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Frenchie - Interview 25 ans au Maximum Frenchie - Interview 25 ans au Maximum
18/09/18 - Auteur(s) : Propos recueillis par Ju-Lion

Maximum Sound fête cette année ses 25 ans d'existence. Devenu une référence pour les amateurs de new roots et de dancehall, le label est tenu d'une main de maître par un Français au nom bien transparent : Frenchie. Il opère pourtant depuis Londres, une ville plaque tournante du reggae international où il fit ses armes en tant qu'ingénieur du son. Vous ne le savez peut-être pas, mais, outre ses collaborations avec les plus grands artistes jamaïcains (Sizzla, Bounty Killer, Mr Vegas, Tarrus Riley, Romain Virgo, Konshens, Morgan Heritage, Anthony B., Fantan Mojah...) c'est lui qui fut aux manettes des deux albums mythiques de Raggasonic dans les années 90. Producteur de génie, il est parvenu à créer une identité propre à son label, particulièrement plébiscitée par les Jamaïcains - chose rare pour un gars de chez nous. On se devait de mettre en lumière ce talent qui traverse les âges à l'occasion de cet anniversaire ! Retour sur un parcours exemplaire dans un entretien sans langue de bois où le petit frenchie devenu grand nous dévoile quelques-uns des secrets de son succès...


Reggae.fr : Pour commencer, peux-tu nous raconter les débuts de l'aventure Maximum Sound ? Tu avais déjà une expérience de producteur et d'ingé-son avant de lancer ton propre label n'est-ce pas ?
Frenchie : Au départ, j'étais un grand fan de reggae et je collectionnais des disques. Par la suite, vers la fin des années 80, je me suis mis à bidouiller vaguement des tables de mixage de potes, mais pas professionnellement. C'est vraiment quand je suis parti vivre à Londres et que j'ai commencé à bosser pour le label Fashion Records que j’ai appris 90% de ce que je sais aujourd’hui. J’ai commencé comme ingé-son ; j’enregistrais surtout les voix des artistes et parfois les riddims joués par des musiciens. J'ai enregistré des gars comme Alton Ellis, Frankie Paul, Cutty Ranks, General Levy, Top Cat et beaucoup d'autres. J’ai appris à les diriger artistiquement aussi et je me suis familiarisé avec le métier de producteur. Par la suite, je me suis mis au mixage. Je mixais les titres de Fashion Records avec Chris Lane et Gussie P. Quelques années plus tard, j’ai économisé 300£ et j’ai sorti mes premières prods en 1993. Ça a commencé tout doucement. Fashion/Dub Vendor distribuait mon label au début. Et comme j’enregistrais au studio Fashion et que je mixais mes titres moi-même, ça ne me revenait pas trop cher - à part les avances aux artistes. J’ai fait mes premiers riddims avec Mafia & Fluxy et Steely du duo Steely et Clevie.

Quel a été le tout premier titre sorti sur Maximum Sound ?
La première production que j'ai sortie était une série. C'était le Kill Dem With It Riddim, un recut du Head to Toe de King Jammy's, avec notamment Bunny General, Top Cat et Gospel Fish. Et le premier artiste que j'ai enregistré sur ce riddim, c'était Poison Chang, le père de Stylo G, avec le tune Good Inna Body.



Quel avantage y a-t-il à être basé à Londres pour ton activité ?
Quand j’ai déménagé à Londres en 1990, il n’y avait pas d’industrie du reggae en France, à part deux magasins de disques à Paris, des concerts et quelques sounds. Alors qu’à Londres, il y avait déjà du reggae/dancehall partout, des centaines de magasins spécialisés, de sound systems, distributeurs, studios etc. C'est surtout dû au fait qu’il y a toujours eu une communauté jamaïcaine très importante en Angleterre. C'est pour ça que je suis parti là-bas et j'y suis resté pour des raisons évidentes.

Quels ont été tes producteurs de référence à tes débuts et quels sont-ils aujourd'hui ?

