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Jesse Royal- Interview Lily of da Valley Jesse Royal- Interview Lily of da Valley
20/11/17 - Auteur(s) : Propos recueillis par LN ; Traduction : Ju-Lion ; Photos DR

Jesse Royal fait partie des artistes de la nouvelle génération qui réinvente le reggae moderne. Particulièrement créatif, il s'affranchit du reggae jamaïcain pur et dur et en a sans doute surpris plus d'un avec son premier album Lily of da Valley sorti en octobre dernier. Emprunt d'une sagesse palpable malgré son jeune âge, Jesse a répondu à nos questions par téléphone pour nous en dire plus sur cet opus résolument novateur au concept soigné. 


Reggae.fr : 2017 est une année très importante pour toi. Tu as sorti ton premier album, mais tu as aussi accueilli un heureux événement n'est-ce pas ?
Jesse Royal : Oui c'est vraiment une belle année. J'aime à dire que mon album est mon deuxième bébé (rires). C'est vraiment une bénédiction. Je remercie la vie.

Parle-nous de ce titre Lily of da Valley qui a une connotation religieuse.
Pour moi, Lily of da Valley est plus spirituel que religieux. Je vois ça comme un concept qui incite à ne pas se laisser happer par la peur. Il faut comprendre que même dans l'obscurité la plus profonde, il existe toujours de l'espoir, il y a tellement de possibilités qui s'offrent à nous, même dans ce qu'on croit être le néant. Au fond de la vallée, le lis ressort toujours, c'est cette métaphore qui m'intéresse. J'y vois aussi un autre concept. D'un point de vue moral, le Christ peut être vu comme un lis des vallées opposé au narcisse de Saron. Il a complètement bouleversé les codes du Royaume, de ce qu'est un Roi et de comment Il doit se comporter. Au lieu de rester assis sur Son trône à asservir le peuple, le Christ était dans les champs avec les pauvres, ceux qui avaient vraiment besoin de son message. Et Il a été capable de vulgariser le message de telle manière que même les hommes les plus simples d'esprit puissent comprendre. Lily of da Valley représente cela dans le sens où avec cet album on essaye de toucher tout le monde avec un reggae qui n'est peut-être pas conventionnel... Mais ça reste du reggae, car le message d'amour est bien présent.

Est-ce aussi pour ça que tu as travaillé avec le label Easy Star ? Car ce n'est pas un label habitué à sortir du reggae purement jamaïcain, mais plutôt du reggae teinté d'influences pop, rock et world...
Pas vraiment. Je les ai choisis tout simplement car je trouve qu'ils font du bon travail. Et comme ils étaient fans de ma musique, on a tout de suite trouvé un terrain d'entente. Mais en ce qui concerne la musique, tout le monde sait que la créativité a une importance capitale pour moi. Je ne fais de la musique que pour la musique, rien d'autre ne m'intéresse. Le reggae jamaïcain a ses limites et ce n'est pas parce que je viens de là-bas que je vais me noyer dans la masse du reggae purement yardie. Je suis influencé par de nombreux rythmes, de nombreux musiciens et poètes, de nombreux artistes, et ça se ressent forcément dans ma musique. On fait tous partie d'un immense univers et les arbres agissent sur les abeilles qui elles-mêmes agissent sur les êtres humains qui eux-mêmes agissent sur les poissons etc. C'est un tout. Il est important pour moi d'avoir confiance en la créativité, d'avoir confiance en notre esprit et en la raison pour laquelle nous sommes sur Terre. Et la seule manière de savoir pourquoi nous sommes sur Terre c'est de chercher, de chercher au plus profond de nous-mêmes à chaque instant. C'est ce que je fais. Donc quand la musique se manifeste, il y a des sons qui sortent auxquels les gens ne sont pas forcément habitués, mais au bout de compte, ça reste de la musique.


"Le reggae jamaïcain a ses limites"


Et justement, ta génération met beaucoup de temps à présenter sa musique. Les artistes du mouvement Reggae Revival attendent tous longtemps avant de sortir leur premier album. Toi comme Chronixx ou Kabaka, vous avez sorti des mixtapes et beaucoup de singles avant vos premiers albums. Est-ce une question de stratégie ?
Je n'ai pas vraiment de stratégie en ce qui me concerne. Mais je sais que les choses forcées ne fonctionnent pas. Je préfère prendre mon temps pour être sûr du résultat. Comme le dit mon frère Chronixx, "on fait ça par amour et pas pour les likes" (ndlr : référence au morceau Likes). Donc, on s'assure que tout ce qu'on présente au public est bien abouti. Les gens doivent sentir que ce que l'on présente comme notre art vient vraiment de notre cœur. Le temps est une variable qui n'est pas perçue de la même manière par tout le monde. Moi par exemple, je n'ai pas l'impression d'avoir attendu longtemps avant de présenter ce premier album, j'ai juste senti que c'était le bon moment. Quand tu es dans le ventre de ta mère, personne ne sait vraiment quand tu vas sortir. Certains disent qu'il y a un moment idéal, mais personne ne décide à ta place du moment où tu vois le jour. C'est pour ça que je considère cet album comme mon deuxième bébé, car il est né au moment où il était supposé naître. Ni avant, ni après. Et depuis sa sortie, je continue à apprendre des choses grâce à lui. J'ai toujours su que la patience donnait vie à des choses magiques.



