Reggae Party Tour
14/11/20 au 28/11/20
Jah Massive - Interview Dub Ambassador Jah Massive - Interview Dub Ambassador
10/12/19 - Auteur(s) : Propos recueillis par Adrien

Jah Massive est un  sound system basé à Upsala en Suède et actif depuis 2004. Jah Massive c’est aussi un label que tout amateur de stepper mystique et méditatif se doit de connaître. Nous avons eu la chance de le rencontrer en juin dernier lors du So Good Festival pour un entretien aussi intéressant qu’agréable.

Reggae.fr : Pour commencer, peux-tu te présenter au public français ?
Jah Massive : Mon nom est Robin aka Jah Massive, je viens de Suède et j’ai monté mon sound system au début des années 2000, autour de 2004. Je suis en mission avec la musique de Jah, je voyage partout autour du monde pour la jouer.



Parle-nous de ta découverte du reggae et de la culture sound system.
J’écoutais du reggae bien avant de découvrir les sound systems. Des cousins à moi  m’avaient donné beaucoup de cassettes avec des mix reggae donc c’est ce que j’écoutais ; j’avais douze ans et je suis né en 1981 donc c’était en 92 ou 93 et je n’ai découvert le sound system qu’en 1998, cinq ans plus tard. J’achetais déjà des vinyles et j’ai vu une affiche avec des haut-parleurs, mais je n’avais pas réalisé ce que c’était. J’avais aussi une K7 avec Jah Shaka, c’était l’enregistrement d’une session sound system, mais je ne le savais pas, je pensais que c’était un live band qui jouait un concert avec un chanteur incroyable, des échos et tout ; je n’avais jamais entendu de sélection avant parce que je ne connaissais pas les sound systems, personne ne m’en avait parlé. Et puis en 1998 un sound system s’est monté dans ma ville à Upsala, Meditative Soundsystem, c’était le premier et là je suis allé aux sessions, j’ai vu des box, j’ai vu ce qu’ils faisaient et j’ai compris quelle était ma mission. Je collectionnais et j’avais déjà beaucoup de disques que je jouais déjà très fort mais chez moi. Je ne connaissais rien au sound system et pourtant quelque part j’y étais déjà connecté, donc après ça je me suis lancé.

Parle-nous de la culture reggae et sound system en Suède.
La Suède a une culture reggae, nous avons des villes comme la mienne, Upsala, qui ont une réelle histoire avec le reggae avec le Upsala Reggae Festival, il y a des groupes de reggae qui viennent d’Upsala, et la culture sound system est arrivé en 1998, le premier sound system du pays était d’Upsala. Nous avons donc une petite culture reggae en Suède mais ça ne prend pas autant d’ampleur qu’ici en France ou dans d’autres parties de l’Europe.



Les productions Jah Massive sont toujours reconnaissables, souvent très mystiques. Comment arrives-tu à garder cette originalité ?
Premièrement, je ne veux pas faire les choses comme tout le monde donc je le fais de façon « old school ». Je joue tout sur des claviers, je n’utilise pas beaucoup de sons qui viennent d’ordinateurs, j’utilise seulement le logiciel pour enregistrer. Je peux utiliser l’ordinateur mais je veux garder l’originalité, j’ai mon son et personne ne peut le copier, il faudrait acheter exactement mon clavier et tout le reste pour avoir mon son. C’était comme ça avant, chaque sound était différent, chaque producteur sonnait différemment, c’était plus personnel, pas comme aujourd’hui où tout le monde peut avoir le même son parce que tout le monde utilise les mêmes machines. Avant c’était différent et j’essaye de rester sur cette voie, la voie originale, je pense que c’est la meilleure. Si tout le monde faisait cela, si chacun développait plus son propre style, trouvait sa propre voie je pense que cela pourrait être encore mieux. Car nous avons de très bons producteurs aujourd’hui, mais ils peuvent devenir ennuyeux quand ils font les mêmes choses que tout le monde, je pense que si toutes ces personnes talentueuses utilisaient des studios personnalisés, il y aurait plus de tunes complètement fous qui sortiraient.