Le numéro 1 est King Jammy qui est devenu un très bon ami à moi. Il reste ma plus grande inspiration musicale. Il y a aussi Coxsone Dodd de Studio One. Je l’ai rencontré pour la première fois à Kingston en 1992 à Brentford Road, il a été assez cool avec moi comme je connaissais bien George Peckings de la boutique Peckings Studio One à Londres qui était un de ses meilleurs amis d’enfance. Bobby Digital et Steely & Clevie sont aussi de très grosses inspirations. Je dois avoir pratiquement tous les singles vinyles sortis sur leurs labels respectifs. Redman et Winston Riley du label Techniques pareil, tout comme Junjo Lawes de Volcano et George Phang de Powerhouse. J’amais aussi beaucoup les prods des labels dancehall anglais comme Fashion, Unity et Jah Tubby's dans les années 80.



En 25 ans, on a vu ton label évoluer et sortir des séries très différentes allant du roots au dancehall, mais ces derniers temps tu enchaînes surout les riddims dancehall. Est-ce une histoire de goût ou d'adaptation au marché ?
C'est plus une question d'adaptation. Quand tu as un label de reggae, il faut t’adapter surtout par rapport aux artistes que tu as l'opportunité d'enregistrer ou pas. Depuis le début, j’ai toujours essayé de travailler autant avec des jeunes artistes qui débutent qu'avec des artistes au top. C’est sûrement la chose la plus dure à faire : enregistrer l'artiste du moment, celui qui a la hype. Et ce n'est pas toujours une question d’argent mais plus de réseau car certains vont te demander des sommes folles que tu ne pourras jamais leur donner et encore moins rembourser sur les ventes si tu ne passes pas par le bon link. C’est un business très surcoté par rapport aux faibles ventes et streams qu'il génère. J’ai aussi eu de la chance, car j'ai réussi à créer des relations avec beaucoup de gens et d’artistes qui ont eu confiance en ce que je faisais. Aujourd’hui, beaucoup de jeunes artistes reggae/roots actuels qui ont la cote n’enregistrent pratiquement plus sur des séries juggling pour des producteurs, car ils veulent être propriétaires de leurs masters, ce que je comprends. Donc j’essaye d’enregistrer plus des chanteurs ou deejays de la scène dancehall. Ils sont beaucoup plus enclins à travailler sur ce genre de projets.



Tu ne presses plus tes séries en vinyles. Pour quelles raisons ?
Ce n’est plus rentable si tu produis des séries de musique jamaïcaine. Pour le reggae roots stepper UK ça se vend toujours en vinyles, mais pour ce que je fais, ça fait au moins quatre ans que ça ne vaut plus le coup. Peut-être que ça reviendra dans le futur. Who knows...

En 25 ans, l'industrie du disque a beaucoup évolué et les ventes se sont effondrées, faisant place au digital. Il devient difficile pour un label de survivre sans diversifier ses activités. Comment t'en sors-tu actuellement ?
C’est beaucoup plus difficile c’est vrai et je vois beaucoup de mes collègues qui sont partis dans le management ou le booking d’artistes, ce qui ne m’intéresse pas trop. Le côté business ce n’est pas vraiment moi. Moi j'aime créer une chanson. C’est une passion, comme une drogue. On se fait moins d’argent qu’avant mais les ventes digitales continuent de grimper tous les ans. Il faut aussi faire dix fois plus de promotion et de marketing, ce qui prend un temps fou. Avant, la promo se faisait avec les 45 tours. Les DJs allaient dans les magasins en acheter 25 a 50 pièces par semaine pour les jouer à la radio ou en sound, et les titres qui cartonnaient avec le public finissaient sur une compilation de hits. Maintenant, il faut faire monter une hype sur le net autour d’un artiste ou promouvoir ton riddim ou ton titre au maximum. C’est complètement différent. Il faut être sur Facebook, Twitter et Insta tous les jours et poster des trucs tout le temps. Je ne suis pas super fort avec ça, j’ai très peu de followers (rires). Mais je le fais quand même parce que c’est devenu très important. Du moment que je peux en survivre, ça va. C’est tellement une chance énorme de pouvoir vivre de sa passion que si ça finit par s’effondrer complètement, je garderai toujours de merveilleux souvenirs. Et comme on dit en Anglais : I had a good run.

