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Biga Ranx - Interview 1988 Biga Ranx - Interview 1988
23/06/17 - Auteur(s) : Propos recueillis par Sacha Grondeau

Biga Ranx est un vrai OVNI dans le paysage reggae actuel. Lui que la France a découvert tout jeune, s'inspirant des Jamaïcains, s'est petit à petit forgé une identité bien à lui en glissant vers une musique hybride, lente, minimaliste et très créative. Toujours en quête de poésie, le deejay est un éternel insatisfait qui parvient cependant à satisfaire ses fans. Retour avec lui sur la genèse de son dernier projet, 1988.

Reggae.fr : Comment s'est passé la création de 1988 ?
Biga Ranx : Quand j'ai fini mon album précédent Night Bird, je ne me suis pas arrêté de créer. J'ai continué dans la foulée. J'ai fait énormément de morceaux et j'ai bouclé plusieurs versions différentes de 1988. Et arrivé à deux mois de la deadline, je n'étais toujours pas satisfait de la version finale car j'avais envie de faire tellement de choses différentes ; j'ai envie de chanter, de toaster, de faire des riddims, de faire du hip-hop, du dancehall et même de l'electro. J'ai besoin d'exprimer mes influences autre que le reggae. J'avais à la fois envie de faire un pas en avant en créant une musique sur laquelle je ne suis pas attendu, mais j'étais aussi tenté de revenir à ce pour quoi on m'a connu. J'étais dans un vrai dilemme entre ces deux directions et parmi toutes les versions du projet que j'avais faites, il n'y en avait aucune qui était réellement aboutie selon moi. Mais il a fallu prendre des décisions et boucler enfin cet album. C'est comme ça qu'est né 1988.


On sent bien que cet album dépasse largement le cadre du reggae. Quels mots utiliserais-tu pour l'inscrire dans un mouvement musical ?
Je dirais « fly ». C'est un album nuageux en fait. Et c'est le reggae qui m'a amené à cette ambiance fly. Pourquoi j'ai écouté du reggae très jeune ? Parce que c'est la première musique que j'ai découverte comme une musique qui te pousse à l'évasion. Il y a vrai côté aérien, sunshine, un côté poétique et exotique qui m'a toujours attiré dans le reggae. Je pense surtout à l'époque rocksteady. C'est une musique très planante je trouve avec de très belles mélodies. Cette ambiance planante est aussi due aux techniques d'enregistrement de l'époque je pense.


Dans quels autres genres musicaux que le reggae as-tu puisé pour cet album ?
Je dirais dans le hip-hop ambiant et dans le mouvement screwed, ce délire où les DJs ralentissaient les vinyles pour les jouer à 50-60 BPM. En fait c'est vraiment le downtempo qui a influencé cet album pour son côté musique lente et atmosphérique. 


Ton univers musical a beaucoup évolué ces dernières années vers cette ambiance très lente et minimaliste. Comment adaptes-tu ton flow à ce nouvel univers ?
En fait, je trouve d'abord une mélodie qui colle bien à l'instru et ensuite je mets des mots sur cette mélodie. Pour moi c'est toujours la mélodie qui doit guider la chanson. Ce qui est différent par rapport à ce que je faisais à mes débuts, c'est que les riddims sont beaucoup plus lents donc il y a évidemment une autre manière d'aborder le flow et donc l'écriture. Je laisse la spontanéité guider tout ça. C'est mon instinct qui guide ma musique.


Tu as à nouveau collaboré avec Blundetto sur certains morceaux. Votre association fonctionne à merveille. Quel est votre dénominateur commun ?
Je pense qu'on est sur la même longueur d'ondes. J'ai l'impression que lui de son côté il recherche un univers reggae qui serait en même temps très classe, aérien et poétique. C'est quelque chose qui manque cruellement au reggae actuel que l'on retrouvait dans le rocksteady, et lui et moi on est d'accord là-dessus. Ce dénominateur commun c'est la recherche de poésie en fait.


Liquid Sunshine fait partie de ces collaborations avec Blundetto. Comment s'est passé le choix de la thématique de ce titre ? Blundetto intervient-il à ce niveau-là ?
Non, il m'envoie simplement des instrus et je fais ce que je veux dessus. Pour Liquid Sunshine, je l'ai écrit en rentrant d'un voyage en Jamaïque avec ma femme. Là-bas on avait assisté à un phénomène qu'on appelle le liquid sunshine. C'est quand il pleut sur l'océan. J'ai trouvé ça très beau et j'avais cette expression qui me trottait dans la tête en rentrant. Donc j'ai fait cette chanson avec très peu de texte. Je voulais vraiment faire quelque chose de minimaliste et je suis content parce que je trouve que c'est réussi alors que ce n'est pas forcément ce qu'il y a de plus facile à faire. 


Autre collaboration importante, celle avec ton frère Atili Bandalero. Comment faîtes-vous la part des choses entre vos relations familiales et professionnelles ?
Lui il habite à Bayonne et moi à Tours donc on est un peu éloignés. Quand on se retrouve, on fait toujours de la musique parce que c'est ce qu'on a toujours fait. Ça se passe de la manière la plus naturelle possible. On a les même goûts donc ça avance rapidement et facilement quand on bosse ensemble.


