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Don Letts - Punky Reggae Interview Don Letts - Punky Reggae Interview
21/03/17 - Auteur(s) : Propos recueillis par Ju-Lion

Véritable légende de la musique, Don Letts est un touche à tout bien connu des spécialistes. DJ, animateur radio, réalisateur, il est souvent décrit comme celui qui aurait inspiré la chanson Punky Reggae Party à Bob Marley. Mythe ou réalité ? Don Letts revient avec nous sur cette histoire et nous explique le lien incontestable entre reggae et punk rock, lui qui fut un témoin privilégié de ce choc des cultures en Angleterre au milieu des années 70. Une partie de cet entretien est également disponible en vidéo sur notre Reggae TV.

Reggae.fr : Le nom de Don Letts n'est pas étranger des fans de reggae. Mais votre courte relation avec Bob Marley prend souvent le dessus par rapport à vos travaux d'animateur radio ou de réalisateur. Quelles est selon votre véritable contribution à la musique ?

Don Letts : Hey mec, je ne vais pas me tenir devant toi pour étaler mon CV. Je ne sais même pas quelle est ma contribution à la musique. J'ai eu une vie très intéressante et j'ai eu la chance de faire plein de choses et tout a été inspiré par la musique. C'est mon moteur. Tout ce que je fais est inspiré par la musique. Je vois la musique comme un moyen de déclencher des changements sociaux et des changements personnels aussi. J'en suis la preuve. Grâce à la musique, j'ai eu une émission de radio, je suis DJ et je fais des films. Je suis Don Letts. Allez voir sur Google... motherfuckers (rires).

Vous faîtes partie de ceux qui incarnent le lien entre punk rock et reggae, deux musiques que tout semble éloigner. Quel est ce lien selon vous ?
Le lien entre punk et reggae. Qu'est-ce que c'est que ça ? Ça paraît bizarre. Mais à la fin des années 70, il y a eu une explosion punk avec une musique rebelle faite par des Blancs. C'était une période de crise et de tension sociale. Je pense que chaque génération a besoin de sa bande originale, moi j'avais la chance d'avoir le reggae. Et dans les années 70, mes copains blancs ont créé leur propre bande-son, la musique punk. J'ai eu la chance d'être embauché en tant que DJ dans le tout premier club de punk rock, le Roxy à Londres. C'était à une époque où il n'y avait encore aucun disque de punk sorti. Alors j'ai joué ce que j'aimais, c'est-à-dire du dub et du reggae pur et dur. Heureusement pour moi, les punks ont aimé. Ils aimaient les lignes de basse et le fait que la musique parle de choses auxquelles ils pouvaient s'identifier. Et apparemment, ils aimaient aussi la weed. C'est au Roxy que des ponts se sont créés entre les punks et moi et mes potes rastas qui traînaient dans le coin. Et de ce choc des cultures est né ce qu'on appelait la Punky Reggae Party. Je pense que le meilleur exemple de ça sont des groupes comme les Clash avec des titres comme White Man in Hammersmith Palais et Police & Thieves. Il y avait aussi The Slits, je ne sais pas si vous les connaissez. Allez vous renseigner sur ce groupe féminin qui avait complètement adopté le reggae mais en avait fait un mauvais usage. Et il y avait aussi John Lydon avec son groupe Public Image qui a été largement inspiré par la culture dub jamaïcaine. On s'est rapprochés en comprenant nos différences. Vous vous demandez peut-être ce que le reggae a hérité de ce rapprochement, il a tout simplement reçu une meilleure exposition.



Une exposition envers un public blanc n'est-ce pas ?

Oui. Mais il y avait déjà des Blancs qui connaissaient la musique jamaïcaine. Des musiciens comme John Lydon, qui s'appelait Johnny Rotten avant, Joe Strummer ou Paul Simonon. Mais à la fin des années 70, il y avait beaucoup de Blancs qui n'en avaient jamais entendu parler. Et j'en ai éduqués quelques-uns à travers mes sets au Roxy.