Ta spécialité chez Maximum Sound reste la production de riddims, mais tu as également réalisé certains albums d'Anthony B., Jah Mason ou Lukie D. Pourquoi ne pas travailler plus souvent sur des albums complets en collaboration avec un seul artiste ?
J’ai beaucoup bossé en tant que producteur exécutif sur des album d’artistes. Depuis Heads High de Vegas, j’ai travaillé pratiquement sur tous ses albums. C’est un des artistes dont je suis très proche. Et récemment, j’ai travaillé sur le dernier album d’Alborosie. Produire un album complet de plus de 12 titres ça demande un gros investissement si tu veux faire ça bien. Si tu as une maison de disques derrière, comme pour l’album de Luciano que j’avais produit pour VP, United States Of Africa, c’est super, mais si tu sors tout de ta poche c’est beaucoup plus dur et tu prends un gros risque financier. Il faut aussi trouver l’artiste avec qui tu veux faire un album, de nos jours c’est moins évident pour moi.


"il y a toujours un truc qui me chiffonne dans mes prods où je me dis que j’aurais dû faire telle ou telle chose différemment"


En 2009, tu nous confiais n'être jamais satisfait à 100 % de ton travail. As-tu évolué à ce niveau-là ? Es-tu parvenu à arriver au niveau de perfection auquel tu prétendais ?
Non toujours pas (rires).

Quelle est la production dont tu es le plus fier ou que tu trouves la mieux réussie ?
Difficile à dire, j’ai du mal à écouter mes propres prods. Une fois qu'elles sont sorties, je passe vite à autre chose. Mais bien sûr, je garde un grand souvenir des deux premiers albums de Raggasonic par rappport à l’impact qu’ils ont eu en France. C’est aussi toujours kiffant quand tu vois des artistes reggae de renommée internationale jouer sur scène des titres que tu as produit ou sur lesquels tu as été impliqué dans la création artistique d’une maniére ou d’une autre. Quand les sélecteurs les jouent en sound, ça fait plaisir aussi. Mais il y a toujours un truc qui me chiffonne dans mes prods où je me dis que j’aurais dû faire telle ou telle chose différemment ou que le mastering aurait pu être mieux.



Comment travailles-tu sur tes productions ? C'est toi qui composes ou tu fais appel à un beatmaker ?
Je compose moi-même. Je commence d’abord chez moi dans mon home studio par la grille d’accords du riddim. J’utilise Logic et Pro Tools pour enregistrer. Je fais toujours un premier jet comme ça, que ça soit pour une compo originale ou pour un recut. Je travaille ensuite avec des vrais musiciens qui savent jouer - pas comme moi (rires). Je garde surtout mes programmations de batterie et je joue aussi pas mal d’overdubs au synthé. Mais sur la plupart de mes prods, surtout celles des quinze premières années, tous les claviers, guitares et basses ont été joués en live (donc pas séquencés via un câble midi) ; ça donne un autre feeling. Comme sur toutes les prods de Jammy's ou Digital B, Steely joue la basse et le piano pendant quatre minutes en live directement sur la bande master. Je ne suis pas musicien à la base, mais je sais programmer la batterie et gratter deux accords ou une ligne de basse, mais je bosse surtout avec une multitude de musiciens incroyables, de Lenky à Mafia et Fluxy, en passant par Sly & Robbie, Richard Browne, Dean Fraser, Birch ou Danny Bassie. Tous des grosses légendes. Je bosse avec eux depuis 25 ans. Mais toutes les idées sont dans ma tête et j’ai toujours un plan précis de ce que je veux faire avant d’enregistrer un beat. Du tempo au groove, en passant par le swing, jusqu'à la famille de son des synthés, que ce soit du Nexus ou d'autres sons plus vintages. Je sais exactement ce que je veux et c'est ce qui donne l’identité à mes productions. Je suis attiré par certains accords plus que d’autres et certaines sonorités. J'ai mixé aussi moi-même toutes mes prods au début de mon label ; puis vers la fin des années 90, j’ai commencé à travailler avec des ingés jamaïcains car je n'étais pas satisfait à 100% de mes propres mixes. Mais je fais toujours toutes mes automations et je participe activement à tous les mixes.

Réfléchis-tu à un "public cible" pour tes productions ? Vises-tu un ou des pays en particulier ?

