait tout à l’heure du côté business des dubplates, et bien avec Shinehead, il n’a jamais été question d’argent. Et pour finir, l’un des rares dubs que j’ai payé moi, parce que j’investis plus dans la partie sono, ce sera Michael Prophet, You Sweet Me.
Polak : Alors moi je vais citer deux hymnes assez regulars que beaucoup de sounds ont mais que j’ai toujours autant de plaisir à écouter ou à jouer : Frankie Paul, The Score et Errol Dunkley, Movie Star. Et pour finir, je dirais Don Carlos avec Special Request parce que je garde un très bon souvenir de l’enregistrement. J’ai passé 48 heures avec lui en Italie et c’était vraiment génial. Big up à Early Days d’ailleurs pour cette session.
Ben : Moi je ne citerais pas de titre en particulier mais plutôt des artistes avec qui on a partagé d’excellents moments en studio enfermés dans quelques mètres carrés à échanger et partager. Tous les artistes proches de notre crew comme Shinehead, Sista Nancy ou Michael Prophet par exemple. Après, moi j’aime absolument tous les dubplates de Legal Shot (rires).



Quel serait LE dubplate qui manque à votre box ?
Polak : J’ai bien une idée, mais je ne le dirai pas car je ne veux pas donner d’idée aux autres sounds (rires).


"N’importe quel crew qui utilise le terme "sound system", quelle que soit la musique qu’il joue, se doit de posséder son équipement"


Vous avez des relations étroites avec bon nombre d’artistes jamaïcains ou d’origines jamaïcaines. Comment avez-vous gagné leur confiance ?
Paco : Avec les Jamaïcains, il faut rester naturel. Même quand tu es fan d’un artiste, il faut le prendre comme un gars normal. C’est vrai qu’il peut y avoir quelques tensions parfois dû à l’humeur d’un artiste, mais en général tout se résout par la discussion. Il suffit d’installer une bonne vibes pour que ça se passe naturellement. Il y en a effectivement qui sont très ruff et qui ont du mal à s’entendre avec des Européens comme nous, mais souvent c’est juste une apparence. Par exemple Sista Nancy, avec qui on a beaucoup bossé, quand tu ne la connais pas, elle fait un peu peur, alors qu’elle a vraiment le cœur sur la main.
Polak : Il est quand même arrivé que ça se passe mal avec certains artistes en effet, mais les artistes avec qui on a des relations solides aujourd’hui, ce sont juste des gens avec qui on partage la même vibes. Et peut-être que ces artistes ont aussi décelé un vrai amour de la musique chez nous, peut-être plus que chez d’autres sounds. Il y a sans doute aussi la musique que l’on joue qui peut leur rappeler une certaine époque.

Et quelle est la collaboration dont vous êtes les plus fiers ?
Paco : Shinehead !
Polak : Oui. Sans vouloir froisser les artistes avec qui on a travaillé, c’est bien Shinehead. Au vu du volume des dates qu’on a fait, de l’intensité des tournées, de tout le travail en studio qu’on a pu faire et de la relation humaine qui s’est installée, c’est forcément Shinehead dont on est le plus fier.
Ben : En fait, Shinehead c’est un membre de Legal Shot. C’est le contact et la relation qui ont été les plus forts avec tous les membres du sound.
Paco : Il est même nommé dans certains dubplates.



Y a-t-il un artiste avec qui vous rêveriez de travailler ?
Polak : Il y en a plein. Tous les artistes qui sont un peu nos héros. Les chanteurs roots et rub-a-dub des années 70 et 80. S’il ne fallait en citer qu’un je dirais Freddie McGregor.
Paco : Bam ! J’allais dire la même chose (rires).

Où en est le label de Legal Shot ?
Polak : Alors c’est vrai qu’on a un peu de mal à le développer au rythme qui nous plairait. Il faut savoir que tous les membres de Legal Shot ont un travail à côté. On est extrêmement pris par d’autres activités. On fait tout ce qu’on peut, mais on ne peut pas aller plus vite que la musique. On devrait cependant réussir à accélérer notre rythme de sorties dans les mois qui viennent. On a différents projets sur le feu, notamment un EP avec le jeune chanteur espagnol Lasai. Sinon, jusqu’ici on a sorti deux maxis vinyles. Un avec Macka B en 2011 et un en 2016 avec Solo Banton et Echo Minott en Face A et Danton Heslop en Face B qui est un recut d’un titre des années 80.
Paco : Outre les boulots de chacun, on a aussi d’autres activités dans Legal Shot comme l’organisation de soirées et notre émission de radio Dub Me Crazy tous les mardis soirs sur Party Time. On a changé le concept il n’y a pas longtemps pour se répartir un peu les tâches. Le premier mardi du mois, c’est nous Legal Shot à Rennes, le deuxième mardi c’est Chaaka, un pote du crew qui s’en charge, le troisième c’est Norris King en direct des Philippines à Manille et le dernier mardi c’est Polak en solo à Paris.
Ben : On peut aussi parler rapidement d’un projet de salle qu’on a chez nous à Rennes. Comme partout en France, on a des problèmes de lieu pour pouvoir exprimer notre culture comme il se doit. Donc on s’est réunis avec les autres sound systems rennais pour créer un nouveau lieu autogéré qui s'appellera Le Claps. On prévoit plein d’activités, des soirées bien sûr, mais aussi de la réinsertion, un restaurant, un bar et plein d’autres formes d’expression pour montrer ce que les gens du sound system sont capables de faire. On veut casser un peu les clichés qu’il y a derrière cette culture en montrant que nous sommes des personnes adultes avec de beaux messages à partager.

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