Et avez-vous fait le chemin inverse également ? C'est-à-dire introduire le punk rock à des Noirs.
En fait la plupart des Noirs ne s'intéressaient pas à la musique punk, mais ils aimaient l'attitude et l'esprit. Il faut comprendre que les prémisses du reggae tel qu'on le connaît c'était en fait le punk rock jamaïcain. C'est le même esprit et la même attitude. Ce sont des gens qui créent une bande-son relative à leur situation. Ils n'avaient pas accès aux technologies, mais ils ont tiré le meilleur de ce qu'ils avaient. Regardez Lee Perry. Ses meilleurs dubs ont été fait sur des tables de seulement deux ou quatre pistes. C'était l'esprit punk rock, l'esprit débrouille.


« Je suis une passerelle vers l'histoire et l'héritage de la bass culture jamaïcaine. »


Le reggae et le dub se sont beaucoup répandus à travers le monde et continuent de se développer. On a l'impression que ce n'est pas le cas de la musique punk. Comment expliquez-vous ça ?
Ça dépend de ce que vous appelez punk. Des gars avec des guitares bruyantes, des pantalons troués et des putains de crêtes, ce ne sont pas ce que j'appelle des punks. Moi je me réfère à un esprit et une attitude qui n'ont rien à voir avec cette merde. Cet esprit punk a fait naître beaucoup de choses. Je dirais même que le grime né à Londres a un esprit punk. Je ne pense pas que le mouvement punk soit mort, mais il a été absorbé par le temps et il reste accessible à ceux qui ont l'esprit ouvert. C'est comme une porte ouverte à ceux qui sont assez braves et curieux.

La culture sound system jamaïcaine s'est exportée en Angleterre avant de contaminer toute l'Europe. Quel souvenir gardez-vous de cette expansion ?

La culture sound system est beaucoup plus forte aujourd'hui dans le reste de l'Europe qu'en Angleterre. J'ai joué en Croatie l'autre jour et j'ai vu que la musique jamaïcaine avait voyagé jusque-là et qu'elle rassemblait les gens de la même manière qu'à notre époque. J'en ai presque pleuré. Les gouvernements n'ont pas fait ça, les églises n'ont pas fait ça, les écoles n'ont pas fait ça. C'est la musique qui l'a fait. C'est la musique qui nous rassemble. Et vous savez, je suis vieux. Aussi vieux que le rock'n roll. Je suis né en 1956. Mes parents ont migré avec la Windrush Generation dans les années 50. Je suis un produit de cette migration. J'ai grandi avec des sound systems comme Coxsone, Jah Shaka etc. C'était là qu'on puisait notre inspiration et nos informations. Ça avait une place importante dans ma vie. Je suis un produit de la culture sound system jamaïcaine. Mon père avait un sound system. Mes fils sont DJs. C'est dans mon ADN. C'est comme ça que l'on communique.



Pourtant, vous n'êtes pas un selector comme les autres n'est-ce pas ?
Mon seul talent dans cette culture, c'est la sélection. Je suis un peu old school, je ne prends pas le micro comme les autres. Je laisse parler la musique. Le mix et le scratch, je laisse ça aux jeunes. Mon seul talent est d'être un bon selector. A l'ancienne.

Et avez-vous déjà enregistré des dubplates ?

Des artistes font des dubplates pour moi parce que j'ai une émission de radio et ils veulent que je joue leur musique (rires). Mais moi je ne fais pas la démarche d'en réclamer.

Et comment avez-vous personnellement découvert le reggae ?
Je n'ai pas découvert le reggae mec ! Il coule dans mon sang. Je suis d'origine jamaïcaine, c'est dans mon ADN. Je n'ai pas le choix.