Une petite question toute simple qu’on adore poser : c’est quoi le dub ?
Ma définition du dub ce serait une version plus instrumentale et plus spirituelle du reggae. Pour moi le dub n’est pas un truc techno ou un truc pour faire la fête, c’est spirituel. Quand tu vas vers le dubwise, tu rends un morceau reggae plus spirituel, plus profond, plus lourd, et puis tu mets des mélodies avec des flûtes etc. L’inspiration vient du fait qu’on ne copie jamais personne, je ne copie jamais personne je fais juste de la musique pour Jah Rastafari et c’est pour cela que ça sonne différemment. Je ne pense pas à King Alpha quand je produis, je ne pense pas à Nomadics ou à Daba Hifi, je pense à Rastafari. C’est cela qui rend mes sons différents des autres, il y a un esprit différent dans ma musique, tu peux sentir la puissance d’une manière différente. Tu ne vas pas te dire « j’ai déjà entendu ce son avant » ou «  je connais ce style », quand tu entends ma musique cela ne ressemble à rien d’autre, cela peut te rappeler la vibes old school mais ça ne sonne pas comme ce que les gens produisent généralement.



Parle nous de ta relation avec Rastafari ?
Etant jeune, j’ai grandi dans une éducation très religieuse, mon père est musulman, ma mère est une chrétienne très croyante, j’ai été dans une école chrétienne et j’étais très intrigué par Dieu, Jésus, Mohamed, ceci et cela. Tout cela était très confus pour moi. Qui avait raison ?  Maman ou papa ? Je ne savais pas qui choisir .  Et puis il y a eu ce morceau que j’ai entendu quand j’avais 12 ans du chanteur Iqulah, le morceau s’appelle Jah First et ça dit « girl I love you but I love Jah first » et ce morceau m’a tué parce que je me disais comment tu peux aimer Jah plus que ta petite amie ?  J’étais jeune, je n’avais jamais eu de véritable petite amie. Ce morceau a été très puissant pour moi, j’ai ensuite découvert Jah, mon cousin m’a expliqué que cela venait de Jahovia pour faire la version courte ; et puis on m’a fait découvrir Sélassié mais je ne comprenais pas comment Dieu pouvait être un homme parce que j’ai été élevé comme un musulman ou un chrétien pour qui Dieu est quelque chose que tu ne peux pas toucher, quelque chose que tu ne peux voir, quelque chose d’invisible. Rastafari m’a donc sauvé de cette confusion entre ces dieux invisibles, Rastafari est réel, il est naturel, vous pouvez le voir, le sentir, vous pouvez lire et connaître la véritable histoire et pour moi s’il y a un Dieu, il est ce Dieu, Rastafari.

Tu viens souvent jouer chez nous. Comment ressens-tu la vibe en France ?
Super nice, ce que la France a d’un peu différent par rapport à d’autres pays c’est que les massives sont vraiment dans la musique, les sessions sont toujours pleines quand vous jouez en France, vous n’avez jamais 50 ou 100 personnes, vous avez 300, 500, des fois 1000 personnes. Donc cela fait une différence, vous avez une vraie réponse, vous le sentez,  vous pouvez sentir les bonnes vibrations quand vous jouez ici. C’est ma 3 ou 4ème fois ici à Bordeaux, je suis allé jouer à Dijon, Lyon, à Toulouse, à Nantes, à Marseille… J’adore la France on y est très bien.

As-tu des souvenirs particuliers en France ?
Mon meilleur souvenir en France est sans doute en 2012 quand j’ai été invité à Dijon par Dubatriation Sound System, ils m’ont invité à venir de Suède avec mon Sound System. J’ai donc amené mon sound à Dijon et j ‘y ai joué de 21h à 7h00 du matin non stop, pas de pause, mon meilleur souvenir, une session de 9h00 pure power avec ma sono au complet. Il devait y avoir 800 personnes, c’était la première fois de ma vie que je jouais devant ce genre de public, donc pour moi c’était une bénédiction de voyager depuis la Suède et de jouer là et que tant de personnes soient venus pour me supporter. On devait s’arrêter à 6h00 mais à chaque fois les gens criaient « last one, last one » alors on a continué pendant une heure. Cette session restera un grand souvenir, je ne l'oublierai jamais.

Pour finir, as-tu un message pour les massives français ?
Oui, j’ai été agréablement surpris il y a quelques semaines alors que j’étais à Toulouse, ils ont vraiment gardé une vibe originale là-bas. J’ai vu des sound systems old school, qui utilisent de l’analogique comme sur mon propre sound system, donc un gros big up à Toulouse ; et au reste de la France : regardez ce qu’ils font à Toulouse et écoutez leur vibe. Ce ne sont pas juste les sounds, musicalement ils produisent sûrement la meilleure musique reggae en France, Riddim Activist, Conscious Embassy Studios, ce sont peut-être les studios les plus fous d’Europe.

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