Aujourd’hui c’est assez compliqué de cibler un public vu que tout s’est beaucoup communautarisé et il y a aussi une énorme question de génération dans le business. Les genres de reggae que je produis n'ont pas changé depuis plus de vingt ans. Il y en a trois : le roots, le one drop (lover) et le dancehall. Je fais pratiquement la même chose depuis 25 ans en m’adaptant aux modes. Par contre le public, lui, a beaucoup changé. En Angleterre, je ne touche pratiquement que la communauté jamaïcaine des plus de 40 ans qui n’achètent plus du tout de vinyles mais qui streament et téléchargent. Les jeunes Anglais de 20 ans et plus qui achètent du roots/stepper n’achètent pratiquement que des vinyles et ne s'intéressent pas trop à ce que je fais, sauf si c’est un artiste qui les touche particulièrement. Mais ce public qui suit Jah Shaka, Iration Steppas et consorts n’est pas le mien. Mon dernier riddim, le Twilight, a plu ici exclusivement à la communauté jamaïcaine. En Jamaïque, les titres reggae sont joués au début pendant moins de 20 minutes dans les soirées. Après, c’est du dancehall toute la nuit. Le dancehall aujourd’hui est roi en Jamaïque ; le reggae il y en a de moins en moins. En Europe, l'Allemagne suit généralement beaucoup les tendances jamaïcaines, alors qu’en France le public a toujours été très indépendant dans ses goûts et les scènes dancehall et reggae d’aujourd’hui ont des publics complètement différents alors qu’avant en tant que fans, on kiffait autant le roots que le dancehall. Donc j’essaye de faire avant tout ce que je kiffe. Le truc le plus difficile quand tu produis du reggae c’est surtout de rester constant. C’est la chose la plus dure dans le business : garder un certain niveau à chaque prod. Ce qui fait vendre aujourd’hui une prod de reggae/dancehall c’est d’abord le nom de l’artiste à 65%, son concept du lyrics et sa performance, et seulement 35% la musique. Tu peux faire un super beat, mais si le lyrics n'est pas à la hauteur, tu en vendras trois copies. Aujourd’hui, les territoires différents aiment des artistes différents aussi c’est donc encore un autre problème.



Cette année, on fête donc les 25 ans de Maximum Sound, mais ce label n'est pas ta seule activité dans la musique n'est-ce pas ? Peux-tu nous présenter tes autres casquettes ?
Je vis principalement de la musique que je produis, mais je fais aussi de la production exécutive ou je compile des albums des fois pour Greensleeves, VP ou autres. J’ai par exemple fait les compiles One Drop Anthems Vol 1 et 2 pour Greensleeves et compilé le Very Best Of de Sizzla entre autres. Mais j’aide aussi des artistes ou des musiciens sur des contrats avec des majors ou jeux vidéo etc. Il m'arrive aussi de les aider à promouvoir leurs titres en Europe. Très souvent gratuitement (rires) ! J’ai beaucoup bossé avec Lenky aussi à ses débuts et je l’ai encouragé à franchir le pas de musicien à producteur. J'ai passé beaucoup de temps avec lui en Jamaïque à l’époque où il a produit le Diwali Riddim. Il est sûrement l’un des musiciens les plus talentueux avec qui j’ai travaillé. Je suis très fier de ce qu’il a accompli et heureux d’avoir fait partie de sa carrière musicale. Le mot "génie" est souvent utilisé par excès, mais pour lui ce n'est pas le cas. Il est un génie certifié pour moi !

Tu as coproduit le titre Contradiction sur l'album d'Alborosie en featuring avec Chronixx. Quel a été ton rôle exactement ?