Comment l'album est-il accueilli à l'international ?
Ça a très bien démarré car on était N°1 aux Etats-Unis, au Canada, au Japon et N° 4 en Angleterre dans les charts reggae dès la première semaine de sortie.

L'album est-il bien perçu en Jamaïque malgré son côté crossover ?
Oui ça va. Là-bas, les gens aiment bien le tune Generation avec Jo Mersa Marley. Life Sweet plaît pas mal aussi. C'est le genre de chansons qui parle plus aux Jamaïcains. Un reggae plus classique mais très moderne.

A propos de Generation avec Jo Mersa Marley, comment en êtes-vous arrivés à collaborer ensemble ?
Jo et moi sommes amis depuis l'adolescence. Même avant ça je dirais. On a toujours fait de la musique ensemble, avec Daniel Bambaata aussi. Quand j'ai enregistré Generation, on sentait qu'il manquait quelque chose, il fallait une énergie brûlante et j'ai pensé à Jo. Il a apporté exactement ce feu qui manquait.



L'autre invité de cet album est Patrice. C'est plutôt rare de voir un Jamaïcain inviter un artiste européen sur son album...
Patrice est mon frère, ce n'est pas un secret. Mais en plus de ça, il est un chanteur, parolier et producteur brillant. J'ai énormément de respect pour lui et pour son travail. Et c'est la même situation qu'avec Jo Mersa. J'ai d'abord fait ma partie sur Waan Go Home et on s'est dit qu'on pouvait ajouter quelqu'un qui comprenait ce sentiment de réfugié qui pense à son pays d'origine. Patrice était ravi qu'on ait pensé à lui et il a assuré.

Le titre Finally était déjà sorti avant l'album, au moment de la légalisation de la marijuana en Jamaïque. Est-ce un message envoyé à ceux qui ne sont pas encore prêts pour ça, comme ici en France ?
On peut le voir comme ça. Mais je pense que les gens sont prêts pour la légalisation en France. C'est juste que le gouvernement n'a pas encore réellement trouvé la façon dont il va tirer profit de cette légalisation. Mais ils ne peuvent plus nier les bénéfices de cette plante. Le monde entier est en train d'en prendre conscience et la génération d'aujourd'hui a accès a tellement d'information qu'on ne peut pas la duper. Je suis sûr que dans les cinq prochaines années, la France passera à la légalisation.



Parle nous du titre 400 Years qui est important pour les descendants d'esclaves.
C'est une chanson qui se replonge dans la souffrance de mon peuple et de ma nation. Des générations et des générations ont traversé cette épreuve et si on ne se réveille pas aujourd'hui, on chantera "1000 Years". J'ai l'impression que mon peuple n'a pas compris la notion de liberté. La liberté ne doit pas se limiter au droit de vote ou à l'égalité des salaires. Il est temps pour nous de restaurer nos dynasties et notre gloire. Il faut arrêter de s'abriter derrière l'histoire de l'esclavage pour s'ériger en victimes. Dans cette chanson, je rappelle certaines atrocités et l'hypocrisie qui les entoure. Mais dans le troisième couplet, je dis que nous avons encore du travail à faire de notre côté. Il faut arrêter de se lamenter et de pointer du doigt sans cesse nos ennemis du passé car ça peut durer longtemps comme ça.



Par le passé, tu as beaucoup collaboré avec Kareem Burrell, le fils de Fatis Burrell du label X-Terminator. Est-il impliqué dans cet album également ?
Oui, il a produit le morceau Justice en collaboration avec Riff Raff.

Avais-tu eu l'occasion de travailler avec son père également avant sa mort ?
Oui, on a fait quelques morceaux ensemble qui ne sont toujours pas sortis. Mais tout vient à point à qui sait attendre...

Avec quels autres producteurs as-tu travaillé sur cet album ?
Il y a des gens comme Llamar 'Riff Raff' Brown ou Winta James qui a fait Modern Day Judas et Finally. J'ai produit moi-même l'instru de Full Moon.



Ta génération avec Chronixx, Kabaka, Protoje et consorts a pas mal évolué depuis les débuts du mouvement Reggae Revival. Penses-tu que vous avez réussi à renouveler le reggae ?
On a encore du travail, à n'en pas douter. La fondation sur laquelle on s'appuie est tellement grande, magnifique et solide que nous devons construire quelque chose de durable qui puisse protéger cette fondation et l'amener plus loin. On est tous prêts à apporter notre pierre à l'édifice, mais nous sommes nombreux donc je ne peux pas parler au nom de tout le monde. 

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