Et comment avez-vous découvert le punk rock ?
Je fais partie de la première génération de Noirs nés en Angleterre. J'ai grandi au Royaume-Uni et j'avais donc des amis blancs. Ce sont ces amis qui ont créé le mouvement punk et la musique qui en découle. Je baignais dedans tout simplement.


« Je vois la musique comme un moyen de déclencher des changements sociaux et personnels »


Vous avez côtoyé Bob Marley quand il vivait en Angleterre. Quelle était votre relation avec lui ?
Ma relation avec Bob Marley se résumait à lui vendre de la weed.

C'est tout ?
(rires). Oui. C'était en quelle année déjà ? 1977. Et... Je crois... Comment décrire ça ? J'étais un fanboy. Je ne vais pas vous mentir, il était mon héros à cette époque. Je me suis occupé de lui. On n'était pas spécialement amis, mais quand il était à Londres en 1977 après s'être fait tirer dessus en Jamaïque, je passais le voir très souvent pour discuter. C'était incroyable, je dois l'avouer.

On dit que c'est vous qui l'avez inspiré pour écrire Punky Reggae Party. Vous confirmez ?
Ah cette histoire ! Ce qui s'est vraiment passé avec Punky Reggae Party, c'est qu'un jour, je suis allé chez Bob Marley avec mes fringues de punk en cuir noir et il a commencé à se moquer de moi. Il avait une mauvaise image des punks à cause du portrait négatif qu'en faisaient les médias à cette époque. Alors que le mouvement punk n'avait rien de négatif. C'était un mouvement pour l'indépendance, la liberté et l'autonomie. Donc je lui ai dit : « Bob, tu te trompes. » J'étais très jeune et c'était très dur pour moi de rester droit dans mes bottes pour défendre mes potes blancs qui étaient comme ça. Mais je lui ai dit : « Bob tu te trompes. Ces punk rockers sont en fait des rebelles. Ils sont intéressants. » Il a juste dit : « Oui c'est ça. Bouge de là ! » (rires). Et je suis parti. Quelques mois plus tard, je pense qu'il a eu accès à d'autres infos et il a écrit Punky Reggae Party. Quelle influence j'ai eu là-dedans ? Je n'en sais rien. Mais je lui ai fait manger son chapeau.

Vous l'avez revu plus tard ?
Non. Cette histoire que je viens de raconter, c'est la dernière fois que j'ai vu Bob. Quand on s'est pris la tête sur les punks. Je ne l'ai plus jamais revu après.



Vous êtes allé pour la première fois en Jamaïque à la fin des années 70. Pourquoi si tard ?
Je suis allé en Jamaïque pour la première fois avec Johnny Rotten en 1978. Pourquoi si tard ? Je ne pouvais pas y aller avant, je n'avais pas d'argent. J'étais un jeune qui galérait comme tout le monde. On ne partait pas en vacances à cette époque. Un jour, Johnny Rotten m'a proposé d'y aller avec lui. Il essayait de fuir la folie médiatique qui l'entourait car il venait de quitter les Sex Pistols. Et bien sûr j'étais partant ! Et ce fut le voyage le plus incroyable de toute ma vie.

Pourquoi était-ce si incroyable ?

En fait, à l'époque il y avait un gars qui s'appelait Richard Branson. C'était le boss de Virgin, une grosse maison de disques. Il voulait faire comme Chris Blackwell avec Island Records et créer une branche reggae pour Virgin. Il a appelé cette branche reggae Frontline par la suite. Richard Branson a passé deux semaines en Jamaïque pour signer un maximum d'artistes là-bas. Et nous on était là, dans le même hôtel que lui. On a vu tous les artistes de cette putain d'île débarquer à l'hôtel pour essayer d'être recruté. On a littéralement rencontré tous les artistes reggae de l'époque, à part peut-être Burning Spear, Peter Tosh, Bunny Wailer et Bob Marley. Tous les autres, on les a vus : I-Roy, U-Roy, Big Youth, Tappa Zukie, The Gladiators, The Heptones, The Abyssinians, tous les gens que j'écoutais dans ma jeunesse. C'était incroyable. Je suis devenu ami avec tous ces gars en seulement deux semaines. C'était génial putain ! Vous imaginez ? J'étais tout jeune ! Et en plus la weed était super bonne.



