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Hélène Lee - Interview Pinnacle Hélène Lee - Interview Pinnacle
21/09/18 - Auteur(s) : Propos recueillis par Simon P.

La journaliste et spécialiste de la musique jamaïcaine Hélène Lee a récemment sorti un nouveau livre publié chez Afromundi. Pinnacle, le paradis perdu des rastas a été écrit en collaboration avec Bill Howell, fils de Leonard Percival Howell, considéré comme "le premier rasta" dont Hélène Lee parlait dans un de ses premiers livres édité en 1999 et devenu depuis un film. Ce nouvel ouvrage se concentre sur le lieu où Howell avait décidé d'établir sa communauté qui allait former les bases du mouvement Rastafari. Entretien avec Hélène Lee pour discuter de Leonard Howell donc, mais aussi de son fils et bien sûr de ce nouveau bouquin.


Reggae.fr : Comment vous est venue l’idée d’écrire Pinnacle, le paradis perdu des rastas ? Qu’est-ce qui vous a donné envie d’aller plus loin sur le pinacle que dans votre précédent ouvrage Le Premier Rasta ?
Hélène Lee : Cela s’imposait car il n’y a jamais eu de témoignage de première main, personne n’a jamais interrogé les gens du Pinnacle. C’est incroyable que personne ne se soit jamais intéressé au Pinnacle alors que c'est un lieu précurseur d’un mouvement devenu international aujourd’hui, c’est fou je trouve. Je m’étonne toujours qu’aucun historien, ni en Jamaïque ni ailleurs, n’ait essayé de s’y intéresser. L’idée c’était d’en savoir plus sur le Pinnacle donc j’ai interrogé le fils de Leonard Howell car c’est le seul qui soit resté de sa naissance en 1942 jusqu'à la destruction du Pinnacle en 1957.


« On m'a toujours fait la critique de me mêler d’une histoire qui ne me regarde pas […] car je suis une blanche venue de France »


Comment avez-vous rencontré le fils de Leonard Howell, Bill Howell ?
J’étais évidement allée chercher mes informations en Jamaïque. Déjà, il a fallu trouver le Pinnacle, ce qui a été compliqué car les propriétaires avaient changé le nom, pour effacer l’histoire qu’il y avait derrière ce lieu et surtout pour le vendre plus facilement. Dans un premier temps j’ai décidé de retrouver des membres du Pinnacle et j’ai fini par tomber sur une cousine d'Howell qui m’a donné le contact de Bill, que je suis ensuite allée rencontrer à New-York.

Pourquoi avoir choisi de faire parler Bill Howell à la première personne ?
En fait ce n’est pas du tout mon livre, c’est ce que je dis à la fin, c’est le livre de Bill Howell. On m'a toujours fait la critique de me mêler d’une histoire qui ne me regarde pas, de rétablir l’histoire d’un mouvement auquel je n’ai pas participé car je suis une blanche venue de France qui n’a rien avoir avec tout ça. Effectivement, je trouve que ça se justifie. Mais moi aussi j’ai été choquée par le fait qu’aucune personne du Pinnacle n’ait jamais été interviewée, donc je n’allais pas me substituer à lui, c’est lui qui avait des choses à dire pas moi. J’ai décidé de faire ce livre uniquement le jour où il m’a dit : « j’ai décidé de faire ma bio, aide moi ».

C’est plus une demande de sa part que de la vôtre au final ?
Tout à fait. Je sais que des gens lui en avaient parlé mais il n’avait pas voulu. Il explique très bien dans le livre pourquoi il était décidé à ne plus parler de cette histoire, il en avait vraiment bavé et il préférait éliminer cette étape de sa vie.



Comment s’est déroulé le processus d’écriture ?
On a fait quelques interviews à New-York, mais le gros des entretiens a été fait à Paris. Puis il est venu chez moi dans les Cévennes avec sa femme pour peaufiner le livre afin d’éclaircir certains points. Moi, ma seule contribution on peut dire, à part le fait de retranscrire les interviews et de les remettre en forme, ce sont les parties historiques car il était petit ou pas encore né. Par exemple, il ne savait rien sur les voyages de son père, c’est à partir de mon livre Le Premier rasta qu’il a commencé à avoir quelques renseignements. Il ne savait pas que son père avait été emprisonné, il ne s’était jamais plongé là-dedans. Certaines révélations ont été des chocs comme l’emprisonnement de son père à Sing Sing aux Etats-Unis. Il a déjà fallu que je lui montre les documents pour le convaincre, parce que nous avions les originaux américains. Après ça il nous a crus. Entre temps, il avait fait un gros chemin d’acceptation des choses. En fait ça s’est passé assez bien, même si au début il y avait certains sujets qu’il ne voulait même pas aborder.

