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Buju Banton est libre - dossier complet
08/12/18 - par A. Grondeau, J. Marsouin, L. Achour
Buju Banton est libre - dossier complet

Kingston, décembre 1995. La nuit est déjà bien avancée et le public trépigne d’impatience en attendant l’arrivée sur scène d’une des icônes du reggae de l’époque : Buju Banton. Derrière la scène, les lunettes noires cachant son regard de guerrier, vêtu d’un simple tee-shirt et d’un jean, l’artiste entame les premières notes d’« Untold Stories ».

Un murmure s’élève devant la scène et plusieurs milliers d’amateurs de reggae couvrent la voix de Buju en chantant le premier couplet de la chanson. Peu d’artistes peuvent se targuer d’avoir réalisé un album qui a marqué l’histoire d’une musique. Buju Banton en est et son opus « 'Til Shiloh » sonne comme l’un des précurseurs du renouveau du roots reggae. Buju n’est évidemment pas le seul à avoir relancé sur la scène internationale un style qui avait souffert de la mort de son représentant le plus universel, Bob Marley. On pourrait citer Sizzla et son merveilleux « Black Woman & Child », Anthony B et « Real Revolutionary », ou, un peu plus tard, Capleton avec « More Fire ».

Mais à l’occasion de la sortie de prison de celui que l’on surnommait Gargamel, nous avons voulu vous proposer un dossier complet sur cet artiste, avec la coopération des éditions La Lune Sur Le Toit, extrait de l’ouvrage Reggae Ambassadors La Légende du Reggae sorti en 2016.



Rarement un chanteur aura autant fait l’unanimité auprès de ses pairs. Il n’y a pas, ou si peu, de jeunes artistes de reggae qui omettraient de citer Buju Banton comme référence dans leur apprentissage musical. Les plus anciens des chanteurs de l’île saluent tous l’énergie scénique et l’univers artistique de l’interprète de « 'Til Shiloh ». Il faut dire que sa discographie, débutée au début des années 1990, en impose, et qu’elle serait encore plus conséquente si Buju n’était pas coincé derrière les barreaux dans un pénitencier américain depuis 2011. Condamné pour trafic de cocaïne, il enregistra lors d’une sortie conditionnelle le fulgurant « Jah Army » aux côtés de Stephen Marley, comme pour renforcer les paradoxes de sa personnalité. Un destin qui illustre à merveille les tiraillements des génies musicaux yardies, partagés entre ombre et lumière, positivité et côtés obscurs, spiritualité et matérialisme forcené.

Né Mark Myrie, Buju Banton tient son surnom de sa mère, qui le taquinait enfant à propos de son visage joufflu (le mot « buju » désigne le fruit de l’arbre à pain à la forme rondelette). Ce n’est que bien plus tard qu’il adoptera lui-même le suffixe Banton, en référence à l’un de ses artistes favoris, Burro Banton (le mot « banton » qualifiant en Jamaïque les bons conteurs, ceux dont les paroles sont inépuisables), mais c’est le surnom Gargamel qui révèle la part secrète du personnage.

« C’est un surnom que des amis m’ont donné à l’époque, car j’étais toujours celui qui cherchait à créer des ennuis aux autres. Toujours à ennuyer un tel ou un autre. J’ai changé depuis, mais je me suis dit : gardons le nom. »