Quand êtes-vous retourné en Jamaïque par la suite ?
Après ça, je suis retourné en Jamaïque des centaines de fois. J'ai fait des heures et des heures de vidéo. Et l'apogée de tout ça , il y a le film Dancehall Queen que j'ai réalisé avec Rick Elgood. Et j'y suis retourné il y a un petit bout de temps déjà pour travailler sur le film One Love avec Ky-Mani Marley.

Vous qui avez grandi avec les artistes roots que vous venez de citer, comment avez-vous réagi à l'arrivée du dancehall ?
Il ne faut pas rester bloquer dans le passé. La musique jamaïcaine évolue constamment. Parfois je suis un peu perdu c'est vrai, mais on ne peut jamais prédire ce qui va se passer et on finit toujours par trouver quelque chose qui nous plaît. Le film Dancehall Queen a capturé un moment où on est passé des technologies analogiques aux technologies digitales. Et cette période était cool avec des sons comme le Sleng Teng. Plus tard, c'est vrai que la musique est devenue trop digitale. Ils avaient oublié les sons acoustiques. C'est là que j'ai commencé à être un peu perdu, car j'aime la basse plus que tout. A partir du moment où il y avait plus de rythmes programmés et de synthétiseurs que de vrais instruments avec une bonne basse bien lourde, je n'étais plus très fan. Mais il y a toujours eu des gens qui ont gardé l'esprit roots et live vivant.



A cette période, les paroles des artistes jamaïcains ont aussi beaucoup évolué vers des thématiques violentes et sexuelles. Avez-vous été perdu là-dedans aussi ?
Oui c'est vrai que ça a évolué aussi de ce côté-là. Les Jamaïcains ont été influencés par la culture américaine, l'arrivée de la culture pop, du hip-hop, de MTV et toutes ces merdes. Je crois vraiment que la technologie digitale dans la façon de produire a permis cette expression plus sale. Il faut avouer qu'à cette époque, il y a aussi eu une évolution dans les drogues. Tout le monde sait de quoi je parle, pas la peine d'en dire plus. Ça a joué un rôle dans le développement du dancehall tel qu'on l'entend. Pour moi, la meilleure musique jamais créée en Jamaïque c'était avant que tout cette merde n'arrive. Mais, au milieu de tout ce bordel, il y a toujours eu des artistes qui sont revenus aux fondamentaux. On le voit aujourd'hui encore avec Chronixx.


« Je ne pense pas que le mouvement punk soit mort, mais il a été absorbé par le temps et il reste accessible à ceux qui ont l'esprit ouvert. »


Quand vous jouez, doit-on vous appeler DJ ou selector ?
Je préfère selector.

Et pouvez-vous décrire un de vos sets actuels ?
Tout tourne autour de la basse. C'est l'histoire et l'héritage de la « bass culture » jamaïcaine. Ça représente un rayon plutôt large. On peut parler de dubstep, même si plus personne ne fait de dubstep aujourd'hui. Mais, la culture sound system jamaïcaine a contribué à fabriquer la musique populaire. Beaucoup d'expérimentations créées par Lee Perry et King Tubby ont eu des impacts sur la basse dans la musique. Vous croyez que ça vient d'où ? De Jamaïque. Le rap et le hip-hop, d'où croyez-vous que ça vient ? De la Jamaïque. Pour moi c'est bien plus large que le roots et je pense que mes sets reflètent ça. J'ai du respect pour le passé mais je regarde vers le futur. Je suis une passerelle vers l'histoire et l'héritage de la « bass culture » jamaïcaine.

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