Ça a été difficile de faire ce livre ?
Non ça a été un vrai plaisir parce que j’étais la première personne qui venait de l’extérieur pour lui dire que son père était un sacré bonhomme. C’est assez extraordinaire ce qu’il a réalisé. Au début, il a entendu différents sons de cloche sur son père et ça l’a pas mal secoué. Puis, petit à petit, il s’est remis dans la peau du petit enfant qu’il était. Il ne disait pas qu’il était rasta, il disait qu’il était un habitant du Pinnacle. Il n’utilisait pas le terme de rasta.

Pour vous, qu’apporte cet ouvrage de plus que le livre et le film Le Premier rasta ?
C’est totalement différent parce que Le Premier rasta était vraiment une recherche de quelque chose d’enfoui, que tout le monde avait oublié, c’était presque une enquête policière. Pinnacle, le paradis perdu des rastas ce sont les souvenirs d’enfance de Bill Howell. Moi ce qui m’intéressait, c'était de montrer que c’était une communauté tout à fait ordinaire de paysans jamaïcains, comme les baptistes avaient pu en créer. Je voulais montrer que toutes les solutions du Pinnacle étaient des solutions qui existaient déjà dans la Jamaïque des esclaves, comme par exemple le fait de ne pas utiliser d’engrais. Et puis sa vision à lui qui n’est pas religieuse, ce n’est pas un mystique, il n’est pas du tout comme son père, mais par contre il explique parfaitement bien que si le mouvement voulait réussir, il fallait passer par la religion.


« Les libres penseurs n’ont jamais été aimés »


Pourquoi selon vous on ne parle pas ou seulement très peu de ce genre de sociétés qui sont presque utopiques ?
Dès le départ, c’était un mouvement de libres penseurs. La liberté et la pensé sont deux choses que l’establishment déteste. C’était déjà très mal parti pour eux (rires). Il y avait toutes sortes de pensées rebelles comme les Marxistes qui faisaient peur aux colons. C’était déjà la raison pour laquelle il ne fallait pas parler de ce mouvement. C’est pour ça qu’on les a mis en prison, puis dans des hôpitaux psychiatriques pour les déconsidérer et les faire passer pour des fous. Tout ce qu’on disait sur eux était de la calomnie. Et quand ils se sont aperçus qu’ils fumaient de l’herbe, ils les ont encore plus discrédités. Toutes ces histoires étaient racontées du temps du Pinnacle et le jour où celui-ci a été détruit, on a dit que ses habitants étaient des personnes violentes qui n’avaient rien à voir avec les rastas. Puis ils continuaient de les stigmatiser dans la culture à travers des films et il y avait une manipulation de la musique principalement avec les bobos où des personnes influentes leur faisaient croire des choses fausses, des mensonges pour qu’ils les réinjectent dans leur musique.

Comment expliquer qu’en 2018, les stigmatisations par rapport au mouvement rasta soient toujours aussi fort ?
Pourquoi ça changerait si personne ne s’y oppose ? J’ai eu énormément de mal à proposer mon histoire. Dès que je frappe à une porte et que je dis le terme "rasta", on se moque de mon travail. A part quelques personnes qui ont compris l’importance de mon récit. Arte par exemple quand j’ai fait le film Le Premier rasta, ils disaient qu’ils le voulaient, mais au dernier moment ils nous on dit non. Pourquoi ? Parce que faire un film sur quelqu’un que personne ne connaît ne les intéresse pas. Les libres penseurs n’ont jamais été aimés.

Pourquoi Leonard Howell avait-il une telle aura d’après vous ?
Il faut se rendre compte qu’à l’époque, un mec qui osait ouvrir sa bouche et dire les choses en face à des fonctionnaires et à des policiers avait du courage. Mais Howell traitait tous les gens avec beaucoup de politesse. Il osait répondre à la police : « je ne suis pas d’accord, il ne faut pas faire ça ». Mais il restait calme et ça a étonné le bas peuple. C’est quelqu’un qui avait le passé de ses voyages, il a fait plusieurs fois le tour du monde, ce qui a participé grandement à son aura. De plus, c’était un très bel homme, très impressionnant, avec beaucoup de charisme. Il était un peu vu comme le Messie.