Buju Banton débute ainsi sa carrière, dans un style que certains qualifient de léger et festif pendant que d’autres le jugent vulgaire. En 1992, il sort coup sur coup les albums « Stamina Daddy » et « Mr Mention », deux opus quasiment exclusivement dédiés aux filles sexy avec des paroles pour le moins (s)explicites. À cette époque, le tout jeune deejay (19 ans seulement) ressemble à un vrai « baldhead » (terme jamaïcain désignant un crâne rasé). Il surfe sur la mode du slackness et choque même quelques esprits avec son titre « Love Mi Browning », dans lequel il avoue son penchant pour les femmes à la peau claire. Décrié par une partie de la communauté black pour ce single provoquant, il se rattrape in extremis avec « Love Black Woman », posé sur le même Feeling Soul Riddim produit par Donovan Germain pour le compte du label Penthouse (la première grande maison musicale de Buju). La polémique est importante, mais c’est le titre « Boom Bye Bye », datant également de 1992, qui va le faire connaître du grand public. Le morceau est implacable et enflamme les sound systems du monde entier, mais Buju y appelle au meurtre des homosexuels avec une décontraction glaçante. La polémique va enfler et menacer de mettre un terme définitif à une carrière qui débutait tout juste. Comprenant le tort que lui cause une telle controverse, Gargamel prend du recul et tente de se refaire une conduite avec un troisième album, « Voice of Jamaica », qui peine à convaincre, même si l’artiste y aborde des thèmes plus positifs (il encourage ainsi le port du préservatif sur « Willy Don’t Be Silly »).


"Je ne suis pas soit roots, soit dancehall."


C’est son quatrième album, « 'Til Shiloh », qui le fera entrer de manière définitive dans l’histoire de la musique reggae. Véritable chef-d’oeuvre musical et lyrical, le deejay y montre son vrai visage, explorant sa dualité si intrigante. On y retrouve ainsi des morceaux roots d’une profondeur intense (« Untold Stories », « Not An Easy Road », « Wanna Be Loved »...) qui se mêlent à des titres dancehall brûlants (« Champion », « It’s All Over », « Rampage »). Buju choisit de ne pas choisir entre roots et dancehall.








« Je ne suis pas soit roots soit dancehall. Il faut savoir que j’ai constamment les deux en moi, et, parmi mon public, il y a ceux qui apprécient mon son roots et ceux qui préfèrent mes titres dancehall. Le dancehall, c’est mes racines, en quelque sorte. J’aime faire différentes choses, alors le plus simple est d’essayer et d’éviter les étiquettes. »



Nous sommes en 1995, la carrière de Buju peut redémarrer de manière plus sereine. Le monde découvre un chanteur à la voix rugissante qui sait se faire mélodieuse. Le superbe « Til I’m Laid to Rest », posé sur un nyabinghi envoûtant, et le pamphlet « Murderer », à l’instru minimaliste, en témoignent. L’artiste arbore désormais une crinière naissante de dreadlocks et affirme s’être converti à rasta. Il se présente comme un héritier du mouvement conscient lancé par Garnett Silk au début des années 1990 pour remettre les chansons culturelles sur le devant de la scène.





Buju Banton y parvient une seconde fois en 1997 avec l’album « Inna Heights ». L’opus est célébré comme un nouveau chef-d’oeuvre, encore plus roots que le précédent, et renferme l’un des titres les plus vibrants jamais écrits en Jamaïque : l’inégalable « Hills and Valleys ». Dans cette nouvelle aventure musicale, Buju affirme l’importance des thématiques culturelles dans le reggae.



« Honnêtement, je pense que le milieu du reggae est vacillant. Nous avons besoin de plus de Luciano. Des grands chanteurs, comme Bushman par exemple, ont besoin de revenir sur le devant de la scène. Oui, lorsque je suis venu pour la première fois en France, j’étais l’un des premiers artistes dancehall. Mais ce n’est pas vraiment cette pierre que j’ai apportée à l’édifice de la musique jamaïcaine. Depuis mes débuts, j’ai produit et créé de nombreux morceaux conscients et c’est cela qui est le plus important. J’ai envie que les jeunes qui s’intéressent à la musique puissent apprécier mon son. Le dancehall est une musique plaisante, mais elle peut l’être encore plus si elle est propre [sourire]. »

Le noble « African Pride », le solide « Give I Strength » ou la reprise inavouée des Wailers, « Destiny », s’imposent comme des classiques de l’artiste. Et, cerise sur le gâteau, les 21 titres se clôturent par une confession sous forme d’a capella où Buju avoue à demi-mot ses erreurs de jeunesse et décrit sa double personnalité à l’aide de mots percutants. Avec cet album, Gargamel trouve sa signature vocale, cette capacité à passer du chant au toast sans transition, à sa manière, sans pour autant copier le style singjay des Sizzla ou autres Capleton. Il s’affirme comme un créateur imparable capable d’aller là où on ne l’attend pas, de surprendre, d’expérimenter.