Albo est un de mes meilleurs amis aujourd’hui dans le business. On se parle au téléphone pratiquement tous les jours. J’ai aussi travaillé en tant que superviseur de projet sur son dernier album avec les Wailers, Unbreakable. En fait, le concept de la chanson Contradiction était le mien. C'est moi qui ait eu l'idée d’écrire sur les contradictions du monde, la corruption politique de l’Italie à la Jamaïque et des politiciens à Yard qui dénoncent vigoureusement la montée du crime et le lendemain envoient des flingues à des youths dans le ghetto. Tout est devenu tellement transparent. Contradiction is global ! Je lui ai envoyé l’idée quand il était en tournée aux Etats-Unis. Il avait déjà commencé les maquettes de l’album et il a kiffé direct mon concept. Je lui ai suggéré de faire un beat rub-a-dub un peu rapide. Il a fait une démo autour des paroles du refrain. Sur ce morceau de l’album, il a joué pratiquement tous les instruments, batterie, claviers, guitares, basse, et les Wailers ont ajouté leur touche unique sur les overdubs. Ensuite, par coïncidence, Chronixx est venu à son studio un jour. Ils voulaient tous les deux faire une combinaison depuis un moment et quand Albo lui a fait écouter deux ou trois démos, il a accroché sur Contradiction et voilà le travail. Plus tard, quand je suis retourné en Jamaïque pour finir l'album avec lui, j’ai enregistré les harmonies et le sax de Dean Fraser sur ce titre. Sur cet album, Albo a fait un travail de dingue. Il a joué plein d’instruments et il a mixé pratiquement tous les titres lui-même. C'est un autre génie, je n'ai pas peur de le dire.



Tu n'as jamais travaillé avec Chronixx sur tes séries ou singles. Aimerais-tu enregistrer avec lui ?
Bien sûr. C’est mon artiste reggae préféré en ce moment. Je lui ai envoyé pas mal de riddims depuis quelques années, mais il n'a pas encore trouvé chaussure à son pied. Il aime beaucoup les beats très mélodieux à la tendance un peu lovers avec des accords mineurs. Il répond toujours par mail à mes sollicitations, mais on n'a pas encore trouvé un terrain d'entente artistiquement parlant. Je suis déjà très content qu’il ait chanté mon idée avec Alborosie et d’avoir co-produit le morceau. En plus, le tune est beaucoup joué en Jamaïque en ce moment !

Il y a un vrai buzz autour de lui qui ne cesse de grimper. En tant que producteur, quel regard as-tu sur lui ? Qu'a-t-il de si spécial selon toi ?
Il écrit des lyrics simples et efficaces un peu comme les artistes reggae des année 60 et 70. Il a un super timing aussi pour un chanteur ! Il a une idée très précise de ce qu’il veut enregistrer, ce qui est très rare dans le reggae. Il a une très bonne équipe autour de lui et je crois aussi que Chris Blackwell avait signé ses éditions au début de sa carrière, ce qui l’a sans doute aussi aidé. Il a surtout prouvé que l'on pouvait réussir en indépendant aujourd’hui sans avoir un gros label derrière. Maintenant, il n’enregistre que pour son label, donc si je fais un titre solo avec lui un jour, ça sera sûrement dans le cadre de ses prochains albums et pas sur une série. J’aimerais que le business ait encore dix autres artistes comme lui comme il y a 10 ou 20 ans. C’est beaucoup plus dur en 2018 pour le reggae jamaïcain vu que le dancehall est en train de lui prendre la lumière. Chronixx est une énorme star dans la communauté jamaïcaine ici en Angleterre, mais il est malheureusement seul à ce niveau.

Tout au long de ta carrière, tu as travaillé avec quelques artistes français, mais on a l'impression que ça fait longtemps que ça n'a pas été le cas (à part Maria et Encore une fois de Taïro). Y a-t-il une raison à cela ?
Après avoir produit les albums de Raggasonic, c’était dur de trouver d’autres artistes qui me motivaient autant. Pour moi, ils resteront toujours les meilleurs artistes reggae français, même si on a tous pris un chemin musical différent. J’ai aussi produit des titres avec les Neg’Marrons qui sont super cools. C’est donc à la vibes aujourd’hui. Avec Taïro, on est devenus bons potes grâce à Gilbert Pytel du magazine Reggae Vibes qui nous a mis en contact, et Daddy Mory me disait depuis longtemps de bosser avec lui. Mais c'est vrai qu'il y a moins d’artistes français qui font ce que je kiffe aussi. Il y a beaucoup de dancehall trap et de reggae yaourt, ce qui n’est pas ma came.

As-tu quand même des projets en cours avec des artistes français et y en a-t-il avec qui tu aimerais collaborer ?
J’ai encore quelques titres en préparation avec Taïro et j’ai aussi produit des titres sur le prochain album de Daddy Mory, dont un duo avec un autre grand artiste reggae français ! Sinon, j'aimerais bien bosser avec des jeunes qui ne sont pas encore connus.