Pensez-vous qu’il soit toujours possible de construire une société de nos jours à l’image du Pinnacle ?
C’est le débat que j’aimerais lancer. En fait, on est tous là à rêver de ce bel endroit, mais comment cela pourrait marcher de le recréer ? C’est là que le livre est important, parce qu’on y voit en pointillés les recettes du succès, et sur ce point, j’aimerais qu’il y ait un débat. Je sais que ce livre va être remis en cause car il bouscule plein d’idées, donc c’est pour ça que je me suis mise en retrait par rapport à Bill Howell. Il y a beaucoup d’exemples à tirer comme la non violence, comment peut-on se protéger par la non violence etc. Même si cela n’a pas toujours aidé les peuples. Autre exemple : il n’y avait pas d’école au Pinnacle, mais on trouvait des lieux où des gens lisaient les journaux à voix haute pour tenir informer ceux qui ne savaient pas lire. Remettre cette question sur la table c’est aussi réinstaurer un débat de fond sur la non violence, l’autorité, vivre à l’écart du monde, ce qu’on pense de l’économie, de la croissance ou de la décroissance. Mais c’est aussi questionner le rôle des femmes, qui avaient une place centrale au Pinnacle. Les gens qui se demandent ce qu’on peut faire, je pense qu’ils peuvent trouver des réponses dans le livre.

Pourquoi avoir choisi de construire le livre avec des chapitres qui sont presque des thématiques : l’eau, l’administration, la santé ?
Quand on parle avec quelqu’un qui n’a jamais parlé de ça, on s’aperçoit que c’est intéressant de parler de l’eau et de comment on vit quand on n'a rien. Il était même étonné que ça puisse m’intéresser. Il a fallu vraiment que je lui tire les vers du nez pour qu’il me raconte comment les choses se passaient parce que pour lui c’était normal, ce n'était pas la peine de le raconter. Ça a pris beaucoup de temps, mais je me suis rendue compte que c’était vraiment intéressant de savoir comment se déroulait la vie en Jamaïque à l’époque et dans les campagnes. Je l’ai encouragé à me raconter tout ça et après je n’avais plus qu’à regrouper tous ces bouts que j’avais eu en vrac pendant un repas ou une activité. J’ai rassemblé tout ça par centres d’intérêts et c’est ce qui est venu le plus naturellement. J’ai surtout essayé d’être fidèle à ce qu’il racontait.

Quelle place Rastafari a-t-il dans votre vie personnelle ?
Il y a des gens qui disent que je suis rasta, d’autres que je n’ai rien avoir avec rasta. Moi je m’en fiche un peu. J’ai été associée à ça parce que j’ai fait des recherches autour du mouvement, donc j’ai eu l’étiquette rasta. Ce n’est pas tellement le nom qui est important, c’est le fait de se retrouver dans telle ou telle idéologie. En ce moment, le mouvement rasta est l’une des rares idéologies qui regroupe plein de gens autour d’un mode d’action, d’un mode de vie qui arrangeraient sûrement les choses dans ce monde. C’est sûr que si tout le monde se mettait à vivre comme au Pinnacle, il n’y aurait plus de problèmes de pollution, pas de médicaments aussi nocifs etc. Tout ce qu’on peut faire c’est enrichir notre expérience, notre réflexion et en discuter.

Il y a un long débat pour savoir qui a insufflé le mouvement Rastafari entre Marcus Garvey et Leonard Howell. Pour vous c’est Howell ?
Le débat est au niveau de l’information. On a été très mal informés autant sur le web que sur les autres médias. C’est à ce niveau qu’on peut discuter parce que chacun trouve plus important qui il veut entre les deux. Moi je considère que sur le plan purement théorique, le plus important est Robert Athlyi Roger. C’est le fondateur de la pensée rasta. Chacun va choisir son précurseur. J’aimerais bien que l’on travaille sur d’autres penseurs du rastafarisme. Il y a le côté débat, chacun participe à l’édifice, notre édifice. Ces précurseurs étaient des gens sincères qui essayaient de trouver des solutions à une situation terrible qu’est la colonisation. Ils ont des visions parfois différentes mais notre but est la justice universelle. Moi ça ne me dérange pas qu’il y ait des débats, tant que les gens sont honnêtes et qu’il n’y a pas trop de désinformation. 

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