Big Red est à nouveau présent sur cet opus. Pourquoi avoir choisi de l'inviter encore une fois et quelle relation entretiens-tu avec lui ?
C'est un artiste que je respecte énormément et que j'ai beaucoup écouté quand j'étais jeune. Quand j'étais ado au foyer, je n'écoutais que lui. Je passais mon temps avec l'album Big Redemption. J'ai d'ailleurs découvert le travail de Raggasonic bien après avoir écouté Big Red en solo. Quand j'ai eu la chance de le rencontrer, le feeling est tout de suite très bien passé. En plus, il devait préparer un album et moi j'avais vraiment envie de l'encadrer. C'est ce qu'on a fait, j'ai été aux commandes de la réalisation de son album Vapor. C'est une grande chance de pouvoir produire un artiste que tu admires autant. On est devenus potes aujourd'hui et on s'est retrouvés sur cet univers musical vaporeux qui lui plaît autant à lui qu'à moi.


Parmi les collaborations, il y a aussi cette chanson complètement inattendue avec Akhenaton et LEJ ! Comment s'est fait le lien ?
C'est d'abord une rencontre humaine et amicale. Toutes les personnes qui sont sur cet album sont avant tout des amis avec qui je passe des bons moments en dehors de la musique. Avec les filles de LEJ, on se connaît depuis longtemps, avant qu'elles aient percé, et Akhenaton je l'avais rencontré sur un plateau radio et on s'était bien entendus. Je trouvais ça marrant de les rassembler. J'aime bien faire des rencontres improbables. 


Ton univers graphique a pas mal évolué aussi depuis tes débuts. Il colle de mieux en mieux à ton univers musical. Quelle importance y accordes-tu et quelle est ton implication à ce niveau ?
Pendant longtemps, je ne choisissais pas vraiment mes visuels et mes pochettes d'album et ça m'a beaucoup affecté. Je m'en suis toujours voulu de ne pas être intervenu sur certains mauvais choix qui ont été faits. Pour moi l'univers visuel est aussi important que la musique. Il y a des artistes dont je n'aime pas forcément la musique qui parviennent à me séduire parce qu'ils proposent un univers graphique auquel j'adhère à 100 %. Aujourd'hui j'essaye de véhiculer enfin l'image qui me ressemble, c'est à dire des visuels à contre courant du reggae car je ne suis pas fan du tout de l'imagerie rouge jaune vert stéréotypée. Je contrôle aussi mes clips. J'oriente des réalisateurs vers certains codes et certaines images qui me correspondent. C'est important pour moi d'avoir un œil sur tout. J'ai déjà fait des clips où j'ai laissé le réalisateur libre. Mais quand je les regarde aujourd'hui, j'ai envie de me griffer. J'ai envie d'assumer et de pouvoir défendre à 100 % ce que je fais donc je tiens à ce que mes idées soient utilisées dans mes visuels et mes clips.


Tu es un adepte du Do it yourslef ?
A fond. Je trouve que c'est dans le Do it yourself que l'on exprime le mieux sa créativité artistique et pas forcément dans les albums surproduits, surpréparés, surencadrés. Par exemple pour la pochette de 1988, on a pris un polaroid dans mon salon et on a mis des petits palmiers autour et basta. C'est ça qui me plaît. Pareil pour un clip. J'ai envie de prendre une caméra et de me lancer à l'arrache sans scénario. C'est par la débrouille et par la spontanéité qu'on arrive à véhiculer des super belles choses. 


Parle nous du morceau My Face pour lequel tu as justement fait un joli clip.
L'histoire de ce morceau commence chez Don Camilo, un jour où on écoutait des vieux rocksteady. C'est après cette séance d'écoute que j'ai commencé à composer la chanson sur mon petit claver OP1. Camilo m'a beaucoup encouragé en me disant d'aller au bout de mes idées et ça a donné ce morceau-là qui au final s'éloigne un peu de mon univers actuel aux rythmes hyper lents qui planent à 3000. Ça ressemble un peu plus à ce que je faisais au début, mais j'ai préservé le côté nuageux et retro dans le clip pour coller à l'ambiance de l'album. J'adore cette imagerie façon années 90, c'est mon délire du moment.


Tu as travaillé tout cet album sur ce clavier OP1. Comment travailles-tu avec cet instrument particulier ?
C'est très simple d’utilisation et très pratique pour composer. Il y a un enregistreur 4 pistes et ça me permet de pouvoir poser des idées très spontanément dans l'instant. Même pour ma voix. Je trouve la démarche marrante parce que tu fais de la musique digitale sans ordinateur et ça c'est vraiment cool pour l'époque dans laquelle on vit. 

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commentaires
le 26/06/17 par anto
Merci Telly et Reggae.fr pour l'interview sa fait plaisir d'en apprendre davantage. Très bon album, varié et original. BIG UP !

1.3/5 (34 votes)

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