Il y a dix ans, tu nous disais vouloir bosser avec Damian Marley. Cela fait-il toujours partie de tes objectifs ? C'est un artiste très difficile à approcher. Penses-tu qu'une collaboration avec lui sera possible un jour ?
Damian est un des meilleurs amis d’un très bon pote à moi, Baby G, le fils de Jammy's. Je l'ai donc rencontré pas mal de fois avec lui. Il est très posé, tranquille, un peu timide même. Donc qui sait ? Un jour peut-être.

Une autre envie de collaboration ?
Aujourd’hui les seuls artistes que je kiffe et avec qui j’aimerais bosser mais que je ne connais pas personnellement sont Popcaan, Alkaline et Mavado. J’ai enregistré un titre avec Mavado avant qu’il perce, mais je ne l’ai jamais sorti ; les paroles étaient trop hardcore et controversées. J’ai enregistré pratiquement tous les artistes de reggae que j'aime. Ça rend un peu blasé à la fin - en toute modestie. Et je n’ai plus la patience d’avant, car les artistes d’aujourd’hui sont beaucoup plus hype que ceux de la génération précédente ; c'est sûrement dû à leurs ascenssions fulgurantes sur les réseaux sociaux. Ils prennent le melon beaucoup plus rapidement. Et la production, ce n'est pas comme de cutter un dubplate où tu rencontres l’artiste dix minutes, tu le payes et basta. C’est plus une relation que tu construis sur des années, surtout quand tu enregistres un artiste plusieurs fois. Si tu n'as pas un bon feeling humainement, le résultat ne sera pas optimum. Ça ne sert donc à rien d’enregistrer des artistes avec qui tu n'as pas de vibes. Aujourd'hui, les artistes veulent tout contrôler. Le rôle de producteur a énormément diminué et son image aussi. Personne ne sait vraiment qui produit quoi et quel riddim ; avant tu pouvais le voir directement sur un 45T et les studios avaient un son particulier propre à eux. Aujourd’hui, tout le monde utilise les mêmes logiciels de son pour faire leurs beats donc tout sonne un peu pareil. C’est aussi une des raisons à mon avis pour laquelle on n'a pas eu de vrai gros hit reggae/dancehall venant de la Jamaïque qui a touché un large public depuis très longtemps. La production c’est souvent un travail d’équipe, aujourd’hui c’est beaucoup l’artiste qui veut tout contrôler lui-même et il écoute moins l’avis du producteur. Il manque donc un élément supplémentaire de production pour moi pour rajouter à la qualité d’une chanson et lui donner une dimension qui peut fonctionner internationalement.



Dans les megamixes promo de tes riddims, on entend toujours des jingles d'artistes. As-tu une collection de dubplates ?

Il y a 20 ans je voulais me lancer dans le sound system. J’ai une centaine de dubplates d'artistes comme Buju Banton, Cutty Ranks, Capleton, Sizzla, Morgan Heritage, Freddie McGregor, Gregory Isaacs, Barrington LevyJohnny Osbourne, John Holt, Luciano, Konshens, Tarrus Riley, Burro Banton, Vegas etc. Comme on dit, I used to beg dubs (rires) ! Les connaisseurs comprendront. Mais je n’ai jamais vraiment pris ça au sérieux, c’est un autre métier. J’ai choisi d'être derrière la scène depuis le début, pas devant. Les actes sont plus importants que l'apparence pour moi. Et je ne suis pas non plus un grand fan des voyages, à part la Jamaïque bien sûr. Les tournées c’est une autre vie et ce n'est pas pour moi. Mais un jour peut-être qui sait ?

T'arrive-t-il quand même de sélecter en soirée ?
Non jamais.

Que peut-on te souhaiter pour les 25 prochaines années ?
25 années de plus dans le business !

Si tu ne t’étais pas consacré à la musique, qu’aurais-tu fait de ta vie ?
J’aurais adoré être réalisateur ou producteur de film, j’ai plein d’idées.

Des projets ?
Un nouveau riddim qui sortira avant la fin de l’année et une compile intitulée Maximum Sound @ 25.

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