« J’aime les producteurs qui travaillent à créer divers types de musique. Des producteurs qui ont des inspirations multiples et n’ont pas peur de prendre des risques en proposant des vibrations diverses différentes. »



Et c’est ce qu’il fait trois ans plus tard avec « Unchained Spirit », où le Jamaïcain collabore avec Rancid, un groupe de punk américain, mais également avec Luciano ou Beres Hammond (le génialissime « Pull it Up »). Au début des années 2000, le Banton est au sommet de sa gloire. Même si son album suivant, « Friends For Life », obtient moins de retentissement que les précédents, l’artiste fait le tour du monde grâce à ses classiques. Les concerts sont pleins et Buju n’est pas repu de succès. Il claque un énorme hit en 2006 en s’appropriant le Taxi Riddim de Sly & Robbie, une rythmique mythique des sound systems des années 1980. « Driver » raconte non sans humour les pérégrinations d’un chauffeur chargé de transporter de l’herbe pour un dealer.


"Le reggae doit continuer à toucher les consciences avec ses messages d’élévation et ses prises de position."


Gargamel plaisante en musique sur le trafic de drogue... Une histoire qui le rattrapera à peine trois ans plus tard. Entre-temps, plusieurs polémiques sur son homophobie ou l’héritage musical de Bob Marley qu’il dénonce le rattrapent et ternissent à nouveau son image. Buju Banton reste malgré tout optimiste.

« Je suis une âme optimiste qui cherche toujours à améliorer son état d’esprit, qui cherche à éclaircir des choses qui ont besoin de l’être. Tout le monde devrait être optimiste, cela vous rend meilleur dans la difficulté. Si vous vous bloquez alors que ça va mal, vous ne faites que vous enfermer ! »



L’artiste a beau y mettre de la bonne volonté et présenter un nouvel album de belle facture, « Rasta Got Soul », son avenir s’obscurcit à nouveau quand il est arrêté en 2009 pour trafic de cocaïne aux États-Unis. Poussé à la faute par un agent infiltré, il clame son innocence et bénéficie d’un club de soutien impressionnant fédéré autour du slogan « Free Buju ». La famille Marley, les Morgan Heritage et la quasi-totalité des artistes jamaïcains crient au scandale et ne veulent pas croire à la culpabilité de leur ami. Rien n’y fera. Buju sera reconnu coupable en 2011, après deux années de procédure pendant lesquelles il aura eu le temps d’enregistrer un court album au titre évocateur : « Before the Dawn » (ndlr : avant l’aube). À la veille de son procès au verdict implacable (dix ans de prison ferme), l’opus est couronné d’un Grammy Award. Une façon de rendre hommage à un artiste entier, rebelle, et à son immense carrière qui s’arrête net.



« Je suis un rebelle. Un rebelle honorable, un rebelle avec une cause. Une cause sans équivoque : le reggae doit continuer à toucher les consciences avec ses messages d’élévation et ses prises de position. Le reggae doit être capable d’apporter la joie et un respect de la vie. Voilà où je veux amener le reggae
et c’est mon devoir, jour après jour ! »


Le retour musical du Gargamel est désormais prévu en 2019… Il sort ce jour 8 décembre 2018 de prison et le monde du reggae l’attend avec impatience.




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commentaires
le 09/12/18 par GreenHills
Je ne peux arrêter de penser à cette scéne où tu le vois en trin de gouter la coke dans un hangar glaucque. Le gars était prêt à vendre de la came aux gosses des quartiers, alors quoi ? ses millions de dollars sur son compte ne suffisaient pas ? Toutes ses belles paroles n'étaient donc que duperie. Arrêtez de crier "au complot", le gars on le vois faire sur des videos. Une honte et surtout pas un exemple à suivre.Cette merde a déjà tué trop de youths aux USA, que des gars du circuit soit en taule est plutôt sain.
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